samedi 29 mars 2008
TIBET - Le dalaï lama appelle la communauté internationale à aider les Tibétains
NOUVELOBS | 29.03.2008 | 12:13
Le chef spirituel en exil des Tibétains se considère "impuissant" face à la répression chinoise et réaffirme ne chercher ni l'indépendance, ni l'échec des jeux Olympiques.

Le dalaï lama, chef spirituel en exil des Tibétains, a appelé, samedi 29 mars depuis New Dehli, la communauté internationale à "aider" à résoudre la crise au Tibet.
"Nous n'avons aucun pouvoir sauf la justice, la vérité, la sincérité... c'est pourquoi j'appelle la communauté internationale à aider, s'il vous plaît", a déclaré le dalaï lama lors d'une conférence de presse.
"Je suis ici impuissant, je peux juste prier", a ajouté le dignitaire tibétain, qui a participé samedi à New Dehli à une séance de prières et de méditations avec d'autres responsables religieux.
"Nous sommes ouverts"
"Nous sommes ouverts... nous attendons", a ajouté le lauréat 1989 du prix Nobel de la Paix, réitérant ainsi ses appels au dialogue avec Pékin.
Le dalaï lama avait de nouveau appelé vendredi la Chine à renouer le dialogue pour résoudre la crise du Tibet, réaffirmant ne chercher ni l'indépendance, ni l'échec des jeux Olympiques, un signe supplémentaire de sa volonté d'apaisement avec Pékin.
Dessin de Pancho - Absence

Le siège de l'Union Méditéranéenne à Tunis ?
NOUVELOBS| 28.03.2008 | 12:07
La capitale tunisienne aurait été choisie par Nicolas Sarkozy pour abriter le secrétariat de l'Union pour la Méditerranée. Il s'agirait d'un cadeau du président français à son homologue tunisien, en remerciement de son soutien précoce au projet.
Selon une source fiable, Tunis aurait de grandes chances d'être choisie pour accueillir le siège du secrétariat de l'"Union pour la Méditerranée" - un choix pour le moins contestable.
Il s'agirait d'un cadeau de Nicolas Sarkozy au président tunisien Ben Ali en remerciement de son soutien précoce au projet du nouveau président français -projet dont l'ampleur a été fortement réduite par la suite - et des liens très étroits entre les services français et tunisiens dans la lutte contre le terrorisme.
La suite sur le blog de Vincent Jauvert
Dessin d'Aurel - Curiosité déplacée ...

Retraites : Fillon a tout faux !
Marianne - Samedi 29 Mars 2008 –
Alors qu'à l'appel de la CGT, de la FSU et de Solidaires, les cortèges, ce samedi, vont exiger un système plus juste des retraites, il faut attirer l'attention sur une conjonction rare en politique : le Premier ministre en poste est en effet l'auteur de la précédente réforme, adoptée par le Parlement en juillet 2003. Il n'en est d'ailleurs pas peu fier (1). On se demande pourquoi car on est en droit de lui demander ce qu'il en a fait, et si ce n'est lui, ses amis de la majorité.
L'impossibilité d'une réforme "juste"
La loi de 2003 reposait en effet sur l'équation suivante :
1- L'équilibre des comptes de l'assurance-vieillesse devait être assurée d'abord par la remontée du taux d'emploi des seniors. Cinq années plus tard, ce chantier est totalement au point mort : le taux d'emplois des 55-64 ans est de 38,5%, le plus bas d'Europe. Il n'a quasiment pas bougé depuis le vote de la loi. Pour une raison simple : les gouvernements Raffarin n'ont absolument rien fait pour que pousser les entreprises à conserver leurs salariés âgés, et surtout à en embaucher. Seul Dominique de Villepin a créé un « CDD senior », destiné à faciliter l'embauche ceux qui seraient au chômage. Mais le nombre de CDD effectivement conclu est si limité que les porte parole du gouvernement avouent ne même pas le connaître ! Mieux encore, en 2006, l'UMP a voté au Parlement (contre l'avis du gouvernement), un amendement « UIMM » (tiens, tiens !), destiné à permettre aux entreprises de pousser dehors leurs salariés entre la 60è et la 65è année ! De son côté, le Medef refuse désormais de « basculer » les cotisations chômage (le chômage baisse, l'Unedic est en excédent) vers l'assurance-chômage, ce qui rapporterait à terme 5 milliards d'euros, soit la moitié du déficit prévisible des retraites, alors que le principe en est acquis depuis 5 ans!
