mercredi 5 mars 2008
La flambée des prix
Frédéric Lung, - courrier des lecteurs - Dernières Nouvelles d’Alsace - Mer 5 mars 2008
« Pour tous ceux qui, mois après mois, se demandent où passe leur argent, c'est presque un bonheur de voir la télé et la presse confirmer que nos prix flambent. On en oublierait presque que notre pouvoir d'achat est le premier à en faire les frais, tant il est rassurant de se savoir enfin « compris » !
Mais que peut-on attendre de cette grand-messe médiatique ? Rien sans doute, tant la dérive continuelle des prix semble inscrite dans les gênes de notre admirable latinité, tout comme les déficits perpétuels des budgets de l'Etat.
Alors on a cherché d'abord le coupable du côté de l'euro... Si les prix ont dérapé c'était la faute à l'Europe, à cette méchante Europe qui depuis 50 ans a toujours porté à bout de bras notre agriculture française. Bien sûr on n'allait quand même pas reconnaître que le passage à l'euro et la providentielle perte des repères qui en est résultée, a été une aubaine pour tous ceux qui en ont profité pour se refaire une santé en gonflant leurs tarifs.
Profits abusifs. Et puis aujourd'hui n'est-ce pas croire au Père Noël que de s'imaginer que la grande distribution va, à la faveur d'un changement de réglementation, rétrocéder au consommateur l'immense manne que constituent pour elle les fameuses « marges arrière », alors que ce sont d'abord ces recettes qui alimentent ses profits ? Et comment ne pas se sentir pris pour des boeufs, lorsque tous les commerçants de France jubilent année après année au vu des immenses chiffres d'affaires qu'ils réalisent lors des soldes, alors qu'ils accordent des remises de 30 à 50% sur leurs prix habituels ?
Mais quels sont alors les superprofits qu'ils se font tout le reste de l'année sur le dos de leurs acheteurs ?
Avec de telles pratiques notre taux d'inflation officiel est-il autre chose qu'un instrument pour anesthésier les foules ? D'ailleurs même si l'inflation a été beaucoup plus élevée dans les années 70, aucun taux officiellement reconnu ne peut expliquer qu'en quelques décennies le prix d'une voiture, d'un séjour en pension ou d'autres biens aient été multipliés par 20, 30 ou 40 ! (...) »
Philippe Tastet - http://www.philippetastet.com/

Les Vingt-sept rouvrent le dossier de la fiscalité de l'épargne
Jean Quatremer – Libéblog - 05/03/2008
Hier, les ministres des finances de l'Union européenne ont convenu que la directive sur la fiscalité de l'épargne était insuffisante et qu'il fallait la renégocier. La discussion s'annonce longue et difficile, le Luxembourg et l'Autriche n'ayant manifestement pas l'intention de remettre en cause leur secret bancaire.
Mon article est dans Libération de ce jour.
Deux remarques: Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des finances du Luxembourg, par ailleurs président de l'Eurogroupe, peut-il prétendre devenir président du Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement ou de la Commission en défendant ce qui est devenu indéfendable? Etre un grand Européen n'est-ce pas aussi sacrifier ses intérêts nationaux?
Christine Lagarde, la ministre française, qui, elle, a assisté à la réunion de l'Ecofin (petit nom du conseil des ministres des finances), a pris une désastreuse habitude. Elle se contente d'une conférence de presse à l'issue de l'Eurogroupe, vers 23 heures le lundi soir, et n'en fait jamais après la réunion à 27.
En cela, elle est fidèle à la doctrine Sarkozy qui, lorsqu'il occupait les mêmes fonctions, snobait carrément les Ecofin. En revanche, il est curieux qu'un ministre de la République n'ait rien à dire sur un sujet aussi brûlant que la fraude fiscale...
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BRUXELLES (Reuters) - La Commission européenne a annoncé mercredi 5 mars 2008, avoir demandé à la France de lui fournir avant le 14 mars, les détails sur la manière dont elle se conformera à son injonction de banaliser la distribution du Livret A...
Y a t-il un pilote dans le TGV économique français ?
Les cercles de jeux parisiens sous surveillance
REUTERS : mercredi 5 mars 2008 - Gérard Bon
Le Cercle Haussmann, l'un des principaux établissements de jeux parisiens, a été contraint de fermer jusqu'à nouvel ordre après la découverte d'anomalies comptables, rapportent mercredi RTL et le ministère de l'Intérieur.
