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vendredi 7 mars 2008

Grand Corps Malade : « Le slam, c'est du lien social »

Propos recueillis par Emmanuel Marolle - jeudi 06 mars 2008 | Le Parisien

Le jeune poète de Saint-Denis sortira le 31 mars son deuxième album, « Enfant de la ville », deux ans après le triomphe du premier. En avant-première, il se confie sur des sujets qui lui tiennent à coeur : la vie en banlieue, l'éducation, le handicap...

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Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, sortira le 31 mars « Enfant de la ville », deuxième enregistrement très attendu. Il y a deux ans, le slameur de 30 ans triomphait avec « Midi 20 ».

Un disque qui a touché près de 500 000 acheteurs et fait découvrir au grand public le slam, cette prise de parole a cappella en plein développement.

Avez-vous compris le succès de votre premier album ?
Grand Corps Malade.
Oui, je crois. Je raconte des histoires qui touchent les gens. On m'a souvent dit : « Ce texte-là a été fait pour moi », ou « J'aurais pu l'écrire », « Cela me donne envie d'écrire, je me sens capable de le faire. » Tant mieux, c'est ce que j'ai toujours défendu.

Dans « J'écris à l'oral », vous parlez même d'« humains à égalité » dans les soirées slam...
Oui, le slam, c'est du lien social. Un rappeur va écouter un sexagénaire, un gamin de 10 ans va être attentif face à une mamie de 85 ans, un professeur devant un chômeur. On est tous dans un café, a cappella, dans la même nudité, sans musique, sans décor.

Certains de vos textes sont désormais étudiés en classe...
Oui, et inscrits au bac français. Je suis super fier de cela. Cela entre dans une démarche de modernisation de la poésie. Les gamins étudient un mec qu'ils peuvent voir à la télé, c'est tout de suite plus concret pour eux. Je regrette que, plus jeune, aucun prof ne m'ait demandé d'écrire un poème, un petit quatrain tout simple. Ça peut être ludique. Partout où je joue, je suis contacté pour intervenir dans un collège, un lycée, une association, une prison.

Avez-vous été sollicité pour les municipales à Saint-Denis, votre ville ?
Oui, et dans d'autres villes de banlieue. On m'a demandé de soutenir un candidat, voire d'être présent sur une liste. Mais ce n'est pas mon boulot. Je pourrais éventuellement apporter mon soutien à la liste sortante divers gauche à Saint-Denis, qui fait du bon boulot. Mais ce n'est pas mon truc. A la base, je n'ai pas eu envie d'écrire pour cela.

« La priorité pour moi, c'est l'éducation »


Attendez-vous quelque chose du plan Banlieues de Fadela Amara ?
Oui, même si le terme m'effraie un peu car je défends l'idée que la banlieue n'est pas un monde à part. La priorité pour moi, c'est l'éducation, la disparité qui existe entre les établissements scolaires de banlieue et d'ailleurs. Tout se joue très tôt, dès le primaire, pour éviter que les gamins soient à la dérive en 6e. Il ne faut pas hésiter à faire des classes de quinze élèves, arrêter de mettre des profs inexpérimentés en banlieue sous prétexte que personne ne veut y aller.

Votre succès est-il important aussi pour la reconnaissance du handicap (il a été victime d'un grave accident en 1997) ?
Sincèrement, je pense que oui. Il existe peu de personnes qui soient handicapées et très médiatisées. J'ai eu tellement de témoignages de gens qui m'ont dit que cela leur redonnait une dignité, que derrière leurs difficultés, il y a une envie de vivre... Certains viennent même aux concerts ou aux soirées slam. Le mois dernier, une douzaine de personnes d'un centre spécialisé étaient au café culturel de Saint-Denis. Certains avaient écrit des textes et les ont lus. D'autres handicapés plus lourds avaient préparé quelque chose façon « le Scaphandre et le Papillon », simplement en clignant une paupière, et c'est un accompagnateur qui l'a lu.

Qu'est-ce qui a changé dans votre vie aujourd'hui ?
J'ai gagné beaucoup d'argent, mais j'habite toujours à Saint-Denis, je fais toujours des ateliers slam le mercredi dans une maison de retraite. Je fréquente les mêmes restos et je vais fumer la chicha, boire un thé à la menthe le soir. Et j'ai toujours ma Clio, non pas pour avoir l'image du mec cool mais parce que, dans Paris, c'est plus pratique qu'un 4 x 4 !

Posté par werdna à 00:02 - Culture - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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