vendredi 25 avril 2008
Elysée - Sarkozy tente d'expliquer son "impuissance" par des "aberrations"
La revue de presse 25 avril 2008 10 h 16
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NOUVELOBS 25.04.2008 | 11:40
"Sa première année est un échec pour la France", estime Bertrand Delanoë, rejoint par Ségolène Royal qui déclare qu'"on est plus inquiets après l'émission" d'hier soir. Pour les Verts, "c'est une France d'avant-hier qui se profile".
L'ensemble des partis de gauche critique vertement le chef de l'Etat après son émission de la veille, vendredi 25 avril, qualifiant son discours de tentative pour "expliquer sa propre impuissance", de "vide abyssal" ou de "feuille de déroute" à destination du gouvernement de François Fillon.
Ainsi, la socialiste Ségolène Royal affirme qu'"on est plus inquiets après l'émission qu'avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un président de la République hier, mais un candidat perpétuel". Le Premier ministre avait dit qu'il attendait "de cette émission une feuille de route (...) Je crois que le Premier ministre a eu surtout une feuille de déroute", qui cumule "les aberrations", a déclaré sur France Inter Ségolène Royal.
"Sa première année est un échec pour la France. Il a essayé de justifier ça avec le talent qu'on lui connaît", a expliqué Bertrand Delanoë.
"Il n'a pas dit ce qu'il ne pouvait pas dire, que finalement il fallait une rupture avec lui-même", notamment "en remettant en cause" les "15 milliards d'euros" du paquet fiscal "jetés par la fenêtre pour la rente et le patrimoine dès le début de son quinquennat", selon le maire.
"Il ne propose rien" - Nicolas Sarkozy, lors de son intervention télévisée jeudi soir, s'est contenté d'être "l'homme du courage par le discours", a ironisé pour sa part Anne Souyris, porte-parole des Verts.
"Il nous fait la morale, se scandalise, mais ne propose rien: dénonciation sans aucune sanction des patrons employeurs de clandestins, pas de mesure contre la spéculation, pas de mesure contre l'attente des droits de l'Homme en Chine, rien sur l'environnement", dénonce-t-elle dans un communiqué, soulignant le "vide abyssal en terme de proposition qu'il laisse comme vague arrière-goût. "C'est une France d'avant-hier qui se profile", regrettent les Verts, rejoints par le PCF qui qualifie de "nuisible" le chef de l'Etat. "S'il était évident que 90 minutes ne suffiraient pas à effacer une année de calamité, les Français ne pourront que ressentir colère et amertume", a estimé le PCF dans un communiqué. "Nicolas Sarkozy n'est pas en échec, il est nuisible. Ce soir, il n'a rien annoncé, sinon qu'il continuera la même politique, que les Français soient heureux ou pas. Et ils ne le sont pas", a souligné le PCF.
CHINE - Rencontre entre les dirigeants chinois et l'exécutif européen
NOUVELOBS. | 25.04.2008 | 12:18
Le dalaï lama a aussitôt salué la réponse positive de la Chine à ses appels répétés pour une reprise des pourparlers. Les consultations débuteront dans les prochains jours, tandis que se tient aujourd'hui une rencontre entre les dirigeants chinois et l’exécutif européen.
Répondant à la demande du dalaï lama, la Chine prévoit de rencontrer dans les prochains jours un représentant du Prix Nobel de la Paix 1989, a annoncé, vendredi 25 avril, l'agence officielle Chine Nouvelle. Le dalaï lama a aussitôt salué l'offre de la Chine, a annoncé vendredi à l'AFP un porte-parole du chef spirituel des Tibétains, en exil en Inde.
Il s'agit d'"un pas dans la bonne direction puisque seuls des entretiens en face à face peuvent conduire au règlement de la question tibétaine", a déclaré ce porte-parole, Tenzin Taklha.
"Au vu des demandes répétées du côté du dalaï lama pour une reprise des pourparlers, les départements concernés du gouvernement central auront des contacts et des consultations avec un représentant privé du dalaï lama dans les prochains jours", avait indiqué plus tôt l'agence Chine Nouvelle, citant une source officielle anonyme.
L'agence ne donne pas davantage de précisions sur la nature de cette rencontre avec un émissaire du chef spirituel du bouddhisme tibétain, ni sur les noms des participants.
Rencontre avec l’UE - Cette annonce intervient alors qu’une rencontre a lieu ce vendredi entre les dirigeants chinois et l’exécutif européen.
