dimanche 13 avril 2008
J.O - Le jour où la flamme a vacillé
LE MONDE | 12.04.08 | 14h39 Ariane Chemin, Gérard Davet
Une flamme olympique, c'est comme un président, un prince, ou plutôt une reine. Tel est le mot d'ordre à la préfecture de police de Paris : "La protéger comme un chef d'Etat." Elle atterrit à Roissy dimanche 6 avril, puis dort paisiblement à l'Hôtel Méridien de la place de l'Etoile. Une bonne nuit de sommeil avant les 28 km prévus, le lendemain, sur le parcours parisien âprement négocié entre autorités chinoises et françaises.
Des policiers en rollers pour faire "ludique et sportif". Pas moins de trois réunions de "bouclage" ont été nécessaires. En vertu d'un "accord sur les services du relais" signé en 2007, le Comité olympique chinois est seul responsable du parcours et de la sécurité de la flamme. Il faut donc faire assaut de diplomatie.
Le nouvel ambassadeur de Chine en France, qui fut stagiaire de l'ENA, a réclamé l'interdiction des manifestations. "Impossible, répond la préfecture de police, en France, une simple déclaration suffit." Trente unités mobiles sont prévues, et seize policiers en rollers, pour "faire ludique et sportif". Un véhicule avec un aimant est même réquisitionné, afin de ramasser des clous inopportuns...
Une "bible" d'une cinquantaine de pages est préparée pour l'événement qui fait intervenir 80 coureurs et 160 escorteurs. Tout y est consigné, y compris les manifestations les plus improbables : celles des démocrates birmans, des représentants des Ouïgours, de la communauté tibétaine de France et ses amis...
Est-ce parce qu'ils ne demandent jamais d'autorisation ? Les activistes de Reporters sans frontières (RSF) ne figurent pas sur la liste.
Bernard Kouchner isolé. Le 25 mars, Nicolas Sarkozy a rendu publique sa ligne sur les JO : il n'exclut pas de "boycotter" la cérémonie d'ouverture, mais espère des signes de Pékin. Il sait qu'en août il sera président de l'Union européenne, et veut donner le "la" aux "27".
Le même soir, au cinéma MK2 Bercy, avant la projection du portrait réalisé par Serge July de Daniel Cohn-Bendit, ce dernier lance en introduction : "L'esprit de Mai 68, aujourd'hui ? C'est foutre le bordel avant et pendant les JO de Pékin."
Quand les lumières se rallument, Bernard Kouchner confie à son ami "Dany" : "C'est difficile, je me bats."
Le lendemain, au conseil des ministres, où Rama Yade n'a pas été conviée, il est le seul à plaider pour le boycottage de la cérémonie d'ouverture.
Dans l'entourage de la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, on dit que c'est autour de Jean-David Levitte, le conseiller diplomatique de l'Elysée, que s'organise la réflexion. "Ils ne veulent pas se fâcher avec la Chine, et ils sont entourés de sinologues."
"L'homme à la queue de cheval". La flamme a rejoint la tour Eiffel à 11 h 30. Une cérémonie est prévue dans les salons, avant que Stéphane Diagana ne s'élance avec elle dans Paris.
Dans l'assemblée, un des responsables de l'ambassade de Chine repère "un monsieur à queue de cheval et à long manteau noir" et le désigne discrètement à ses hommes. Bien vu. Un peu plus tard, le conseiller Vert de Paris, Sylvain Garrel, le catogan en bataille, se jette sur les escorteurs en hurlant : "Troupes chinoises hors du Tibet !"
L'inquiétude commence à se lire dans les yeux des officiels asiatiques. Au sous-sol de la préfecture de police, on réalise tout à coup ce qui se joue. Ce n'est pas le Tour de France : les sportifs et la flamme ne seront pas applaudis. Et les manifestants-citoyens forment beaucoup plus de monde que prévu.
