jeudi 13 mars 2008
Le gouvernement écorne la garantie de l'emploi des fonctionnaires
Exclusif : Marianne 13/03/08 - Perrine Cherchève et Emmanuel Lévy
Le nouveau statut des fonctionnaires ne permet pas de les virer. Mais en les privant de traitement après deux ans de recherche de nouveau poste, il leur faut trouver eux-mêmes un nouveau job dans le privé ou le public.
Le gouvernement va transformer profondément le statut de la fonction publique et remettre en partie en cause la garantie de l'emploi des agents de l'Etat. Un projet de loi «relatif à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique», élaboré par le Ministère du Budget, a été approuvé par le Premier ministre et a été transmis pour avis aux organisations syndicales, avant d'être soumis aux débats du Parlement. Ce texte donne au gouvernement les outils indispensables à la mise en œuvre de sa politique de réduction des effectifs dans l'administration centrale.
En particulier, l'article 7 organise de facto la possibilité de mettre au chômage technique et sans indemnités tous fonctionnaires d'Etat qui dans le cadre d'un redéploiement n'aurait pas trouvé de nouvelle affectation. L'agent sera dans un premier temps intégré dans un système de formation professionnelle pendant une durée de deux ans maximum durant laquelle il touchera au moins son traitement de base. «Au terme de cette période (…), celui-ci peut-être placé d'office en disponibilité». Autrement dit, s'il veut continuer à toucher un salaire, il doit se trouver lui-même un autre job, soit dans l'administration, soit dans le privé. Ce qui constitue une règle totalement inédite dans le corps des fonctionnaires et modifie le statut de la fonction publique.
Le texte prévoit (article 9) aussi d'avoir recours, à l'intérim pour assurer la continuité du service public. Dans ce cas, les usagers pourraient se retrouver face à un personnel dont l'Etat n'est pas l'employeur, mais le client. Ce recours à l'intérim est pour l'heure encadré : vacances d'emploi, besoins occasionnels, saisonniers ou surcroîts d'activité. Mais ce dispositif constitue déjà une brèche vers une sous-traitance accrue de certaines missions de l'Etat.
Après la mobilité dans la rue, les fonctionnaires vont devoir se mettre à la mobilité professionnelle. On attend avec impatience les réactions des syndicats. A suivre, donc.
Lire dans Marianne.fr la suite, Explications et textes de loi.
Visions
Libération – jeudi 13 mars 2008
Editorial -
Notre planète n’est pas simple. Elle ne l’a jamais été. Autrefois, on pouvait - sans grand dommage - n’y rien comprendre : la distance nous protégeait de l’influence des lointains. Aujourd’hui, tout se sait, tout communique, de causes en conséquences tout s’enchaîne. Qu’est-ce que la mondialisation ? La généralisation de l’effet papillon. Un battement d’ailes à Shanghai engendre, de proche en proche, une tempête à Bueno Aires. Pour éclairer l’époque, il faut des gens qui, jour et nuit, veillent. Qui trient et qui racontent. C’est la noble tâche des journalistes : traquer le sens sous la mousse, repérer le lien sous la différence.
Mais pour comprendre, c’est-à-dire pour aider à agir et à vivre, il faut aussi du recul et de la liberté. Il faut s’évader de la tyrannie du court terme, redonner sa place au temps et à la géographie. Tel est le privilège - et, peut-être, l’utilité sociale - de l’écrivain. Il macère, il rumine, il incarne. Il recourt à la fiction. Sans perdre son souci de vérité. Car, comme le disait Aragon, le mensonge du romancier dit vrai.
Ainsi, ont tout intérêt à dialoguer journalistes et écrivains : les premiers apprennent aux seconds à se dégager des mirages de l’actualité. Les seconds, en regardant travailler les premiers, oublieront peut-être que leur nombril est le centre du monde. Notre planète n’est pas simple. Elle a besoin d’observateurs passionnés. Curieux vient du mot latin cura qui veut dire le soin (comme dans cure ou curatif). Etre curieux, c’est donc prendre soin du monde. Ecrivains et journalistes n’ont certes pas le monopole de cette responsabilité mais salut aux chevaliers de la curiosité !
