lundi 10 mars 2008
"Trois leçons sur l’Etat providence"
France Info – 09/03/08 –
Par Bruno Palier chercheur du CNRS et enseignant à Sciences-Po Paris, spécialiste des réformes des systèmes de protection sociale en Europe.
Et s’il fallait changer de point de vue sur les dépenses sociales, les considérer comme des investissements plutôt que comme des coûts ? C’est ce que propose Gosta Esping-Andersen. Et ce n’est pas uniquement de la théorie. Le sociologue danois a fait les comptes. Il a notamment calculé le gain pour les finances publiques d’une aide plus importante accordée par la société pour faire garder les enfants. Gosta Esping-Andersen est actuellement Professeur à l’université Pompeu Fabra de Barcelone. Il a notamment publié Les Trois Mondes de l’Etat-Providence (PUE, 2007) qui s’est imposé comme une référence internationale. On pouvait croire le sujet rebattu. Des dizaines de rapports, des centaines d’articles ont en effet traité de l’avenir de l’Etat-providence, fort mal en point nous disaient leurs auteurs, confronté qu’il est à des défis quasi-insurmontables : la baisse de la fécondité, la montée de la monoparentalité, le vieillissement enfin. Les prescriptions qui concluaient ces diagnostics quelque peu décourageants s’appelaient baisse des prestations, recours croissant au marché et appel au patriotisme démographique pour les uns, à l’immigration choisie pour les autres. Bref, l’Etat-providence vivait ses derniers moments, ou presque, son avenir étant derrière lui. le Pape de la discipline intervient dans l’arène avec ce petit livre au titre anodin, mais au contenu explosif. Car le professeur danois est une sommité universellement reconnue et appréciée dans ce domaine. Que nous dit-il dans ces trois « leçons » ? Trois choses, comme on pourrait s’en douter. D’abord qu’il est souhaitable que la « révolution féminine » aille jusqu’au bout, et que toutes les femmes travaillent. Parce que cela leur procure autonomie et reconnaissance sociale, bien sûr, et que c’est la meilleure assurance contre la pauvreté des couples aussi bien que des familles monoparentales. Mais aussi parce que la société tout entière a besoin de ce travail féminin et des cotisations sociales ou impôts que sa rémunération engendre, si nous voulons conserver un bon niveau de protection sociale. Plus nous serons nombreux à cotiser, mieux cela vaudra pour chacun … et pour tous. Une leçon utile à entendre en ces périodes où toute taxation est présentée comme l’incarnation du diable. Deuxième leçon : il ne suffit pas que les femmes travaillent. Il faut aussi que leurs enfants soient gardés. Et gardés de façon intelligente. Car la meilleure façon de lutter contre l’échec scolaire, donc de réduire les difficultés à venir en termes de revenu autant qu’en termes d’accès à l’emploi convenable, c’est d’avoir un bon niveau de formation. Et le maître sort de sa poche toute une batterie d’études et d’indicateurs qui montrent qu’un enfant gardé précocement dans des institutions de qualité, c’est encore le meilleur moyen de lutter contre les handicaps culturels et les déterminismes sociaux. Des institutions de qualité, tout le monde comprendra : des crèches, puis des écoles maternelles, avec du personnel qualifié. A défaut, non seulement certaines femmes sont empêchées de travailler, mais leurs enfants risquent davantage l’échec scolaire. Troisième leçon : oui, il faudra bien reculer l’âge de la retraite, mais de façon équitable. C’est-à-dire sans paupériser les retraités, et en leur assurant un taux de remplacement constant de leurs revenus d’activité. A défaut, sous prétexte d’assurer une équité entre générations, on réintroduira des inéquités au sein de chaque génération, entre ceux qui pourront se préparer un petit nid douillet pour les vieux jours et ceux qui ne le pourront pas. Chemin faisant, le lecteur repérera vite une dernière leçon, qui ne fait pas l’objet d’un chapitre particulier, mais qui court tout au long du texte. Un financement universel – entendons par l’impôt ou les cotisations sociales – vaut toujours mieux qu’un financement individuel, par le marché, parce que c’est encore le meilleur moyen de réduire les inégalités et que, finalement, tout le monde y gagne. Des fonds de pension, pourquoi pas, mais à condition qu’ils soient obligatoires. Parce que, sinon, on recrée les inégalités que l’on avait eu tant de mal à réduire. L’Etat-providence a encore de beaux jours devant lui, à condition qu’il mette de plus en plus l’accent sur le travail – pour se financer – et sur la qualité – pour rendre le financement acceptable et efficace. Comment ne pas opiner du chef, tant cela fait du bien à entendre ? Et tant cela est convaincant. Merci, Gøsta. Trois leçons sur l’Etat-providence Gøsta Esping-Andersen, avec Bruno Palier Ed. du Seuil/La République des idées, 2008, 140 p.,
LIBERTÉS - Le 12 mars, journée d'action sur internet avec RSF
NOUVELOBS.| 07.03.2008 |
Le 12 mars, Reporters sans frontières lance la première Journée internationale pour la liberté d'expression sur Internet. Cible: des "cybermanifs" dans neuf pays ennemis du Net.