Daniel Bilalian et les sponsors. Officiellement, les sponsors font bonne figure. Ce sont eux pourtant qui avaient milité pour un parcours le plus long possible. Deux jours avant le défilé, le directeur de la communication de Coca-Cola France a rencontré Robert Ménard, le patron de RSF : il sait que, le 16 avril, l'ONG, actionnaire de tous les sponsors des JO, se rendra à leur assemblée générale, près de Washington. France 2, qui a dépensé 45 millions d'euros pour la retransmission des Jeux, ne cache pas sa déception.
La flamme devait s'arrêter devant l'immeuble de la chaîne, à 13 heures, pour le "JT". Les échauffourées qui ont précédé ont rendu l'étape impossible. Seul sur un banc, Daniel Bilalian soupire bruyamment.
David Douillet et le "robot". Sur le tapis rouge s'élance la silhouette massive de David Douillet. Mais voilà qu'un des "hommes en bleu" de la brigade chinoise chargée de protéger la flamme, qui ne parle pas français, saisit sa torche et éteint la flamme.
Stupeur, protestations... L'ex-judoka, furieux, s'en va passer sa colère sur les radios. "Ils éteignent la flamme alors qu'il n'y a aucun risque." Ils ? Les hommes en bleu, "si on peut appeler ça des hommes, moi j'appellerais plutôt ça des robots, des chiens de garde."
"Fini. on rentre". Le directeur du cabinet du préfet de police de Paris, Christian Lambert, fait voiture officielle commune avec le numéro deux de l'ambassade chinoise à Paris.
Etrange ambiance : chacun converse dans son téléphone et dans sa langue natale. Sur leur propre réseau de fréquences, les Chinois donnent des ordres aux relayeurs.
Les voilà à l'Hôtel de Ville, où une halte de vingt minutes a été prévue. La banderole tendue sur le fronton, "Paris dit oui aux droits de l'homme partout dans le monde", ne semble pas trop gêner les Chinois. Le trouble-fête Robert Ménard avait d'ailleurs critiqué le "manque de courage du maire".
Las ! Les Chinois repèrent un drapeau tibétain et, au balcon, neuf élus Verts, emmenés par Denis Baupin. L'ambassadeur boude et reste dans sa voiture : "Partons, nous ne voulons pas descendre." Christian Lambert s'y oppose : "Nous ne partirons pas avant d'avoir pris contact avec le maire et l'intérieur. Nous sommes sur le territoire français."
D'un geste de l'index, l'ambassadeur fait remonter tout le monde en voiture, direction Charléty, terminus de la promenade. "La flamme olympique n'a pas été éteinte", se réjouissent les officiels chinois. Au cocktail de clôture, ils trinquent seuls, entre eux.
Les 14 survêtements des sapeurs-pompiers. La journée s'est mal passée pour les pompiers de Paris. Dès 16 h 50, le sapeur Varennes vient déposer une plainte dont la préfecture de police se serait bien passée : "Pendant tout le trajet, des sapeurs-pompiers ont été victimes de dégradations sur leurs survêtements (manches arrachées, taches), le bus qui suivait la flamme a également été abîmé." Les 14 survêtements qui n'ont pas résisté à la journée seront remboursés.
19 heures, au ministère de l'intérieur, réunion avec MAM. Toute la journée, Michèle Alliot-Marie a été tenue au courant des événements. Elle n'a pas reçu de coup de fil de remontrance de Nicolas Sarkozy.
Le ministre de l'intérieur épargne le préfet de police, Michel Gaudin, lui demandant seulement "de se rendre à l'hôpital pour prendre des nouvelles" du cameraman de France 2, Bruno Girodon, blessé lors de la manifestation.
Trop tard : quand il arrive, le blessé est déjà sorti. L'inspection générale des services recueille la déclaration du policier impliqué : "J'ai repoussé à mains nues un cameraman qui refusait de regagner le trottoir (...). Ce dernier est revenu sur moi et m'a asséné un violent coup à hauteur du nez avec sa caméra." On attend l'autre version.
