lundi 10 mars 2008
Sarkozy sourd au scrutin : reclus à l’Elysée, il a confié à Fillon le soin de parler pour lui.
ANTOINE GUIRAL - Libération lundi 10 mars 2008
Reclus à l’Elysée et silencieux hier soir, Nicolas Sarkozy a confié à François Fillon le soin de parler pour lui. D’abord, un appel à la mobilisation de l’électorat pour tenter de sauver les meubles au second tour. Le Premier ministre a ensuite cherché à minimiser l’impact du scrutin en le ramenant à un simple vote local. Il a fustigé les «responsables de l’opposition qui veulent exacerber les clivages partisans» et «mélanger les enjeux locaux et ceux de la nation». Enfin, il a confirmé que «le cap des réformes [serait] tenu» puisque ce qui était en jeu selon lui n’était que «la gestion de nos villes, de nos villages et de nos départements». Et pour bien adresser une fin de non-recevoir à tous ceux qui demandent à l’exécutif d’infléchir sa politique, il a prévenu que «la politique de la nation a été débattue et tranchée par les Français au printemps 2007».
Un triomphe en mai, un début de sanction en mars. En l’espace de dix mois, le sarkozysme a rapetissé. Au soir du premier tour des élections municipales, la défaite redoutée à droite se profile bien. Et tous les regards se tournent déjà vers celui qui a exercé un pouvoir sans partage et imposé un style si particulier depuis son élection : l’hyperprésident Sarkozy.
L’avertissement est là. Au-delà de sa personnalité, il paie ses engagements non tenus en matière de pouvoir d’achat et, sans doute aussi, l’annonce la semaine dernière qu’il ne tiendra pas compte du message politique envoyé par les Français à travers ce vote.
«Péripétie». Au plus bas dans les sondages, le chef de l’Etat a certes pris soin de ne pas trop s’exposer dans cette campagne. Après avoir moqué ses amis (comme Jean-Pierre Raffarin) qui jugeaient dangereux de faire des municipales un enjeu national, il a fini par se ranger à leur avis… en développant le concept d’élections locales à portée nationale. L’essentiel pour lui aujourd’hui est d’être en mesure de préserver sa capacité à mener sa fameuse «rupture». Il a prévenu, en milieu de semaine dernière, que la «péripétie» des municipales ne l’empêcherait pas de mener le changement avec «la même force».
Les deux tiers de ses ministres étaient candidats à ces élections municipales. Si peu d’entre eux subissent une défaite dimanche prochain comme cela se dessine, Nicolas Sarkozy en tirera argument pour dire que sa politique n’est pas rejetée. Seule une très ample victoire de la gauche dans une semaine pourrait donc contrarier ses plans.

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