"Les RG ont retrouvé des chèques antidatés, des cotisations détournées, et des salariés non déclarés", précise la radio.
L'autorisation du cercle Haussmann n'a pas été renouvelée, a dit pour sa part un porte-parole du ministère de l'Intérieur.
Depuis quelques années, une nouvelle génération de joueurs de poker passe des soirées, voire des nuits entières, dans les cercles de jeux.
Le ministère de l'Intérieur a renforcé la surveillance de ces établissements afin de ne pas laisser de considérables sommes d'argent y circuler sans contrôle.
"Le développement des jeux et l'ambiance générale font qu'à chaque demande les choses sont regardées de façon sérieuse et rigoureuse", a précisé le porte-parole.
Fin février, les neuf établissements parisiens ont fait l'objet de contrôles policiers dans le cadre d'une enquête sur le renouvellement des licences accordées par l'Etat.
Le cercle Concorde, qui avait récemment rouvert en raison de l'explosion du poker en France, a été à nouveau fermé à la fin 2007 à la suite d'une enquête sur une affaire de blanchiment d'argent.
Selon la police judiciaire, deux équipes de malfaiteurs corses et marseillais se disputaient le contrôle de l'établissement.
FAIRE BAISSER LES PRIX EN S'AMUSANT
FAIRE BAISSER LES PRIX EN S'AMUSANT
La grève récente des caissières de supermarché qui a forcé certaines grandes surfaces à baisser le rideau a prouvé que ces dames si peu payées, si peu considérées, si surveillées, sont vitales pour que l’entreprise fonctionne (sous réserves qu’elles ne soient pas remplacées par des caisses automatiques, faites gaffe les filles. Problème : le coût en a été lourd pour elles : 16 jours de grève pour des femmes qui n’arrivent déjà pas à vivre avec leur salaire complet, c’est dur. D’où la nécessité de trouver des rapports de force plus efficaces, donc d’autres moyens d’action. En vrac, quelques idées :
Sachant qu’un tiers du chiffre d’affaires des grandes surfaces est réalisé le samedi, programmer les grèves de caisse uniquement le samedi. 4 jours de grève qui amputent d’ 1/3 l’activité de l’entreprise devraient l’inciter au dialogue social.
Mais toi aussi, ami consommateur, tu peux agir :
Tu trouves qu’il y a trop de suremballages sur un produit ? Enlève les et jette les en vrac dans le rayon.
On veut te fourguer 4 crèmes chocolat et 4 crèmes vanille dans un lot alors que tu n’aimes que le chocolat ? Exige de n’acheter que les crèmes au chocolat. (J’ai testé : la caissière commence à dire « ce n’est pas possible », on appelle le directeur, et comme la loi interdit la vente forcée par lots, il ne peut que s’incliner. Sauf si la vente en lot est assortie d’un rabais).
Ton caddie ( marque déposée) coûte de plus en plus cher ? Exprime ton mécontentement avec le sourire et si possible une dizaine de comparses. Un jour de grosses courses et de queue intense au supermarché, laissez la caissière enregistrer vos courses, que vous laissez sur le tapis roulant ou remettez en vrac dans le caddie. Lorsque la dame annonce la somme due, soupirez : « C’est trop cher ! Désolé, je ne peux plus. Gardez tout, je renonce. » Et partez, les mains dans les poches.
La panique que font dans la comptabilité des dizaines de caddies enregistrés et non payés (ce n’est pas du vol puisque vous laissez tout sur place), la panique que crée l’obligation de dégager les caddies des caisses et remettre les produits en rayon devrait inciter les responsables de la grande distribution à plus de décence dans leurs prix... et dans leur communication.
Auchan, comme Carrefour et les autres se sont targués d’une belle âme écolo en supprimant les sacs en plastique en caisse. Sauf que ces sacs, depuis des années, étaient en matière rapidement biodégradable (c’était d’ailleurs un argument publicitaire) Ils servaient aussi de sacs poubelle, indispensables par respect pour les éboueurs. Maintenant, il faut acheter des sacs poubelle… en plastique hyper solide et difficile à éliminer. Quant aux sacs de caisse verts « réutilisables en sacs poubelle », ils sont facturés 3 centimes d’euros. Et qui c’est qui s’est fait avoir au nom de l’écologie ? Le client, encore.
