jeudi 10 avril 2008
Saisonniers : Déni de justice pour les damnés de la terre
Alternatives Libertaires – Mars 2008 - Fred Decosse
Les ouvriers agricoles s’étaient révoltés contre leur patron-négrier. Plus de deux ans de procédure ne leur auront pas donné satisfaction. La justice est du côté du plus fort.
Juillet 2005, plaine de la Crau dans les Bouches-du-Rhône. Un piquet de grève s’organise, coincé entre le bord de la route et les 1 500 hectares de vergers de la société Sedac. Les drapeaux rouges flottent au milieu des rangées d’arbres fruitiers plantées à perte de vue. Les ouvriers agricoles ont cessé le travail dans l’une des plus grosses exploitations arboricoles françaises.
Ceux qui réclament ne sont pas repris
Ils sont deux cent quarante saisonniers sous « contrat OMI » (Office des migrations internationales), des hommes venus du Maroc et de Tunisie, qui travaillent souvent jusqu’à huit mois sur l’exploitation. Pour obtenir leur premier contrat, qui tient lieu de carte de séjour, ils ont dû payer jusqu’à 6 000 euros, l’équivalent d’une année de salaire. Aucun droit à la régularisation, aux allocations chômage ou à la prime de précarité. Une « lettre de servitude » (sic) délivrée par le patron en guise de certificat de travail.
Un gréviste explique : « Chaque jour, on bosse onze heures, même le samedi. On récolte tous 300 à 400 caisses de 20 kilos de pêches. Et le patron ne te compte que dix heures et il en déclare sept. Cinq euros et quelque l’heure, ça fait 885 euros (net) sur la fiche de paie. » Reste un gros volant d’heures sup’… « L’année passée, on a travaillé chacun deux cent à trois cent heures supplémentaires. Le patron ne nous a pas payé. Pareil cette année. » Ceux qui ont réclamé en 2004 n’ont pas été repris pour la saison 2005.
Mais une altercation a eu lieu début juillet avec le patron qui s’était engagé à régler l’ardoise. Avec cette arrogance seigneuriale d’agro-businessman à succès, il annonce alors qu’il va fermer la boîte. Stupeur. Rapidement la grève s’impose comme la seule issue.
Mouvement spontané d’auto-organisation ouvrière, pris en main par la CGT le lendemain. La production est bloquée en pleine récolte. Dans la foulée, les salariés des ateliers de conditionnement, dont beaucoup d’étudiants chinois à temps partiel, débrayent également.
Deux douches pour 120 ouvriers
La presse fait grand cas de l’affaire. Outre les questions relatives aux arriérés de salaire, les grévistes dénoncent les conditions d’insalubrité dans lesquelles ils sont logés. Soixante-deux euros par tête de pipe pour un lit dans une ancienne écurie ou un algeco déglingué. Deux douches pour cent vingt ouvriers. Pas d’eau potable. Il faut tout acheter : l’eau, les couvertures, le gaz et même les outils de travail. À défaut d’escabeaux de récolte, il faut grimper sur des piles de caisses pour ramasser les fruits, les accidents sont nombreux. Pas d’équipements non plus pour se protéger des pesticides.
L’inspection du travail dresse huit procès verbaux.