Erik Orsenna
Regards sur la destruction des individus par l’entreprise : «Travailler à en mourir», documentaire en enfer ce soir sur France2
VINCENT DELECROIX - Libération jeudi 13 mars 2008
documentaire de Paul Moreira (2007), France 2, aujourd’hui 23 h 10
Travailler à en mourir,
A celui qui croirait encore que la société postindustrielle en a fini avec la misère de la condition laborieuse ; à celui qui peut imaginer que l’esclavage est d’un autre temps ou d’un autre continent ; à celui, enfin, qui estime que «travailler plus pour gagner plus» peut constituer non seulement un programme économique mais encore un modèle social, on ne saurait trop recommander de jeter un œil sur ce documentaire.
Mort vivant. On y voit qu’une société de services brise et tue aussi sûrement que les monstrueuses machines de la révolution industrielle (lesquelles continuent aussi à fonctionner). On y voit que ce n’est pas moins être esclave que de l’être sous l’œil d’un maître anonyme, insaisissable, qui épie vos conversations, chronomètre le temps que vous mettez à respirer, vous abrutit d’interjections, vous lessive de formules stupides et agressives mécaniquement reprises des manuels de management, et de n’avoir plus que le désir de mourir pour s’y soustraire. On y voit enfin que «travailler plus» n’est pas un choix mais la perverse condition du travail lui-même : travailler veut dire travailler plus et aucune augmentation ne compensera ce que ce «plus», qui n’est jamais assez et auquel tient fragilement l’espoir tout négatif de conserver son emploi, arrache de vie et d’humanité.
Dolorisme ? Une femme pleure comme une enfant en disant qu’elle ferait tout plutôt que «d’y retourner». Pendant qu’il parle de son travail, un homme ne peut contrôler le tremblement épileptique de ses mains. Des gens qui auraient oublié la sacro-sainte valeur du travail ? Un médecin, remarquable, souligne qu’ils ont tous au contraire en très haute estime cette valeur et que le travail a représenté pour eux un élément constituant fondamental. Ras-le-bol passager ? Quand ils n’y laissent pas la vie, ils y laissent leur existence.
Infamie. On peut reprocher au documentaire sa dramatisation à deux sous, avec musique plombante de télé-réalité, mise en scène de rien du tout, ton pathétique. Mais le fil suivi par l’enquête est efficace : on y descend vers l’enfer, au sens le moins métaphorique de l’expression, puisque le trajet s’achève dans les forges ronflantes des sidérurgies du Nord où un homme meurt d’épuisement. Franchissant les différents cercles, des cadres bancaires aux intérims esclaves des gigantesques empires de l’industrie lourde, en passant par ces plateformes téléphoniques qu’on dirait l’équivalent ultramoderne des mines de sel de l’antiquité, on avance dans la destruction de l’individu : dépression, tentative de suicide, coma, crise cardiaque fatale. Ceux qui parlent sont des survivants. Quand ils peuvent parler, car la dernière infamie est celle-là : souffler la parole et effacer le visage. Mais lorsque, peut-être, l’un d’eux finira par s’éveiller de son coma profond, il sera heureux d’apprendre que son entreprise, après l’avoir tué, lui a octroyé un CDI.
Avant même de mourir pour avoir travaillé une fois de trop vingt et une heures d’affilée (une seule fois est déjà de trop), avant de finir à l’état de mort vivant sur un lit d’hôpital pour avoir enchaîné contrats sur contrats dans le seul espoir d’obtenir un CDI, avant de vouloir «s’effacer» ou embrasser un platane pour échapper à des chéfaillons qui vivent eux-mêmes dans la terreur de supérieurs invisibles, ces hommes et ces femmes sont déjà morts : d’épuisement, de peur, de honte, d’incompréhension, d’humiliation. Le coup de grâce est variable, mais toujours sale. Il n’y a plus grand-chose à tuer, lorsque le sujet n’est plus qu’une qualité particulière ou une fonction simple, lorsqu’il se sait interchangeable et en sursis, et lorsque le seul profit qu’il espère tirer de se tuer à la tâche est d’avoir le droit d’en faire encore plus. On commence par briser l’âme, le corps finira par céder.