Résultat : l'idée qu'en travaillant plus et plus longtemps, on assure les retraites par répartition est ridiculisée. Qui demandera à Fillon d'expliquer un tel comportement ?
2- L'équité de la réforme, entre ouvriers et cadres (sept années d'espérance de vie en plus) a été assurée (en partie) par les départs « avancés » des salariés ayant commencé à travailler très jeune. Ce dispositif était transitoire, un autre devant lui succéder, issu d'une négociation sur les métiers pénibles. La négociation, ouverte il y a trois ans, est en train d'échouer, car le patronat n'en veut pas. Elle aurait même dû, selon la loi de 2003 se terminer au 31 décembre 2007. Jamais les gouvernements, Raffarin, Villepin, ou Fillon n'ont mis le Medef, la CGPME et l'UPA devant leurs responsabilités, ni tenté de faire pression, ou encore proposé de reprendre le dossier.
Résultat : l'idée d'une réforme « juste » est aujourd'hui totalement déconsidérée ! Qui demandera à François Fillon, et à la majorité, de répondre d'une telle légèreté ?
Vers une réforme sans débat
Le pire est peut-être à venir : Aujourd'hui le gouvernement se donne deux mois pour conclure une négociation où l'on ne voit pas trop ce qu'il y a à négocier. Et l'idée chemine à Matignon et à l'Elysée qu'il n'y aurait pas besoin d'une nouvelle loi sur les retraites. Cela permettrait de faire passer sans débat la durée de cotisation de 40 années à 41 années (c'était prévu dès 2003, sauf «événement économique nouveau»). Et cela éviterait à François Fillon de s'expliquer sur une faillite aussi manifeste de l'action publique.
(1) La réforme de 2003 avait eu comme principal effet d'allonger la durée de cotisation des fonctionnaires de 37,5 années à 40 années, comme pour le secteur privé. En cela Fillon,alors ministre des affaires sociales, donc des salariés et retraités du privé, avait volé la vedette à son collègue Jean-Paul Delevoye, ministre de la fonction publique et en première ligne.
AFGHANISTAN - Hervé Morin ira devant la commission de la Défense mais aucun débat n'est prévu devant les députés ...
NOUVELOBS | 28.03.2008 | 10:49
Le ministre de la Défense Hervé Morin se rendra mardi prochain devant la commission de la Défense de l'Assemblée nationale au sujet du renforcement de la présence militaire de la France. En revanche, aucun débat n'est prévu devant l'ensemble des députés.
La commission de la défense de l'Assemblée nationale auditionnera mardi le ministre de la Défense, Hervé Morin (Nouveau Centre), au sujet de renforts français en Afghanistan, a-t-on appris jeudi 27 mars.
"Le ministre se rendra mardi prochain après-midi devant la Commission de la défense pour évoquer des sujets d'actualité et notamment la problématique de l'Afghanistan", a déclaré Laurent Teisseire, porte-parole du ministère de la Défense.
Mercredi, à Londres, Nicolas Sarkozy avait annoncé devant le Parlement britannique qu'il proposerait la semaine prochaine, au sommet de l'Otan à Bucarest, un renforcement de la présence militaire de la France en Afghanistan.
Polémique - Cette annonce a provoqué une polémique au Parlement français, dans la majorité comme dans l'opposition.