L'association Reporters sans frontières (RSF) lance la première Journée internationale pour la liberté d'expression sur Internet. Patronnée par l'Unesco, la journée aura lieu le 12 mars prochain.
A cette occasion, l'organisation renouvelle son opération "24h contre la censure"et appelle les internautes à se mobiliser sur le site de RSF.
Actuellement, selon RSF, 63 cyberdissidents sont derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit à la liberté d'expression sur le Web. La Chine reste la plus grande prison pour les journalistes en ligne et les blogueurs.
Des cybermanifestations - Pour "dénoncer la censure exercée par les gouvernements et réclamer plus de libertés sur Internet", Reporters sans frontières appelle à manifester dans neuf pays ennemis du Net. Durant 24 heures, du mercredi 12 mars à 11h jusqu'au jeudi 13 mars à 11h (heure de Paris), les internautes pourront créer un avatar, choisir le message de leur banderole et prendre part à l'une des cybermanifestations qui auront lieu en Birmanie, Chine, Corée du Nord, Cuba, Egypte, Erythrée, Tunisie, Turkménistan et Viêt-nam.
L'organisation publiera également sa nouvelle liste des "ennemis d'Internet" et rendra publique une version mise à jour du Guide du cyberdissident.
40.000 internautes - "Lors de la première édition des '24 heures contre la censure', près de 40 000 internautes s'étaient mobilisés en faisant évoluer la carte des 'trous noirs du Web' ", explique RSF, qui continue : "Aujourd'hui, nous pouvons encore peser sur les autorités qui musellent ce qui devrait être un libre lieu d'échange, et faire à nouveau de cette opération un succès."
Nouvelobs.com se joint bien entendu à cette opération.
par Robert Ménard,
secrétaire général de l'association Reporters sans frontières
En quoi consistent les "cybermanifestations" que vous organisez sur votre site ce mercredi 12 mars ?
- Internautes, venez manifester virtuellement sur la place Tiananmen à Pekin où des étudiants ont été réprimés dans le sang, ou sur la place de la révolution à la Havane, où Castro a prononcé de nombreux discours. Venez vous inscrire, pour présenter votre avatar, un personnage virtuel, et brandir votre banderole sur ces lieux où les manifestations sont interdites. Visuellement, on aura l'impression de se trouver sur ces places. L'Unesco a l'intention de se joindre à nous. On publie également ce jour-là un guide du cyberdissident qui pourra être téléchargé. Il donnera des outils permettant de contourner techniquement la censure.
Nous avons lancé une version chinoise de notre site. La connexion a été interrompue au bout de quatre heures en Chine. Mais des Chinois se débrouillent tout de même pour avoir accès à Rsf.org et pourront participer à cette journée.
Sarkozy sourd au scrutin : reclus à l’Elysée, il a confié à Fillon le soin de parler pour lui.