L'Union européenne et les Etats-Unis ont appelé Pékin à entreprendre un dialogue avec le dalaï lama. Mais Pékin a accusé le chef spirituel tibétain d'avoir organisé les troubles pour saboter les jeux Olympiques de Pékin.
Vendredi matin, à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre Wen Jiabao, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso avait dit escompter des "développements positifs bientôt" sur le dossier tibétain. Il avait réaffirmé l'opposition de l'Union européenne (UE) à l'indépendance du Tibet et à un boycott des jeux Olympiques d'août en Chine.
"Nous avons eu des échanges ouverts et francs sur le Tibet. J'ai réaffirmé la position de l'Union européenne sur le sujet et je suis particulièrement encouragé par nos échanges", avait déclaré à la presse José Manuel Barroso. "J'espère voir des développements positifs bientôt", avait-il ajouté.
Les dirigeants tibétains en exil affirment que la répression chinoise a fait plus de 150 morts tandis que la Chine accuse des "émeutiers" tibétains d'avoir tué 18 civils et deux policiers
Les Etats-Unis découvrent le rationnement de riz
© LEMONDE.FR avec AFP et Reuters
Le plus important grossiste américain dans la distribution alimentaire, Costco, a annoncé, mercredi 23 avril, qu'il commençait à rationner la vente de sacs de riz dans ses six cents magasins. Sam's Club, une filiale de Wal-Mart, a lui aussi décidé de limiter à quatre sacs de neuf kilos par client l'achat de riz au jasmin, de riz basmati et de riz blanc long grain.
Le but de ces rationnements est d'éviter que certains clients, alarmés par la hausse des prix mondiaux du riz, ne fassent des réserves de riz.
"Il n'y a pas de pénurie de riz aux Etats-Unis", a assuré à l'AFP David Coia, porte-parole de la fédération américaine du riz. L'essentiel (88 %) du riz consommé aux Etats-Unis est produit sur place, le reste provenant principalement d'Asie du Sud-Est.
"Je n'envisage pas de pénuries alimentaires aux Etats-Unis", a également déclaré le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, lors d'une interview accordée à Reuters. "Nous avons beaucoup de stocks de nourriture aux Etats-Unis. Le prix des aliments a progressé, mais l'impact pour l'Américain moyen ne sera pas aussi significatif qu'en ce qui concerne les carburants."ENVOLÉE DES COURS
Le rationnement temporaire de ces ventes de riz intervient alors que les prix de cet aliment sur les marchés mondiaux se sont envolés et que la demande a bondi. Les cours mondiaux du riz ont atteint des niveaux sans précédent en Thaïlande – pour franchir la barre des 1 000 dollars la tonne sur place, soit près de trois fois plus qu'au début de l'année – et dans les échanges électroniques au Chicago Board of Trade (CBOT), la première Bourse de commerce des matières premières au monde.
La Banque mondiale a récemment tiré la sonnette d'alarme sur une crise alimentaire mondiale qui a provoqué des émeutes dans plusieurs pays et risque d'appauvrir encore cent millions de personnes dans les pays en développement.
De l'art d'être pauvre en Allemagne
Ouest-France – 25/04/08 - Lorraine ROSSIGNOL.
Le nez dans les poubelles à la recherche de fruits et légumes encore mangeables, une scène parisienne d'aujourd'hui.
Vivre pauvre peut aussi être un art. C'est tout le propos d'un petit livre au succès inattendu en Allemagne : Berlin pour les pauvres.
L'auteur de Berlin pour les pauvres, Bernd Wagner, est un chômeur berlinois, ancien enseignant de RDA, vivant de l'aide sociale (345 € par mois, mais son loyer est pris en charge par l'État).
Il y raconte avec humour les mille combines dont il use pour rendre son quotidien plus vivable. Des plus naturelles, comme cueillir champignons et baies sauvages au coeur même de Berlin, aux moins recommandables, comme jouer les pique-assiette dans les vernissages. Le sous-titre de son ouvrage le dit bien : « Un guide à l'attention des artistes du quotidien. » Au fond, il s'agit juste « de désapprendre que ce qui ne coûte rien n'a pas de valeur », explique Bernd Wagner.
