samedi 29 mars 2008
COLOMBIE - "Les Farc redoutent la mort d'Ingrid Betancourt"
Interview de Sylvain Courage par Nicolas Buzdugan – Nouvel Obs - vendredi 28 mars 2008
Après la proposition du gouvernement colombien, sommes-nous près d'une sortie de crise et de la libération d'Ingrid Bétancourt ? (Bogota a proposé jeudi soir de faciliter la libération de guérilleros emprisonnés, si Ingrid Betancourt, détenue depuis six ans dans la jungle, et qui souffre notamment d'une hépatite B, était relâchée)
- La proposition du gouvernement colombien de relâcher unilatéralement des guérilleros si Ingrid Betancourt était libérée constitue une avancée considérable. Cela modifie la donne de l'échange humanitaire. Le gouvernement colombien fait une offre qui passe outre la demande des Farc de libérer les territoires de Florida et Pradera, près de Cali, pour procéder à un échange négocié. Pour une seule otage, il passe l'éponge sur les condamnations de quelques centaines de guérilleros détenus dans les prisons colombiennes. Mais cette accélération tend à prouver que l'état d'Ingrid est jugé très préoccupant par les services de renseignements colombiens. Comme si le président Uribe ne voulait pas être accusé d'être responsable d'une issue tragique...
L'état de santé de l'otage franco-colombienne peut-il inciter les Farc à la libérer rapidement ? Sont-ils prêts à aller jusqu'au bout de leurs revendications quitte à laisser mourir leur principale otage ?
- Les Farc ne peuvent que redouter le décès éventuel d'Ingrid Betancourt. Elles ont certes montré, par le passé, qu'elles ne craignaient pas de voir mourir ou de sacrifier leurs otages, mais la fin tragique d'Ingrid, devenue un symbole international et même national, serait une catastrophe politique pour un mouvement déjà mal en point et qui a perdu beaucoup de terrain, beaucoup d'hommes et de chefs historiques. Les Farc devraient donc tout faire pour éviter sa mort. Mais cela ne veut pas dire que la guérilla s'apprête à la libérer. Sans Ingrid, morte ou vive, leur cause deviendrait presque invisible. Ils vont sans doute tout faire pour la maintenir en vie en la faisant soigner.
Y a-t-il eu des pressions du gouvernement français pour que Bogota propose enfin de négocier un échange ou est-ce qu'Alvaro Uribe, le président colombien, a, de son propre chef, compris que le temps de la négociation était venu ?
- Depuis six ans, on a pu constater que l'influence de la France en Colombie était très réduite. Alvaro Uribe, comme les Farc, ont souvent fait semblant de répondre aux invitations ou aux injonctions de la diplomatie française, mais, en vérité, ils agissaient toujours en fonction de leur intérêt dans le conflit intérieur et régional de la Colombie. Cette fois, c'est sans doute les renseignements collectés par les autorités colombiennes qui ont provoqué la proposition de la libération de tous les guérilleros contre Ingrid. Uribe entend faire porter la responsabilité de la dégradation de sa santé sur les vrais responsables : ses ravisseurs. Et il y a fort à parier que si une catastrophe devait arriver, les Farc tenteraient d'en imputer la responsabilité au gouvernement colombien.
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