mardi 15 avril 2008
Deux refus ? Adieu l'allocation-chômage...
Ouest-France – 15/04/08 - Carine JANIN
Davantage de contraintes pour les demandeurs d'emploi au bout de six mois ? Des secrétaires contraintes de se réorienter vers les services à la personne ? Éventuellement payées 70 % de leur salaire précédent. Avec 1 h 50 de trajet chaque jour. Forcément, ça fait grincer les syndicats.

Car c'est l'un des « scénarios » envisagés par le gouvernement, dans la réforme de l'assurance-chômage. « Un scénario parmi d'autres, et qui n'est pas figé », veut tempérer le ministère de l'Emploi.
Quelle assurance-chômage ? Le gouvernement et les partenaires sociaux doivent se retrouver le 6 mai pour plancher sur le sujet. En guise de préparatifs, des réunions se tiennent à partir de jeudi. On s'y penchera sur la notion « d'offre valable d'emploi ». Et notamment, sur un « scénario » de dispositif de contrôle de chômeurs. Plus contraignant au bout de six mois. Et qui imposerait, si nécessaire, au demandeur d'emploi, de se réorienter. L'information a été révélée hier, par le journal Les Échos.
Aujourd'hui. Un demandeur d'emploi peut être privé d'allocation s'il refuse un poste compatible avec sa spécialité ou sa formation. Ce poste doit être également compatible avec ses possibilités de mobilité géographique, et avec un niveau de salaire pratiqué dans la région. Normalement, un seul refus suffit pour radier le demandeur d'emploi. Mais c'est rare (1 500 cas par mois sur 2,1 millions de chômeurs), car les agents ANPE n'entendent pas pénaliser des publics déjà en situation de fragilité.
Une des pistes envisagées. Durant les six premiers mois de chômage, la situation resterait identique à celle d'aujourd'hui. Au-delà, tout changerait. Le demandeur d'emploi devrait accepter un emploi occasionnant moins de deux heures de transport par jour et rémunéré « par exemple au moins 70 % de son salaire antérieur ». Mais peu importe que cet emploi corresponde ou non à sa spécialité ou sa formation. Ces deux critères n'entreraient plus en ligne de compte. Et, au terme de deux refus, les allocations seraient suspendues (deux semaines ou plus) ou réduites.
« Qui paiera le gazole ? » Pour l'association de chômeurs, AC Réseau, ce projet « continue d'accréditer l'idée que les chômeurs sont des feignants », déplore Pierre Nicolazo, du réseau à Nantes. « Aujourd'hui, déjà « sept millions de travailleurs touchent moins que le Smic, avance-t-il. Et il faudrait, en cas de chômage, envisager de toucher 30 % de moins ? »
Quant au temps de trajet, « qui paiera le gazole ? », s'agace-t-il. « Perdre son emploi, c'est d'abord une souffrance, rappelle aussi Gaby Bonnant, secrétaire national de la CFDT, chargé de la négociation sur l'assurance-chômage. Et derrière chaque chômeur, il n'y a pas un fraudeur. Bien sûr que nous sommes dans un monde où la mobilité est une réalité dont il faut tenir compte. Mais elle ne doit pas s'imposer avec brutalité aux salariés. Et négliger leur compétence, leur qualification n'est certainement pas une solution ».
Et puis, note-il, « les demandeurs d'emplois ont des devoirs, certes. Mais on doit, en contrepartie, leur donner les moyens de rebondir. En les accompagnant, c'est le rôle du service public. Et en les formant, c'est le rôle des entreprises. Or aujourd'hui, ni le droit à l'accompagnement, ni le droit à la formation ne sont assurés ».
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