« Un autre regard sur la vie » à la résonance telle - l'ouvrage en est à sa seconde édition - que l'on peut se poser la question : aurait-il rencontré le même succès en d'autres temps ? Certes, Berlin a toujours été, historiquement, une ville ouvrière. Aujourd'hui encore, la capitale allemande ne se remet pas de ses dettes contractées à l'occasion de la réunification. Son propre maire la qualifie de « pauvre mais sexy », c'est même devenu un slogan.
Les inégalités s'accroissent
Cependant jamais le fossé ne s'était autant creusé entre les nantis et ceux que l'on appelle en Allemagne les Hartz IV, c'est-à-dire les chômeurs longue durée, dont les indemnisations chutent de façon drastique au bout d'un an. Parue le 4 mars, une étude de l'Institut allemand de recherches économiques (DIW) l'a d'ailleurs révélé : les inégalités s'accroissent en Allemagne, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres et nombreux.
« Je n'ai jamais été spécialement riche, mais il est certain que le fait de devenir un Hartz IV a déclenché chez moi l'écriture de mon livre », reconnaît Bernd Wagner. Alors qu'un scandale financier a révélé le mois dernier que des centaines de personnalités allemandes plaçaient leur argent au Liechtenstein pour le cacher au fisc, Bernd Wagner, lui, détaille ses bons plans chez Aldi (grande surface bon marché) ou dans les magasins de vêtements « second hand », où l'on trouve tenues et chaussures nécessaires à une soirée à l'opéra.
Comme lui, on peut être Hartz IV et continuer de fréquenter les hauts lieux culturels de la capitale - pauvre, oui, mais avec style - en achetant par exemple des billets pour les places les plus mal situées, avant de se précipiter au premier rang, s'il y reste des fauteuils libres... Beaucoup ont reproché à Wagner d'encourager des pratiques illégales. Il s'en défend : « Je ne fais que me faufiler entre les mailles, sans faire de tort à personne. »

Au théâtre de l’Elysée hier soir…
Libération - vendredi 25 avril 2008 - RAPHAËL GARRIGOS et ISABELLE ROBERTS
Un rôle de président surligné par la caméra.
Depuis la cour de l’Elysée, juste avant le début de l’émission, David Pujadas espère : «Pour les moins jeunes d’entre nous, ça rappellera l’Heure de vérité.» Sur la forme, c’est ça : deux Messieurs Loyal (à moins que ce ne soit deux loyaux messieurs), David Pujadas et PPDA, et trois aiguillons - Véronique Auger, Yves Calvi et Vincent Hervouët - pour piquer le Président sur des thèmes précis.
Mais sur le fond, c’est Au théâtre ce soir, dont le Président est un grand fan : entre deux lourds rideaux rouges, Nicolas Sarkozy joue son propre rôle. Ses gestes de marlou, d’affranchi des faubourgs ; son index séchant une goutte de sueur. Son langage de comptoir : «Les prix, y z’augmentent pas d’hier» , «la panade», «est-ce qu’on s’couche ?», «au bal de l’hypocrisie, y avait du monde»… On est dans une pièce de boulevard.
En face, les aiguillons font le boulot pour lequel ils ont été choisis par l’Elysée. Véronique Auger attise, cherche, revient dix fois à sa question sans réponse ; Yves Calvi joue les chattemites et Vincent Hervouët, et ses questions à choix multiples, campe l’expert à qui on ne la fait pas. Plutôt malin le casting : il fallait du répondant au Président plutôt que de l’onctueux, il fallait donner l’impression qu’il doit batailler pour convaincre.
Disposé de côté, le public, de toute façon, est acquis. Le personnel de l’Elysée joue les mannequins de cire, visage impassible tourné vers le Président. La réalisation se charge du reste : une gracieuse caméra aérienne survole la salle des fêtes de l’Elysée, une autre zoome légèrement pour surligner la parole présidentielle, une troisième oscille au rythme de ses mouvements d’épaule. L’image de Sarkozy est savamment composée : trois quarts de jardin flou et illuminé, un quart de tenture rouge. La lumière flatte le bronzage du Président et lui fait une auréole.
Il le connaît bien, son Sarkozy, le réalisateur Renaud Le Van Kim qui, hormis le Grand journal de Canal +, a filmé l’intronisation du candidat UMP à la présidentielle en janvier 2007. Et il lui a fait une émission aux petits oignons, jusqu’au studio, dressé au sein même du Château. Aux frais - 280 000 euros, énorme pour un débat de la sorte - de TF1 et de France 2, les diffuseurs.
