jeudi 6 mars 2008
« Je vis avec un découvert permanent »
Ouest-France – 06-03/08 - Samuel NOHRA
Émilie devant la vitrine d'une agence immobilière. Acheter un appartement ? Elle n'ose même pas en rêver - 26 ans et adepte du système D. Émilie vit à Rennes avec 700 € par mois. Entre chômage et contrats, elle fait face au coût de la vie.
« Je m'adapte et je me dis qu'il y a pire que moi. Mais bon, j'aimerai aussi m'endormir sans toujours me demander comment je vais faire pour finir le mois ! » Émilie a 26 ans. Une Rennaise, avec un bac + 4 en poche, études aux Beaux-arts. Elle alterne périodes de chômage et contrats intérimaires.
« J'ai fait le calcul. Aujourd'hui, je vis exactement avec 21,43 € par jour. Soit 700 € par mois. » Un budget serré qui ne lui laisse aucune marge. « Et je viens d'apprendre que je n'ai plus le droit à la couverture mutuelle universelle (CMU). J'ai dû trouver une mutuelle qui me coûte 26 € par mois. » Une somme loin d'être négligeable pour elle.
« Pas de magasins de fringues »
« 200 € de loyer et 30 € d'eau et d'électricité par mois. » Un tiers de son budget est consacré au logement et aux charges. « Et comme ce n'est pas un logement trop cher, il est mal isolé avec des convecteurs sous les fenêtres. » Certaines soirées sont plutôt fraîches mais pas question d'augmenter la température qui ferait monter la note.
« J'ai aussi besoin d'un téléphone, ne serait-ce que pour être jointe et chercher du travail. » 45 € pour 3 h de communication. « Je n'ai évidemment pas de voiture et je me déplace en transports en commun. Au minimum, un aller-retour par jour. Soit 2,20 €. J'ai essayé de demander la carte gratuite de transport mais il faut fournir tellement de justificatifs que j'y ai renoncé. » Du coup, 60 € par mois minimum partent dans les déplacements. « Grosso modo, il me reste environ 200 € pour la nourriture, les loisirs, les clopes et le reste. » Pas de quoi faire des folies. « Je m'interdis par exemple d'aller dans les magasins de fringues, pour ne pas être tentée. » Comme beaucoup de jeunes dans la même situation, elle a recours au système D. « Le troc entre amis ou les bonnes affaires sur eBay. On n'a pas le choix. » Hop, une gazinière à 20 € !
Côté alimentaire : « J'achète toujours les mêmes produits et mon panier a pris au moins 20 € de plus en un an. » Elle chasse les promos et les bons plans mais ça ne suffit pas. « Je vis sur un découvert permanent, entre 200 et 300 €. J'arrive à le résorber quand je trouve du travail mais il revient vite. »
Son dernier contrat a duré quatre mois, dans une boîte de Rennes et Émilie est de nouveau en quête d'un boulot. Avant, elle a travaillé pendant cinq mois dans un centre d'appels. « J'ai fait une folie, je me suis offert un voyage. Mais je ne pourrais pas travailler longtemps dans un boulot qui ne me plaît pas. » En septembre prochain, elle va entamer une formation dans le social. « Avec un travail payé au Smic. Pour moi, ça sera déjà énorme. »
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295434&pid=8217416
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

