vendredi 21 mars 2008
Jérôme Kerviel a le sentiment d'être un bouc émissaire
REUTERS : jeudi 20 mars 2008 - par Sudip Kar-Gupta et Yann le Guernigou
PARIS (Reuters) - Jérôme Kerviel se considère plus que jamais comme un bouc émissaire de l'affaire Société générale depuis qu'il a été incarcéré à la Santé, déclare Guillaume Selnet, un des avocats du trader.
"Il sort d'un petit mois et demi de détention en homme un peu différent de celui qu'il était quand il est entré. Il a vécu une expérience qui l'a plongé dans un milieu radicalement opposé à celui qu'il connaissait jusque là", a dit Me Selnet, ajoutant que c'était le cas pour "quiconque entre en prison pour la première fois".
"Depuis l'origine, nous estimons que sa détention n'était pas justifiée, a poursuivi l'avocat. "Pour autant, il n'a jamais baissé les bras, il n'a pas craqué tel que sans doute certains pouvaient l'espérer", a-t-il ajouté.
Jérôme Kerviel, auquel la Société générale impute une perte de 4,9 milliards d'euros, a été libéré mardi sur décision de la chambre d'instruction, contre l'avis du parquet général.
A la question de savoir si Jérôme Kerviel se considérait toujours comme un bouc émissaire de cette affaire, il a répondu: "Plus que jamais. Il a été envoyé un mois et demi en prison de manière infondée (...) il était le bouc émissaire le 20 janvier et il l'a été davantage quand il a été placé en détention".
ÉTAT SECOND
Lors de son séjour à la Santé, il a été traité "de manière très correcte.
"Je constate aujourd'hui qu'il y a de nouvelles rumeurs en train d'être propagées quant à un état dépressif ou un risque de suicide: ce sont des mensonges !", a-t-il assuré.
Sa remise en liberté a été assortie de conditions très strictes : il a du remettre son passeport et sa carte d'identité, a une obligation de pointage une fois par semaine et doit informer les magistrats instructeurs de ses déplacements hors d'Ile-de-France. Il lui est en outre interdit de rencontrer d'autres protagonistes du dossier, au nombre d'une quinzaine.
Me Selnet a enfin réaffirmé que Jérôme Kerviel avait agi seul et sans aucune complicité.
"Si, sous le terme complicité, vous mettez une organisation Jérôme Kerviel qui, de manière furtive, a masqué des positions, la réponse est non, il n'y a pas eu de complicité. Si sous le terme complicité, vous mettez la notion de complaisance de sa hiérarchie, là peut-être effectivement qu'on peut ouvrir ce débat", a-t-il conclu.
Nicolas Sarkozy inaugure un sous-marin nucléaire tout en plaidant pour le désarmement
Libération - 20/03/2008 - Jean-Dominique Merchet
Nicolas Sarkozy se rend demain, vendredi, à l'arsenal de Cherbourg pour le lancement du Terrible, le quatrième et dernier sous-marin lanceur d'engins (SNLE) de la classe Le Triomphant . A cette occasion, le président de la République prononcera un discours sur la défense.
Il plaidera notamment pour une relance du désarmement nucléaire et confirmera le maintien de la deuxième composante (air) des forces nucléaires, qui seront toutefois réduites.
Le Terrible sera le premier SNLE a être équipé du nouveau missile M51, qui aura une portée "réellement intercontinentale", donnant à la France la capacité de frapper partout dans le monde, en particulier jusqu'en Chine. Un troisième essai du M51 devrait avoir lieu prochainement. Il s'agira du premier tir depuis le bassin de Biscarosse (Landes), qui permet de reproduire les conditions d'un tir en plongée avec le système de chasse à l'air comprimé. Pour les essais, les M51 sont tirés dans l'Atlantique nord, au large du Canada.
Voici, en avant-première, les principaux points que le président Sarkozy abordera dans son discours de Cherbourg.
1) Les réformes à venir. "Le modèle d'armée 2015 est à l'évidence hors d'atteinte" explique-t-on à l'Elysée, où l'on critique l'"absence de réalisme" des années précédentes. "Nous sommes face à un problème redoutable, un mur financier. Pour mettre en oeuvre les engagements pris, il faudrait augmenter de six milliards par an les crédits d'équipement (+ 40%). C'est incompatible avec nos finances publiques. Il faut donc des moyens plus réalistes. Des choix doivent, à l'évidence, intervenir. Les crédits de la défense seront maintenus au niveau actuel, autour de 2% du PIB. Ils ne baisseront pas en euros constants". Le président de la République ne devrait pas se prononcer sur les réductions d'effectifs ou l'avenir des grands programmes. On rappellera à l'Elysée son "attachement à un second porte-avions."
