jeudi 6 mars 2008
La droite mobilise à fond la (grosse) caisse
Jeudi 06 Mars 2008 - Chronique deNicolas Domenach, directeur-adjoint de Marianne, avec i>Télé.
Aux armes citoyens sarkozystes ! Inquiets, très inquiets face aux sondages exécrables du début de semaine, qui montraient une majorité démobilisée, l'Elysée et Matignon ont décrété la grande mobilisation. Tous au front et à chacun son rôle. Au Premier ministre, enfin chef de la majorité, la grosse-caisse sur laquelle il a tapé hier. Comme un sourd. L'homme de l'Ouest est un faux doux.
François Fillon, avec ses airs de gendre idéal, s'est lâché en meeting à Rennes, allant jusqu'à accuser la gauche « d'entretenir un climat de guerre civile ». Rien que ça ! Pour réveiller son camp, il faut employer ce genre d'arguments d'un autre âge. D'un autre temps. Du temps où s'affrontaient, en France, deux forces antagoniques. Mais aujourd'hui, pourtant, des socialistes de renom ont été adjoints en grand tralala au gouvernement Fillon-Sarkozy. Une promotion-transgression bonne pour l'image d'ouverture du chef de l'Etat mais pas pour les candidats de l'UMP. D'où cette nécessité impérieuse, à trois jours du scrutin, d'exhumer un adversaire caricatural en étant soi-même caricatural.
En jouant ainsi le rôle du méchant, « le gentil François », se fait enfin un peu moins mal voir de l'Elysée qui lui a tant reproché d'être un « planqué », un « rentier de sa popularité », tout sauf un guerrier, sauf un homme qui, à force de vouloir garder les mains blanches n'a plus de mains. Eh bien, il sait même boxer, le Fillon, fût-ce un adversaire imaginaire.
Quant à Nicolas Sarkozy, il a joué lui aussi sa partition. Pas à la télé cette fois, ni dans Le Monde, ni dans L'Amateur de Bordeaux, ni dans Fripounet et Marisette. Non, dans Le Figaro, le journal de la droite qui avait délégué pas moins de cinq journalistes, dont le big boss Etienne Mougeotte, pour recueillir l'auguste parole. Il s'agissait là aussi de remobiliser ces électeurs égarés, voire fâchés. Ce que proclame d'entrée un Président pugnace et pas du tout contrit, ni abattu par l'adversité sondagière. Quoi que toujours grippé, à en croire un de ses intervieweurs.
Les premiers mots de Nicolas Sarkozy sont en effet pour lancer un appel net et clair à effectuer dimanche « le bon choix », comme disait Valéry Giscard d'Estaing, mais c'était pour les législatives, pas pour un scrutin local : « Je souhaite, énonce-t-il sans fard, que ceux qui veulent que le changement continue se mobilisent et fassent le choix du candidat qui porte cette stratégie du changement ». Et de montrer qu'il n'a pas varié, qu'il ne variera pas, qu'il tiendra « le cap des réformes ».
Et que ces réformes sont faites pour plaire à cette droite boudeuse. Le président rappelle en effet tous les changements qu'il a engagés et réussis dans un ordre justement auquel cette droite-là devrait être sensible. Il met en effet en avant les quotas pour l'immigration, la rétention de sûreté et la condamnation des multirécidivistes. Une thématique qui lui a déjà permis de récupérer un électorat frontiste pour ceux qui se détournent aujourd'hui en partie. Le chef de l'Etat assure également que « l'élévation du niveau de vie est un objectif central » de sa politique et il envoie quelques signes à ces personnes âgées qui ont pu être troublées par son style agité. « Le rôle du chef de l'Etat, concède-t-il , c'est de garder une certaine distance par rapport au quotidien. Il n'a pas le droit de céder à l'agitation ».
Pour Sarkozy, c'est quasiment une autocritique qui s'insère dans un nouveau plan de communication. Ce « serenity plan » est d'abord le refus d'un remaniement gouvernemental dont Sarkozy prétend maintenant que c'est une maladie française ; mais qu'il en était jusqu'ici le premier atteint car c'est lui qui n'a cessé de traiter de « nuls » ses ministres et de menacer de les renvoyer.
