samedi 15 mars 2008
Bio : comment la France a perdu son avance
Ouest-France – 15/03/08 - Propos recueillis par Jean-Paul LOUÉDOC
La fédération des agriculteurs bio organise un colloque à Lorient sur les objectifs du Grenelle de l'environnement. Trois questions à son président Paul Hascoët.
L'objectif du Grenelle de l'environnement d'atteindre 20 % d'agriculture biologique en 2020 représente combien d'agriculteurs et quelle surface en Bretagne ?
A partir de la base actuelle qui est d'un peu moins d'un millier de producteurs pour 2 % de la surface agricole, il faudrait atteindre 10 000 paysans bio sur 320 000 hectares. On se pose beaucoup de questions sur les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre cet objectif. D'où l'objet du colloque à Lorient avec des exemples en Italie, Autriche et au Pays de Galles.
La France, pionnière du bio, traîne désormais en queue de peloton. Grand pays agricole, elle a beaucoup misé sur son agriculture intensive branchée sur l'export. Les conseils techniques et économiques sont orientés vers une production à base d'intrants (engrais, pesticides). Pour développer le bio, il faut d'abord faire sauter des verrous dans les têtes.
Quel est votre propre itinéraire vers le bio ?
Je me suis installé en 1985 en production de céréales conventionnelles. J'ai pris le virage vers le bio au début des années 2000 en apprenant les techniques basées sur la rotation des cultures. Sur 75 hectares, je cultive du blé panifiable, des céréales pour l'alimentation animale, du sarrasin et des prairies temporaires avec des mélanges de légumineuses. J'ai loué quatre hectares à deux maraîchers pour qu'ils puissent s'installer. On vit un véritable paradoxe. La France manque de paysans car elle importe la moitié de ses aliments bio mais ceux qui veulent se lancer dans le métier ont de grosses difficultés pour accéder au foncier.
Quelles aides pour développer l'agriculture bio ?
Il faut un système de soutien qui prenne en compte plutôt les moyens humains que la taille des exploitations, c'est l'inverse du conventionnel où l'aide est accordée en fonction des volumes et les hectares. Pour les circuits longs, il faudra contractualiser sur les prix avec des partenariats où chacun sera gagnant de manière durable. La moitié des fermes travaillent en circuit court par le biais des marchés, des paniers, des Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne), des magasins de producteurs. Dans ce domaine, aussi, on n'a pas encore exploré toutes les solutions. Avant de penser à l'avenir, il faut songer au présent.
On est confronté à un gel des crédits de l'État en 2008. Pour l'instant le décalage est énorme entre le discours du gouvernement et ses actes.
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