2) La dissuasion nucléaire. Les deux composantes (sous-marine et aéroportée) seront maintenues, "un choix qui n'allait pas de soi" reconnaît-on dans l'entourage du Président. Toutefois, les Forces aériennes stratégiques (FAS) seront réduites d'un tiers, passant de soixante avions Mirage 2000 N (3 escadrons) à une quarantaine de Rafale. Sur le plan de la doctrine, Nicolas Sarkozy revient à une posture plus traditionnelle. Contrairement à ce que Jacques Chirac avait fait à l'Ile Longue en 2006, il ne "détaillera pas à l'excès" les "intérêts vitaux" qui justifieraient les "hypothèses d'emploi" de l'arme nucléaire. Jacques Chirac avait évoqué l'utilisation du terrorisme par des Etats, la menace des armes de destruction massive non nucléaire ou l'extension des intérêts vitaux à nos "alliés". Nicolas Sarkozy maintient le flou, renforçant ainsi l'incertitude chez l'adversaire potentiel.
3) Le désarmement. Le président de la République va plaider pour la relance du désarmement nucléaire, estimant que la France était "exemplaire" à cet égard. Il rappellera que la France a été le premier pays à ratifier le traité d'interdiction des essais, démanteler son site d'essais dans le Pacifique, réduire ses forces en fermant le plateau d'Albion. Le chef de l'Etat demandera que les Etats qui n'ont pas encore ratifié le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (Tice), comme les Etats-Unis et la Chine, le fassent. Il plaidera également pour le démantèlement de tous les sites d'essais (la France étant le seul pays à l'avoir fait ) et pour des "mesures de transparence" au niveau international. Enfin, il souhaite "l'ouverture de négociations internationales pour un traité d'interdiction des missiles sol-sol à courte et moyenne portée". Cette dernière proposition vise notamment à combattre "la prolifération". "Nous avons bien sûr l'Iran à l'esprit" reconnaît-on l'Elysée.
Stop aux chauffards sans frontières
Libération 20/03/08
Fini de rouler en toute impunité (bourré, shooté, trop vite, au rouge, ou sans ceinture) dans un pays étranger ?
C'est l'objectif d'une proposition de directive présentée hier par la Commission européenne. Concrètement, les 27 états membres mettraient en commun les données receuillies par leurs radars, facilitant ainsi les poursuites transfrontalières.
A l'heure actuelle, un chauffard épinglé en dehors de son pays n'est presque jamais poursuivi. A moins d'avoir commis son infraction en Suisse (qui n'est pas memebre de l'UE), où la police est particulièrement tenace.
FRANCOPHONIE - Le combat pour le français dans la seule province bilingue du Canada
TV5 Monde 20 mars 2008 MONTREAL, avec (AFP) - 20/03/2008 05h10
Protégé par une loi depuis près 40 ans, le français se maintient vaillamment au Nouveau-Brunswick, la seule province canadienne officiellement bilingue, mais sa promotion demeure un "combat de tous les jours" pour ses défenseurs.
En dehors du Québec voisin, le Nouveau-Brunswick est la province comptant le plus fort pourcentage de francophones, ceux-ci représentant 32,3% des quelque 719.000 habitants, soit quelque 232.900 personnes, selon le recensement canadien de 2006.
Mais le poids des francophones était en baisse de 1,6% entre 2001 et 2006. "Si on compare avec les années 60, il y a eu énormément de changements et de progrès", souligne Michel Doucet, professeur de droit à l'université de Moncton et spécialiste de la question.
"Les droits de la communauté francophone sont ancrés dans la Constitution canadienne. Des dispositions particulières au Nouveau-Brunswick reconnaissent l'égalité non seulement des langues officielles mais également des deux communautés (francophone et anglophone)", explique-t-il à l'AFP.
Mais il "reste encore beaucoup de travail à faire" et la "vigilance" demeure de mise, fait valoir ce défenseur du français. "C'est un combat de tous les jours, un combat politique car c'est un choix politique de s'affirmer tous les jours en tant que francophone", dit-il.