Trahis jusqu’à quand ?
G.M. - Libération jeudi 13 mars 2008
Exemples de dénis démocratiques.
Une colère court de Rennes à Aix-en-Provence, de Metz à Lyon, de Limoges à Amiens, à Lille, à Marseille, à Paris… partout où des hommes et des femmes se réunissent pour parler de ce qui ne va pas en France aujourd’hui, du réel. Pas du retable des Merveilles que nous font admirer quotidiennement les membres du gouvernement sur les télévisions et les radios : le chômage baisse, le pouvoir d’achat ne va pas tarder à progresser, les prix à la consommation sont sous contrôle et autres sornettes débitées sans qu’aucune voix ne vienne s’y opposer. Une colère qui prend sa source dans deux monts analogues, le déni démocratique que représentent l’adoption du traité de Lisbonne par voie parlementaire et l’écart sans cesse grandissant entre les plus hauts revenus et les plus bas.
Alors, la question revient sans cesse : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand accepterons-nous que les élus non seulement trahissent leurs promesses de campagne (c’est banal, voire folklorique) mais bien plus gravement trahissent leur mandat et l’exercice même de la démocratie en déniant au peuple la capacité à se prononcer sur son avenir ? Jusqu’à quand accepterons-nous que des entreprises ferment, soient délocalisées ou vendues, mettant au chômage des milliers de salariés alors que les groupes qui les contrôlent dégagent des profits extraordinaires ? Jusqu’à quand accepterons-nous que les dirigeants des entreprises soient rétribués en millions d’euros alors qu’il est de bon ton de s’offusquer d’un Smic à 1 500 euros ?
Si l’exercice démocratique est confisqué, si l’ensemble du monde du travail ne cesse de s’appauvrir, si les syndicats n’ont d’autre place que celle de «partenaires sociaux» qu’on leur assigne, jusqu’à quand allons-nous nous taire et rester sans rien faire ?
Comment ne pas entendre que la violence populaire sera demain la seule réponse possible pour tous ceux qui étouffent dans cette société où «tais-toi pauvre con!» est devenu la devise de l’Etat et de ses représentants ?
Municipales: Nicolas Sarkozy fait mine de ne pas s'impliquer
La Tribune 13/03/08
Nicolas Sarkozy considère qu'il "n'a pas à s'impliquer dans les élections municipales". Mais à peine avait-il prononcé cette phrase, mardi à Toulon, qu'il enchaînait avec un exercice d'équilibriste un peu compliqué: réduire par avance l'impact des élections en les cantonnant à leur dimension "locale" tout en assurant qu'il tiendrait "compte" des résultats, et en envoyant des signaux destinés à convaincre les électeurs.
A cinq jours d'un scrutin qui pourrait se révéler difficile pour la majorité, le chef de l'Etat a d'abord estimé que, lors du second tour des municipales, "c'est de la démocratie locale dont il est question" et non de la politique nationale.
Mais il a rapidement changé de registre, estimant qu'il "appartiendra à chaque responsable politique, et d'abord à (lui)-même, de tirer les leçons de ces élections". "Le peuple alors aura parlé. Je tiendrai naturellement compte de ce qu'il aura exprimé", a-t-il promis. Selon son entourage, le président ne prévoit pas de remettre en cause les objectifs de son quinquennat, mais il pourrait, en cas de mauvais résultat, "réajuster, compléter ou modifier" son action.
En attendant, Nicolas Sarkozy a tenté d'influencer le vote des Français. Comme garant des institutions, il a d'abord lancé un appel à la participation de chacun "quels que soient ses choix, ses croyances, ses opinions". "Je ne peux me satisfaire qu'au premier tour la participation ait été la plus faible jamais enregistrée à des élections municipales", a-t-il lancé.