A 21 h 54, Sarkozy détimbre sa voix, se fait agneau, serre ses poings l’un contre l’autre, entrecroise ses doigts. C’est le monologue de fin, sa grande scène, qu’on sent répétée mille fois : «J’ai tellement de travail à faire, il y a tellement d’impatience, il y a tellement d’attente, il y a tellement de souffrance, aussi, et je dois porter tout cela.»
NANTES : AU REVOIR VASILE : « Nos voisins Roms nous ont quittés »
Quand la solidarité a un visage...
posté par: Pierre
Pas seulement des « sans papiers » mais aussi des amis...
Nos voisins Roms sont partis
Ils sont partis ce matin. Le quatrième ordre d’expulsion en un an aura eu raison de leur ténacité. Au fil des mois, de squatts en squatts, ils avaient réussi à demeurer dans le quartier pour que leurs enfants suivent leur scolarité en primaire et au lycée, et des liens s’étaient tissés, en particulier avec des bénévoles des Restos du Coeur. Vasile avait même failli être embauché sur le chantier Bouygues qui dévore peu à peu les terrains, mais il fallait verser une taxe de 8OO euros à l’Office d’Immigration.
Toutes les démarches on leur faveur ont échoué : la CAF, le Conseil Général n’ont fourni qu’une aide ponctuelle. Ces gens n’ont pas eu la chance de faire partie du quota que Nantes-Métropole s’est fixée : ils sont en trop, il faut respecter les chiffres...
Cette fois-ci « les autorités » ont mis le paquet pour chasser ces intrus. Non pas bulldozer et fourrière comme à l’automne, mais plus efficace et plus discret : une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Les policiers ont débarqué un matin avec des chiens. Ils sont repartis avec les cartes d’identité de chacun des membres du groupe et ont emmené en garde à vue leur doyen, malgré les protestations des autres qui brandissaient les médicaments nécessaires à ce malade cardiaque et diabétique. Nos tentatives pour faire parvenir ses médicaments au prisonnier ont été repoussées.
Il n’est sorti que le soir, mais avec une OQTF, dont voici le formulaire :
Obligation de Quitter le Territoire Français
"Vu la Convention européenne de sauvegarde des droits de 1 ’Homme et des Libertés fondamentales du 4 novembre 1950 et notamment les articles 3 et 8 ;
Vu le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et notamment les articles L 121-1 à L 121-5, R 121-1 à R 122-5 et L 511-1 1 ;
Considérant que Monsieur ...... , de nationalité roumaine, est entré en France, selon ses déclarations, en août 2007 soit depuis plus de trois mois, et a été interpellé par les services de la police de Nantes le 28 mars 2008 ;
Considérant qu’il ressort de l’examen de la situation de l’intéressé que celui-ci ne dispose pas d’une assurance maladie personnelle, ni de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d’assistance sociale dans la mesure où il déclare ne pas avoir de ressources personnelles, bénéficier de la couverture médicale universelle et vivre grâce aux aides d’associations caritatives ;
Considérant que l’intéressé ne remplit aucune autre des conditions fixées à l’article L 121-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et ne peut donc dès lors bénéficier du droit au séjour._
Considérant que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de 1 ’Homme et des libertés fondamentales ;
Sur la proposition du secrétaire général de la préfecture de la Loire-Atlantique ;
ARRETE
Article 1 er : L’admission au séjour de Monsieur ..... est refusée ;
Article 2 : Monsieur ..... est obligé de quitter le territoire français dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent arrêté ;
Article 3 : A l’expiration de ce délai, Monsieur ..... pourra être reconduit d’office à la frontière à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays pour lequel il établit être légalement admissible et s’exposera aux peines d’emprisonnement et d’amende prévues par l’article L 621-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour tout étranger séjournant irrégulièrement en France.
Article 4 : Le Secrétaire général de la préfecture de la Loire Atlantique est chargé de l’exécution du présent arrêté.
Ils nous ont laissés tristes et désemparés
Ce document est accompagné d’une note : « Monsieur ..... est informé qu’il peut solliciter une aide au retour à caractère humanitaire auprès de l’Agence Nationale de l’Accueil des Etrangers et des Migrations (ANAEM) »... En fait, il n’y a pas le choix, puisque le groupe ne peut récupérer ses cartes d’identité qu’à l’ANAEM, en s’inscivant dans un convoi vers la Roumanie.