Il faut également tirer au clair l'histoire des drapeaux tibétains retirés aux manifestants par la police française. Aucune consigne n'avait été donnée en ce sens, mais les ordres étaient stricts : "Repousser fermement les manifestants, maintenir sur place les plus virulents, saisir les fumigènes et les drapeaux prévus pour attaquer le dispositif ou éteindre la flamme."
Place Beauvau, des policiers et responsables s'inquiètent plus discrètement : n'importe qui peut donc, comme l'a fait Robert Ménard, escalader Notre-Dame ? Ils se donnent des frissons en pensant aux "terroristes d'Al-Qaida".
Jin Jing, une héroïne chinoise. Jeudi, la Chine s'est trouvé une nouvelle héroïne : Jin Jing, la jeune escrimeuse paralympique de 27 ans, qui, dans son fauteuil roulant, à Paris, a défendu la flamme contre les manifestants protibétains.
A l'aéroport de Pékin, elle raconte : "C'était vraiment le bazar." D'un coup, elle a vu "trois, quatre indépendantistes tibétains. Mon premier réflexe a été de courber la tête et d'utiliser mon corps pour protéger la torche. J'ai juste pensé : je ne vais pas laisser ces indépendantistes me prendre la torche, même si je dois lutter jusqu'à la mort. N'importe quel Chinois l'aurait fait à ma place".
Pagaille européenne. Le 8 avril, à Cahors, Nicolas Sarkozy répète que "c'est en fonction de la reprise du dialogue" entre Pékin et le dalaï-lama que la France décidera de boycotter ou non la cérémonie d'ouverture des Jeux.
Mais un peu partout des voix s'élèvent. La chancelière allemande Angela Merkel snobera cette cérémonie. Le premier ministre britannique, Gordon Brown, assure qu'il n'avait jamais prévu de se rendre à Pékin le 8 août.
Jeudi, les députés européens votent une motion appelant les 27 à ne pas se rendre au stade olympique, le 8 août.
En France, le député (UMP) Lionnel Luca, président du groupe d'études sur le Tibet à l'Assemblée nationale, écrit au président de la République : "Je suis prof d'histoire-géo, et je parle à mes élèves des JO de Berlin. Attention à l'effet d'image."
Un sondage LCI-Opinion Way publié vendredi par Le Figaro confirme que 67 % des Français souhaitent que la France n'envoie pas de délégation officielle à la cérémonie d'ouverture, et que 61 % d'entre eux approuvent les manifestations du 7 avril à Paris.
Suppression de la carte famille nombreuse : c'était pour de rire

Placide - http://www.leplacide.com/
Tibet: le moine bouddhiste Matthieu Ricard reçu par Nicolas Sarkozy
INFO-CHINE le 12/4/2008 à 23h20 par AFP
Matthieu Ricard, précisant qu'il n'était pas "mandaté par qui que ce soit" et entendait apporter un témoignage "impartial et sincère", a affirmé que la crise tibétaine avait fait 192 morts et conduit à 2.300 arrestations.
"Le président est très concerné par le fait qu'un dialogue doive s'ouvrir pour que cette question du Tibet soit résolue de façon satisfaisante", a déclaré Matthieu Ricard à l'issue de l'entretien.
Interrogée, l'Elysée a confirmé la tenue de la rencontre, sans donner de précisions.
"Différentes options ont été envisagées et je ne pense pas que ce soit à moi d'en révéler le contenu", a ajouté le moine, interprète français du dalaï lama, qui vit dans un monastère au Népal.
Il a toutefois évoqué l'idée avancée par le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner que le dalaï lama, qui vit en exil dans le nord de l'Inde, soit reçu par l'ensemble des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne.
Le président Nicolas Sarkozy a lié mardi sa participation à la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin, en août, à un dialogue entre Pékin et le dalaï lama. La France assurera la présidence de l'Union européenne au moment des Jeux.
"J'ai l'espoir que quelque chose peut bouger pour la première fois depuis bien longtemps", a ajouté le moine bouddhiste, fils du philosophe et écrivain français Jean-François Revel et auteur de best-sellers traduits dans le monde entier.
