lundi 28 avril 2008
Kerviel embauché, Bouton promu, vive l'éthique du libéralisme!
Marianne - Dimanche 27 Avril 2008 - Philippe Cohen
Le PDG de la banque est devenu... Président de son Conseil d'administration, tandis que Jérome Kerviel a retrouvé du boulot. Admirable flexibilité du système néolibéral...
Les ennuis de Jérome Kerviel et de Daniel Bouton n'auront pas duré longtemps. On a d'abord appris le 24 avril par le site lepoint.fr que le jeune trader de 31 ans avait été embauché par LCA, une société spécialisée dans le conseil et l'expertise en informatique. Son patron, Jean-Raymond Lemaire n'a pas souhaité révéler les nouvelles fonctions de Kerviel ni le montant de sa rémunération. Sans doute pour ne pas influencer les juges qui n'ont pas encore statué sur son cas.
Avant même cette bonne nouvelle, on savait depuis quelques jours, par une dépêche laconique du groupe Société Générale, que le PDG de la banque abandonnait ses fonctions opérationnelles pour le poste de …Président du Conseil d'administration de la banque. Belle promotion qui lui permettra de gagner autant tout en travaillant moins. D'après les calculs d'Emmanuel Lévy, publiés dans le dernier numéro de Marianne, cette opération permettra surtout au super-manager de la banque, célébré depuis quinze ans par tout l'establishment, de partir en retraite dans trois ans avec un taux plein de 70% de sa rémunération et de pouvoir attendre le meilleur moment pour réaliser ses stock options. La Soc gen n'allait tout de même pas obtempérer aux objurgations du Président de la république qui avait appelé à des sanctions contre son PDG... Et dire que ce même Bouton présidait aux destinées d'un Comité d'éthique sur la bonne gouvernance des entreprises !
Ce double épisode confirme d'abord que ce système est toujours prêt à récompenser l'incompétence de ses serviteurs, pourvu qu'ils fassent partie de la caste des intouchables qui gouvernent les grandes entreprises. Il donne également raison à la thèse du juge Jean de Maillard selon laquelle le capitalisme actuel ne peut fonctionner qu'avec une arrière-cour grise, illégale. Il a publié en 2004 un rapport sur la dérive illicite des échanges internationaux profits des grands groupes ne seraient pas aussi importants s'ils ne pouvaient domicilier leurs sièges dans des états à la fiscalité accommodante, installer certaines filiales dans des îles encore moins regardantes, et même produire dans des pays, comme la Chine, dans lesquels le droit du travail est inexistant.
L'irresponsabilité accordée aux dirigeants de groupes n'est donc pas seulement un privilège de caste : elle constitue la preuve du cynisme absolu du système néolibéral. A méditer par les millions de clients et de petits actionnaires de la Générale…
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