Jusqu'au début des années 60, les francophones étaient traités comme des citoyens de seconde classe. Il s'agit principalement d'Acadiens, descendants de paysans de l'ouest de la France, surtout du Poitou, qui avaient été chassés de la région par l'Angleterre à partir de 1755 et qui furent plus tard autorisés à y revenir. Après cet épisode traumatisant, les Acadiens restèrent longtemps craintifs d'affirmer publiquement leur identité, et ce n'est qu'au début des années 60 qu'ils commencèrent à revendiquer auprès du gouvernement de leur province le droit d'être servis dans leur langue.
Le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue (anglais/français) depuis 1969. Une loi sur les langues officielles, modernisée et complétée en 2002, stipule que les institutions provinciales (administration, hôpitaux, justice) doivent offrir au public des services dans la langue officielle de son choix.
La province a aussi institué en 2003 un poste de Commissaire aux langues officielles, dont la tâche est de recevoir et d'assurer le suivi des plaintes du public ainsi que de promouvoir le bilinguisme. L'an dernier, le bureau du Commissaire a reçu 119 plaintes, dont 77 ont été jugées recevables et la grande majorité concernait le manque de services en français, indique Giselle Goguen, porte-parole du Commissaire.
Une bonne partie de ces plaintes portent sur les soins de santé, bon nombre de francophones se plaignant de ne pouvoir être soignés dans leur langue.
Pour Marie-Pierre Simard, présidente de la société des Acadiennes et des Acadiens du Nouveau-Brunswick, si la "vitalité de la communauté n'est plus à prouver", le risque d'assimilation demeure un sujet de préoccupation. Elle note que le taux d'assimilation des francophones a légèrement augmenté ces dernières années en raison des mariages et de l'exode rural.
Les francophones qui se trouvaient concentrés dans des zones rurales se trouvent confrontés dans les agglomérations à une mixité qui favorise l'assimilation à la majorité anglophone.
"Il semble y avoir une plus grande acceptation de la communauté francophone par les anglophones. On est moins traités comme des citoyens de seconde zone", confie-t-elle à l'AFP, tout en estimant que le gouvernement provincial doit se montrer plus actif, notamment pour favoriser l'immigration francophone.
Un expatrié français s'étonne pour sa part qu'il y ait une nette sous-représentation des produits culturels en français et qu'aucun film français ou québécois n'y soit diffusé dans les circuits officiels
Proposition d'extension du Conseil de sécurité de l'Onu
REUTERS : vendredi 21 mars 2008 - par Louis Charbonneau
NATIONS UNIES (Reuters) - L'Allemagne et la République de Chypre ont proposé aux Nations unies un projet de réforme qui porterait le Conseil de sécurité de 15 à 22 membres.
L'Assemblée générale de l'Onu tente depuis plus de dix ans de réformer cette instance dont la composition, jugent ses détracteurs, ne correspond plus aux réalités mondiales.
L'Allemagne, Chypre, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont travaillé à un projet de compromis entre les positions divergentes qui existent sur cette question.
Leur proposition, un texte confidentiel que Reuters s'est procuré, suggère d'ajouter sept sièges au Conseil de sécurité. Deux reviendraient à des Etats africains, deux autres à l'Asie, un à la zone Amérique latine/Caraïbes, un à l'Europe occidentale et le dernier à l'Europe orientale.
Le plan ne règle pas la question du statut (membre permanent ou élu pour deux ans). Plusieurs Etats, parmi lesquels l'Allemagne, le Japon, l'Inde et le Brésil, réclament un statut de membre permanent, qui va de pair avec un droit de veto sur les décisions du conseil.
Dans sa composition actuelle, cinq Etats bénéficient du statut de membre permanent, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie. Dix Etats désignés pour deux ans et choisis sur des bases régionales complètent le Conseil.
Depuis la création de l'Onu, en 1945, le nombre de sièges du Conseil de sécurité n'a été révisé qu'une seule fois: c'était en 1965, et le nombre de membres non permanents avait été porté de six à dix.
L'objectif affiché par la proposition, qui a été rédigée par Chypre avec l'aide de l'Allemagne, est "d'améliorer la représentativité du Conseil de sécurité sans sacrifier son efficacité".
Les services du président de l'Assemblée générale, le Macédonien Srgjan Kerim, ont confirmé avoir reçu cette proposition, ainsi que deux lettres, l'une émanant de la délégation italienne, l'autre des Etats africains siégeant à l'Onu.
Toute réforme du Conseil de sécurité doit néanmoins être approuvée par consensus des 192 membres actuels de l'Onu.