Bernard Accoyer, le président (UMP) de l'Assemblée, a demandé au Premier ministre François Fillon "que le Parlement soit saisi" pour débattre.
Le ministère de la Défense a également indiqué qu'Hervé Morin sera entendu par la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, dans la foulée du sommet de l'Otan qui se tiendra du 2 au 4 avril à Bucarest.
Jeudi, depuis Londres, Nicolas Sarkozy s'est dit favorable "sans aucune réserve" à un débat devant le Parlement. "Ce débat, je le souhaite. Bernard Kouchner a dit que nous l'organiserions avant le sommet (de l'Otan) de Bucarest", a-t-il ajouté.
Vif tollé - Mais une audition du ministre par la seule commission de la défense pourrait ne pas suffire à satisfaire les députés.
Dans un entretien au Parisien publié vendredi, l'ancien ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement (MRC) réclame un débat suivi d'un vote au Parlement avant l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan.
"Je demande un débat en séance plénière. Et je souhaite qu'un vote intervienne à son issue", déclare-t-il.
"Certes, le président de la République est le chef des armées, il peut prendre beaucoup d'initiatives, mais in fine il doit en référer au Parlement", explique-t-il. "Un vote est donc souhaitable", conclut-il.
Au cas où le gouvernement refuserait un vote, "l'autre solution est que l'opposition dépose une motion de censure", avance-t-il.
Deux députés souverainistes, Jacques Myard (UMP) et Nicolas Dupont-Aignan (non-inscrit), ont tous deux fustigé "l'atlantisme" de Nicolas Sarkozy.
Les alliés de Paris au sein de l'Otan faisaient pression pour l'envoi de renforts en Afghanistan, où sont déjà déployés environ 1.600 militaires français.Ségolène Royal s'est déclarée "choquée" par l'annonce "devant les parlementaires britanniques alors qu'il n'y a pas eu le moindre débat devant les parlementaires français". Elle aussi refuse l'envoi de renforts alors que l'on ne "connaît ni les risques d'enlisement ni les garanties qui sont prises pour protéger nos soldats".L'avant-projet de réforme des institutions prévoit que si la durée d'une intervention extérieure des forces armées excède six mois, "sa prolongation est autorisée par le Parlement", sous forme "d'une motion votée par les deux assemblées". Nicolas Sarkozy avait promis une telle évolution pendant la campagne présidentielle.
L’Etat se défausse sur les collectivités locales
MURIEL GREMILLET – Libération - samedi 29 mars 2008
L’Insee a confirmé la dégradation des déficits publics en 2007 à 2,7 % du PIB.
C’est la faute des collectivités locales ! La confirmation donnée vendredi par les chiffres de l’Insee de la dégradation des déficits publics français, à 2,7 % du PIB contre 2,4 % escomptés pour 2007, a été l’occasion pour le ministre du Budget de lancer une jolie série de Scuds à l’endroit des socialistes. Vendredi matin sur RTL, Eric Wœrth, a estimé que l’aggravation du déficit de la France était d’abord liée à un «dérapage des dépenses des collectivités locales» de l’ordre de 0,2 point du PIB.
Leçon. Une thématique pas très éloignée de celle utilisée par l’UMP entre les deux tours des élections municipales. La droite avait alors expliqué que voter à gauche, c’était à coup sûr augmenter les impôts locaux. Cette fois, ce sont donc ces collectivités locales - départements, régions, villes -, majoritairement gérées par la gauche qui plomberaient les déficits publics français. Evidemment, la réplique ne s’est pas fait attendre, dans ce qui peut apparaître comme une querelle d’Allemands. Le président PS de la commission des Finances de l’Assemblée, Didier Migaud, a recadré un peu sèchement le gouvernement : «l’essentiel de la dégradation» du déficit public est «le fait de l’Etat et des administrations centrales» et non des «collectivités locales». Se payant au passage le luxe d’une leçon de fiscalité locale au ministre. «S’agissant des collectivités locales, il faut rappeler que leur budget est de par la loi équilibré, explique Didier Migaud. L’augmentation légère de leur endettement s’explique par une progression de leurs investissements, qui représentent plus de 70 % de l’effort d’investissement public et contribuent ainsi directement à la croissance française et au développement de nos PME.»