Côté écologie et nutrition, voici la dernière pub reçue par mail, une gamme spécialement conçue pour les enfants : du sucré, du gras, du nutritionnellement inutile et cher, de la bonne base pour faire des gamins obèses et le tout en mini conditionnement, bonjour le gaspillage d’emballages ! Je leur ai envoyé un mail furieux pour le leur dire, fais-le aussi ami de la santé et de l’écologie. info@auchandirect.com]
Enfin, n’hésite pas à boycotter les denrées inutiles : eau en bouteille (celle du robinet est excellente), sodas, plats préparés : 1,50€ le kilo de carottes, 10,50€ le kilo de carottes râpées du rayon traiteur qui a perdu l’essentiel de ses vitamines, ça fait cher de la râpe, et yaourts à boire en petites bouteilles qui n’a d’intérêt qu’en cas de diarrhées avérées (j’ai lu les études scientifiques). Pour les jours de transit normal, un yaourt nature tout bête a plus d’intérêt nutritionnel, pour dix fois moins cher.
Tout ceci va faire baisser le taux de croissance, car le secteur de la grande distribution est mportant dans le PIB, tout en améliorant TA santé et TON pouvoir d’achat, ami lecteur. Ce qui prouve que ton bien-être ne passe pas forcément par la croissance économique mais plutôt par ton autonomie face aux forces terribles du marché J soutenues par les sirènes lancinantes de la publicité.
Ces tracts douteux qui polluent les élections
Ouest-France – 05/03/08 - Vincent JARNIGON
Délation, accusations mensongères, etc. Les courriers anonymes fleurissent avant les municipales. Ces tracts ont-ils un impact sur les votes ?

« Le fils de l'actuel 1er adjoint a récemment été arrêté pour avoir volé des bières dans une grande surface... M. le maire sortant s'est arrangé pour rendre constructibles les terrains de son frère en bord de mer... M. X a fait faillite et il se présente pour toucher les indemnités... Les élus ont dépensé vos impôts pour se payer un voyage aux Antilles, sous couvert d'une mission sur le développement durable, etc. »
Avant chaque élection, les accusations et tracts douteux fleurissent dans les boîtes aux lettres de certaines communes. Des tracts souvent rédigés par de courageux anonymes et distribués au beau milieu de la nuit, à l'abri des regards. Cette semaine, à quelques jours du premier tour des élections municipales, les courriers calomnieux et diffamatoires se multiplient.
« Régler des comptes »
Pour Romain Pasquier, universitaire, politologue, chargé de recherche auprès du CNRS, ces pratiques « ne sont pas surprenantes. Elles existent depuis la création du suffrage universel au XIXe siècle. La politique est un combat, une lutte, où tous les coups sont permis. Même les plus bas. »
Romain Pasquier rappelle que « dans les années 1950, certains parlementaires se donnaient rendez-vous, au petit matin, pour régler des comptes à coups de fusil où à l'épée. Il fallait éliminer son adversaire, coûte que coûte. Les tracts, aujourd'hui, servent un peu à cela. »
Romain Pasquier note, quand même, une différence entre les grandes villes et les petites communes : « Dans une ville comme Rennes, il y a peu de tracts calomnieux. Les candidats se présentent tous avec une étiquette politique bien identifiée. Des candidats qui sont généralement des professionnels de la politique et qui sont, en plus, encadrés par un parti.
« Mais dans les petites communes, poursuit le chercheur, les candidats sont des amateurs. Ils se présentent parfois pour régler des comptes avec le maire, ou parce qu'ils sont fâchés avec un cousin qui est sur l'autre liste. En fait, comme tout le monde se connaît, les gens sont bien identifiés quand ils sont cités dans un tract. Toutes ces petites raisons font qu'une campagne, dans un bourg, peut prendre une tournure vraiment détestable. »
Lourde amende
Ces tracts ont-ils un impact sur les votes ? « Ils ont deux effets. Ils permettent ponctuellement d'égratigner un adversaire et peuvent avoir une conséquence le jour du vote. Même si il n'y a pas d'étude qui le démontre. Mais ces tracts peuvent aussi avoir un effet inverse à celui escompté. C'est ce que l'on appelle la victimisation. L'électeur se dit : « C'est terrible d'écrire ces choses-là sur cet homme-là. » Il va alors se rallier à la personne mise en cause et voter pour elle. »
Enfin, Romain Pasquier rappelle : « La loi française est intransigeante avec les auteurs de ce genre de tracts. Ils risquent la prison et 12 000 € d'amende. C'est donc un jeu très dangereux. »
Nicolas Sarkozy et les sarkologues, par Christian Salmon
LE MONDE Chronique par
Christian Salmon, membre du Centre de recherche sur les arts et le langage (CNRS).