La négociation s’engage mais ne débouche sur rien de très probant : vague engagement du patron quant au paiement du solde ; relogement des ouvriers dans des foyers ruraux (les paniers à salades feront même office de camions de déménagement !) ; enfin, le préfet s’engage à donner la priorité aux saisonniers de l’entreprise dans l’attribution de primo-contrats dans d’autres exploitations l’année suivante en cas de faillite…
Décembre 2007, tribunal correctionnel de Tarascon. Grévistes et patron se retrouvent face à face suite aux PV de l’inspection du travail. L’instruction a été bâclée, peu de pièces versées au dossier. C’est donc parole contre parole et le patron ne se dégonfle pas. Morceaux choisis : « On cherche à me faire passer pour un négrier. C’est une mise en scène pour la télévision probablement… J’ai toujours été contrôlé par l’administration, qui n’a jamais rien trouvé à redire. Monsieur l’inspecteur du travail qui n’êtes pas là aujourd’hui, ces contrôles chaque année, vous les avez faits ou pas ? »
Résultat : le tribunal prononce la relaxe du patron, ne retenant aucun des huit chefs d’inculpation. Selon la CGT, une trentaine de salariés sur deux cent quarante ont retrouvé un contrat de travail depuis le dépôt de bilan en octobre 2005. Un signal fort pour ceux qui seraient tentés de suivre l’exemple…
Industrie pharmaceutique : Médicament cherche maladie
Alternatives libertaires – Mars 2008 –
L’industrie pharmaceutique a pour habitude de fabriquer des maladies. Dans ce contexte, le moindre problème sexuel devient une maladie gravissime qu’il faut soigner immédiatement.
L’industrie pharmaceutique sauve la vie d’un tas de gens et améliore celle d’un tas d’autres. Mais comme toute industrie dans une économie capitaliste, elle est aussi mue par la recherche de profits. Elle va chercher à accroître ses parts de marché, par exemple par un recours massif à la publicité auprès des professionnels de santé [1]. Une autre stratégie consiste à créer de nouveaux marchés [2]. Globalement, les petits problèmes de santé normaux sont transformés en des maladies graves contre lesquelles on a justement le médicament [3].
C’est dans ce contexte qu’il faut aborder la médicalisation et la « pathologisation » de la sexualité. Le cas du Sildénafil (plus connu sous le nom de Viagra [4]), produit par Pfizer pour « soigner » les problèmes d’érection, est un cas d’école.
Certes, il ne s’agit pas de mettre tous les médicaments dans la même boîte ! Les problèmes d’érection peuvent affecter profondément la vie d’un couple [5] et sont plus courants avec l’âge. La dernière enquête Inserm sur le comportement sexuel en France montre que 6 % des hommes de plus de 50 ans auraient souvent des problèmes d’érection, cela doit être comparé avec les 20 à 30 % d’hommes sexuellement actifs qui n’ont pas d’érections « normales » et qui jugent leur sexualité satisfaisante, même à un âge avancé [7].
En dépit de ces résultats, Pfizer a mené des campagnes publicitaires pour populariser Viagra auprès d’hommes en arguant que 50 % des plus de 40 ans étaient touchés.
Certains hommes présentent des troubles de l’érection à cause de problèmes d’ordre « biologique » et peuvent être aidés par un traitement médicamenteux, mais dans la majorité, les causes sont socio-psychologiques et souvent en lien avec la relation « amoureuse » (peur de décevoir, d’être humilié…). En général, ils peuvent être facilement améliorés par des séances chez un psychothérapeute ou un sexologue.
Vu le succès du Viagra, l’industrie pharmaceutique s’attaque maintenant à la sexualité féminine. Il devient urgent de trouver une définition pour les dysfonctions sexuelles féminines de manière en englober le plus de clientes-patientes possible. La définition actuelle est purement mécanique et considère que si les organes génitaux fonctionnent bien alors tout va bien.
Heureusement, il y a des réactions face à ce phénomène. Tout d’abord des médecins indépendants font savoir que pour le traitement des insatisfactions sexuelles des femmes, aucun traitement pharmacologique n’a, à ce jour, été sérieusement évalué [8].
D’autre part, des médecins et militantes essayent de mettre en avant une nouvelle vision de la sexualité féminine, énoncée dans un manifeste, et qui prend en compte les dimensions socioculturelles, politiques, économiques, interpersonnelles, psychologiques et médicales [9].
[1] 1. « Médecins sous influence », émission Là-bas si j’y suis du 26 avril 2006, France Inter, disponible en ligne à www.la-bas.org. Attac, Le Complexe médico-industriel, Mille et une nuits, 2005, p. 46.