Surtout, si la droite critique les dépenses de personnel qui ont dérapé, «celles-ci s’expliquent uniquement par les transferts de compétences décidés par l’Etat». Cette décentralisation, non financée, est même critiquée à droite. «On récupère des compétences, on doit gérer le social, les emplois aidés se font rares, dit un maire UMP. Tenir les comptes, ça devient acrobatique.»
Maximum autorisé. Mais les arguties sur les dérapages en 2007, ne sont rien à côté de ce qui attend la France en 2008. Bercy a aussi revu à la hausse son objectif de déficit public pour cette année, à 2,5 % du PIB, contre 2,3 % promis initialement à ses partenaires européens. «En raison de l’impact conjoncturel sur les recettes d’une croissance un peu moins élevée que prévu», explique-t-on au ministère. En 2007, la dette publique a augmenté de 5,2 %, soit 64,2 % du PIB. Un niveau bien supérieur au maximum de 60 % autorisé par l’Union européenne. Cette «douche froide», comme la qualifie le Parti socialiste, promet de belles empoignades à Bruxelles dès la semaine prochaine. La France prend la tête de l’Union le 1er juillet. Dans un climat qu’on imagine déjà très apaisé.
A force de petits-fours, la garde des Sceaux Dati a grevé le budget réceptions de son ministère.
ALAIN AUFFRAY - Libération samedi 29 mars 2008
Finalement, ça l’intéresse. Samedi matin, la ministre de la Justice, Rachida Dati, se fera élire maire du VIIe arrondissement de Paris. Une formalité, sauf peut-être pour le maire sortant, Michel Dumont, qui figurait en deuxième position sur la liste UMP : eu égard à la lourde charge ministérielle de la tête de liste, il pouvait espérer récupérer son fauteuil de maire. C’est aussi, d’ailleurs, ce qu’avaient aussi cru comprendre, pendant la campagne, de nombreux électeurs de l’arrondissement. Mais non. La mode est au cumul. Comme beaucoup de ses collègues ministres, Dati a donc choisi de cumuler. Désormais, promis, elle consacrera tous ses samedis au VIIe arrondissement de la capitale et à ses prospères habitants.
Entre le Champ de Mars et l’esplanade des Invalides, la protégée du Président espère se construire une légitimité politique, contre ceux qui guettent ses faux pas. Dans l’entourage de Dati, on n’a pas de mots assez durs pour dénoncer «les coups bas» et «les vacheries» de tous ceux que dérangeraient son parcours hors norme.
Dérapage. Selon un proche, la publication mercredi sur le site Mediapart d’informations relatives au train de vie de la chancellerie participe de cette conjuration. Le contrôleur financier du ministère de la Justice s’est inquiété du dérapage des frais de réception depuis juin. En décembre, le plafond des dépenses autorisées était dépassé de 30 %. Jeudi, Guillaume Didier, le porte-parole de la chancellerie, a confirmé qu’une rallonge de 100 000 euros avait été octroyée à l’automne, justifiée par l’organisation de réceptions telles que celle du 13 juillet, veille de la fête nationale.
Une performance qui pourrait être dépassée en 2008 : plus de la moitié des 200 000 euros alloués avaient déjà été dépensés fin mars ! Mais la chancellerie a démenti qu’une seconde rallonge de 100 000 euros était dans les tuyaux. Démentie également, l’existence d’une «prise en charge de dépenses personnelles» évoquée par le site. «On ne peut pas qualifier le fait d’avoir un collant de rechange et un peu de maquillage pour faire un raccord avant une interview de dépense personnelle !» s’insurge Didier. Pour l’entourage de Dati, l’évocation médiatique des «affaires de toilette» de la ministre est la preuve d’intentions malveillantes. «Beaucoup disaient qu’elle allait quitter son ministère. Elle y est en fait confirmée et avec un « bilan positif ». Cela suscite fatalement des jalousies politiques», souffle un proche.