Ce matin donc ils sont partis, adultes et enfants, après qu’ils aient fait la semaine dernière un aller-retour à Paris en TGV pour obtenir du consulat l’autorisation de voyager avec les enfants nés en France.Ce matin ils ont repris le TGV pour Roissy et ils seront à Bucarest ce soir, à quelque 200 kms de leur village... Ils ont abandonné sur place leurs caravanes et leurs affaires et ... nous ont laissé tristes et désemparés.
© http://karuna.anussati.org/Expulsions d'étrangers: «La course au chiffre »
Ouest-France – 25/04/08
La Cimade (1) s'indigne d'avoir compté plus de 35 000 migrants sans-papiers placés en centres de rétention, l'an passé. Dont 38% reconduits manu-militari à la frontière.
« Nous assistons, depuis 2003, à l'industrialisation du dispositif d'éloignement des étrangers en situation irrégulière », conclut le rapport annuel de la Cimade, publié hier. Les mots sont durs. Mais ils sont basés sur des statistiques parlantes, collectées par le seul observateur indépendant présent dans les centres de rétention administratives de l'Hexagone.
Selon la Cimade, 28 220 migrants sans-papiers y avaient été enfermés en 2003; 30 707 en 2006; 35 008 en 2007. Une inflation qu'accompagne une « multiplication » des places en rétention...

Les étrangers y sont détenus jusqu'à 32 jours maximum (la durée légale s'est allongée), jusqu'à ce qu'un juge (ou l'administration) décide de leur sort. Une infime minorité (40) obtient le droit d'asile. La grande majorité est condamnée à rentrer au pays. Mais comme cela pose de nombreux problèmes juridiques, tous ne sont pas expulsés.
« Contrôles fantaisistes »
Toujours selon la Cimade, 13 198 personnes en rétention ont été effectivement « embarquées » de force vers l'étranger, en 2007. S'y ajoutent les nombreuses personnes reconduites aux frontières, volontairement ou non, sans passer par les centres... On sait toutefois que l'objectif du ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux (25 000 expulsions en 2007), n'a pas été atteint. Et que celui de 2008 sera aussi compliqué à réaliser (26 000 expulsions).
Mais la Cimade pointe les « effets dévastateurs » de cette « course aux chiffres», « qui conduit la police à procéder à de plus en plus d'interpellations avec des méthodes souvent contestables. » Elle cite des « contrôles d'identité fantaisistes, pour traversée en dehors des clous ou crachats sur la voie publique ». Et les interpellations au petit matin dans les appartements, pour arrêter des familles. Ainsi, 242 enfants (dont un nourrisson de trois semaines à Rennes) ont été « privés de liberté ». Un excès de zèle justifié par le fait de ne pas les séparer des parents, mais qui est « totalement contraire à la Convention internationale des droits de l'enfant. »
La « course aux chiffres » a mené, en 2007, à des drames (chute du petit Yvan à Amiens, défenestration d'une Chinoise, par peur de la police). À des absurdités, aussi: plusieurs touristes européens en situation régulière se sont retrouvés en rétention. Et même quatre Français.
Le ministère de l'Immigration, que nous avons contacté hier, n'a pas commenté le rapport de la Cimade.
(1) La Cimade. Le but de cette association est d'accompagner, de défendre les migrants, et de les aider à s'insérer. L'inspiration d'origine de ce mouvement: des chrétiens protestants européens hostiles aux lois racistes nazies. Le Comité inter-mouvements auprès des évacués (Cimade) a été créé en octobre 1939, à Bièvres, pour venir en aide aux populations évacuées d'Alsace et de Lorraine, vers la France.
Contacts: Internet, www.cimade.org, Accueil : 06 79 20 11 17 (Nantes) ; 06 89 40 49 68 (Rennes) ; 02 33 28 09 37 (Alençon) et 02 31 70 34 19 (Caen).
Paysans et industriels unis face aux hypers
Ouest-France – 25/04/08
L'ensemble de la filière agroalimentaire s'inquiète du renforcement du poids de la grande distribution, en germe, selon elle, dans le projet de loi de modernisation de l'économie.
« Ce n'est pas courant de présenter un front uni d'agriculteurs et d'industriels, mais nous sommes confrontés à un phénomène grave et préoccupant, particulièrement pour les PME », s'inquiète Jean-René Buisson, président de l'Association nationale des industries alimentaires. L'Ania tenait, hier, une conférence de presse avec la FNSEA, Coop de France (coopératives agricoles), la CGGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises), la FEEF (Fédération des entreprises et entrepreneurs de France) et la CGI (Confédération française du commerce interentreprises).