[2] 2. Leonore T., Female sexual dysfunction : a case study of disease mongering and activist resistance, PLOS medecine, avril 2006
[3] 3. Alan C. et Ray M., « Pour vendre des médicaments, inventons des maladies », Le Monde diplomatique, mai 2006.
[4] 4. La pratique courante d’utiliser des noms différents pour désigner un même médicament est en soi une stratégie marketing permettant de se « différencier » d’un concurrent mais peut vite devenir un calvaire pour les praticiens cherchant à faire le tri.
[5] 5. Bajos N.et Bozon M., « La sexualité à l’épreuve de la médicalisation : le Viagra », Actes de la recherche en sciences sociales, 1999 ; disponible en ligne à www.persee.fr
[6] 6. Gilles Trudel, Les Dysfonctions sexuelles, 2e édition, 2005, Presses universitaires du Québec, p. 93.
[7] 7. Lexchin J., Bigger and better : How Pfizer redefined erectile dysfunction, PLOS medecine, avril 2006.
[8] 8. « Insatisfaction sexuelle des femmes : gare aux traitements hormonaux », La revue Prescrire, juin 2007
[9] 9. « Une nouvelle vision des problèmes sexuels féminins », Sexologie actuelle, avril 2001, disponible en ligne à www.associationdessexologues.com/archives.php
Casse de l’Éducation nationale
Alternatives Libertaires – bulletin de la branche jeunesse – extraits - 4 avril 2008
Le service public d’éducation fait l’objet d’un plan de démantèlement délibéré : suppressions massives de postes (en 4 ans 70000 sont supprimés dans les lycées technologiques et généraux, 10000 dans les lycées pro), d’heures (notamment d’heures dédoublées et d’options), suppression du BEP et BAC Pro en 3 ans, casse du statut des personnels, rapport Pochard qui prévoit une « autonomie » des lycées calquée sur celle qui vient d’être mise en place dans les facs (renforcement des pouvoirs des chefs d’établissement et financement des lycées par des fonds privés)…
Pour le patronat et le gouvernement, tout se tient
Les mesures du gouvernement poursuivent plusieurs objectifs, dans le cadre d’un même projet :
- « Economiser » sur le dos de la population, des lycéens, des profs et personnels l’argent qu’ils préfèrent réserver à la police, à l’armée ou donner directement aux riches et aux patrons.
- Réduire radicalement en quantité et en qualité l’enseignement dispensé à tous, permettant ainsi le formatage au moindre coût d’une main d’œuvre docile, et dévaloriser les diplômes et les formations pour précariser les jeunes sur le marché du travail.
- Et enfin, livrer l’immense marché potentiel que représente l’éducation aux intérêts privés, en assurant du même coup au patronat un contrôle direct sur la formation de ses futurs salariés.
Tout le monde est concerné par ces attaques : à travers les lycéens et futurs travailleurs que l’on précarise et dont on veut diminuer les capacités de révolte, leurs parents qui voient leur avenir bradé et qui devront assumer le coût d’une éducation en voie de privatisation, et les personnels dont on casse le statut et dont on aggrave les conditions de travail, c’est l’immense majorité de la population qui a tout à perdre dans la mise en place de cette politique.
Se donner les moyens de lutter et de gagner !
Pour les lycéens, le blocage est un moyen légitime d’action si la grève des enseignants et personnels est insuffisante.
Changer l’école pour changer la société !
A travers les choix qui sont faits pour l’éducation, c’est tout un projet de société qu’il faut remettre en cause. Face à une école au rabais qui précarise les jeunes sur tous les plans (culturel, intellectuel, professionnel…), il faut affirmer le choix d’une école qui apporte à tous une culture et une formation riches, qui leur donne les moyens de lutter et de s’émanciper, d’une école qui serve à transformer la société.
Premières malfaçons sur le chantier de l'EPR à Flamanville : Greenpeace craint un scénario catastrophe « à la finlandaise »
29 mars 2008 – Greenpeace France
Paris, France — Greenpeace tient à attirer l'attention sur un courrier adressé par l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) au directeur de l'aménagement du site EDF de Flamanville (Manche) et qui fait état de malfaçons sur le chantier du réacteur EPR.