«Simplicité». Le 13 mars, des syndicats avaient accusé la ministre de travailler «au service de sa propre image». Pour fêter (avec retard) la Journée des femmes, Dati avait invité 230 femmes du monde judiciaire, avec billet aller-retour en première classe. «Comme tous les buffets de la chancellerie, c’était d’une très grande simplicité», avait relativisé le porte-parole du ministère. Dati ne conteste pas la très forte hausse des frais de réception depuis juin. Elle assure que c’est le prix à payer pour renforcer notamment «la présence de la justice française en Europe». Outre ses homologues de l’UE, la ministre fait savoir que si elle reçoit beaucoup, c’est parce qu’elle a choisi de «faire de la chancellerie une chancellerie ouverte». Ouverte et généreuse !
Boycottage des JO : halte au bal des faux-culs, par Denis Baupin
LE MONDE | 28.03.08 |
Depuis quelques jours, tandis que s'abat une impitoyable répression sur le Tibet, la classe politique nationale, gouvernement en tête, verse des larmes de crocodile, mais se tortille à qui mieux-mieux pour éviter tout ce qui pourrait contrarier le géant chinois, à commencer par la simple évocation du boycottage des Jeux olympiques.
Bernard Kouchner, autrefois chantre du droit d'ingérence, devenu aujourd'hui encenseur des dictateurs du monde entier, a au moins eu le mérite de l'honnêteté. A la question : "Est-ce que la position de la France n'est pas limitée par la puissance économique de la Chine ?", il a benoîtement répondu : "En effet, ça rend les choses plus difficiles !"
Tout est dit. Ah ! Si le Tibet avait l'envie et les moyens d'acheter des réacteurs nucléaires de type EPR ! Tout à coup les droits de l'homme seraient de nouveau cotés au CAC 40. Mais là, franchement, un dalaï-lama insolvable, c'est bien pour faire des photos dans les palais présidentiels, histoire de laisser croire qu'on résiste à la Chine, mais ça vaut pas un kopeck dans la realpolitik de la soi-disant rupture !
SUMMUM DE L'HYPOCRISIE - Quant aux Jeux olympiques, et leur éventuel boycottage, on atteint le summum de l'hypocrisie. On ne pourrait les boycotter car le dalaï-lama serait contre le boycottage ! Utile paravent dans le bal des faux-culs : là tout à coup, on l'écoute de nouveau... ou du moins on fait semblant. Car ce qu'il a dit est tout à fait différent, lui n'appelle pas au boycottage. Vu sa culture, le rapport de forces et la répression exercée sur son peuple, on ne peut que saluer son sens de la modération. Mais de là à laisser croire qu'il serait opposé à des mesures de rétorsion de la part d'Etats souverains qui, eux, ont les moyens de peser...
Deuxième argument : boycotter les Jeux ferait des sportifs les victimes. Quoi qu'on pense de cette gigantesque "machine à pognon" que sont les Jeux olympiques, on ne peut balayer cet argument d'un revers de main. Pour autant, ceux-là mêmes qui instrumentalisent les droits des sportifs à des fins économiques et commerciales oublient un peu vite que les JO ont construit leur image sur une charte, sur une éthique humaniste qui, dans la tradition grecque supposait que tout conflit, toute guerre, s'arrêtent pendant la "trêve olympique". Qui pourrait prétendre que les sportifs seraient à ce point inhumains qu'ils seraient prêts à concourir si le Tibet continuait d'être réprimé, de baigner dans le sang ?