ANTOINE GUIRAL - Libération lundi 10 mars 2008
Reclus à l’Elysée et silencieux hier soir, Nicolas Sarkozy a confié à François Fillon le soin de parler pour lui. D’abord, un appel à la mobilisation de l’électorat pour tenter de sauver les meubles au second tour. Le Premier ministre a ensuite cherché à minimiser l’impact du scrutin en le ramenant à un simple vote local. Il a fustigé les «responsables de l’opposition qui veulent exacerber les clivages partisans» et «mélanger les enjeux locaux et ceux de la nation». Enfin, il a confirmé que «le cap des réformes [serait] tenu» puisque ce qui était en jeu selon lui n’était que «la gestion de nos villes, de nos villages et de nos départements». Et pour bien adresser une fin de non-recevoir à tous ceux qui demandent à l’exécutif d’infléchir sa politique, il a prévenu que «la politique de la nation a été débattue et tranchée par les Français au printemps 2007».
Un triomphe en mai, un début de sanction en mars. En l’espace de dix mois, le sarkozysme a rapetissé. Au soir du premier tour des élections municipales, la défaite redoutée à droite se profile bien. Et tous les regards se tournent déjà vers celui qui a exercé un pouvoir sans partage et imposé un style si particulier depuis son élection : l’hyperprésident Sarkozy.
L’avertissement est là. Au-delà de sa personnalité, il paie ses engagements non tenus en matière de pouvoir d’achat et, sans doute aussi, l’annonce la semaine dernière qu’il ne tiendra pas compte du message politique envoyé par les Français à travers ce vote.
«Péripétie». Au plus bas dans les sondages, le chef de l’Etat a certes pris soin de ne pas trop s’exposer dans cette campagne. Après avoir moqué ses amis (comme Jean-Pierre Raffarin) qui jugeaient dangereux de faire des municipales un enjeu national, il a fini par se ranger à leur avis… en développant le concept d’élections locales à portée nationale. L’essentiel pour lui aujourd’hui est d’être en mesure de préserver sa capacité à mener sa fameuse «rupture». Il a prévenu, en milieu de semaine dernière, que la «péripétie» des municipales ne l’empêcherait pas de mener le changement avec «la même force».
Les deux tiers de ses ministres étaient candidats à ces élections municipales. Si peu d’entre eux subissent une défaite dimanche prochain comme cela se dessine, Nicolas Sarkozy en tirera argument pour dire que sa politique n’est pas rejetée. Seule une très ample victoire de la gauche dans une semaine pourrait donc contrarier ses plans.

Placide - http://www.leplacide.com/
« Pourquoi un film sur Monsanto ? »
Diffusion le mardi 11 mars à 21h00 sur ARTE du documentaire événement de Marie-Monique Robin
Le documentaire intitulé "Monsanto, une entreprise qui vous veut du bien", fait froid dans le dos.
Du continent américain à l’Inde en passant par l’Europe, une enquête magistrale et alarmante sur la multinationale américaine qui commercialise 90 % des OGM dans le monde.
Rythmé comme un thriller sur la santé publique, il fait songer au film Erin Brokovich, de Steven Soderbergh, mais sans Julia Roberts pour tout arranger à la fin.
Leader mondial des OGM, Monsanto est à l'origine de bien d'autres produits controversés, depuis sa création en 1901. La liste est longue. La firme est le principal producteur de PCB (le pyralène, polluant organique persistant aujourd'hui interdit et responsable de nombreuses pollutions), de l'agent orange, herbicide utilisé pendant la guerre du Vietnam et fortement cancérigène, et d'hormones de croissances bovine et laitière interdites en Europe.
Dans son livre, Marie-Monique Robin livre des exemples de pressions exercées sur des scientifiques, qui seront licenciés ou discrédités pour avoir critiqué les produits Monsanto. Elle donne également la parole à des experts remettant en cause les expériences sanitaires menées par la multinationale.
Comment l'entreprise Monsanto a-t-elle réussi à mettre sur le marché américain tant de produits, finalement interdits des années plus tard, sans que les scientifiques indépendants ne parviennent à se faire entendre, sans que les journalistes n'émettent de voix discordantes ?
Selon Marie-Monique Robin, la firme jouit d'une grande influence. Dans la sphère scientifique d'abord, car à l'origine de nombreux financements pour la recherche, mais aussi à la Maison Blanche, où se sont succédés d'anciens ou de futurs dirigeants de Monsanto.