Les agriculteurs et les industriels ont annoncé qu'ils s'alliaient pour réclamer une révision du projet de loi de modernisation de l'économie sur le volet concernant les relations industrie-distribution. Ils ont lancé une pétition à cet effet, alors que le projet de loi sera présenté, lundi, en conseil des ministres.
Les pétitionnaires entendent faire pression sur le gouvernement pour obtenir un amendement au projet de loi, afin d'obliger les distributeurs à justifier sur facture les avantages tarifaires qu'ils réclament aux industriels en contrepartie de différents services (catalogues publicitaires, « têtes de gondole » dans les magasins).
« Les clés de nos entreprises »
Alors que, selon une déclaration commune des six organisations, « un texte de consensus avait été trouvé entre les agriculteurs, les coopératives, les industriels et les distributeurs ».
Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, a précisé qu'un rendez-vous avait été demandé à Nicolas Sarkozy qui a tranché en faveur du texte actuel. Ce texte, estiment agriculteurs et industriels, « donne les clés de nos entreprises à la grande distribution, déjà toute puissante, et fait courir un grand risque à toute la production ».
Les organisations d'agriculteurs et d'industriels s'en remettent à la « sagesse du Parlement si leur appel n'était pas entendu par le gouvernement ». Elles ont indiqué qu'elles envisageaient de manifester devant l'Assemblée Nationale, dans la deuxième quinzaine de mai, avant l'examen du projet de loi par le Parlement si leur revendication n'aboutissait pas à un amendement, « de préférence d'origine gouvernementale ».
« Ce serait un comble, un an après l'élection du président de la République, que des chefs d'entreprise soient obligés de manifester dans la rue pour obtenir satisfaction », a lancé Jean-René Buisson.
En revanche, la Fédération du commerce et de la distribution considère que le texte est «bien écrit». La FCD concède seulement qu'elle est prête à différer la date d'application de la réforme à 2009.

Livraisons d’armes : sous la pression, Pékin lâche Mugabe
Libération - vendredi 25 avril 2008 - CHRISTOPHE AYAD
C’est à la fois un coup dur pour le dictateur zimbabwéen, Robert Mugabe, et une première concernant l’attitude de la Chine en Afrique. Cédant à la pression internationale, Pékin a renoncé à une livraison d’armes au régime zimbabwéen en pleine tourmente électorale.
Tollé. Alors que les résultats de la présidentielle du 29 mars, que l’opposition dit avoir emportée, n’ont toujours pas été publiés (lire ci-contre), l’armée zimbabwéenne devait prendre livraison d’une cargaison d’armes, dont 3 millions de cartouches pour fusils-mitrailleurs Kalachnikov, 1 500 lance-roquettes et 3 000 mortiers. La commande remonte à plusieurs mois, mais l’annonce de sa livraison imminente avait causé un tollé international, alors que l’opposition zimbabwéenne craint de plus en plus une violente et massive campagne de répression.
Le Zimbabwe n’ayant pas de côtes, les armes ont été débarquées au port de Durban, en Afrique du Sud. Les autorités sud-africaines ont autorisé le transit dans un premier temps, avant qu’un juge n’interdise la traversée du territoire par voie terrestre. Le navire, l’An Yue Jiang, est donc reparti vers l’Angola.
Nouveau revers pour Harare et Pékin, la Zambie, qui préside en ce moment la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC), l’instance sous-régionale, a annoncé son refus de laisser transiter les armes par son territoire. Washington s’est fortement engagé sur le sujet, faisant pression sur les pays d’Afrique australe et demandant à Pékin de renoncer à vendre des armes à Harare. Londres, dont Mugabe est la bête noire, a proposé l’adoption d’un embargo international sur toute vente d’armes au Zimbabwe, en plus de ceux en vigueur au niveau de l’Union européenne et des Etats-Unis. Tout en faisant remarquer que la vente n’avait rien d’illégal, Pékin a préféré reculer, à quelques mois des Jeux olympiques.
Steven Spielberg, chargé d’organiser la cérémonie d’ouverture, s’était désisté à cause du manque de pressions chinoises sur son allié soudanais pour mettre fin aux exactions au Darfour. Selon Amnesty International et des experts onusiens, Pékin a livré au Soudan des armes ayant servi à la répression dans la province rebelle, en violation d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du printemps 2005. Au début de la semaine, le Parlement européen a adopté un rapport très critique du rôle de Pékin dans les ventes d’armes à l’Afrique.