Matthieu Ricard a indiqué avoir "mis l'accent sur la crédibilité des informations qui sont venues de la part de Tibétains".
"Il y a bien 192 morts qui ont été identifiés par nous. On pense qu'il y a 2.300 arrestations de personnes dont on n'a aucune idée de là où elles sont maintenant", a-t-il déclaré.
Matthieu Ricard a qualifié de "langue de bois habituelle" les propos tenus samedi par le président chinois Hu Jintao, qui a affirmé que les "obstacles pour des discussions" étaient du côté du dalaï lama.
"Le dalaï lama ne demande qu'une chose, c'est de rencontrer le président Hu Jintao, le Premier ministre, pour discuter sans pré-conditions", a-t-il dit.
La Chine accuse le dalaï lama d'avoir fomenté les manifestations qui ont débuté le 10 mars dans la capitale tibétaine, Lhassa, avant de dégénérer le 14 mars en émeutes et de s'étendre aux provinces chinoises voisines où vivent des communautés tibétaines.
Les dirigeants tibétains en exil affirment que la répression chinoise a fait plus de 150 morts, non seulement au Tibet mais dans les régions avoisinantes, tandis que la Chine accuse des "émeutiers" tibétains d'avoir tué 18 civils et deux policiers.
Dalaï-lama à Seattle - Cinquante mille personnes sont venues l'écouter
LEMONDE avec Reuters et AP | 13.04.08 | 11h01
Cinquante et un mille personnes, selon les organisateurs, se sont massées samedi 12 avril dans un stade de Seattle pour écouter le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains, venu appeler à la non-violence et souhaiter que le XXIe siècle soit le "siècle du dialogue".
Le dalaï-lama, qui vit en exil depuis 1959 en Inde, n'a fait aucune allusion directe aux troubles qu'a connus récemment le Tibet et n'a pas non plus suggéré que les dirigeants mondiaux boycottent la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, début août. Il avait réaffirmé vendredi qu'il n'était pas partisan d'un boycott de ces JO.
Invité d'un rassemblement de masse de cinq jours organisé par le groupe Seeds of Compassion pour promouvoir l'idée de compassion, le dalaï-lama a été précédé sur la scène par le lama Tenzin Dhonden, moine tibétain qui a déclaré que le Tibet ne demandait pas plus que l'autonomie.
Les organisateurs de ce rassemblement ont indiqué que le dalaï-lama devrait s'exprimer dimanche lors d'une conférence de presse sur la crise au Tibet.

Le dalaï-lama serre la main du musicien Dave Matthews lors d'un rassemblement organisé par le groupe "Seeds of Compassion" à Seattle (Etat-Unis), le 12 avril 2008
OGM : 78% des Français soutiennent Nathalie Kosciusko-Morizet
NOUVELOBS. | 13.04.2008 | 12:07
Selon un sondage Ifop, 78% d'entre-eux estiment que la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie "a eu raison" de défendre ses positions face à la majorité et 74% désapprouvent la sanction que François Fillon lui a infligée.
Une large majorité des Français soutient la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, dans ses prises de position sur les OGM, souvent plus restrictives que celles de sa propre majorité, et désapprouve la sanction que lui a infligée le Premier ministre François Fillon, selon un sondage Ifop publié dans le Journal du Dimanche du 13 avril
Selon cette enquête, 78% des Français pensent qu'elle "a eu raison" de défendre ces positions, jugées trop proches par les députés UMP de celles des anti-OGM, alors que seuls 16% pensent qu'elle "a eu tort". Six pour-cent ne se prononcent pas.
Un amendement communiste - Nathalie Kosciusko-Morizet avait notamment laissé voter cette semaine un amendement du député communiste André Chassaigne qui réécrivait l'article premier du projet de loi sur les OGM afin de protéger les cultures traditionnelles.
Dans Le Monde daté de jeudi, la secrétaire d'Etat a en outre dénoncé le "concours de lâcheté et d'inélégance" entre le président du groupe UMP Jean-François Copé et son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo dans le débat autour du projet de loi. Le Premier ministre avait exigé des excuses, obtenues immédiatement, et privé Mme Kosciusko-Morizet de déplacement gouvernemental au Japon ce week-end.