Le chef de l'Etat a aussi commenté les "bons résultats" de ses ministres engagés au premier tour. Onze ayant remporté l'élection en têtes de liste dès dimanche, le président a eu cette fois une analyse toute nationale: "C'est pour le gouvernement tout entier un encouragement", a-t-il traduit, escamotant au passage l'expression "et pour moi-même" qui figurait dans la version de son discours distribuée aux journalistes.
Lors d'une table ronde organisée au Palais des Congrès de Toulon, Nicolas Sarkozy a ensuite retrouvé un discours qui a fait une large part de sa popularité, celui du "parler vrai" et de la "fermeté" en matière d'immigration. "La France ne peut pas accepter tout le monde", a-t-il répété à plusieurs reprises, utilisant des mots durs pour présenter sa vision des choses. Il a par exemple mis en avant "le risque de faire exploser nos finances sociales et notre pacte social" si l'arrivée des immigrés dans les quartiers sensibles n'était pas limitée.
Ce discours musclé, qui ne comportait aucune annonce politique, ressemblait fort à un appel du pied appuyé à l'électorat le plus à droite, à qui Nicolas Sarkozy a voulu rappeler des engagements déjà pris. La veille, le député socialiste Jean-Marie Le Guen avait jugé "un petit peu bizarre" le choix du thème de l'immigration en pleine campagne municipale. A quelques dizaines de kilomètres là, l'UMP Jean-Claude Gaudin est en difficulté pour sa réélection à Marseille, où l'extrême droite frôle les 9%, relèvent certains.
Nicolas Sarkozy, en partie élu grâce au vote d'électeurs venus du FN, est d'ailleurs revenu sur l'influence du Front national: "Je pense avoir fait un peu plus pour la réduire qu'un certain nombre de défileurs de pancarte". Devant le maire de Toulon Hubert Falco, réélu dimanche après avoir repris la ville au frontiste Jean-Marie Le Chevallier, c'était une autre manière de mêler, sans en avoir l'air, "démocratie locale" et enjeux nationaux. AP
Le Sénat donne des sueurs froides à l'UMP
Le Canard Enchaîné du mercredi 12 mars 2008
Matignon et les spécialistes électoraux du gouvernement ont tiré la sonnette d’alarme à l’Elysée : si la défaite de la majorité venait à s’amplifier au second tour des municipales, l’UMP pourrait perdre le contrôle du Sénat, dès les élections sénatoriales de septembre prochain !
A droite depuis plus de quarante ans et qualifiée naguère « d’anomalie démocratique » par Lionel Jospin, la Haute Assemblée pourrait se retrouver avec un président de centre gauche, voire socialiste. Une situation inédite depuis l’élection de Gaston Monerville, au début de la Vème république.
Aujourd’hui, l’UMP, avec 159 sièges, ne dispose pas à elle seule de la majorité absolue (fixée à 166). Mais les deux tiers des 30 membres du groupe Union centriste et la moitié des 16 sénateurs inscrits au groupe RDSE (qui regroupe des radicaux de droite et de gauche) ont l’habitude de voter avec l’UMP. Et lui garantissent une majorité à 190 voix.
Ce bel échafaudage pourrait s’écrouler en septembre prochain, quand le Sénat renouvellera le tiers de ses effectifs. Les sénateurs ont en effet élus par un collège de grands électeurs composé majoritairement des délégués des conseils municipaux. Et les calculs, réalisés dès lundi matin, donnaient des chiffres assez alarmants : le groupe UMP risque de perdre entre 10 et 15 sièges, et ses alliés, en abandonner une dizaine.
« Si c’est l’estimation basse, on peut s’en tirer, mais dans le cas contraire, ça va devenir plus compliqué pour gérer le Sénat » s’inquiète un proche de Sarko. Et il n’a pas fini de s’angoisser: en effet, si la droite parvient à sauver les meubles en septembre prochain, elle aura beaucoup plus de mal aux sénatoriales suivantes, prévues en 2011.
Cette année là, ce ne sera plus le tiers, mais la moitié des mandats de sénateurs qui seront remis en jeu (à la suite d’une réforme votée en 2003). Et cette élection aura lieu avec un corps électoral inchangé puisque les municipales suivantes ne sont programmées qu’en 2014.
