vendredi 21 mars 2008
Régis Debray : « Le livre doit se remuer »
Régis
Debray : « Le livre doit se remuer »
Publié
le 07 mars 2008 par dg

Dans
Le Monde daté du 7 mars, le philosophe raconte qu'il vient d'apprendre qu'une
commission mise en place par l'Elysée et présidée par Marc Levy, Paul-Loup
Sulitzer et Michel-Edouard Leclerc aura pour objectifs de « réformer la lecture et moderniser le livre
». Un canular qui pointe habilement quelques tentations actuelles.
Sous
le titre « Dépoussiérer les
livres... », Régis Debray a fait paraître, dans Le Monde de jeudi 6 mars (daté 7 mars), un
canular qui, il faut bien l'avouer, démarre sous les aspects de la plus
attristante véracité. Régis Debray y raconte en effet qu'il vient d'apprendre
qu'à la demande de l'Elysée une commission s'est mise en place, qui a pour
objectifs de « réformer la lecture et
moderniser le livre ». Présidée par le romancier Marc Levy, elle
compterait notamment, parmi ses membres, Paul-Loup Sulitzer et Michel-Edouard
Leclerc. Dans un pré-rapport, ladite commission propose déjà d'explorer des
pistes pour redynamiser cette « branche industrielle passablement nécrosée » :
abolition du dépôt légal pour tous les ouvrages — ne seraient plus déposés que
les ouvrages figurant dans les listes de meilleures ventes ; abrogation de la
loi Lang (le « prix unique » étant synonyme de « pensée unique »…) ; abandon du
projet de bibliothèque numérique européenne et soutien « atlantiste » à
l'initiative de Google ; autorisation de la publicité pour le livre sur les
grandes chaînes privées de télévision, etc.
Publié, en début de soirée, sur
le site du quotidien, ce texte avait déjà recueilli, à 22h, plus d'une vingtaine
de réactions d'internautes… dont beaucoup, n'ayant pas compris qu'il s'agissait
d'une farce (enfin, pour l'instant…) s'alarmaient de ces informations, preuve,
s'il en fallait encore, que plus rien, hélas, n'étonne de la part de l'actuel
gouvernement.
Joint dans la soirée par courriel, Régis Debray a répondu
brièvement à quelques questions :
Livres
hebdo : Quelle était votre intention, en publiant ce texte
?
Régis Debray : Désamorcer, par l'ironie, certaines velléités ambiantes,
assez dangereuses, à la fois populistes et capitalistes.
LH
: Avez-vous déjà reçu des réactions ?
RD : À ce stade, quelques sourires de connivence.
LH
: Vous évoquez des mesures (publicité à la télé sur les chaînes privées,
abrogation de la loi Lang.. .) qui sont effectivement dans un certain « air du
temps », portées par des gens qui voudraient en effet « moderniser »,
disent-ils, le marché du livre : déplorez-vous l'absence d'une contre-offensive
virulente ?
RD : Oui, et je me demande bien pourquoi elle n'a pas lieu.
LH
: Les professionnels de la culture ont récemment manifesté contre les projets du
gouvernement. Pensez-vous que le monde du livre devrait, lui aussi, se bouger
?
RD : Oui, le livre doit se remuer, sinon on bougera pour lui
LH
: Refuser une certaine "marchandisation" et certaines voies triviales passe
aujourd'hui pour de l'élitisme. Doit-on assumer cet élitisme, s'agissant du
livre, ou revendiquez-vous une autre voie ?
RD : Oui, assumons la méritocratie
républicaine, le fameux « élitaire pour tous » de Vitez. Sinon, on aura la
partition américaine : le drugstore d'un côté, la librairie universitaire de
l'autre, Da Vinci Code ici et la
thèse sur le néoplatonisme là. Ce grand écart menace. Prenons les devant.
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