La décision de l'exclure de ce voyage est jugée "mauvaise" par 74% des sondés, alors que 22% la jugent "bonne". Quatre pour-cent ne se prononcent pas.
Sondage réalisé par téléphone les 10 et 11 avril auprès d'un échantillon de 956 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
Goasguen dénonce le «face-à-face entre l'Elysée et l'opinion»
Claude Goasguen (Archives Reuters)
Dans un entretien à paraître demain dans le «Journal du Dimanche», le député UMP de Paris s'en prend sans ménagement à l'exécutif.
AFP
© LIBERATION.FR : samedi 12 avril 2008
Claude Goasguen, député UMP de Paris, s'en prend sans ménagement à l'exécutif et déplore que "la vie politique se résume à un face-à-face entre l'Elysée et l'opinion", dans un entretien au Journal du Dimanche.
"Depuis l'élection présidentielle,
la vie politique se résume à un face-à-face entre l'Elysée et l'opinion. Or, si
cela a bien fonctionné quand le président caracolait dans les sondages, on voit
aujourd'hui que ce n'est pas la bonne méthode", accuse M. Goasguen.
A
propos du cafouillage gouvernemental sur la carte famille nombreuse, il déclare
que "si l'Assemblée avait été consultée sur les mesures d'économie, les députés
auraient pu signaler que celle sur la carte famille nombreuse allait déclencher
des controverses." "Le mieux aurait été d'en discuter avant",
ajoute-t-il.
Le député prévoit de "nouveaux couacs", et prévient qu'il
faut "faire de la pédagogie, et non balancer les mesures les unes après les
autres comme un bombardement". "Les députés ne veulent plus être traités comme
de simples bulletins de vote. De plus, beaucoup ont le sentiment que le
volontarisme de Sarkozy s'étiole", ajoute-t-il.
"Les ministres ont acté
que le Parlement n'avait plus de pouvoir. Ils assistent de moins en moins aux
séances, ne répondent plus à nos questions, et vont chercher le satisfecit
auprès du président. On ne les voit que lorsqu'ils arrivent avec des projets, en
général assez mal ficelés, dont on a appris l'existence dans la presse. C'est
insupportable", ajoute-t-il.
"Le quinquennat a déséquilibré la Ve
République. Il est urgent de réformer les institutions et de rétablir la
souveraineté parlementaire", dit-il.
Emeutes de la faim : un défi inédit pour l'ONU
LE MONDE | 12.04.08 | 14h00 • NEW YORK (Nations unies) CORRESPONDANT
Confrontée à la flambée mondiale du coût de la nourriture, l'ONU se prépare au pire. "Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face", prévient une note interne de l'ONU dont Le Monde a obtenu une copie. Elle recommande la mise sur pied de "plans d'urgence spécifiques pour répondre aux besoins des populations urbaines", jusque-là peu touchées par la malnutrition.
D'après ce document de travail, la hausse des prix, qui pourrait se révéler non pas passagère mais "structurelle", risque de plonger dans l'"insécurité alimentaire" des millions de personnes. Et la communauté humanitaire manquera de moyens et d'expertise pour leur porter secours
Selon le "mémo" de neuf pages produit par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), l'ONU devra répondre aux besoins de "nouveaux groupes de population" à un moment où il y aura "moins de nourriture à distribuer". Pour cause d'augmentation des prix des aliments et de l'énergie, les agences humanitaires reçoivent moins de dons en nature et doivent dépenser plus pour acheter de la nourriture et la distribuer.
Parmi les défis qui attendent l'ONU et qui ne doivent pas être sous-estimés, figure aussi le durcissement de crises locales causé par des "émeutes de la faim", comme celles qui ont secoué l'Egypte, la Mauritanie, le Mexique, le Maroc, la Bolivie, le Pakistan, l'Indonésie, la Malaisie...
