mercredi 30 avril 2008
Droits de l'homme: des opposants tunisiens critiquent Sarkozy
REUTERS : mardi 29 avril 2008 - Lamine Ghanmi, version française Marc Delteil
Des militants tunisiens des droits de l'homme critiquent le brevet de respectabilité dans ce domaine décerné lundi au président Zine el Abidine ben Ali par son homologue français Nicolas Sarkozy à l'occasion de sa visite d'Etat en Tunisie.
"Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons", a déclaré le président français dans un toast prononcé lundi soir lors d'un dîner offert en son honneur par son hôte tunisien.
Le chef de l'Etat français a dit au contraire vouloir rendre hommage à la "lutte déterminée" de son homologue tunisien contre le terrorisme, "qui est le véritable ennemi de la démocratie".
Les organisations de défense des droits de l'homme accusent le pouvoir tunisien d'attenter aux libertés fondamentales sous couvert de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme islamique, au nom de laquelle un millier de personnes auraient été arrêtées depuis 2003, selon des avocats.
Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé les restrictions à la liberté de la presse et les emprisonnements d'opposants politiques, faisant état de mauvais traitements et de cas de torture - ce que Tunis nie.
Les défenseurs tunisiens des droits de l'homme souhaitaient que Sarkozy réclame la libération de ces prisonniers politiques, mais il a estimé que, "aujourd'hui, l'espace des libertés progresse" dans le plus petit Etat du Maghreb et il a crédité son président de "la volonté de vouloir continuer à (l')élargir.
DES QUESTIONS À RÉGLER ENTRE TUNISIENS ?
"Sarkozy a esquivé la question des droits de l'homme et de la démocratie en Tunisie pour privilégier les intérêts commerciaux", a réagi mardi Rachid Kechana, rédacteur en chef d'Al Mawqaf, hebdomadaire du Parti démocratique progressiste (PDP) d'opposition.
"Cela a choqué les militants des droits civiques ici car ils attendaient une prise de position différente de la France, la patrie des droits de l'homme et des libertés", a ajouté Kechana.
Ce dernier et Mongi Ellouze, directeur d'Al Mawqaf, en sont au quatrième jour d'une grève de la faim au siège de l'hebdomadaire pour protester contre ce qu'ils présentent comme les efforts du gouvernement pour asphyxier les finances et entraver la distribution de la publication.
"Sarkozy encourage ce gouvernement à poursuivre sa répression parce qu'il a dit aux dirigeants du pays qu'ils étaient sur la bonne voie", a déploré de son côté l'avocate Radia Nasraoui, autre militante des droits de l'homme.
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