Alors que les travaux commencent à peine, l'ASN pointe déjà du doigt de nombreuses malfaçons dans la réalisation des premiers bétons. Greenpeace tire la sonnette d'alarme sur ce qui ressemble à s'y méprendre à ce qui se passe en Finlande, où le chantier de construction du premier EPR tourne à la catastrophe.
Dans une lettre datée du 12 mars, qui fait suite à une inspection du chantier de l'EPR à Flamanville réalisée le 5 mars, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dresse une longue liste de malfaçons et met en demeure le directeur de l'aménagement du site EDF de prendre des mesures correctives sous un délai d'un mois.
Problèmes de béton et surcoût : un air de déjà vu...
Non conformité des ferraillages, incohérence entre les plans d'armatures et les plans de méthode, défauts de surveillance de positionnement de platine, modification de la cinétique de bétonnage, etc. : la liste des problèmes est longue, pour un chantier qui démarre tout juste et où les premiers bétons viennent tout juste d'être coulés. Rappelons qu'il s'agit de béton dit « de qualité nucléaire », qui constitue le fondement du réacteur et doit assurer directement la sûreté du réacteur et du stockage des combustibles irradiés.
Par ailleurs, lors d'une conférence, le 20 février dernier, Pierre Gadonneix, le PDG d'EDF, reconnaissait publiquement, que l'EPR de Flamanville allait coûter plus cher que prévu, sans toutefois indiquer le surcoût.
« Problèmes de malfaçons sur le chantier et dépassement budgétaire : le chantier de Flamanville a à peine commencé qu'il prend déjà la même tournure que celui de l'EPR finlandais », déclare Yannick Rousselet, chargé de la campagne Énergie de Greenpeace France.
En Finlande, où la construction du premier EPR a commencé mi-2005. Depuis le départ, il tourne au désastre. Le contrat prévoyait une connexion du réacteur EPR au réseau finlandais pour le premier semestre 2009. En réalité, ce ne sera fait au plus tôt qu'en mai ou juin 2011. Le dépassement budgétaire est désormais évalué à 1,3 milliard d'euros. En clair, au lieu des 3,3 milliards d'euros convenus au départ, l'EPR finlandais devrait coûter au moins 4,5 milliards d'euros. Sans parler du bon millier de violations des règles de qualité et de sûreté relevées par l'Autorité de sûreté finlandaise !
« La France doit tirer les leçons du désastre de l'EPR finlandais et des premiers déboires du chantier de Flamanville pour stopper ce projet inutile et si coûteux, reprend Yannick Rousselet. L'EPR de Flamanville est censé fournir une vitrine pour qu'EDF, Areva et Nicolas Sarkozy, le VRP de l'industrie nucléaire, vendent un maximum d'EPR à l'étranger. Que les pays auxquels ils font les yeux doux regardent de près ce qui se passe en France, car ils peuvent encore changer d'avis et opter pour des choix porteurs d'avenir, comme la mise en place d'une vraie politique d'efficacité énergétique et le développement des renouvelables, seules sources d'énergie propres, sûres et porteuses de paix. »
Mettons nos voitures au régime pour sauver le climat !
Greenpeace Europe - 09/04/08
Le problème
Aujourd'hui, en Europe, le secteur des transports est le seul à voir ses émissions de CO2 augmenter depuis 1990 (+26 %). À elles seules, les voitures particulières sont responsables de 12 % des rejets de gaz à effet de serre. En France, la situation n'est pas meilleure : à l'origine de 26 % de nos émissions (dont 14 % pour les véhicules particuliers), le secteur des transports est le plus polluant.
Pour respecter les objectifs du protocole de Kyoto, l'Union européenne (UE) doit réduire ses émissions de 8 % entre 2008 et 2012, par rapport aux niveaux de 1990. Or, pour l'instant, en quinze ans, elle n'a réussi à les faire diminuer que de 2 %. Il est donc plus que temps de mettre les bouchées doubles pour réduire les émissions de CO2 de vos voitures !
