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jeudi 6 mars 2008

La droite mobilise à fond la (grosse) caisse

Jeudi 06 Mars 2008 - Chronique  deNicolas Domenach, directeur-adjoint de Marianne, avec i>Télé.

Aux armes citoyens sarkozystes ! Inquiets, très inquiets face aux sondages exécrables du début de semaine, qui montraient une majorité démobilisée, l'Elysée et Matignon ont décrété la grande mobilisation. Tous au front et à chacun son rôle. Au Premier ministre, enfin chef de la majorité, la grosse-caisse sur laquelle il a tapé hier. Comme un sourd. L'homme de l'Ouest est un faux doux.

François Fillon, avec ses airs de gendre idéal, s'est lâché en meeting à Rennes, allant jusqu'à accuser la gauche « d'entretenir un climat de guerre civile ». Rien que ça ! Pour réveiller son camp, il faut employer ce genre d'arguments d'un autre âge. D'un autre temps. Du temps où s'affrontaient, en France, deux forces antagoniques. Mais aujourd'hui, pourtant, des socialistes de renom ont été adjoints en grand tralala au gouvernement Fillon-Sarkozy. Une promotion-transgression bonne pour l'image d'ouverture du chef de l'Etat mais pas pour les candidats de l'UMP. D'où cette nécessité impérieuse, à trois jours du scrutin, d'exhumer un adversaire caricatural en étant soi-même caricatural.

En jouant ainsi le rôle du méchant, « le gentil François », se fait enfin un peu moins mal voir de l'Elysée qui lui a tant reproché d'être un « planqué », un « rentier de sa popularité », tout sauf un guerrier, sauf un homme qui, à force de vouloir garder les mains blanches n'a plus de mains. Eh bien, il sait même boxer, le Fillon, fût-ce un adversaire imaginaire.

Quant à Nicolas Sarkozy, il a joué lui aussi sa partition. Pas à la télé cette fois, ni dans Le Monde, ni dans L'Amateur de Bordeaux, ni dans Fripounet et Marisette. Non, dans Le Figaro, le journal de la droite qui avait délégué pas moins de cinq journalistes, dont le big boss Etienne Mougeotte, pour recueillir l'auguste parole. Il s'agissait là aussi de remobiliser ces électeurs égarés, voire fâchés. Ce que proclame d'entrée un Président pugnace et pas du tout contrit, ni abattu par l'adversité sondagière. Quoi que toujours grippé, à en croire un de ses intervieweurs.

Les premiers mots de Nicolas Sarkozy sont en effet pour lancer un appel net et clair à effectuer dimanche « le bon choix », comme disait Valéry Giscard d'Estaing, mais c'était pour les législatives, pas pour un scrutin local : « Je souhaite, énonce-t-il sans fard, que ceux qui veulent que le changement continue se mobilisent et fassent le choix du candidat qui porte cette stratégie du changement ». Et de montrer qu'il n'a pas varié, qu'il ne variera pas, qu'il tiendra « le cap des réformes ».

Et que ces réformes sont faites pour plaire à cette droite boudeuse. Le président rappelle en effet tous les changements qu'il a engagés et réussis dans un ordre justement auquel cette droite-là devrait être sensible. Il met en effet en avant les quotas pour l'immigration, la rétention de sûreté et la condamnation des multirécidivistes. Une thématique qui lui a déjà permis de récupérer un électorat frontiste pour ceux qui se détournent aujourd'hui en partie. Le chef de l'Etat assure également que « l'élévation du niveau de vie est un objectif central » de sa politique et il envoie quelques signes à ces personnes âgées qui ont pu être troublées par son style agité. « Le rôle du chef de l'Etat, concède-t-il , c'est de garder une certaine distance par rapport au quotidien. Il n'a pas le droit de céder à l'agitation ».

Pour Sarkozy, c'est quasiment une autocritique qui s'insère dans un nouveau plan de communication. Ce « serenity plan » est d'abord le refus d'un remaniement gouvernemental dont Sarkozy prétend maintenant que c'est une maladie française ; mais qu'il en était jusqu'ici le premier atteint car c'est lui qui n'a cessé de traiter de « nuls » ses ministres et de menacer de les renvoyer.

Mais, sérénité et calme détermination obligent et impliquent aussi un apaisement avec François Fillon dont il assure maintenant que c'est « le meilleur Premier ministre pour appliquer sa politique ». Sarkozy est cependant nettement plus chaleureux avec son secrétaire général Claude Guéant qui, lui, a toute sa « confiance » et son « amitié », et il se montre plus fraternel encore avec celle qui est justement la petite sœur qu'il n'a pas eu, Rachida Dati, dont il dit que c'est « un de ses ministres les plus courageux ».
Mais le bouquet de ce plan de com' « spécial sérénité », c'est la photo, les photos de Match, qui sculptent et légendent la statue vivante de la première dame de France. Tapis rouge, élégance noire et avion tricolore, sourire réservé, surtout pas d'exubérance dans le défilé, la mise en scène, les attitudes sont d'une sobriété calculée. Ce n'est pas un mannequin, c'est sa femme, la femme du président. La France… Une seule question cependant : où sont passés les bijoux de la Castafiore ? Carla Bruni n'arbore aucune parure. Quelle subite ascèse…

Posté par werdna à 00:08 - Partis politiques - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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