vendredi 11 avril 2008
Indignation - Lumière sur la Villa Médicis, par Richard Peduzzi
LE MONDE | 09.04.08
Richard Peduzzi est directeur de l'Académie de France à Rome.
N'est-il pas affligeant qu'à l'occasion de l'annonce d'une nomination contestée, certains en profitent pour mettre en cause l'Académie de France à Rome ? Quelle image cette polémique médiocre espère donner aujourd'hui à cette grande institution ?
Je suis indigné par tout ce bruit, par ces attaques et par la mauvaise foi suscitées surtout par la méconnaissance du rôle de l'Académie de France à Rome. Une lettre "courageuse", anonyme, signée par un haut fonctionnaire, a été récemment envoyée au Figaro n'hésitant pas à parler des artistes et des intellectuels comme de mendiants et d'usurpateurs. C'est aussi un rapport consternant de personnes sans doute mal informées, donnant le point de vue que l'on peut avoir de cette institution un week-end, durant une brève visite des jardins.
Où veut-on en venir ? Quelles sont les intentions cachées ? Quels sont les objectifs ? La récupération de l'institution ? Mais diable par qui, comment et surtout pour quelle fausse raison ? Cette polémique entretenue et jetée en pâture à tous les esprits et à tous les regards sur la place publique est avant tout néfaste pour la culture et l'image de la France. Elle attriste tous ceux qui savent le foisonnement, la qualité et la diversité des activités qui se développent à la Villa Médicis.
Après ces six années comme directeur de la Villa, avec l'aval du conseil d'administration et le soutien constant du ministère de la culture, avec les pensionnaires, avec les artistes, avec les intellectuels, avec la réponse que nous avons de la part du public et des mécènes, nous nous sentons tous blessés et choqués par ces attaques malveillantes et infondées.
Durant toutes ces années, un important travail de restauration et de réaménagement de la Villa a été entrepris : les espaces d'accueil, les salles d'exposition, la bibliothèque, la salle de cinéma, la cafétéria, l'ouverture d'une librairie. La Villa Médicis, c'est bien sûr aussi un lieu de patrimoine exceptionnel ouvert à tous. Mais elle n'est pas seulement un patrimoine et un lieu de mémoire, elle demeure un laboratoire de création incomparable, un lieu fort et unique, atypique.
PAS LE FAIT DU PRINCE - D'abord par l'accueil de ses pensionnaires. Leur présence ici n'est pas le fait du prince : sélectionnés par un concours public, ils l'ont méritée. Leur séjour romain, qui n'a en rien perdu de son actualité, leur permet d'approfondir et d'affirmer leur travail et leurs recherches et de participer à toute la programmation de l'institution. Où comment est repensé le prix de Rome. Puis par une programmation artistique et culturelle riche et singulière.
Et que l'on cesse de parler de dépenses injustifiées. C'est faux ! Avec un budget limité, la Villa parvient à organiser des expositions prestigieuses avec de grands artistes de renommée internationale tels Anselm Kiefer, Gilles Aillaud, George Grosz, Giuseppe Penone, et bientôt Bertrand Lavier. Mais aussi des expositions classiques avec le peintre Granet, les dessins de la Renaissance et, je l'espère prochainement, Claude Lorrain. Des concerts, des films, des colloques, des lectures avec de grands écrivains et intellectuels : Olivier Rolin, Pierre Michon, Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, Alain Finkielkraut, Patrice Chéreau, Denis Podalydès, pour ne citer que quelques noms.
Chaque exposition d'art contemporain donne lieu à l'édition d'un catalogue, de même que les colloques à des publications scientifiques d'histoire de l'art, publiées et diffusées notamment en France et en Italie. Tous les directeurs qui ont succédé à Balthus - Jean Leymarie, Jean-Marie Drot, Jean-Pierre Angremy, Bruno Racine et moi-même - ont apporté leur touche personnelle et à leur manière, y ont mis toute leur force de conviction et leur âme.
Attaquer la Villa Médicis, c'est aussi attaquer sa tutelle naturelle et légitime, le ministère de la culture et son travail extraordinaire de promotion de l'art et de la pensée dans le monde.
Depuis la nomination de Balthus par le général de Gaulle et la réforme de l'institution par André Malraux, dans la continuité de ce qu'elle est depuis sa création par Louis XIV et Colbert, la Villa Médicis n'a cessé d'être un haut lieu de l'art et de la culture française à Rome et à l'étranger. Des générations d'artistes et de chercheurs de toutes les nationalités et de toutes les disciplines y sont passées, s'y rencontrent et y travaillent quotidiennement.
Mon mandat se termine le 31 août. Je veux quitter la Villa en étant fier de ce que je transmets à mon successeur, fier pour tous les pensionnaires, tout le public, fier pour l'histoire de l'art et les artistes.
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