Sur l'environnement, des promesses, toujours des promesses...
Il y a douze ans, les constructeurs automobiles européens promettaient de faire tomber les émissions moyennes des voitures neuves de 180 à 140g/km d'ici à 2008. Mais cette bonne intention des constructeurs de mettre leur voiture « au régime » côté carbone est restée au point mort. L'engagement volontaire de 1998 a surtout permis de retarder l'adoption de normes contraignantes au niveau européen.
En décembre 2007, la Commission européenne a présenté un projet de réglementation visant à limiter les émissions de CO2 des nouvelles voitures. Ce texte devrait être examiné par les ministres de l'Environnement et le Parlement européen durant le deuxième semestre 2008. Suite au travail de sape réalisé par les industriels, regroupés au sein de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (Acea), ce projet de réglementation manque cruellement d'ambition. Il propose ainsi de limiter les émissions moyennes des moteurs à 130g/km d'ici à 2012.
Il nous faudrait une réglementation européenne beaucoup plus ambitieuse.
- une obligation de limiter la moyenne des émissions de CO2 à 120g/km d'ici à 2012 et 80g/km d'ici à 2020 ;
- une répartition de l'effort entre les constructeurs fondée sur le critère de l'emprise au sol (c'est-à-dire la surface entre les 4 roues d'un véhicule) et non du poids ;
- la mise en place d'un système de pénalités immédiatement dissuasif : 150 euros pour chaque gramme de CO2 supplémentaire pour chaque véhicule vendu ;
- une limite maximale d'émissions pour chaque véhicule en fonction du critère d'emprise (en plus de la limite pour la flotte de chaque constructeur).
Pour être à la hauteur du défi climatique, l'Union européenne doit se doter d'une réglementation sur les émissions des voitures neuves qui comprenne :
Réduire le poids des voitures : le moyen le plus efficace de limiter les émissions de CO2
Depuis une vingtaine d'années, l'industrie automobile a amélioré l'efficacité des moteurs. Malheureusement, au lieu de développer des modèles légers, plus économes et émettant le moins de CO2, elle en a profité pour construire des voitures de plus en plus puissantes et lourdes. Le poids moyen des voitures augmente de 1,5 % par an. On pense à tort que plus un véhicule est lourd, plus il est sûr. C'est faux. De nombreuses marques commercialisent déjà des modèles qui, à performances, sécurité et confort égal, consomment moins.
Certains prototypes ou les voitures « modèles » exposées lors des salons automobiles et mises en valeur sur les publicités, prouvent qu'il est techniquement possible, dès aujourd'hui, de produire des véhicules plus efficaces et moins polluants. Mais ce ne sont pas ces voitures-là que les constructeurs vendent au plus grand nombre...
Les voitures efficaces : bien pour le climat et... pour notre porte-monnaie !
Plus une voiture consomme de carburant, plus elle va émettre de CO2. Ainsi, obtenir des véhicules plus efficaces permettrait de mieux respecter l'environnement mais aussi de faire des économies ! Au fil du temps, les automobilistes ont obtenu que les constructeurs leur offrent des voitures plus confortables et plus sûres. Exigeons désormais des modèles plus respectueux de l'environnement ! Au lieu de tout faire pour saper les négociations européennes en cours, les constructeurs doivent prendre leurs responsabilités face à l'urgence climatique.
Ne laissez pas Sarkozy brader le climat pour les intérêts de l’industrie automobile
Les décisions concernant la réglementation des émissions polluantes de CO2 se prendront au second semestre 2008, alors que la France présidera l’Union européenne. Cette législation, une première en la matière, est absolument essentielle. Elle jouera un rôle déterminant dans la lutte contre les changements climatiques, à condition, évidemment, qu’elle soit suffisamment ambitieuse.