Mais, sérénité et calme détermination obligent et impliquent aussi un apaisement avec François Fillon dont il assure maintenant que c'est « le meilleur Premier ministre pour appliquer sa politique ». Sarkozy est cependant nettement plus chaleureux avec son secrétaire général Claude Guéant qui, lui, a toute sa « confiance » et son « amitié », et il se montre plus fraternel encore avec celle qui est justement la petite sœur qu'il n'a pas eu, Rachida Dati, dont il dit que c'est « un de ses ministres les plus courageux ».
Mais le bouquet de ce plan de com' « spécial sérénité », c'est la photo, les photos de Match, qui sculptent et légendent la statue vivante de la première dame de France. Tapis rouge, élégance noire et avion tricolore, sourire réservé, surtout pas d'exubérance dans le défilé, la mise en scène, les attitudes sont d'une sobriété calculée. Ce n'est pas un mannequin, c'est sa femme, la femme du président. La France… Une seule question cependant : où sont passés les bijoux de la Castafiore ? Carla Bruni n'arbore aucune parure. Quelle subite ascèse…
A 68 ans, je suis démonstratrice en supermarchés... pour boucler les fins de mois"
Par La rédaction du Post , le 06/03/2008
Les retraités défilent dans les rues aujourd'hui. Ils réclament plus de pouvoir d'achat.
Que se passe-t-il ?
Plusieurs syndicats ont appelé les retraités à manifester ce jeudi dans toutes les villes de France pour faire entendre leur voix... et raconter leur quotidien. Ils veulent plus de pouvoir d'achat alors que 50% d'entre eux doivent vivre avec moins de 1000 euros par mois.
Qui sont-ils ?
Eliane, 68 ans, témoignait ce jeudi matin sur RTL. "Je touche 720 euros par mois après avoir travaillé toute ma vie. Mais ce n'est pas assez. J'ai un loyer de 420 euros, des factures à payer, etc... J'ai la chance d'être bien portante alors je fais des démonstrations dans les supermarchés. Mais mes enfants me demandent jusqu'à quand... Je n'en sais rien. Pour l'instant, c'est eux qui me paye mon abonnement de portable et je ne mange plus de viande, ni de poisson, ni de fruits..."
Yvette, 82 ans, témoignait quant à elle sur RMC. Après 43 ans de travail dans l'industrie pharmaceutique, elle touche 9800 euros par an. "C'est simple, je ne fais aucune sortie, pas de restaurant. Je ne pars plus en vacances. Et je m'organise bien. Je ne gâche rien. Quand je fais les courses, je regarde les hausses de prix et je ne prends pas les articles qui ont trop augmenté." Et elle s'adresse à Nicolas Sarkozy: "les personnes âgées, ce n'est pas productif, ça ne vous intéresse pas... Pas besoin de leur promettre monts et merveilles, non..."
Larmes de crocodile pour Gaza
Le Canard Enchaîné du mercredi 5 mars – Claude Angeli
La bande de Gaza connaît la pire situation humanitaire depuis 1967 : 1,1 million de personnes, soit 80% des habitants de Gaza, dépendent désormais de l'aide alimentaire, selon un rapport accablant publié par une coalition de huit organisations de défense des droits de l'Homme.
Au milieu de la semaine dernière, Sarkozy et Kouchner savaient qu’Israël allait lancer une violente opération à Gaza. Les télégrammes adressés à Paris par les diplomates français en pose à Tel-Aviv et Jérusalem étaient fort précis sur ce point. Il ne s’agissait pas seulement de répliquer à des tirs de roquettes. Les objectifs poursuivis par le gouvernement Olmert étaient d’une toute autre nature, à plus longue portée, pourrait-on même dire.