Répression. Le soutien chinois est crucial pour le régime de Mugabe, en proie à une inflation de plus de 100 000 % par an et à la famine. Pékin est désormais le seul partenaire en matière de sécurité. Selon la Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, un ouvrage des journalistes Michel Beuret et Serge Michel à paraître chez Grasset, Pékin a prêté ou donné quelque 400 millions d’euros au Zimbabwe, en échange de terres parfois exploitées par des travailleurs chinois. En 2004, la Chine a livré pour 240 millions de dollars (153 millions d’euros) d’armement, dont 12 avions chasseurs, mais aussi des canons à eau et du matériel d’écoute téléphonique servant directement à la répression intérieure. Le renoncement de Pékin est donc le premier lâchage en direct d’un «partenaire» africain.
Sarkotélé : le retour des bouc-émissaires
Jeudi 24 Avril 2008 – Marianne - Philippe Cohen
Nicolas Sarkozy a renoué avec la rhétorique de candidat et son gimmick favori, la désignation à la vindicte de bouc-émissaires.
La grande distribution stigmatisée… et cajolée
C'était le fonds de commerce du candidat Sarkozy. Le Président a beau faire, il ne sait pas inventer autre chose. Premier dossier, première cause repérable de la déception post-présidentielle, le pouvoir d'achat. Nicolas Sarkozy a potassé les chiffres et ils sont, selon lui, indiscutables : reprenant l'exemple du porc, qu'il avait déjà mentionné le 26 février 2008 lorsqu'il avait stigmatisé les supermarchés, accusés de vendre de plus en plus cher les tranches de jambon au moment où les producteurs voyaient leurs prix de s'effondrer, il montre à nouveau du doigt les enseignes de la grande distribution. La conclusion est plus surprenante : le Président propose d'abolir les lois Galland et Raffarin. Problème : les géants de la grande distribution exigent justement la même chose afin de pouvoir implanter encore plus de magasins sur tout le territoire…
Les patrons à la fête
Deuxième bouc-émissaire, les entreprises qui refusent d'augmenter les salaires de leurs employés – même quand elles font «des milliards de profits» - et de garder leurs seniors. Cette fois-ci, Sarkozy menace de sanctionner : les branches qui refusent de négocier sur les salaires verront leurs allègements de charges supprimés. Drôle d'idée : si, par exemple, le textile ne parvient pas à un accord salarial, toutes les entreprises du secteur seront sanctionnées, même celles qui, individuellement, se montrent plutôt généreuses d'un point de vue social. Le projet est soit impraticable, soit injuste. Il y a mieux : le Président considère qu'un tiers des profits doit aller aux actionnaires, un tiers aux salariés et un tiers aux investissements. Formidable ! Mais que propose-t-il pour y parvenir ?
Les chômeurs fainéants
Le Président est revenu sur le projet du gouvernement de sanctionner – par la suspension de leurs indemnités – les chômeurs qui refusent deux postes, même un peu moins bien payés ou situés à moins d'une heure de leur lieu d'habitation. Cette mesure facilitera-t-elle le retour à l'équilibre des comptes sociaux ? Ce n'est pas la question puisque Nicolas sarkozy reconnaît que les chômeurs «tricheurs» ou «fainéants» sont «une minorité». Mais c'est une mesure «symbolique». Car comme pour la spéculation, il s'agit d'introduire de la morale dans l'économie. Bon courage….
Haro sur les spéculateurs
Le Président a renoué avec la tonalité guainoïenne de son discours, évoquant un «capitalisme qui marche sur la tête, qui a besoin d'être moralisé» et critiquant implicitement le montant de la rémunération de certains dirigeants : «Quand on a des salaires de ce niveau, il faut en tirer les conclusions.» Et (re)pan sur la tête de Daniel Bouton, le Président de la Générale. Il s'en est pris tout particulièrement aux Agences de notation qui «n'ont pas fait leur travail» et «doivent être sanctionnées».
A entendre le président, on a du mal à croire qu'il est vraiment passé dans sa tête du statut de candidat à celui de Président : si la rhétorique est restée intacte, si le discours paraît toujours efficace, les solutions qu'il préconise restent floues. Vivement 2012. Pour nous, mais aussi pour lui !
