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vendredi 11 avril 2008

« Bio et loi OGM : une énorme contradiction »

Recueilli par Xavier BONNARDEL Ouest-France – 11/04/08

Philippe Desbrosses juge incompatible le plan gouvernemental de relance de l'agriculture biologique avec la loi sur les OGM, en discussion à l'Assemblée nationale et au Sénat.

Philippe Desbrosses est chargé de mission auprès du gouvernement pour la mise en oeuvre du programme national agriculture biologique. Il est aussi directeur du centre pilote européen de formation et de recherche de la ferme de Sainte-Marthe en Sologne.

Le Grenelle fixe l'objectif de tripler les surfaces bio d'ici à 2012. Effet d'annonce ?

Il faut au moins rattraper le retard. Jadis leader en agriculture biologique, la France pointe seulement au 15e rang européen. Ce retard illustre le barrage des lobbies agro-industriels. Aujourd'hui, il y a un renversement de tendance. L'agriculture biologique répond le mieux aux critères du développement durable. Les consommateurs renouent avec les achats de proximité et de saison. Depuis le Grenelle, la consommation de produits bio connaît une croissance de 40 % ! La demande explose. En face, il faut que la production augmente. C'est là que le bât blesse. On importe la moitié de notre consommation bio.

Comment produire plus ?

Augmenter le nombre des producteurs bio passe par la conversion des agriculteurs conventionnels. Ces derniers doivent être conseillés, encadrés, parrainés, aidés moralement et financièrement, par des groupes d'agriculteurs bio. Faute de quoi, ils seront condamnés à l'échec. Il convient de faire avancer la recherche, l'animation, la formation, l'enseignement pour sensibiliser les jeunes. Et puis, les programmes actuels d'enseignement agricole sont obsolètes. Ils négligent l'agronomie, la microbiologie des sols. Pendant des décennies, on a substitué les fonctions naturelles et gratuites des écosystèmes par les artifices coûteux et polluants de la pétrochimie et de l'industrie lourde (engrais, pesticides, machines qui défoncent le sol).

D'autres mesures ?

Il y aura des aides pour structurer la filière bio, aujourd'hui trop dispersée, d'où des problèmes d'économie d'échelle. Une circulaire à paraître à la fin du mois préconise d'introduire 15 à 20 % d'ingrédients bio dans les menus de la restauration collective de l'Administration, y compris les armées et les prisons. Cela va créer un sacré appel d'air, mais aussi un risque de pénurie dans les rayons.

La loi sur les OGM menace-t-elle l'agriculture biologique ?

C'est une énorme contradiction. Les périmètres de protection des cultures ne tiennent pas la route scientifiquement : le pollen voyage sur des milliers de km ! Le danger est là : la mainmise des firmes, la politique du fait accompli par la contamination, la pollution volontaire. Lancer un grand plan de développement du bio n'a pas de sens si on détruit d'une main ce qu'on construit de l'autre. Mon histoire avec Michel Barnier, le ministre de l'Agriculture, n'est pas confortable. C'est un ami. Il connaît ma position. Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il soit à ce point l'otage du lobby agro-industriel.

Posté par werdna à 00:05 - Ecologie et Environnement - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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