« Pourquoi un film sur Monsanto ? »
Cette question m’est posée régulièrement depuis trois ans et immanquablement, je réponds la même chose :
« Ca fait plus de vingt ans que je parcours le monde, et partout j’ai entendu parler de cette multinationale américaine, à dire vrai, plutôt en mal. J’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai navigué sur la toile pendant des mois. J’ai découvert que Monsanto représente l’une des entreprises les plus controversées de l’ère industrielle parce qu’elle a toujours caché l’extrême toxicité de ses produits.
Qu’en est il aujourd’hui ? Nous dit-elle la vérité sur ses OGM ? Peut-on la croire quand elle dit que les biotechnologies vont résoudre le problème de la faim et de la contamination environnementale ? Pour répondre à ces questions, qui nous concernent tous, j’ai repris mon bâton de pèlerin, voyageant sur trois continents, où j’ai confronté la parole de Monsanto à la réalité du terrain, rencontrant des dizaines de témoins que j’avais préalablement identifiés sur la toile. Et je suis sûre, aujourd’hui, qu’on ne doit pas laisser cette entreprise s’emparer des semences, et donc de la nourriture du monde ...
Marie-Monique Robin - Réalisatrice et écrivain _ 21 janvier 2007

La santé, un marché très convoité par les groupes high-tech, créateurs des nouvelles technologies
HANOVRE (AFP) - 08/03/2008 - TV5 Infos
Dossiers médicaux sur Internet, soins à distance, informatisation des hôpitaux: la santé ouvre de grands opportunités aux acteurs des nouvelles technologies, de plus en plus nombreux à s'intéresser à ce marché.
Témoin de cet engouement, le Cebit de Hanovre (Allemagne), qui s'achève dimanche, accueille cette année le salon "TeleHealth", présentant les "dernières évolutions dans le domaine des soins médicaux informatisés".
"Les programmes d'informatisation de la santé se développent sous la pression des coûts et du vieillissement de la population pour la maintenir le plus longtemps à domicile", constate Eric Le Bihan, directeur-adjoint de la toute jeune division santé d'Orange. L'"e-santé", dont l'opérateur ambitionne de devenir l'un des leaders d'ici 2010, représente "une forte opportunité que nous ne sommes pas les seuls à identifier", assure-t-il, soulignant par exemple le potentiel de la télémédecine. Les expérimentations dans le domaine se multiplient, permettant d'effectuer, à des kilomètres de distance, des diagnostics médicaux en instaurant un face-à-face virtuel entre malades et médecins.
Autre cible des industriels, le dossier patient. Ainsi, Google et Microsoft ont lancé récemment des systèmes, respectivement baptisés Google Health et HealthVault, pour que les particuliers gèrent et stockent leurs données médicales personnelles sur internet, en lieu et place des dossiers papiers. Pour Microsoft, la santé est "un secteur stratégique important", affirme Dominique Gerbod, directeur du pôle santé de la filiale française.
Le dossier patient sur internet, explique-t-il, "vise à améliorer la prévention et le suivi des maladies chroniques", comme le diabète ou l'asthme. En France, le logiciel HealthVault ne sera pas déployé avant 18 à 24 mois, précise-t-il. Cet espace web personnel viendrait se superposer au dossier médical personnel (DMP), outil informatique destiné à centraliser les informations médicales de chaque assuré social, qui a pris beaucoup de retard.
A l'intérieur même de l'hôpital, au-delà de l'informatisation du poste de travail, les nouvelles technologies rêvent de changer la vie: localisation à tout moment des malades et soignants équipés de bracelets avec puce RFID (identification par radio-fréquence), mise à disposition des patients de tablettes multimédias pour surfer sur internet, utilisation de robots pour assister le chirurgien...
Le leader mondial des microprocesseurs Intel a lui développé pour les infirmières un PC spécifique, sans clavier et facile à nettoyer, leur permettant d'accéder aux informations des malades et de les mettre à jour rapidement.
Améliorer la qualité et la fiabilité des soins tout en réduisant les coûts, telle est l'équation qu'entendent résoudre les groupes high-tech, conscients toutefois que la santé n'est pas un secteur économique comme les autres, notamment du fait du poids des pouvoirs publics. Sans oublier le problème que pose la confidentialité des données.