Lors d’une réunion sur les questions de « sécurité » avec des experts français, cette question a été abordée sans la moindre gêne par leurs homologues israéliens. Et les télégrammes diplomatiques transmis à l’Elysée ainsi qu’au Quai d’Orsay ont fait état de cette remarquable franchise. Selon les confidences de ces responsables israéliens, les intentions de leur gouvernement pouvaient se résumer ainsi : « Le Hamas devient de plus en plus dangereux. Il faut donc qu’on le liquide préventivement en cas de guerre avec la Syrie ou de bombardement des sites nucléaires iraniens. »
L’avertissement n’a pas porté et, à Paris, on a réagi comme si de rien n’était. Le 28 février, à la demande de Sarkozy, le Quai d’Orsay a ouvert son robinet d’eau tiède. Une première déclaration « condamnait (en premier lieu) les tirs de roquettes palestiniens » mais n’appelait ensuite les Israéliens qu’à « la plus grande retenue ». Il faudra que le patron de l’Onu demande à « Israël de mettre un terme à ses attaques », puis que Bush, le pape et l’Union Européenne lui apportent un soutien, d’ailleurs fort modeste, pour que le Quai d’Orsay se réveille un tant soit peu. Le 3 mars, un communiqué de cette petite voix de la France « rappelle » (ce qui est faux) sa condamnation de l’opération militaire israélienne ». Mieux, si l’on ose dire, le silence sarkozisme a été fort remarqué lors des discussions du Conseil de sécurité de l’ONU. Ordre avait été donné au représentant français, Jean-Marie Ripert, de ne prendre aucune initiative.
A en croire d’insolents diplomates français, on entend même dire, dans plusieurs organisations européennes, que l’équipe Sarkozy-Kouchner-Levitte adopte des positions encore plus « pro-israéliennes » que celles du clan Bush. Et, à titre d’exemple, ils évoquent l’intervention du représentant français, Gérard Araud, lors de la réunion des directeurs des affaires politiques des ministères des Affaires étrangères de l’Union européenne.
La semaine dernière, en effet, Gérard Araud a déclaré en substance que, dans le domaine international, « les Européens agissent, soit à la remorque des Américains, soit sont contraints de jouer à la Croix-Rouge en distribuant de l’argent ou en pratiquant des opérations humanitaires ». Et le même d’affirmer que « la présidence de Bush touchant à sa fin, et ne pouvant plus prendre d’initiatives, c’était aux Européens de prendre la relève ».
Comme ce haut dignitaire du Quai d’Orsay s’était bien gardé de l’affirmer, devant ses collègues européens, que l’erreur avait été de trop suivre la politique américaine, certains ont cru comprendre que ses patrons, Sarkozy et Kouchner, rêvaient de faire mieux que Bush, avec l’aide d’Israël, en Afghanistan, contre l’Iran et dans le monde entier…
« Je vis avec un découvert permanent »
Ouest-France – 06-03/08 - Samuel NOHRA
Émilie devant la vitrine d'une agence immobilière. Acheter un appartement ? Elle n'ose même pas en rêver - 26 ans et adepte du système D. Émilie vit à Rennes avec 700 € par mois. Entre chômage et contrats, elle fait face au coût de la vie.
« Je m'adapte et je me dis qu'il y a pire que moi. Mais bon, j'aimerai aussi m'endormir sans toujours me demander comment je vais faire pour finir le mois ! » Émilie a 26 ans. Une Rennaise, avec un bac + 4 en poche, études aux Beaux-arts. Elle alterne périodes de chômage et contrats intérimaires.
« J'ai fait le calcul. Aujourd'hui, je vis exactement avec 21,43 € par jour. Soit 700 € par mois. » Un budget serré qui ne lui laisse aucune marge. « Et je viens d'apprendre que je n'ai plus le droit à la couverture mutuelle universelle (CMU). J'ai dû trouver une mutuelle qui me coûte 26 € par mois. » Une somme loin d'être négligeable pour elle.
« Pas de magasins de fringues »
« 200 € de loyer et 30 € d'eau et d'électricité par mois. » Un tiers de son budget est consacré au logement et aux charges. « Et comme ce n'est pas un logement trop cher, il est mal isolé avec des convecteurs sous les fenêtres. » Certaines soirées sont plutôt fraîches mais pas question d'augmenter la température qui ferait monter la note.