On n'en est pas là aujourd'hui. Entre la complaisance de la "diplomatie" française et le boycottage pur et simple, une gamme étendue de moyens sont utilisables, visant à faire pression sur la Chine en menaçant de la priver de ce qu'elle cherche avant tout en organisant les Jeux : la respectabilité internationale.
Reporters sans frontières a proposé le boycottage de la cérémonie d'ouverture. Dès le mois de décembre 2007, le groupe des Verts au Conseil de Paris, malgré l'opposition des autres forces politiques dans l'Hémicycle proposait que le passage de la flamme olympique à Paris soit l'occasion d'ériger des portraits géants de victimes de la dictature chinoise et de présenter une vaste exposition, sur l'espace public, consacrée aux droits humains en Chine.
Bien d'autres initiatives sont envisageables. A deux conditions : avoir la volonté politique de mettre les droits de la personne humaine avant les intérêts économiques ; ne jamais exclure d'aller au bout de la pression, à savoir le boycottage total, si la Chine n'arrête pas la répression.
Denis Baupin est membre du conseil national des Verts
Le probable et l’improbable de la situation actuelle, selon Edgar Morin…
Du magazine Nouvelles clés – mars 2008 – Extraits….
On parle beaucoup ces jours-ci de la nécessité de fonder une civilisation différente : le grand inspirateur de ce courant porteur d’idées nouvelles est l’anthropologue Edgar Morin. Il vient de publier un livre crucial : "Vers l’abîme ?" aux éditions de l’Herne.
Nouvelles Clés : Je suis frappé de voir combien se dégage de votre discours sur la situation actuelle un fatalisme mêlé de sérénité : comme si vous étiez à la fois pessimiste et optimiste ? Très stoïcien en fait.
Edgar Morin : Pour comprendre cette attitude, il faut envisager le point de vue du probable et celui de l’improbable. Qu’est-ce que le probable ? Un observateur impartial qui est dans un temps et dans un lieu, et qui dispose de bonnes informations sur le passé et les processus en cours du présent, peut projeter dans l’avenir ce qui lui semble probable. Et si je considère le probable aujourd’hui, celui-ci est catastrophique. Pourquoi ? Parce que le vaisseau spatial Terre fonctionne avec des moteurs qui ne sont plus contrôlés : ceux-ci ont pour nom l’économie, la technique et la science. La science a produit l’arme nucléaire qui aujourd’hui prolifère, et des groupes terroristes divers pourront bientôt effectuer des destructions sauvages. Enfin, le risque de voir de nouveaux Tchernobyl n’est pas écarté malgré les efforts accomplis.
La deuxième catastrophe vers laquelle on va, est la catastrophe écologique. Les conférences internationales n’ont pas abouti et on ne considère donc pas le problème de façon globale. Depuis deux ans, on se réveille quelque peu en s’inquiétant du réchauffement climatique, qui entraîne rait des catastrophes en chaîne : l’essor économique de la Chine et de l’Inde, qui sont devenues de très grandes puissances, va multiplier les pollutions. Enfin, le pétrole va voir ses réserves se tarir dans les prochaines dizaines d’années, et la civilisation occidentale, qui s’est répandue sur la planète, n’est absolument pas préparée à entrer dans des restrictions drastiques.
Disons encore que ce monde occidentalisé et urbanisé n’a pas tenu ses promesses, qui étaient des promesses de bonheur pour tous, à partir du bonheur matériel, de la paix, de la réduction des inégalités, etc. On se rend compte au contraire que le bien-être matériel finit par produire un mal-être intérieur, qui se vérifie à mille indices : la croissance des tranquillisants dont nous sommes d’énormes consommateurs, le recours à de plus en plus d’instances qui vont essayer de nous réconcilier avec notre âme et notre corps, la recherche dispersée aujourd’hui d’une autre vie par l’intermédiaire de livres, de produits bio, de stages, de vacances différentes... prouvent qu’il y a un malaise de la civilisation qui s’avère très profond. Face à cela, nul dans le monde occidental, sauf celui qui prêche dans le désert, ne propose une politique de civilisation apte à répondre à ces angoisses et périls réels.