Et maintenant, l'ouverture vers les chiraquiens ?
Dimanche 09 Mars 2008 - Philippe Cohen
Le bon comportement électoral des soldats perdus du chiraquisme leur laisse espérer des offres de postes ministériels, qu'ils ont, pour le moment refusées.
Avec son scoop sur le déjeuner récent entre Sarkozy et Chirac, Backchich.info s'efforçait de deviner l'ordre du jour de cette rencontre : la gestion de l'adversité, les ennuis judiciaires du président, l'Afrique. Un autre sujet a sans doute été abordé : l'éventuelle entrée au gouvernement de quelques proches de Chirac.
Voilà quelques semaines déjà que la sarkozye bruissait du dernier projet d'ouverture en vogue : après l'ouverture vers la gauche, le centre, les écologistes, les chasseurs, les minorités visibles, l'ouverture se ferait à présent … chiraquienne. Pourquoi ? En 1995, Nicolas Sarkozy avait été frappé parce qu'il appelait la grande erreur de Jacques Chirac après sa victoire présidentielle : au lieu de pardonner aux balladuriens (dans les rangs desquels sévissait Sarkozy) et de leur donner toute leur place dans la majorité présidentielle, Chirac les avait maintenus dans le corner avant de dissoudre l'Assemblée nationale avec le « succès » que l'on sait.
Bref, le Président jugerait judicieux, aujourd'hui que le chiraquisme ne regroupe plus que quelques soldats perdus, de leur tendre la main. Il a même proposé un maroquin à Jean-Louis Debré, qui l'a poliment éconduit, la présidence du Conseil constitutionnel étant autrement plus prestigieuse et stratégique qu'un ministère, si peu considéré dans la sarkozye.
Apparemment pourtant, le comportement électoral des chiraquiens autorise pleinement cette nouvelle version, plus classique il faut le reconnaître, de l'ouverture. Avec son triomphal succès à Bordeaux (56% des voix), Alain Juppé ferait un excellent « ministre d'ouverture ». Mauvaise pioche : l'impétrant a décliné l'invitation avant même le premier tour des élections municipales. D'autres chiraquiens pourraient faire l'affaire, qui ont déjà occupé des maroquins, comme Christian Jacob, qui a recueilli 70% des suffrages dans sa bonne ville de Provins, ou encore François Baroin réélu dès le premier tour à Troyes.
La campagne de Parisot tourne court… malgré les journalistes
Dimanche 09 Mars 2008 - Philippe Cohen – Marianne
L'opération mains propres du numéro un du Medef est mise en cause par plusieurs sources.
Décidément, Anne Méaux est une papesse de la communication. Depuis que son cabinet a pris en charge la communication de la Présidente du Medef, les journalistes semblent avoir oublié les bases élémentaires de leur métier dans leur traitement du scandale de l'UIMM.
Voilà une semaine en effet que toute la bien-pensance politique et éditoriale, du Journal du Dimanche à Rocard en passant par Match, les quotidiens, les radios et les télévisions, bref tout le monde, a littéralement mis en scène l'affrontement entre d'un côté, le «patronat éthique», son chevalier blanc Parisot et de l'autre les Ripoux de l'industrie DGS et de Calan.
Aucun journaliste n'a repris à son compte les questions évidentes que posait, dans ces colonnes, Eric Decouty, le journaliste qui a pourtant sorti toute l'affaire de l’UIMM, dans le Figaro puis dans Marianne :
1) Les deux nouvelles têtes de l'UIMM, Michel de Virville et Frédéric Saint-Geours ont été mandatées par Laurence Parisot pour nettoyer les écuries de la Fédération. Leur a-t-elle demandé des comptes? L'ont-ils tenue au courant de la négociation des indemnités de départ de Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) ?
2) Plusieurs barons du Medef, et non de l'UIMM, ont validé l'accord indemnisant DGS. Ont-ils pu le faire sans mettre Laurence Parisot au courant ?