En attendant, l’UMP dispose de quelques bottes secrètes pour retarder les échéances. Ainsi, une réforme votée en 2007 a créé deux nouveaux sièges de sénateurs acquis d’avance à la droite pour les îles antillaises de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. En cas de besoin, il sera toujours temps de faire élire quelques sénateurs supplémentaires par les pingouins de la Terre Adélie….
Vive les casseroles !
Le Canard Enchaîné du mercredi 12 mars 2008
Les électeurs sont de grands seigneurs ! Ils ne veulent pas la mort du pêcheur. Plusieurs candidats sont des repris de justesse, ou traînent de jolies casseroles. On pourrait croire qu’ils se sont fait renvoyer dans leurs pénates dès ce premier tour ? Pas du tout !
Ainsi, l’UMP Patrick Balkany, déjà condamné pour prise illégalle d’intérêts, élu du premier coup à 51,50 % à Levallois-Perret, comune dont la gestion fait actuellementl’objet d’une enquête préliminaire.
Ainsi, le député-maire Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et secrétaire d'Etat à la Fonction publique, André Santini (mis en examen pour "détournement de fonds publics", "prise illégale d'intérêt" et "faux") a été brillament réélu au premier tour avec 56,76% des voix sous l’étiquette du Nouveau Centre.
Il n’a jamais accepté de démissionner, ni de sa mairie ni du gouvernement, ça aurait été du pur gâchis !
Et l’ex-RPR Xavier Dugoin, viré de la mairie de Mennecy en 2001, et qui a écopé de quelques mois de prison : avec 33,44%, il devance le maire sortant.
Et l’innénarrable Jean Tibéri, renvoyé au tribunal pour l’affaire des faux électeurs, en tête de 771 voix dans le Vème arrondissement.
Et le divers-gauche François Bernardini à Istres, célèbre pour ses affaires et ses deux condamnations, pas moins de 42,75 % de voix…
Mais le plus drôle, c’est le cas de l’UMP Gérard Gaudron, à Aulnay-sous-Bois : l’homme qui touchait les Assedic tout en étant député-maire n’a certes pas été reconduit triomphalement à la mairie, mais il a quand même récolté 46,4 % des voix, et fait la course en tête !
Quand à l’UMP Chritian Estrosi, ce flambeur qui s’offre un vol à 138 000 euros aux frais de l’Etat, uniquement pour ne pas rater un pince-fesse intime organisé par Sarkozy, il récolte quand même 35,8 % des voix à Nice.
Alors, Champagne pour tout le monde !
Nicolas Sarkozy reparle d'immigration pour rallier les abstentionnistes de droite
LE MONDE | 12.03.08 | 14h25 TOULON ENVOYÉ SPÉCIAL
Il n'est pas en campagne. C'est lui qui le dit : "Le président de la République n'a pas à s'impliquer dans les élections municipales", a déclaré Nicolas Sarkozy, mardi 11 mars lors d'une visite de terrain à Toulon, gagnée haut la main par le maire sortant, Hubert Falco (UMP), au premier tour.
Les experts électoraux du parti du président sont formels. Les résultats du 9 mars s'expliquent en partie par l'abstention des électeurs du FN ralliés à M. Sarkozy lors de la présidentielle. Un conseiller du chef de l'Etat ne cachait pas qu'en remettant l'immigration au premier plan, Nicolas Sarkozy leur adresse un signal.
Afin de se prémunir de toute accusation "d'instrumentalisation", le président a estimé qu'il avait plus fait pour affaiblir l'extrême droite que "les défileurs de pancartes".
Au cours d'une table ronde de quatre-vingt-dix minutes, le chef de l'Etat a expliqué dans les détails sa politique. En présence de Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, il a de nouveau plaidé pour des "quotas" d'étrangers et un débat annuel au Parlement pour en fixer le nombre. "L'identité n'est pas une pathologie", a-t-il déclaré, s'abritant derrière une citation attribuée à l'ethnologue Claude Lévi-Strauss.
Mais M. Sarkozy avait d'autres messages à faire passer. Parfois contradictoires.