Ces troubles pourraient imposer "des interventions humanitaires hautement délicates" notamment en termes "de ciblage et de distribution", dans des périodes d'agitation et d'instabilité.
La réflexion onusienne s'appuie notamment sur des données du Fonds international de développement agricole (FIDA), une agence de l'ONU selon laquelle, pour chaque augmentation de 1 % du prix des denrées de base, 16 millions de personnes supplémentaires sont plongées dans l'insécurité alimentaire. Cela "signifie que 1,2 milliard d'êtres humains pourraient avoir chroniquement faim d'ici à 2025 ; 600 millions de plus que précédemment anticipé", prévient le document. Parmi les pays en première ligne : l'Erythrée, la Sierra Leone, Madagascar, Haïti, la Géorgie, le Burundi ou le Zimbabwe.
Selon cette analyse, bien que la flambée des prix alimentaires soit en partie due à des facteurs temporaires, la concomitance de "prix records de la nourriture" et de "productions agricoles record" est "une indication forte" que les prix resteront durablement élevés. D'autant plus que les facteurs de long terme, tels que l'augmentation de la population mondiale, la richesse croissante de pays tels que l'Inde, la Chine ou le Brésil (où l'on consomme plus de viande, et donc de grains pour le bétail), ainsi que la pénurie des ressources naturelles suggèrent "la possibilité d'un changement structurel, plutôt que simplement cyclique".
Bien que les groupes les plus vulnérables se trouvent traditionnellement dans des zones rurales, la nouvelle crise risque, selon l'OCHA, "d'avoir un impact important sur les pauvres en milieu urbain".
Le phénomène a commencé au Pakistan, où plus d'un tiers des 56 millions de citadins sont considérés comme vivant dans une situation "d'insécurité alimentaire". Selon la note, le défi, pour les organisations d'aide alimentaire, sera de s'adapter à "la nature mouvante des mécanismes de débrouille en milieu urbain", alors qu'elles n'ont qu'une "expérience limitée" dans cet environnement.
Pour faire face, l'ONU devra aussi, selon l'étude de l'OCHA, envisager "des interventions alternatives", telles que la distribution d'argent liquide, de bons alimentaires, ou la mise en place de "filets de secours sociaux".
Le déblocage de fonds d'urgence pour l'achat de bétail, de semences ou d'outils agricoles pourrait aussi se révéler indispensable. Mais les Nations unies disposent d'une expertise toute relative dans ces domaines, ce qui est, selon la note, une "source de vulnérabilité majeure".
Jusqu'à présent, les modèles d'analyse de l'ONU se sont rarement appliqués à "des situations où il y a de la nourriture, mais où les gens n'ont pas de quoi se la payer", relève le document. Le bureau de la coordination de l'aide humanitaire envisage donc d'encourager l'étude des effets du fonctionnement des marchés mondiaux sur la malnutrition.
L'ONU pourrait par ailleurs aider les gouvernements touchés à trouver "les bonnes réponses". Cela pourrait passer par l'adoption d'une posture claire sur la question de la reconversion de terres agricoles pour produire des biocarburants. Cette tendance nouvelle a été qualifiée de "crime contre l'humanité", en octobre 2007, par Jean Ziegler, alors rapporteur des Nations unies sur le droit à l'alimentation, mais ni l'ONU ni ses agences humanitaires ou environnementales n'ont adopté de position définitive sur la question.
FIN DE LA PRISE D'OTAGES SUR LE "PONANT"

© FRAP
Nourrir l'humanité ... par François Régis Hutin
Edito OUEST-FRANCE samedi 12 avril 2008 Éditorial
Vivre ensemble en bonne entente. Voilà ce que nous souhaitons tous pour notre société et qu'elle soit en harmonie avec les autres sociétés dans le monde. Mais vivre ensemble, c'est d'abord vivre. Or, ce que nous redoutions depuis toujours et dont l'humanité a tant souffert est de retour : la pénurie alimentaire. Nous l'avons écartée de nos riches contrées, du moins le pensions-nous. Mais, aujourd'hui, c'est la sécurité alimentaire mondiale qui est menacée. Les pays du Sud sont déjà frappés durement. Nous subirons, sans aucun doute, ici même, les conséquences que cette pénurie entraîne, à commencer par le renchérissement des denrées.