Toute la semaine, les journalistes se sont contentés de mettre en scène la «sainte colère» de Laurence Parisot, le pompon étant décroché par Le Monde de ce week-end : était-ce bien la peine de mobiliser trois journalistes pour interroger Laurence Parisot si c'était, là encore, pour soigneusement éviter les questions qui fâchent ? Laurence Parisot a pu, sans être contredite, déclarer qu'elle « avait appris les sorties de fonds en liquide la veille de la publication des faits par le Figaro vers 19 heures, par un coup de fil d'un journaliste ». En l'occurrence, précisons que ledit journaliste n'était pas l'auteur de l'article mais Nicolas Beytout, à l'époque directeur de la rédaction du Figaro et toujours et prévenant avec l'organisation patronale.
Au moins l'interview a-t-elle permis de constater que cette version quelque peu angélique des faits était vivement contestée. Par Gérard Filoche tout d'abord, qui a exhumé un dialogue avec Sophie de Menthon, laquelle avait déclaré, le 11 novembre 2007, que Laurence Parisot était au courant des pratiques de l'UIMM.
Puis peu après la parution du Monde, Daniel Dewavrin, président de l'UIMM de 1999 à 2006 puis DGS lui-même réagissent en déclarant que Laurence Parisot avait été informée de la situation dès le printemps, avant son départ en vacances. On peut et on doit, bien entendu, douter de ces témoignages, d'autant que Laurence Parisot a annoncé son intention de déposer plainte pour diffamation contre Dewavrin et DGS. En revanche, on sait qu'au plus haut niveau de l'Etat, l'Elysée comme Matignon étaient, au printemps, parfaitement au courant de l'enquête de Tracfin qui a mis en cause les pratiques litigieuses de l'UIMM.
Il serait bien étonnant que personne n'ait eu la charité d'informer Laurence Parisot de ce qui se tramait. La connaissance ou non des faits relatés ne concerne pas seulement l'honneur du chef du Medef : elle peut influer sur la décision des enquêteurs de la convoquer ou non dans le cadre de leur enquête. A suivre donc…
Au lieu de porter plainte pour diffamation, pourquoi Laurence Parisot n'a t-elle pas porté plainte pour détournement ? On saurait, au moins où est passé l'argent !
L'UMP résiste malgré Sarkozy
Marianne – 10/03/08 - Philippe Cohen
Le scrutin a été marqué par une progression de la gauche, et non un raz-de-marée comme attendu ou espéré. Mais cette performance honorable s'est réalisée en tournant le dos au Président.
A première vue, l'UMP a évité le pire. D'abord la perte de Marseille, qui n'est pas survenue. Jean-Claude Gaudin respire. Pour autant, cette résistance à la gauche n'est pas une victoire du Président. D'abord parce que ce résultat honorable a été obtenu en tournant le dos à la stratégie que Sarkozy avait, dans un premier temps, recommandée dans son camp.
Bien sûr, lorsqu'il évoquera les résultats de ce premier tour des municipales, mardi 11 mars, le Président ne manquera pas de revendiquer pour son propre compte la – relative - bonne tenue de la majorité. Il ne fera pas illusion dans son camp : pour les élus de base de l'UMP, Sarkozy a été élu grâce à eux, tandis que ceux qui ont sauvé leur mairie, l'auront fait malgré lui. En politique, ce genre de sentiment compte.
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Le Top Ten de l'argumentaire sarkozyste
Marianne – 10/03/08 - Régis Soubrouillard
Se succédant sur les plateaux télés, les émissaires gouvernementaux ont fait preuve d'une rare imagination pour relativiser les résultats du scrutin. Top ten des arguments assénés de façon parfois répétitive par les différents obligés de Sarkozy. Très présente dans ce classement, Rachida Dati.
1- « C'est une élection locale », « un contrat local », « les enjeux locaux vont prédominer » (François Fillon, Roselyne Bachelot, Christine Lagarde, Rama Yade, Eric Woerth, Christine Albanel).
2- « Les ministres ont limité la casse » ; « les scores des ministres sont bons » ; « sur 20 ministres, une dizaine d'entre eux ont fait de bons scores », « les ministres sont en ballotage favorable » (Valérie Pécresse, Eric Woerth, Christine Albanel).