« J'ai aussi besoin d'un téléphone, ne serait-ce que pour être jointe et chercher du travail. » 45 € pour 3 h de communication. « Je n'ai évidemment pas de voiture et je me déplace en transports en commun. Au minimum, un aller-retour par jour. Soit 2,20 €. J'ai essayé de demander la carte gratuite de transport mais il faut fournir tellement de justificatifs que j'y ai renoncé. » Du coup, 60 € par mois minimum partent dans les déplacements. « Grosso modo, il me reste environ 200 € pour la nourriture, les loisirs, les clopes et le reste. » Pas de quoi faire des folies. « Je m'interdis par exemple d'aller dans les magasins de fringues, pour ne pas être tentée. » Comme beaucoup de jeunes dans la même situation, elle a recours au système D. « Le troc entre amis ou les bonnes affaires sur eBay. On n'a pas le choix. » Hop, une gazinière à 20 € !
Côté alimentaire : « J'achète toujours les mêmes produits et mon panier a pris au moins 20 € de plus en un an. » Elle chasse les promos et les bons plans mais ça ne suffit pas. « Je vis sur un découvert permanent, entre 200 et 300 €. J'arrive à le résorber quand je trouve du travail mais il revient vite. »
Son dernier contrat a duré quatre mois, dans une boîte de Rennes et Émilie est de nouveau en quête d'un boulot. Avant, elle a travaillé pendant cinq mois dans un centre d'appels. « J'ai fait une folie, je me suis offert un voyage. Mais je ne pourrais pas travailler longtemps dans un boulot qui ne me plaît pas. » En septembre prochain, elle va entamer une formation dans le social. « Avec un travail payé au Smic. Pour moi, ça sera déjà énorme. »
Laurence Parisot, les mains sales
Par Pierre Marcelle – Libération jeudi 6 mars 2008
Le rideau de fumée est tiré
Comme dit partout Frédéric Saint-Geours, ignorant ( ??!) ce qu’il est advenu de la vingtaine de millions que Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) a mis à gauche (enfin, à gauche…), «laissons la justice faire son travail». Et n’allons surtout pas, patrons vertueux, nous constituer partie civile !
Et, tandis que se perpétuent dans les arrière-salles obscures les mafieux arrangements, tout le monde applaudit. Dansons en rond autour du pilori de DGS, chantons en chœur au banquet des «comités d’éthique» du patronat, et embrassons-nous comme on s’embrasse dans les familles pour en étouffer les secrets honteux. Ceux relatifs, par exemple, au financement occulte de certain parti politique et de certaine campagne électorale. Continuons plutôt de faire semblant de croire que seuls des syndicats de salariés auraient été arrosés par les caisses noires du Comité des forges.
Cette fable, ce conte de fées de la moralisation du capitalisme, il fallait que quelqu’un - quelqu’une, en l’occurrence - l’incarnât. Le Figaro a trouvé dans les grands yeux bleus de Laurence Parisot l’icône ad hoc : femme, jeune encore et d’une adamantine innocence : elle ne sait pas, ou plutôt feint admirablement ne pas savoir, qui incarne le pendant exemplaire au barbon Gautier-Sauvagnac, porteur de chapeau très cher dont le cynique silence est d’or. Elle ne veut surtout rien savoir, de ces trafics dont elle avait vaguement ouï dire ; elle savait sans savoir ; selon son aveu de l’automne dernier dans une expression qui restera, elle savait «inconsciemment».
Ainsi le quotidien que dirige Mougeotte entreprit-il d’ériger la statue de la nouvelle Jeanne d’Arc du capital en top model de la transparence, titrant lundi sur sa une : «Medef : Parisot lance l’opération Mains propres». Ainsi fut lancée, et quasi unanimement relayée à destination de l’opinion ébaubie, la légende du «bras de fer» entrepris par la vertueuse «patronne des patrons» contre l’entité UIMM.
