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vendredi 4 avril 2008

Englué dans le fioul, Paimboeuf broie du noir

Ouest-France – 04/04/08 - Christophe JAUNET

pamboueuf

Les vieux quais et le port de Paimboeuf sont transformés en immense chantier de nettoyage. De la toile blanche a été tendue sur les quais pour les protéger d'un nouvel arrivage de fioul. : Photo hilippe Chérel

Le sort s'acharne sur ce port de l'estuaire de la Loire, souillé par la pollution. Cette nouvelle catastrophe brise une dynamique touristique naissante.

« À Paimboeuf, la Loire offre un spectacle de tous les instants. » La plaquette touristique vante une cité portuaire de 3 000 habitants, aux façades de maisons colorées. Mais, depuis trois semaines, le tableau a viré au noir, sali par des tonnes de mazout. Échappé de la raffinerie Total, à Donges, juste en face, rive droite, il s'est échoué dans ce qui était l'avant-port nantais au XVIIe siècle.

Sur les quais, les nettoyeurs n'ont pas chômé mais cette « catastrophe » laisse déjà des traces indélébiles. De la grogne aussi. « On est toujours dans les bons coups », ironise un pêcheur, bloqué à terre depuis vingt jours.

Promenades sur le fleuve et art contemporain
« On n'avait vraiment pas besoin de ça ! », soupire le maire, Michel Bahurel. Cette pollution n'est que le énième épisode d'une série noire. En 1998, la société Octel-Kuhlmann, qui employait 130 personnes, s'en va, laissant un site pollué au plomb, toujours en friche. Faute de fret, la gare ferme aussi. L'an dernier, la ministre de la Justice annonce la fin du tribunal d'instance.

« On a voulu gommer l'image de ces fermetures », plaide Michel Bahurel. La biennale d'art contemporain Estuaire 2007 a attiré, ici, 30 000 visiteurs. Le réaménagement des quais est planifié. Des promenades sur le fleuve sont organisées, de même que des visites théâtralisées de la ville ou la reconstruction d'une chaloupe. « Cette pollution est d'autant plus injuste que nous avions enclenché une nouvelle dynamique, tournée vers l'estuaire, autour du projet de port pêche et plaisance qui sera mis en service en 2011. » L'investissement s'élève à 20 millions d'euros.

« Mais, maintenant, quel propriétaire de bateau prendra le risque de s'amarrer à Paimboeuf, face au risque Total ? », se désole le maire, fatigué et abattu. « C'est comme un cycliste qui pédale et chute brutalement parce que sa chaîne se casse... On vient de nous casser la chaîne. » L'élan est brisé, la confiance aussi. « On a plus que mal au coeur. Pour réparer, ça sera long. Tout est à reconstruire. » Les dégâts matériels, bien sûr mais aussi l'image noircie.

Michel Bahurel a porté plainte contre le pollueur. « On sent du mépris de la part de Total. Pas ici, à la raffinerie mais plus haut... » Malgré l'exaspération et la colère, le maire est prêt à travailler « à l'amiable » avec le raffineur pour éviter une longue procédure. « Des habitants estiment que Total, pour se faire pardonner, devrait nous payer notre port de plaisance. C'est pas réaliste. En revanche, Total peut nous aider à relancer la machine. »

La question de la sécurité dans l'estuaire, où cohabitent industries et nature fragile, s'impose aussi. Paimboeuf exige d'être protégée.

Posté par werdna à 00:07 - Ecologie et Environnement - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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