lundi 17 mars 2008
Chine/Tibet : Pékin redoute la contagion. La répression aurait déjà fait des centaines de morts
Georges Abou RFI - le 17/03/2008
Le Tibet est fermé à la presse. Aucun journaliste n’a pu transmettre une information de cette région depuis le début des troubles, il y a une huitaine de jours. Faute de sources indépendantes, les faits sont invérifiables. Les quelques récits et images qui parviennent aux journaux ont été recueillis à la dérobée, auprès de témoins courageux ou de touristes de retour de Lhassa, la capitale régionale. Les téléphones portables « passent » parfois. Au bout du fil, des voix font état d’une ville bouclée, sous tension, quadrillée par un important dispositif militaire et policier. Impossible de dresser un bilan exhaustif de ce « printemps tibétain » précoce. Selon le gouvernement chinois, il y a eu 13 morts, et les émeutiers se sont livrés à des actes de barbarie sur les forces de l’ordre et, également, sur des citoyens chinois non tibétains, Hans et Huis, musulmans dont les biens ont été vandalisés. Ces informations sont confirmées par des témoignages et des documents. Selon plusieurs sources, la ville est sous couvre-feu depuis samedi soir ou dimanche matin.
A Dharamsala, en Inde où elle est réfugiée depuis 1959, la direction politique tibétaine en exil estimait lundi que la répression chinoise avait fait des centaines de morts. La veille, le Dalaï-lama décrivait l’établissement d’un « régime de terreur » sur la province. Dans son communiqué, le Parlement en exil en appelle à l’ONU et réclame une enquête internationale. Pourtant, la position des autorités tibétaines en exil demeure la même : pas de rupture avec Pékin, pas d’appel au boycott des Jeux Olympiques. La direction tibétaine reste fermement cramponnée à sa ligne politique prônant l’autonomie de la province au sein de l’ensemble chinois, seule voie raisonnable selon elle à la satisfaction de ses revendications.
Risques d’extension
A l’évidence, le Tibet est au cœur d’un déploiement massif de forces de l’ordre pour mater la rébellion et prévenir toute extension des troubles aux provinces limitrophes. C’est d’ailleurs des provinces voisines du Gansu et du Quinghai, où vivent de nombreux Tibétains, que nous parvient l’essentiel des informations attestant que, pour Pékin, la situation est hautement préoccupante. Les reportages en provenance des ces provinces, où la circulation est encore possible, font état d’un déploiement important de militaires. Les autorités sont nerveuses. Des incidents ont eu lieu. Et, selon nombre d’observateurs, les autorités sont obsédées par les risques d’extension par contamination à d’autres régions. La Chine ne manque pas de peuples, ou de groupes sociaux, qui ne demandent qu’à s’exprimer pour peu que l’opportunité se présente. Et, à quelques mois des Jeux Olympiques, les occasions de gâcher la fête ne manquent pas, qu’ils s’agissent de politique ou de droits, humains ou sociaux.
Ces derniers événements évoquent un tournant parmi les Tibétains. La modération du Dalaï-lama est aujourd’hui malmenée, voire contestée, par une jeune génération née en exil et qui fait le constat de l’échec d’une position de consensus qui ne mène nulle part. Les religieux bouddhistes eux-mêmes semblent avoir abandonné les principes de non-violence ; ils ont renoué avec la tradition des moines-soldats. Drapés dans leur toge safran, ils participent aux manifestations et font le coup de poing contre la police, comme des militants ordinaires. La marche entreprise le 10 mars de Dharamsala par les organisations non-gouvernementales des Tibétains en exil n’avait pas reçu l’aval, officiellement, du gouvernement en exil. Les marcheurs n’ont pas été autorisés à aller au-delà de quelques dizaines de kilomètres. Ils ont été stoppés net par la police indienne et les meneurs les plus déterminés ont été condamnés à de courtes peines d’emprisonnement. Il n’empêche : au 49ème anniversaire du soulèvement des Tibétains et de l’exil du Dalaï Lama, cette année 2008 était incontestablement une date à ne pas manquer pour rappeler la vivacité de la revendication identitaire des Tibétains.
