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samedi 26 avril 2008

Exercice de style

Edito du Monde 25.04.08

Il y a un an, Nicolas Sarkozy était élu avec 53 % des suffrages des Français; ils ne sont plus qu'un sur trois à lui faire confiance. Son énergie, son talent, son projet l'avaient emporté; depuis quelques mois, il déroute les uns et inquiète les autres quand il ne les exaspère pas. Tout l'enjeu de son intervention télévisée du 24 avril était là : convaincre à nouveau.

La ténacité, ensuite. Sur tous les sujets – travail et pouvoir d'achat, immigration et éducation, retraites et droits de l'homme – Nicolas Sarkozy a martelé que le cap tracé pendant sa campagne reste le bon, car "il n'y a pas d'alternative". L'envolée de l'euro, des prix du pétrole et du coût de la vie, la crise financière et économique ont, certes, déjoué ses espoirs et cruellement déçu les attentes des Français. Il l'entend, il le comprend, il n'est ni sourd ni aveugle.

Mais ce bouleversement du paysage n'y changera rien : toutes les réformes engagées ou annoncées seront poursuivies, et même "accélérées". Y renoncer reviendrait, à ses yeux, à replonger le pays dans l'atonie dont il souffre depuis vingt-cinq ans. En ralentir le rythme et les échelonner conduirait à la paralysie et à l'inaction. Non seulement le président préside, mais il tient fermement la barre dans la tourmente. Tel était le message.

Rien ne garantit, pourtant, que les Français auront été un tant soit peu convaincus par cet exercice de style. La modestie affichée risque fort d'apparaître pour de l'habileté. Et la ténacité pour de l'entêtement. Si c'est le cas, les mois à venir seront plus difficiles encore pour Nicolas Sarkozy. Et délétères pour le pays.

Pour y parvenir, il a joué sur deux registres : la modestie et la ténacité. Jamais en effet on n'avait entendu un président de la République reconnaître autant d'erreurs et en assumer la responsabilité. Le paquet fiscal de l'été 2007 ? "Erreur de communication totale." La confusion sur la carte Famille nombreuse ? "Erreur" encore. Les cafouillages répétés de ses ministres ? "Erreur" toujours, comme l'exposition de sa vie privée. Bref, le chef de l'Etat a fait ostensiblement amende honorable pour mieux assurer les Français que, de tout cela, il a tiré la leçon et que tout, désormais, est "en ordre". En somme, le président préside.

Posté par Kozett à 00:09 - Démocratie - Institutions - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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