De cette entreprise de nettoyage, la restitution au Medef des mandats de négociateurs constitue l’officiel enjeu, on restera plus circonspect. Dans le piètre combat de catch mis en scène par des larrons, la question subsidiaire des mandats dissimule mal cette autre, fâcheuse : à qui et à quoi ont servi les valises de billets que le taiseux DGS a si longtemps distribués sans que nul s’en émeuve ?

Quand l'UIMM payait les contrats d'assurance vie de Gautier-Sauvagnac…
Marianne - Mercredi 05 Mars 2008 - Eric Decouty
Décidément, Gautier-Sauvagnac était super gâté : il n'a pas seulement bénéficié de mirobolantes indemnités. L'UIMM a aussi contracté plusieurs assurances vie à son nom.
Le scandale de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) n'en finit pas de rebondir. Selon nos informations, Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) l'ancien président de l'UIMM bénéficie de plusieurs contrats d'assurance vie, payés par l'organisation patronale. De source proche du dossier, on indique que ces contrats pourraient représenter un pactole de plusieurs centaines de milliers d'euros !
Ces contrats d'assurance vie financés par l'UIMM au nom de Denis Gautier-Sauvagnac, auraient été signés à des époques différentes au cours des dix dernières années avec différentes compagnies par Daniel Dewavrin, actuel président d'honneur de l'UIMM. Selon les termes des documents en cause, les bénéficiaires officiellement désignés seraient des proches de Denis Gautier-Sauvagnac.
Ces cadeaux d'un genre particulier, et dont le bureau de l'UIMM n'aurait jamais eu officiellement connaissance, s'ajoutent à l'accord occulte attribuant une prime de retraite de 1,5 millions d'euros à Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) en même temps que la garantie de régler l'intégralité de ses futures condamnations fiscales.
De source proche du dossier, on souligne que d'autres personnalités de l'UIMM pourraient avoir bénéficié de contrats d'assurance vie similaires.
Par ailleurs, il est désormais établi qu'à chaque fin d'année DGS recevait une prime en liquide de 15 000 euros fixée, là encore, par Daniel Dewavrin, le président d'honneur de l'UIMM.
Interrogé par Marianne, Me Jean-Yves Leborgne, l'avocat de l'UIMM, n'a pas contesté la réalité de ces contrats d'assurance vie expliquant que Denis Gautier-Sauvagnac ne touchait pas de stock options comme nombre de chefs d'entreprises. « Cela pourrait s'apparenter à des sortes de bonus ou de primes », nous a-t-il déclaré.
Précision
(Les lignes qui suivent sont une actualisation, à 19h45, des informations livrées ci-dessus)
Marianne maintient ses informations selon lesquelles l'UIMM aurait payé des contrats d'assurances vie à de Denis Gautier-Sauvagnac. Me Jean-Yves Le Borgne, l'avocat de DGS a déclaré dans la soirée que ces contrats avaient été payés « sur les propres deniers » de DGS alors que dans un premier temps il avait très clairement validé l'information de Marianne. Il avait même ensuite fourni des précisions à l'AFP expliquant que ces contrats constituent « une sorte de prime . »
« L'objectif était de créer cet avantage pour certains membres du personnel » de l'UIMM, ajoutait encore l'avocat de DGS précisant « qu'à sa connaissance » la valeur totale des contrats « est comprise entre 100 000 et 200 000 euros ».
Pourquoi cette soudaine volte-face après avoir fourni autant de précisions ? Denis Gautier-Sauvagnac serait-il intervenu ?...

Spécial fête des maires
Le Canard Enchaîné du mercredi 5 mars 2008
Deux mois plus tard, le « concept » a un peu évolué. L’immense majorité des candidats de droite ont remisé le drapeau de l’UMP au placard et évitent de revendiquer leur Sarkozysme, toujours sincère, mais passé à la clandestinité. Quant au président, son engagement est, pour l’essentiel, tout intérieur. On ne l’a guère vu sur le front. Ses troupes sont pourtant en première ligne. Pas moins de 298 parlementaires UMP sont candidats soit à une mairie, soit à un fauteuil de conseiller général.