Le Tibet, une affaire intérieure
Dans ce contexte, en dépit d’une opinion publique plutôt amicale à l’égard de la cause tibétaine, la communauté internationale semble tétanisée à l’idée qu’elle pourrait irriter Pékin. Des Jeux Olympiques, personne n’évoque l’hypothèse de ne pas s’y rendre. Au contraire : c’est un discours de participation qui est réaffirmée. De partout fusent des appels à la retenue et au dialogue. Les protestations sont tout juste tolérées. Au Népal, les manifestations de soutien ont été réprimées aux gaz lacrymogènes, et plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées. C’est la déclaration lundi du ministère russe des Affaires étrangères qui offre la meilleure synthèse du sentiment qui se dégage de l’impotence des chancelleries étrangères. En substance : « Le Tibet est chinois et les relations entre Pékin et le Dalaï Lama sont une affaire intérieure chinoise ».
--------------------------------------
Un rassemblement à Paris contre la "persécution" chinoise dimanche dernier
NOUVELOBS.COM | 17.03.2008
Un demi-millier de personnes se sont rassemblées, dimanche 16 mars à Paris, en soutien au peuple tibétain, pour dénoncer la "persécution" chinoise au Tibet.
Les manifestants étaient réunis, notamment à l'appel des associations France-Tibet et Etudiants pour un Tibet libre (ETB), sur une place du VIIIe arrondissement, non loin de l'ambassade de Chine devant laquelle étaient stationnées des forces de l'ordre.
Arborant des drapeaux et des bandeaux aux couleurs du Tibet ainsi que des banderoles et des calicots, les personnes présentes scandaient "la Chine ment, les Tibétains meurent", "Tibet libre", "les Chinois hors du Tibet" ou encore "JO 2008, jeux de la honte" en référence aux prochains Jeux Olympiques organisés à Pékin.
Gaz lacrymogènes et interpellations
La manifestation s'est déroulée sans incidents dans un premier temps puis quelques personnes ont tenté de forcer le cordon de gendarmes et policiers qui empêchaient l'accès à l'édifice diplomatique. Les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour les faire reculer.
De son côté, un homme est parvenu à passer pour escalader la façade et enrouler le drapeau tibétain. Un gendarme a tiré sur la hampe mais seul le drapeau chinois est tombé. Plusieurs personnes ont été interpellées. Les manifestants ont ensuite reculé, se sont assis dans la rue devant l'ambassade et ont allumé des bougies.
-----------------------------------------
En France, la piste du boycott a été écartée par la France. "Boycotter, cela ne sert à rien. Si demain, on me dit que ne pas faire les Jeux olympiques, cela va ouvrir la Chine, redonner les droits de l'homme, régler tous les problèmes, c'est de l'utopie, du rêve", a déclaré Bernard Laporte. "Même le dalaï-lama a dit qu'il ne faut pas boycotter, car cela va permettre à tout le monde de voir de l'intérieur ce qui se passe en Chine. Bernard Laporte a par ailleurs exclu tout "signe symbolique" de l'équipe de France lors du défilé de la cérémonie d'ouverture des JO. "Je ne veux pas mélanger les genres. Un sportif n'est pas fait pour faire de la politique, il est fait pour faire du sport."
"Faire flotter le drapeau tibétain sur les édifices publics" (Sénat français)
En revanche, le ministère des Affaires étrangères a exprimé le souhait de la France "que les moines arrêtés ces derniers jours soient rapidement remis en liberté" et rappelle "que la liberté d'expression est inscrite dans le Pacte international sur les droits civils et politiques que la Chine a signé". Pour sa part, le président du groupe d'information du Sénat sur le Tibet, Louis de Broissia (UMP), a appelé lundi le gouvernement français à "exiger la fin immédiate des massacres" et à faire flotter le drapeau tibétain sur les édifices publics "en signe de soutien". Une initiative déjà lancée samedi par le député-maire socialiste de Liévin (Pas-de-Calais).
Quelle position adopter à l’égard de l’hôte de la plus grande manifestation sportive au monde ? Le boycott peut-il être un signe fort lancé à Pékin ? L’ensemble de la communauté internationale a appelé les autorités chinoises "à la retenue". Mais la question du boycott aux prochains JO revient au centre du débat, chez quelques intellectuels, comme BHL ou l’acteur Richard Gere, ainsi que dans les milieux politiques.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295434&pid=8361249
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