3- « Ce n'est pas un troisième tour de la présidentielle » (François Fillon, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse).
4- « Les élections intermédiaires sont toujours plus dures pour la majorité » ; « les élections
intermédiaires sont toujours celles où se manifestent des impatiences » (Patrick Devedjian, Xavier Bertrand, Christine Albanel).
5- « Les résultats ne sont pas définitifs, la victoire n'est pas encore acquise » ; « le scrutin peut basculer » (Rachida Dati, Roselyne Bachelot)
6- « Rééquilibrage par rapport aux élections municipales de 2001 » ; « il n'y a pas de vague rose» (Roselyne Bachelot, Eric Woerth, Christine Albanel)
7- « Il y a beaucoup d'impatience mais les réformes ont été engagées et ne tarderont pas à produire des résultats » (Rachida Dati)
8- « Il y a toujours une forme d'exacerbation des clivages politiques pour des élections locales » (François Fillon)
9- « Les changements mis en œuvre ne sont pas encore palpables » (Christine Lagarde)
10- « Il ne faut pas donner de chèque en blanc au PS » (Rachida Dati)
Et l'argument bonus d'Eric Woerth: « il est 21h30, c'est un peu tôt pour tirer des conclusions sur ce scrutin, nous attendrons dimanche prochain ».

Promesse
par Laurent Joffrin – LIBERATION dimanche 9 mars 2008
Si ce premier tour n'est pas le triomphe qu'attendait la gauche, cette dernière peut s'estimer satisfaite de sa stratégie: le vote sanction contre le gouvernement a fonctionné.
Effet pervers des sondages : on attend à tort un raz-de-marée, il n’a pas lieu, et c’est la déception qui entoure le succès… Il faut pourtant le dire sans ambages : la gauche obtient une victoire.
Ce premier tour n’est pas un triomphe, loin de là, mais il est une promesse. La gauche avait pu croire à son irrésistible montée un an après la défaite présidentielle. Erreur sans doute due à l’ivresse de la fin de campagne et à l’apparente démoralisation de l’adversaire. Elle réalisera difficilement le grand chelem rêvé ces derniers jours. Mais elle peut s’estimer satisfaite des résultats obtenus aujourd'hui. Il est vrai qu’elle avait dans cette élection un joker efficace, qui a dominé toute la pré campagne et déstabilisé l’UMP.
Ce joker s’appelle Nicolas Sarkozy. Pendant plusieurs semaines, le Président a joué comme un avant-centre talentueux mais déboussolé, qui s’obstine à marquer autant de buts que possible contre son camp. En annonçant début janvier qu’il ne fallait plus trop compter sur des hausses de pouvoir d’achat parce que «les caisses sont vides», en brouillant le message gouvernemental par une accumulation d’annonces maladroites, en faisant de sa vie privée un objet public, il a changé le décor de ce scrutin municipal.
Quoi que dise aujourd’hui la majorité, il y a bien une sanction dans le vote exprimé ce dimanche. Le Président a annoncé à l’avance qu’il ne souhaitait tenir aucun compte d’élections à ses yeux purement locales. Nous verrons dimanche prochain si cette position est encore tenable. Quand 44 millions d’électeurs se prononcent, difficile d’ignorer leur message.
Pour autant, dans une France où le citoyen veut maîtriser sa vie quotidienne, les enjeux locaux jouent un rôle décisif. Les avertissements au gouvernement peuvent se perdre en route ; le maire, lui, est là pour six ans. Il décidera d’augmenter ou non les impôts, de réformer ou non les transports, d’agir ou non sur l’environnement. Nous sommes à l’heure de la planète et du village, compléments inséparables dans la mondialisation. La progression de la gauche, mais aussi la résistance de la droite dans plusieurs villes importantes, tiennent à ce facteur local. Pour les socialistes, il y a là une leçon.
Leur solidité en centre-ville – à Lyon, Lille ou Paris – découle de l’évolution historique de l’électorat urbain. On trouve au cœur des grandes agglomérations les couches moyennes et supérieures, sensibles aux questions d’écologie et de logement. Deux points sur lesquels la droite subit un handicap. Plus que les prolos, les bobos fournissent une base fiable au PS. La gauche s’embourgeoise : elle en tire le bénéfice. Mais un autre facteur est à l’œuvre.