Aujourd'hui, les réserves mondiales, nécessaires à l'alimentation, sont en baisse. Le nombre d'hommes ne cesse, lui, de croître. Il est plus que temps de se concerter à tous les niveaux dans le monde, si l'on veut réellement réussir à Nourrir l'humanité (1).
La sonnette d'alarme a été actionnée depuis longtemps par des hommes compétents et clairvoyants : des Lebret, des Dumont, des Pisani et beaucoup d'autres. Mais les progrès techniques des dernières décennies laissaient croire au plus grand nombre que le problème était désormais résolu ou le serait aisément. On voit que ce n'est pas le cas.
Le XXIe siècle peut être celui de tous les drames, car manger va coûter de plus en plus cher. Il nous faut donc revoir nos politiques et nos méthodes en ce domaine crucial si nous ne voulons pas que le monde s'enfonce dans des révoltes et des guerres dramatiques. Déjà, des émeutes de la faim éclatent en plusieurs pays pauvres et l'on n'a encore rien vu, disent certains observateurs. Le problème de l'eau reste largement posé. Le manque d'eau se fait sentir dans de nombreux pays. Les nappes phréatiques sont en voie d'être épuisées.
Mais les aides publiques en direction des pays les plus nécessiteux ont diminué. La Commission européenne, par la voix du commissaire Louis Michel, tente de réveiller les États. Il faut que tous les gouvernants fassent des promesses du millénaire leur priorité, à savoir, entre autres, réduire la pauvreté de moitié, d'ici à 2015. Hélas, la pauvreté, depuis cet engagement, s'est encore accrue et les défis se sont aggravés.
Il n'est que temps
« La vie du monde dépend des champs, prés, forêts et mers de la planète, qu'une gestion exclusivement marchande des problèmes conduirait au pire désordre... Produire plus et mieux avec trois fois moins : moins de terres, moins d'eau, moins de biodiversité ; intégrer de nombreuses contraintes : plus de chaleur, donc plus d'épidémies. Telles sont les données auxquelles il nous faut faire face. Mais les armes traditionnelles de l'agriculture ne suffiront pas. Il faudra que le développement accéléré de la biologie ouvre le siècle du vivant » (1).
La question, maintenant, est de savoir, comme le rappelle la préface d'Edgard Pisani, dans le livre de Bruno Parmentier « qui nourrira qui au XXIe siècle ». Il importe, en effet, que chaque pays, chaque continent fasse tout pour parvenir à se nourrir lui-même. Pour cela, il faudra augmenter les rendements de 40 %. Actuellement, on produit moins que l'on ne consomme. Et Edgard Pisani conclut : « Je reste inquiet parce que, jusqu'ici, rien ne m'a démontré que le monde pourra nourrir neuf milliards d'habitants. »
Conclusion désespérée ? Certainement pas. Mais conclusion qui appelle à l'action immédiate les agriculteurs, les chercheurs, les politiques, les organisations non gouvernementales et toutes les bonnes volontés. « C'est ici que l'Europe doit jouer son rôle pleinement avec une politique agricole, alimentaire et territoriale renouvelée qui permettra de produire plus et mieux », a déclaré Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, lors des premières rencontres organisées, hier, à Rennes, par la Maison de l'Europe : « L'avenir de l'agriculture : nourrir les hommes dans le respect des territoires ». Le ministre a conclu : « Nous avons besoin d'une gouvernance mondiale en matière agricole où l'Europe a un rôle majeur à jouer. »
Il n'est que temps.
1) Nourrir l'humanité, de Bruno Parmentier, éditions La Découverte.
Dessin de Chanu - Carte SNCF
Ouest-France Samedi 12/04/08
L'État continuera à financer la carte, mais se fera rembourser par la SNCF. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