Malheureusement, pour s’attirer les bonnes grâces d’Angela Merkel, qui défend une industrie automobile allemande farouchement opposée aux efforts européens de réduction des émissions de CO2, le Président Sarkozy semble prêt à brader cette réforme indispensable pour le climat.
La France et l’Allemagne sont en train de négocier un accord qui privilégierait les intérêts financiers des constructeurs allemands, au détriment de la lutte contre les changements climatiques.
Si, comme nous, vous ne souhaitez pas que deux pays sacrifient le climat pour les intérêts de Mercedes, BMW, Porsche ou Volkswagen, signez cette pétition et faites-la circuler parmi vos amis.
Greenpeace remet un Monsanto d’or au député UMP Bernard Debré
Greenpeace - le 2 avril 2008
Greenpeace a décerné son premier Monsanto d’or à un député. Et c’est sans surprise et à l’unanimité le député UMP de Paris Bernard Debré qui est récompensé pour l’ensemble de son œuvre de promotion des OGM et de sape des principes issus du Grenelle. Le prix vient d’être remis par Greenpeace aux abords de l’Assemblée nationale.
Vous pouvez d’ores et déjà envoyer à M.Debré un message de félicitations : bdebre@assemblee-nationale.fr
Florilège des déclarations du lauréat :
Dans Le Parisien, le 2 avril :
- « Or, on sait très bien que les OGM vont être une des réponses à la faim dans le monde. Car si on ne double pas la production agricole, on ne pourra pas nourrir tout le monde. »
- « Le vin français est complètement OGM ! Le phylloxéra au début du siècle décimait la vigne. On est allé aux Etats Unis chercher des ceps, naturellement résistants au phylloxéra. Mais c’était quoi, si ce n’est un OGM ? »
À l’Assemblée Nationale, le 1er avril :
- « Ces plantes améliorent la qualité nutritionnelle. »
- « Bientôt, sous l’effet de l’idéologie et de l’activisme des anti-OGM, la France ne produira plus ces plantes. Nous manquerons ainsi le train de la modernité ; plus grave, notre filière agro-alimentaire perdra une compétitivité qui profite à notre indépendance nationale comme à notre rayonnement international. »
- « [Les agriculteurs du sud] augmentent leur productivité de 40 % grâce aux OGM ! Vous voulez donc tuer le tiers-monde ? Assassin ! »
Le chiffre du jour : 71 %
C’est la part des Français qui sont attachés à une production totalement sans OGM (sondage CSA - Greenpeace, janvier 2008). C’est aussi la part des Français qui considèrent que les hommes politiques ne préoccupent très peu ou pratiquement pas de ce que pensent les Français, selon un sondage TNS Sofres, réalisé à l’occasion du la journée du livre politique organisée samedi par… l’Assemblée nationale.
Jean-Louis Borloo rappelle les principes qui doivent fonder la loi sur les OGM
Enfin, sur France Inter ce matin, Jean Louis Borloo a rappelé l’ensemble des décisions du Grenelle prises à l’unanimité de tous les collèges concernant les principes devant être garantis par la future loi sur les OGM : « principe de responsabilité, principe de précaution, principe de transparence et de participation, règles de coexistence, libre choix de produire et de consommer sans OGM. Voilà ce que dit ce texte (ndr : celui des engagements) ».
Or, c’est justement ce libre choix là qui est remis en cause par le projet de loi tel qu’il va être voté par la majorité UMP. La seule loi possible sur les OGM est une loi de protection du sans OGM et non une loi de contamination.
Mardi 1er avril, Greenpeace a remis à chacun des 577 députés un petit drapeau français avec la question suivante : « contaminé par Monsanto ? » Greenpeace appelle les députés à faire primer l’intérêt général et non les intérêts d’une minorité de firmes biotechnologiques. Le projet de loi présenté en ce moment à l’Assemblée doit être amendé en profondeur pour garantir le droit et la liberté à produire sans OGM.