S’ils gagnent dans les villes et ailleurs, c’est aussi parce que les socialistes, par la force des choses, présentent des équipes unies, emmenées par un chef de file désigné à l’avance, sur des projets clairs. Le socialisme municipal, vieille figure de la gauche qui a ses états de service glorieux, contraint au réalisme et à l’imagination, à la cohérence et à l’unité. Toutes choses, précisément, qui manquent à la gauche nationale. Le message de ce premier tour, décidément, a plusieurs destinataires…
Des experts au secours des médecins pour détecter les liens maladie-travail
PARIS (AFP) - 08/03/2008 – Tv5 Infos
Etablir un lien de causalité entre maladie et travail est parfois difficile. Pour les aider, les généralistes et les médecins du travail qui ont des doutes peuvent faire appel aux experts des Centres de consultations de pathologies du travail (CCPP), installés dans les CHU.
Ces centres de consultations sont regroupés au sein du Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P), qui depuis sa création en 2001, a constitué une base de 33.000 données sur les pathologies de santé au travail.
Les salariés malades sont envoyés en consultation lorsque le médecin s'interroge, dans des cas complexes, sur la possibilité d'imputer sa pathologie à sa profession, et donc sur son maintien à son poste, a expliqué cette semaine à la presse Gérard Lasfargues, de l'Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail), qui coordonne le réseau. Au final, 30% des consultations font l'objet d'une déclaration en maladie professionnelle à la sécurité sociale.
Les cas sont variés. A Clermont-Ferrand, un retraité du bâtiment souffrant de l'amiante, un boulanger asthmatique peut-être victime de poussières de farine, une apprentie coiffeuse souffrant d'eczéma, un salarié victime d'un infarctus du myocarde peut-être lié à un stress chronique, sont venus par exemple consulter le mois dernier, explique Alain Chamoux, du CCPP de Clermont. Chaque problème de "santé au travail" identifié est enregistré dans une banque de données nationale, qui permet d'établir des tendances, alerter sur de possibles nouvelles pathologies et améliorer la prévention, explique Régis de Gaudemaris, du CHU de Grenoble.
Entre 5 et 6.000 personnes sont envoyées dans les CCPP chaque année, mais "si l'on veut que la prévention augmente, il faut que les déclarations augmentent, et que tous les médecins du travail et les généralistes sachent que le réseau existe", ajoute-t-il. Le réseau a ainsi recensé entre 2001 et 2006 une augmentation des maladies psychiatriques. Même si les résultats ne sont pas représentatifs, puisque seuls sont répertoriés les problèmes de santé des patients venus en consultation, le réseau a cependant un rôle de veille sanitaire en santé au travail.
Chez les femmes, les maladies psychiatriques sont les pathologies les plus souvent recensées, notamment les réactions au stress, dépressions, anxiétés. Arrivent ensuite les problèmes dermatologiques (allergies), de l'appareil respiratoire (asthmes) et du système ostéo-articulaire (TMS).
Pour les hommes, ce sont les maladies respiratoires et tumorales (notamment liées à l'amiante, comme le cancer broncho-pulmonaire ou plaques pleurales), devant les problèmes dermatologiques et ostéo-articulaires (lombalgie).
Les principales nuisances au travail rapportées pour l'homme sont les substances industrielles (fibres, poussières, vapeur, etc), et physiques (charges lourdes, vibrations), tandis que pour la femme elles sont surtout psychologiques, mais aussi physiques (charges lourdes).
Enfin, les métiers les plus souvent recensés sont les artisans et ouvriers (maçon, plombier, mécanicien, chaudronnier, boulanger, etc) chez les hommes, et les coiffeuses, aides-soignantes, femmes de ménage et secrétaires chez les femmes.
Les CCPP rendent aussi des conseils d'aptitude professionnelle, des avis d'orientation (apprentis), assurent un suivi pour les retraités, notamment dans le cas de l'amiante, et fournissent des expertises pour la sécurité sociale.