"Il ne s'agira pas, dimanche prochain, de décider de la politique de la nation, a commencé le chef de l'Etat lors d'un discours tenu à l'occasion d'une remise de décrets de naturalisation à la préfecture du Var. Dimanche prochain, c'est de la démocratie locale qu'il sera question, de vie quotidienne, de proximité, de voisinage."
Mais cinq paragraphes plus loin, il affirme : "Après le deuxième tour, une fois acquis les résultats définitifs, il appartiendra à chaque responsable politique et d'abord à moi-même de tirer les leçons de cette élection. Le peuple aura alors parlé. Je tiendrai naturellement compte de ce qu'il aura exprimé."
Contradiction assumée ? Cette position ambiguë est en harmonie avec un premier tour difficile à interpréter pour l'Elysée. La bonne tenue des ministres conforte le chef de l'Etat dans son attitude de négation d'un vote-sanction. "Qu'il me soit permis d'avoir une pensée particulière pour tous les ministres qui ont obtenu de bons résultats dans les villes où ils se sont présentés, a-t-il dit en citant les élus. C'est pour eux la reconnaissance de leur talent et de leurs compétences. C'est pour le gouvernement tout entier un encouragement."
Mais le président ne veut pas donner l'impression de nier par avance le résultat du 16 mars, sauf à risquer de transformer un avertissement en déroute pour son camp en braquant les électeurs. Les conseillers de l'Elysée présents à Toulon se sont évertués à faire passer l'idée de la "cohérence" du chef de l'Etat au prix d'un curieux triptyque : "1. Il est président. 2. Il ne participe pas aux élections locales. 3. Il entend le message des Français." CQFD.
Pourtant, le choix de la ville ne doit rien au hasard. C'est dans cet ancien fief du Front national, idéalement situé entre Marseille, où se jouera le 16 mars une des batailles décisives du second tour, et Nice, où l'UMP a réalisé un moins bon score que prévu, que M. Sarkozy a choisi de revenir sur l'immigration et l'identité nationale, "le sujet le plus important de la société française" selon lui. Son espoir : faire revenir vers les candidats de l'UMP les déçus du sarkozysme.

L'univers monstrueux de Monsanto, par Dominique Dhombres
LE MONDE | 12.03.08 | 13h23
Le réquisitoire est terrible, implacable et convaincant. La firme multinationale Monsanto, qui commercialise 90 % des organismes génétiquement modifiés (OGM), ment énormément, à beaucoup de gens et même à la planète entière, avec beaucoup de succès - le pouvoir que donne l'argent et l'appui, apparemment sans faille, du gouvernement des Etats-Unis. Tout cela, vous le savez si vous avez regardé, mardi 11 mars sur Arte, l'extraordinaire documentaire Le Monde selon Monsanto, de Marie-Monique Robin.
L'affaire est menée comme une opération personnelle d'investigation et la réalisatrice se met en scène elle-même en train de pianoter sur son ordinateur et de rechercher, le plus souvent sur Google, des renseignements qui sont accessibles à tous pour peu qu'on veuille bien essayer de démêler, dans la masse de documents disponibles, le bon grain de l'ivraie.
Et de l'ivraie, il y en a à foison, tant la firme a multiplié, depuis des années, les messages commerciaux efficaces (à destination des agriculteurs de tous les pays et dans toutes les langues) et les enquêtes scientifiques douteuses. "Sur son site Internet, Monsanto se présente comme une compagnie agricole dont l'objectif est d'aider les paysans à produire des aliments plus sains tout en réduisant l'impact de l'agriculture sur l'environnement", explique la réalisatrice.
Ni l'un ni l'autre n'est vrai. Certains de ces aliments sont dangereux et l'effet sur la nature est catastrophique à long terme. Fondée en 1901 à Saint Louis (Missouri), la firme est une dangereuse récidiviste. Elle a commencé comme une entreprise industrielle fabriquant des produits chimiques.