Peut-être les oracles des instituts de sondage, qui ont tous pris la voix de cassandre, ont-ils convaincu les candidats de droite qu’ils risquaient, selon le mot de Renaud Dutreil, en grande difficulté à Reims, de s’enrhumer « au vent mauvais venu de Paris ». Encore que le vent pourrait être plus tourbillonnant et capricieux qu’annoncé. Il faut se souvenir de quelques magnifiques ratages des instituts de sondage, il y a sept ans. Car les municipales sont des élections qui ne respectent pas toujours les prescriptions des docteurs en politologie. Et cette année, peut-être moins encore en raison de la danse de Saint-Guy qui a saisi les électeurs du centre.
Le centre aujourd’hui est partout, sauf au centre. Le MoDem de Bayrou penche pour Juppé (UMP) à Bordeaux, pour Dassault (UMP) à Corbeil, pour Rebsamen (PS) à Dijon, pour Darcos (UMP) à Périgueux , pour Delanoë (PS) à Paris. De quoi donner le tournis aux électeurs. « On saura si le MoDem existe ou non, au soir des municipales », pronostique Yves Jégo, porte-parole de l’UMP.
On saura surtout comment les citoyens se seront sortis de ce joyeux foutoir.

« Je m’engagerais » avait promis Sarko, le 8 janvier dernier, à propos des élections municipales. « Le concept même d’élections dépolitisées est absurde. »
La hausse des prix n'en finit pas...

Ne soyez pas poètes, lisez de la poésie !
LE MONDE DES LIVRES | 28.02.08
Une manifestation internationale, du 3 au 16 Mars
C'est le signe d'une opération qui s'inscrit de plus en plus dans la durée : depuis 2007, le Printemps des poètes dure quinze jours - cette année du 3 au 16 mars - contre une semaine auparavant.
Durant cette période, plus de 12 000 initiatives mettront la poésie à l'honneur. Difficile d'en faire un recensement exhaustif : cela va des 3 millions de cartes postales-poèmes distribuées par les postiers aux actions menées dans les hôpitaux, écoles, entreprises, gares, jusqu'aux soirées de lecture organisées chez des particuliers.
"Eloge de l'autre" est le thème de cette 10e édition. En exergue, une citation d'Andrée Chedid : "Toi, qui que tu sois, je te suis bien plus proche qu'étranger." Plusieurs temps forts rythmeront la manifestation. D'abord son inauguration, le 3 mars au Théâtre Mogador, à Paris, où des comédiens et musiciens (Bernard-Pierre Donnadieu, Dominique Pinon, Odja Llorca, etc.) liront des textes d'Aimé Césaire, Henri Michaux, Tony Harrison..., mais aussi le 7 mars, décrété "Grand jour du poème à l'autre".
L'accent est aussi mis sur une oeuvre et un auteur. Cette année, il s'agit d'Eugène Guillevic (1907-1997) "poète breton d'expression française", qui sera plus particulièrement à l'honneur à La Rochelle, Montpellier, Tours, Foix et Avignon.
Pour faire vivre et prolonger ce festival tout au long de l'année, une équipe permanente de six personnes, dotée d'un budget de 400 000 euros, s'est constituée autour de Jean-Pierre Siméon. Poète, dramaturge, enseignant, coresponsable de la collection "Grands Fonds" aux éditions Cheyne, il est venu au Printemps des poètes en avril 2001, alors que l'opération n'avait que deux ans d'existence.
A l'origine de cette initiative, on retrouve, comme pour la Fête de la musique, Jack Lang qui a lancé le projet avec l'aide d'Emmanuel Hoog, actuel président de l'INA. Jean-Pierre Siméon, qui lui a succédé à la direction artistique, insiste sur les points communs entre les deux manifestations qui "se veulent larges et populaires" mais aussi sur leurs différences. "Mon ambition est de rendre accessible la poésie au plus grand nombre : je veux en même temps éviter tout amalgame ou démagogie et je récuse l'expression "tous poètes"", précise-t-il.