Notre modèle de civilisation va donc recevoir des coups terribles du fait de ces problèmes énergétiques, écologiques et de comportement. Et je n’ai pas parlé des problèmes énormes soulevés par la science au niveau des manipulations qu’elle peut opérer sur notre capital génétique : certaines peuvent être fort profitables à l’espèce, d’autres fort dangereuses.
Nous voyons un nouveau mythe en train de s’effondrer, celui du néo-libéralisme basé sur le principe d’une économie qui ne veut pas voir d’autre régulation que la sienne, soit la loi du marché et de la concurrence. Or la planète a besoin de systèmes de régulation économique et écologique bien plus puissants.
Et ce n’est pas l’ONU qui y peut quoi que ce soit puisque, par exemple, sa demande de détruire le mur monté par la politique de Sharon, en Israël, reste sans aucun effet.
Dans cette vision où l’avenir a perdu son sens, là où on trouve un présent de consommation et de vie au jour le jour, mais partout où le présent est malheureux, inquiet et carencé, on assiste à la recherche de refuges venus du passé : vers la religion qui donne une certaine consolation à l’angoisse de l’existence, et vers l’identité ethnique nationale qui donne un sentiment profond de communauté et de chaleur grégaire. On a donc vu se déchaîner d’un côté des formes d’activisme désespéré et violent créant un nouveau terrorisme à l’échelle de la planète et, de l’autre côté, un terrorisme d’État venant des superpuissances : ainsi l’épisode irakien, qui devait officiellement réduire le terrorisme, n’a fait que l’accroître.
N.C. : Passons donc à la partie optimiste, s’il y en a une, de notre affaire...
E.M. : Nous passons alors de la sphère du probable au problème de l’improbabilité. Quand on examine l’histoire des civilisations, on se rend compte qu’elle comporte des irruptions d’improbabilités parfois pour le pire, parfois pour le meilleur. Toute évolution historique commence en fait par une déviance, qui se développe souvent de façon quasi souterraine, en une tendance, et cette tendance finit par changer un monde ancien pour créer un monde nouveau. Récemment, le développement informatique a exactement suivi ce processus-là.
Je pense donc que des processus encore invisibles et minoritaires dans le présent peuvent se développer et créer, en s’alliant les uns aux autres, une métamorphose comme le ver tout nu de la chrysalide qui se transforme, au cours d’une autodestruction qui se révèle en fait être en même temps une autoconstruction, en un être très différent, le papillon ou la libellule, doté de qualités nouvelles.
Aujourd’hui nous assistons donc au processus d’autodestruction d’un monde ancien qui va autoconstruire un monde nouveau, lequel essaie de naître avec les quêtes de vies différentes, les aspirations alter-mondialistes, avec la révolution en cours dans les sciences contre la compartimentation entre disciplines, etc. Il faut abandonner aujourd’hui le mot de révolution pour penser en terme de métamorphose.
Mais on ne peut rien prédire. On peut simplement dire que quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux et fondamentaux, ce système soit se désintègre, soit s’avère capable de susciter en lui des forces de métamorphose.
N.C. : De toutes ces catastrophes annoncées peuvent donc surgir des adaptations conduisant à la métamorphose ?
E.M. : Oui, si ce monde échappe à la mort et à la désintégration, il suscitera, de par cette créativité interne qui lui aura été nécessaire pour survivre, une nouvelle forme de civilisation.
N.C. : En prenons-nous le chemin, en France, par exemple ?
E.M. : Pas tant que la politique continuera d’être à la remorque de l’économie et d’une croissance de plus en plus utopique. En règle générale, il y a un manque total de pensée et d’imagination, et nous continuerons donc d’aller vers notre propre catastrophe. Espérons en un sursaut vital !