Elle a notamment concocté des quantités impressionnantes de dioxine, le poison hyper-concentré contenu dans l'agent orange dispersé par l'aviation américaine au-dessus des forêts pour détruire la végétation pendant la guerre du Vietnam. Les conséquences se font encore sentir aujourd'hui, avec la naissance d'enfants difformes et des séquelles chez bon nombre d'anciens combattants américains exposés à ce redoutable produit. Ce cauchemar est-il en train de recommencer sous nos yeux, sous d'autres formes ? Il y a cette hormone injectée aux vaches laitières pour accroître leur rendement qui les transforme, peu ou prou, en animaux Frankenstein.
On connaît bien désormais, parce qu'il a été souvent fauché par José Bové, le maïs étonnant qui donne des épis plus gros que les autres. Nul ne sait pour l'instant s'il n'a pas lui aussi des propriétés mortifères. Mais on est sûr qu'il est en train d'éliminer, peu à peu, les autres espèces de maïs, y compris dans l'espace originel de la plante, au Mexique.
On aurait aimé, évidemment, avoir la réponse de Monsanto à ces accusations. La firme a décliné cette offre. C'est dommage.

La "racaille" de Neuilly-sur-haine
Le Canard Enchaîné du mercredi 12 mars - extraits
La sauvagerie des bandes rivales qui s'affrontent dans les banlieues ne connaît pas de limites. Ainsi, à Neuilly, zone de non-droit bien connue, deux groupes ont envahi l'hôtel de ville, dimanche soir au moment de la proclamation des résultats. Vêtus de fourrures ou Lodens et foulards Hermès, tenue traditionnelle des racailles qui infectent le quartier, les partisans de Jean-Christophe Fromentin, UMP ex-dissident, devenu légitime, et ceux d'Arnaud Teullé, UMP dissident soutenu par la mère du Président, en sont venus aux mains.
Comme l'a relaté Le Monde, des noms d'oiseaux ont fusé de part et d'autre : "Faciste !", " Extrémistre ! ., etc..." Les militants des deux bandes rivales se sont jeté au visage force flûtes de champagne. Quelques coups ont aussi été échangés et une dame d'une soixantaine d'années a eu l'auriculaire retourné et a dû recevoir les soins que justifiait son état.
Moins comique, des insultes antisémites ont été entendues. Du coup, la police a été appelée et une partie de ce joli monde a fini au commissariat, où des fonctionnaires ont relaté les incidents sur le registre des plainbtes.
Un bien triste épisode des émeutes dans nos banlieues déhéritées !
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Il y avait le gros rouge qui tâche. Le soir du premier tour, Neuilly a lancé un nouveau concept: le champagne qui fâche
Le JDD - Mardi 11 Mars 2008 - 17:56 - par Michèle Stouvenot
A l'Hôtel de ville, au vu des résultats, un des militants pro-Teullé dont la coupe était pleine, a envoyé la sienne au visage d'un pro-Fromantin. Soutenu dans cette guerre des bulles par une sexagénaire qui a éructé: "Porc mal élevé!", une insulte qui sent son terroir - le Diorissimo - infiniment plus raffinée que "sale cochon!".
Le tollé - ou plutôt le Teullé - devenant général, un ancien officier galonné, sortant de sa tranchée - le buffet - victime sans doute d'une montée de testostérone s'est écrié: "Je le prends quand il veut, au sabre, à l'épée ou au pistolet!" Un duel ! Sur le pré - mais le Pré Catlelan! Il n'y a pas à dire. Les "racailles" de Neuillly sont du Grand Siècle.
Balkany s’en mêle aussi
Selon le député UMP des Hauts-de-Seine et maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, des partisans de Jean-Christophe Fromantin, candidat soutenu par l’UMP à Neuilly, ont traité de "sale juif" un membre de la liste adverse menée par Teullé.
Une plainte pour diffamation et injure déposée par Fromentin : Jean-Christophe Fromentin, le candidat divers-droite sans étiquette mais investi par l'UMP a réagi et assigne pour diffamation et injure son adversaire UMP Arnaud Teullé. Il a évoqué des "rumeurs organisées, des chaînes de mails et des chaînes d'appels téléphoniques" le dénigrant.

