lundi 31 mars 2008
La vraie morale du système : bosser moins pour gagner plus
Vendredi 28 Mars 2008 – Marianne - Anna Borrel
Travailler plus, une aspiration majoritaire ? Mais pourquoi tout le monde fait-il la chasse aux meilleures combines pour devenir rentier. Cherchez l'erreur…
Ultime ambition : une vie à se prélasser...
A l'époque du «travailler plus», ceux qui ont un tout petit peu de capital ont tellement foi en la « valeur travail » que leur principale interrogation porte sur les placements susceptibles de leur offrir une rente à vie. Les médias généralistes ne s'y trompent pas, quitte à piquer le marronnier de la presse spécialisée : du Figaro à France info, on explique au lecteur ou à l'auditeur comment placer au mieux ses quelques dizaines de milliers d'euros. Et sur Internet, sites et forums commentent jusqu'à l'overdose les meilleurs moyens de vivre sans travailler.
Minimum requis : 400 000 €
L'e-magazine L'Internaute répond par exemple en détail à cette brûlante question : quel capital faut-il pour devenir rentier ? Grâce à une formule toute bête (A = (i * L)/1 - (1/1+i) n), le dossier conclut qu'un minimum de 400 000 euros est nécessaire pour percevoir 12 000 euros de rente annuelle. C'est assez pour compléter une petite retraite mais c'est un peu chiche pour vivre confortablement si l'on ne dispose pas d'autres revenus. Sur les forums de sites financiers, certains affinent la question : « Bonjour à tous, quel capital faut-il pour pouvoir vivre sans travailler avec un revenu annuel de 42.000 €, sans jamais puiser dans son capital, et en tenant compte de l'inflation ? », demande un internaute curieux. La quarantaine de conversations qui suivent ce petit post s'accordent sur 800 000 euros. La discussion se poursuit ensuite à l'infini sur la nature et la pertinence des placements : acheter et louer un meublé ? Placer sur un fonds en euros ? Acheter des actions ? On décèle la précision de professionnels de la gestion mais on voit aussi des autodidactes très avertis dispenser leurs conseils. Le sujet intéresse tellement que certains bloggeurs noircissent leurs pages d'analyses sur le sujet. Certains créent même des sites entièrement dédié à la question… ce qui les fait déjà avancer sur le chemin de la rente grâce aux quelques euros de publicité mensuelle qu'ils engrangent.
Le travail n'a plus la cote !
Pour se défendre du stress de la vie professionnelle et de l'angoisse de la précarité, devenir rentier semble être devenu l'ambition ultime. D'un côté, la faible taxation des successions (renforcée par le bouclier fiscal) facilite l'accession à des sommes importantes par voie d'héritage. De l'autre, la progression sociale par le travail ne fait plus rêver. Le rêve, louable s'il était réel, de Jacques Attali de « supprimer la rente » risque de se heurter à un nouvel obstacle imprévu : ces classes moyennes supérieures qui ne veulent plus travailler.
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