samedi 26 avril 2008
Au théâtre ce soir en direct de l'Elysée
LE MONDE | 25.04.08
Une création française assez décevante, par Dominique Dhombres
Comment avez-vous trouvé "Au théâtre ce soir en direct de l'Elysée" ? Vous n'avez pas pu y échapper.
Cette pièce était diffusée, jeudi 24 avril, sur TF1, France 2, LCI, BFM, i-Télé, France 24, et j'en passe, sans compter les radios.
Il fallait vraiment être très habile pour déjouer le plan de communication, établi par la présidence, payé par les chaînes, qui était destiné à nous persuader que l'acteur principal travaille comme un forçat à notre bonheur.
Si vous avez été convaincu, vous devez immédiatement, et toutes affaires cessantes, féliciter le réalisateur du programme, Renaud Le Van Kim, ainsi que le décorateur, Philippe Désert.
Le premier faisait bouger les caméras. Le second avait imaginé l'estrade de verre, les tables gigognes et les fauteuils modernes pour le coût modeste de 280 000 euros.
Le fond de décor, lourds rideaux rouges de brocart cramoisi, colonnes cannelées dorées, avec vue imprenable sur les jardins, était fourni par la maison. La salle des fêtes de l'Elysée ressemble à un théâtre à l'italienne qu'on aurait aplati au niveau du sol. Voilà pour le cadre.
Et le spectacle ? L'acteur principal était excellent ou cabotin, au choix, comme d'habitude. Il avait mis un costume rayé fuligineux de fine laine, une chemise blanche et une cravate noire. Cinq journalistes lui donnaient la réplique. Le premier montrait pour la première fois sa nuque dégarnie au public. Vous avez reconnu sans peine PPDA. La production avait préféré, à tort, David Pujadas à Arlette Chabot. Il y avait trois nouveaux, Véronique Auger, Yves Calvi et Vincent Hervouët.
Les questions les plus pratiques étaient donc posées par la seule femme présente sur le plateau, spécialiste des questions économiques et sociales à France 3, une des rares chaînes à ne pas diffuser cette création qu'il faut bien désormais qualifier d'unique.
Elle voulait savoir comment l'acteur principal allait se débrouiller pour alléger les factures de gaz du citoyen-téléspectateur. "On ne peut pas subventionner tout le monde", lui répondait-il laborieusement.
Il ramait également beaucoup pour justifier, une fois de plus, son paquet fiscal. Il admettait que celui-ci avait été une erreur totale de communication, un des rares instants de théâtre-vérité dans ce spectacle pour le moins convenu.
"On ne devient pas français parce qu'on travaille dans la cuisine d'un restaurant, aussi sympathique soit-il", disait-il à Yves Calvi - autre grand moment de l'émission.
Vincent Hervouët, après avoir défendu le Tibet, et obtenu satisfaction partielle, réclamait bizarrement la grâce d'un condamné, Jean-Charles Marchiani. L'acteur principal, hélas, hélas, hélas, est encore à l'affiche pour quatre ans.
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