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jeudi 10 avril 2008

Humiliant

Didier PourqueryLibération – Edito du jeudi 10 avril 2008

Insupportable !

La façon dont les commissaires politiques de la majorité ont fait plier Nathalie Kosciusko-Morizet, qui avait dit tout haut ce qu’elle pensait de l’attitude lâche de certains de ses collègues, a quelque chose d’humiliant.

Des couacs, le gouvernement en connaît régulièrement. Fadela Amara en a fait les frais (tests ADN), Jean-Marie Bockel (pour ses prises de positions critiques sur les relations entre Paris et certaines capitales africaines), Rama Yade aussi (visiste de Khadafi et JO de Pékin). En octobre, Martin Hirsh est monté au créneau contre l’amendement d’un député UMP prévoyant d’exclure les sans-papiers des centres d’hébergement d’urgence.

On se souvient des attentes, voire des espoirs, qu’avait suscités ce grand débat. Une fois publiées les 268 mesures issues de ces tables rondes, on avait dit que l’équipe Sarkozy devrait désormais passer aux actes et qu’il ne faudrait pas décevoir les bonnes volontés exprimées à cette occasion. Nathalie Kosciusco-Morizet qui se bat depuis des années pour l’environnement et qui est souvent bien solitaire dans son camp, a incarné d’une certaine manière l’esprit du Grenelle. Plus que Jean-Louis Borloo qui semblait se retrouver à son poste faute de mieux, elle a mené les débats honnêtement, jouant le jeu parlementaire en défendant certes les positions gouvernementales, mais sans se montrer obtuse. Il faut du courage pour affronter le lobby agricole productiviste. Elle en a montré, seule à l’Assemblée. Obligée de s’excuser publiquement, elle rentre dans le rang du gouvernement et de l’UMP. François Fillon et Nicolas Sarkozy, chantres de l’ouverture, ont décidément une étrange conception de l’ouverture d’esprit !

Mais dans l’affaire «NKM», il s’agit d’un rappel à l’ordre particulièrement gênant. Il met en lumière la façon hypocrite dont le gouvernement gère les suites du Grenelle de l’Environnement.

nathalie_kosciusko_morizet

Une écologiste bien seule dans son camp.

Si elle tente de prouver que la droite peut avoir un discours sur l’environnement, elle est loin d’avoir convaincu une majorité toujours largement sceptique sur ces questions.

Comme un symptôme, les premiers à voler au secours de la secrétaire d’Etat dès sa mise en cause mardi ont été… les associations écologistes. France Nature Environnement a ainsi dénoncé «une mise en cause inacceptable» de NKM par les députés et Greenpeace un «procès en sorcellerie». Etant une des rares dans son camp à suivre ces dossiers depuis plusieurs années, elle a acquis une vraie légitimité auprès des ONG, qui lui a été très utile lors du Grenelle de l’environnement. Même la gauche, Verts compris, a souvent fait preuve d’une certaine bienveillance à son égard.  Mais les élus de la majorité qui n’ont toujours pas digéré le Grenelle de l’environnement, profitent du premier texte issu de ce processus pour régler quelques comptes.

Jusqu’ici, l’environnement a pourtant été le socle de son ascension politique. Polytechnicienne, ingénieure de l’Ecole nationale du génie rural, des eaux et forêts, elle est secrétaire nationale à l’écologie à l’UMP dès 2003. Et commence à se faire remarquer en 2005 en défendant bec et ongles la Charte de l’environnement, le bébé de Chirac. Déjà contre une partie des caciques de la majorité.

Nathalie Kosciusko-Morizet essaie de se préserver une place au soleil. Au risque, comme hier, qu’il y fasse un peu trop chaud.

Mardi soir, elle confie au Monde son ras-le-bol : «J’en ai marre d’être confrontée à une armée de lâches. Il y a un concours de lâcheté et d’inélégance entre Jean-François Copé [...] et Jean-Louis Borloo […]. J’attends avec impatience qu’il vienne exprimer la "parole unique" du gouvernement dans l’hémicycle. Quand il veut, il vient Sitôt cette lecture achevée, Nicolas Sarkozy somme son Premier ministre de remettre la dame au pas : «Soit elle s’excuse, soit elle est virée», lui dit-il en substance au cours d’un court entretien en présence de Jean-Louis Borloo et du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Fillon s’exécute. Par téléphone, il exige qu’elle s’excuse publiquement avant 16 heures et le vote solennel sur le texte OGM.

Au passage, il lui interdit de mettre les pieds à l’Assemblée, et lui signifie qu’il ne désire pas qu’elle soit de son voyage officiel au Japon aujourd’hui et demain. Le Premier ministre file ensuite à l’Assemblée où les députés UMP ne parlent plus que de l’affaire. Quand il arrive, la curée a commencé.

Posté par werdna à 11:57 - Ecologie et Environnement - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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