Greenpeace s'oppose à la culture d'OGM en plein champ car elle conduit inévitablement à la dissémination des OGM dans l'environnement et à leur introduction dans la chaîne alimentaire. Toutefois, Greenpeace ne s'oppose pas à la recherche en milieu confiné, ni à la fabrication de médicaments ou d'autres substances, à l'aide de micro-organismes génétiquement modifiés, tant que leurs conditions de confinement sont efficaces.
Un Chinois règle la circulation à Paris, par Dominique Dhombres
LE MONDE | 09.04.08
Avez-vous vu ce diplomate chinois parler avec véhémence au directeur de cabinet du préfet de police, sur le parvis de l'Hôtel de Ville, à Paris ? C'était dans le journal télévisé du soir, mardi 8 avril, sur TF 1. Pour ceux qui ont manqué cet épisode, on résume. La flamme olympique passait lundi par la capitale. Le cauchemar des policiers qui la protégeaient a commencé dès que Stéphane Diagana est apparu avec elle au pied de la tour Eiffel. Il a continué pratiquement jusqu'à l'arrivée de la flamme au stade Charléty, après un parcours de 28 km.
L'étape de l'Hôtel de Ville, brûlée à la demande des Chinois, a été cruciale. "Aux abord de l'Hôtel de Ville, l'itinéraire va brutalement changer. Qui décide ? Qui fait quoi ? Incontestablement, la décision viendra de ce conseiller politique auprès de l'ambassade de Chine", explique un journaliste de TF 1. On voit alors un diplomate chinois, écharpe autour du cou, sortir de sa limousine, très en colère.
Sur le parvis de l'Hôtel de Ville, il y a des manifestants chinois, mais aussi, de l'autre côté, retenus par des barrières métalliques, des Tibétains et des défenseurs des droits de l'homme. M. Song s'adresse alors au directeur de cabinet du préfet de police. "Non, ce ne sont pas des Chinois, non !", lui dit-il, très remonté.
Ils poursuivent évidemment une conversation entamée au téléphone. On voit distinctement les Tibétains et leur emblème. Pour le représentant de la Chine, c'est inacceptable. "M. Song et les autorités chinoises décident d'annuler le relais et la cérémonie de l'Hôtel de Ville. (...) Cette décision a été prise par les autorités chinoises. Ce sont elles qui avaient la responsabilité de la flamme, la responsabilité du rythme de déplacement du cortège", poursuit le journaliste invisible.
Pour mieux enfoncer le clou, TF 1 donne alors la parole à Pierre Mure, directeur de l'ordre public et de la circulation à la Préfecture de police. "L'attitude des autorités chinoises et leurs perpétuels atermoiements nous ont compliqué la tâche, puisque cela a freiné un déroulé normal du cortège", dit-il.
Vous avez compris ? Les Chinois réglaient, lundi, la circulation à Paris. On plaisante ? TF 1 était en mission pour sauver la police parisienne de l'accusation d'incompétence. La police parisienne répliquait en disant que les incompétents, c'étaient ces Chinois aussi arrogants qu'indécis. Et mal élevés !
Ce n'est pas David Douillet qui dira le contraire. L'ancien champion du monde de judo se voyait éteindre sa flamme par un Chinois, nettement plus petit que lui, mais qui savait où était le bouton interrupteur sur son flambeau. Il faut conclure. La morale de cette histoire est qu'il ne faut jamais laisser les Chinois régler la circulation à Paris. Ils le font mal.
Tchad : Le pillage peut continuer
Alternatives Libertaires - Jacques Dubart - 3 avril 2008
Les récents événements recèlent trois niveaux de conflits superposés : un conflit interne pour le partage du pouvoir d’État ; une rivalité internationale entre le Tchad et le Soudan au sujet du Darfour ; une rivalité impérialiste entre la France, les États-Unis et la Chine.
Fin janvier, quelque 2000 « rebelles » investissaient la capitale tchadienne avant d’être repoussés et de se replier vers leurs bases arrières au Soudan.