"MEETING POÉTIQUE" - L'objectif est de faire découvrir et lire de la poésie contemporaine à un large public. Une anthologie, A poèmes ouverts, qui reprend des textes de cinquante poètes français d'aujourd'hui, est publiée en Points, au prix de 5 euros. Jean-Pierre Siméon entend se situer dans le sillage des mouvements d'éducation populaire et cite l'homme de théâtre, Antoine Vitez : "Etre élitaire pour tous".
Plusieurs étapes ont permis au Printemps des poètes de trouver sa place. En 2002, un "meeting poétique" avait ainsi réuni à la Mutualité plus de 2 000 personnes. Autre point fort : les Brigades d'intervention poétique. Sous cette appellation, se rassemblent des comédiens professionnels qui, lorsque les chefs d'établissement l'autorisent, pénètrent dans des classes de collège ou de lycée pour réciter de brefs poèmes à heure fixe, plusieurs jours de suite, créant une réaction de surprise chez les élèves, puis une accoutumance, voire une attente.
Deux autres tendances marquent le succès de l'entreprise. La première repose sur la participation active des poètes contemporains. Si aujourd'hui Aimé Césaire ou Yves Bonnefoy, en raison de leur âge, ne peuvent pas prendre part aux festivités, Michel Deguy fera par exemple une lecture au café L'Entrepôt à Paris. Jacques Roubaud, Jean-Pierre Verheggen, Jean-Claude Pirotte, Christian Prigent, André Velter, Charles Juliet, jouent aussi le jeu.
Depuis quatre ou cinq ans, on assiste aussi à une forte internationalisation de la manifestation, autre signe de sa réussite. Le Printemps des poètes s'est exporté dans une soixantaine de pays, parfois avec le soutien du réseau des alliances françaises ou des centres culturels, en Italie, en Roumanie, en République tchèque, en Ecosse, mais aussi au Cameroun, au Maroc, en Indonésie, au Brésil... Ainsi, plus de 1 500 personnes se sont réunies en 2007, à Quito, capitale de l'Equateur, pour lire de la poésie.
Léotard : « Il y a des moments où on a envie de crier »
mercredi 05 mars 2008 | Le Parisien
Propos recueillis par Frédéric Gerschel, Dominique de Montvalon et François Vey
Ancien président de l'UDF, aujourd'hui retraité de la politique, François Léotard signe un pamphlet incroyablement violent contre Nicolas Sarkozy. En mai 2007, il était pourtant l'un de ses plus ardents supporteurs.
EX-MAIRE de Fréjus (Var), ancien ministre de la Défense, François Léotard - qui fut, dans les années 1980, le chef de file du courant libéral - publie chez Grasset « Ça va mal finir » (137 pages, 10 € ). Le pamphlet passionné, cruel et amer d'un homme déçu : « J'ai voté Nicolas Sarkozy, écrit Léotard, mais je dors mal depuis. » Aujourd'hui, il a monté une petite entreprise de conseil à Fréjus pour aider les grosses PME à se développer au Maghreb.
Quel événement vous a amené à prendre la plume ?
F L. J'en citerai deux. Le premier, c'est une forme de vraie désinvolture vis-à-vis de l'Union européenne. On emprunte un mauvais chemin en France quand on n'a pas la patience et l'humilité que nécessite la construction européenne. Le second, c'est l'attitude générale vis-à-vis des étrangers. Quand on rassemble les morceaux du puzzle et qu'on examine toutes les décisions prises depuis neuf mois - je pense par exemple aux tests ADN -, comment ne pas parler de xénophobie ? Une situation dommageable pour l'image de la France, et terriblement injuste pour tous ceux qui sont victimes de ces mesures. Pourquoi 25 000 expulsions de sans-papiers par an ? Arrêter des enfants, les séparer de leurs parents, ça, ce n'est pas la France.
Vous critiquez aussi une politique économique qui, écrivez-vous, fait l'impasse sur les dettes du pays...
Je l'avais dit avant l'élection. On ne pourra pas en France diminuer à la fois la dette et l'impôt. Prétendre cela, c'est un mensonge. Le « paquet fiscal » - qui coûte près de 15 milliards d'euros par an - a été une erreur analogue à celle qu'avait commise François Mitterrand au début de 1981 en faisant déjà fi de la réalité économique et de l'état des finances publiques. A un certain moment, à un certain niveau, il faut tourner le dos à la démagogie.