1. Rivalités claniques
En décembre 1990, Idriss Déby prenait le pouvoir à N’Djamena dans des conditions analogues à la récente tentative des forces rebelles – à la différence près qu’il le fit avec le soutien militaire français et s’empara de la capitale. Reprenant une tradition clanique déjà établie à la tête de l’État tchadien depuis les années 1980, Déby plaça des membres de son ethnie, les Zaghawas, à tous les postes-clés de l’État. Les Zaghawas représentent environ 2 % de la population tchadienne, et sont également présents au Darfour. Mais en leur sein même, des clans existent se disputent les meilleurs postes. Le clan présidentiel, les Bideyat, a ainsi vu sa suprématie remise en cause par les factions qui ont tenté un coup d’État raté en février 2006, reprochant à Déby de ne pas secourir les « frères » du Darfour, mais convoitant aussi la manne pétrolière.
Il faut dire que la mise en exploitation des premiers puits, au début des années 2000, a excité les appétits.
Un des dirigeants de la rébellion n’est autre que Timan Erdimi, le propre neveu du président Déby. S’exprimant le 1er février sur RFI, il se déclarait « prêt pour un partage réel du pouvoir ».
2. Rivalités internationales
Mais au-delà des rivalités claniques, ce conflit s’inscrit aussi dans les tensions entre N’Djamena et Khartoum. La guerre dans la région frontalière du Darfour crée une situation inextricable. Khartoum voit dans Déby un obstacle à sa politique de « normalisation » au Darfour, et souhaite son renversement. Ce n’est pas un hasard si l’offensive rebelle a été déclenchée le 31 janvier, jour où était annoncé officiellement le déploiement de la Force européenne (Eufor). Cette force pilotée par la France sous mandat de l’ONU est destinée à « stabiliser les régions affectées par le conflit du Darfour » – en clair, protéger les dictateurs tchadien et centrafricain. Si les rebelles avaient pris N’Djamena, le déploiement de l’Eufor était remis en cause. Échec pour Khartoum. Dès le 12 février, fin de l’incursion, il a repris son cours.
3. Ingérences impérialistes
Idris Déby a sauvé sa peau grâce à l’action concertée de plusieurs puissances étrangères. L’État français a apporté une aide décisive : munitions et carburant, informations aériennes sur les positions des rebelles, défense armée de l’aéroport de N’Djamena. Le quotidien La Croix a même affirmé que des « éléments du commandement des opérations spéciales (COS) » ont été impliqués dans les combats, le 2 février.
La Libye, désormais dans les petits papiers de Paris et de Washington, a livré des armes et des munitions. Les États-Unis, en coulisses, ont totalement soutenu l’intervention militaire française. Le Monde du 6 février rapportait en ces termes les propos d’un diplomate états-unien à l’ONU : « Nous poussons les Français à faire plus ».
Le rôle de la Chine est plus difficile à décoder. Certes, le Soudan, où elle contrôle l’essentiel des ressources pétrolières est une carte maîtresse de Pékin dans un jeu africain où la Chine est de plus en plus présente. Mais son rôle éventuel dans cette tentative de renversement de Déby n’est pas évident. D’autant qu’elle signe déjà des contrats significatifs avec l’administration tchadienne actuelle, comme par exemple la construction du nouveau pont sur la rivière Chari.
Aujourd’hui le couvre-feu règne à N’Djamena. De nombreuses et nombreux opposants on été arrêtés, voire liquidés. L’État français a sauvé la mise d’un petit dictateur, pillard de son propre pays. La principale ressource du Tchad, le pétrole, contrôlé par des compagnies américaines, continuera à ne pas être utilisé pour le développement au service de la population. Cette dernière, si elle n’aurait pas pleuré la disparition du dictateur, n’avait non plus aucune illusion sur les motivations des rebelles.
Pays parmi les plus pauvres de la planète, le Tchad, déjà fortement touché par le dérèglement climatique, n’en finit pas de payer le prix des ingérences impérialistes dans ses propres contradictions.