Vous fustigez aussi le règne de l'argent roi...
L'ostentation dans la dépense, la légèreté vis-à-vis de situations individuelles très douloureuses : je crains que tout cela ne fasse resurgir une forme de lutte des classes. Déjà, je constate l'apparition d'un véritable prolétariat étudiant.
Pour vous, Nicolas Sarkozy ne s'inscrit pas dans la tradition de hauteur et de distance de ses prédécesseurs...
J'ai écrit dans ce livre une lettre au général de Gaulle, qui est évidemment une interpellation adressée à l'actuel président. Pas un mot dans la vie du général sur sa famille, sur l'argent, sur la religion...
On a changé d'époque !
Sans doute. Mais est-on pour autant obligé d'en épouser tous les travers ? Dans l'entourage du président, on évoque volontiers sa capacité à transgresser. C'est tout le contraire. A quoi assiste-t-on, sinon à la soumission à l'air du temps ?
« Il y a autour de lui une grande servilité »
Le président manquerait de culture, d'épaisseur... Quand vous voyez la façon dont le président a réagi à la décision du Conseil constitutionnel sur la rétention de sûreté, une évidence s'impose : son attitude est totalement en rupture avec l'ensemble de la pensée libérale française. L'important pour moi, c'est le respect du droit, de la personne humaine, la non-rétroactivité des lois. Montesquieu évacué, Tocqueville ignoré, Raymond Aron oublié... Sarkozy n'a rien ouvert. Le livre, pour lui, c'est moins urgent que le pouvoir.
Nicolas Sarkozy, vous le connaissiez bien. Et vous avez l'air de le découvrir...
... On avait même des liens de sympathie ! Disons que, peu à peu, depuis le ministère de l'Intérieur, sa vraie personnalité s'est révélée. Je crois que son ego, son ivresse du pouvoir - renforcés par une grande servilité autour de lui - occupent littéralement tout l'espace. J'ai toujours pensé qu'en règle générale les hommes politiques mériteraient une bonne psychanalyse. Lui, c'est un cas très intéressant.
Comment avez-vous pu être à ce point floué ?
J'aimais la solitude dans laquelle j'étais entré depuis quelques années. Ça me faisait du bien. Si j'en suis sorti, c'est parce que j'ai été choqué à plusieurs reprises. J'ai eu le sentiment qu'on me provoquait, comme s'il y avait une sorte de mouche tournant autour de mon visage...
Vous dites : « Ça va mal finir. »
Oui, parce que ça a mal commencé ! Cela dit, s'il faut en croire les sondages, les Français sont en train de réagir. J'espère, bien sûr, que le jeu de la démocratie va amener au sommet un changement d'attitude. Mais la France est un pays très éruptif dans lequel les évolutions de l'opinion sont imprévisibles.
Les ingrédients sont-ils réunis pour une explosion ?
Sur le plan social, oui.
Faites-vous un parallèle, même lointain, avec Mai 68 ?
En tout cas, je ne condamne pas Mai 68 comme l'a fait le président. Cet espèce de refus très droitier style : « C'était la chienlit. » Eh bien non, c'était beaucoup plus compliqué que ça. Et il y a aujourd'hui dans les jeunesses occidentales un désir libertaire que je trouve très sympathique...
Qui fait écho à celui de Mai 68 ?
Absolument. Ça porte sur les moeurs, le langage, le vêtement... C'est positif. La jeunesse est saisie par une pulsion de liberté. On est dans un moment de trop grand conformisme verbal, on n'ose pas dire les choses, on rase les murs. L'ironie me semble très belle quand elle questionne le pouvoir. Ce goût de l'ironie peut-être me vient-il de mon frère Philippe. Quand il est mort, je me suis dit : c'est lui qui avait raison.
Avoir pris la plume vous a-t-il soulagé ?
Ça va mieux. Si je m'étais tu, je me serais senti lâche. Il y a des moments dans la vie, vous savez, où on a en envie de crier un petit peu.