Il faut être juste avec Nicolas Sarkozy, il y a dans le prurit de commentaires qu'il suscite une part d'involontaire. Homme miroir, il génère des reflets, à son insu, de son plein gré, et parfois même, croit-on deviner, à son corps défendant. Et ce serait lui faire un grand crédit que d'imaginer qu'il contrôle tout à fait cet emballement. C'est un phénomène étrange de distorsion de la notoriété, qui affecte non seulement le président mais toute la média-sphère, une distorsion presque douloureuse liée au dépérissement du politique et à l'inflation de la vie privée. Il est grand temps, sauf à satisfaire notre demande jamais comblée d'un maître, de reconnaître, dans l'omniprésence médiatique de Nicolas Sarkozy, plus de maladresse que de maîtrise, plus d'errance que de performance, une fuite en avant dans l'espace évidé du politique, alors que le champ de la politique se rétrécit et que les centres de pouvoir traditionnels s'éloignent vers d'autres lieux : Bruxelles ou Wall Street...
On a connu la France gaullienne, et même, brièvement, pompidolienne. Après les années Giscard, dont on critiqua le goût du théâtre, le pays se donna à une gauche volontiers épique, en tout cas littéraire, puis, l'hiver de la mitterrandie venu, la nation se découvrit, bon gré, mal gré, chiraquienne, voire villepiniste, c'est-à- dire lyrique in fine.
Rien de tel aujourd'hui : les Français ne sont pas devenus sarkozyens mais sarkologues - une nouvelle discipline dont le champ d'application s'étend de la chronique de mode à la physionomie du pouvoir (les fameux tics), de la cryptologie des SMS (le nouveau média élyséen) à la sémiologie du bling-bling, du décryptage savant des séquences présidentielles à l'iconographie des familles recomposées...
Tout ce que le pays compte d'éditorialistes, de chroniqueurs, d'analystes politiques, de sociologues et de sondeurs se consacre à cette passion bien française : commenter les faits et gestes de Nicolas Sarkozy. A tel point qu'on dirait qu'en mai dernier la France n'a pas élu un président, mais un sujet de conversation.
Selon Emmanuel Kant, la nation française se caractérise entre toutes par son goût de la conversation. "L'envers de la médaille, ajoutait-il, c'est une vivacité que des principes réfléchis ne maîtrisent pas suffisamment, et, à côté d'une raison clairvoyante, une frivolité qui ne conserve pas longtemps certaines formes pour la seule raison qu'elles sont vieillies... Les mots "esprit" (au lieu de bon sens), frivolité, galanterie, petit maître, coquette, étourderie, point d'honneur... ne se laissent pas facilement traduire dans une autre langue parce qu'ils caractérisent le tour d'esprit particulier de la nation qui les emploie...
" Un lexique qui exprime assez bien le prurit de commentaires que suscite la présidence fébrile de Nicolas Sarkozy. "Tout chez eux est devenu visite", écrit Gogol à propos de Bobtchinski et Dobtchinski, deux personnages du Revizor qui pourraient servir d'antimodèles à un journalisme indépendant. "La passion de raconter a englouti toutes les autres occupations, et cette passion est devenue leur passion motrice, leur but dans l'existence. La hâte et la précipitation qui sont les leurs ne proviennent que de la peur qu'on les interrompe et qu'on les empêche de raconter..."
C'est en effet dans Le Revizor, de Gogol, beaucoup plus que dans les commentaires des médias, que l'on trouvera la description la plus éclairante de la scène sarkozyste et de ce qui s'y joue : non pas les tours et détours d'un Machiavel médiologue, mais un dispositif de pouvoir, un champ de forces et d'attentions dont le Revizor n'est que le point d'application. "Il ne faut jamais oublier que le Revizor ne leur sort jamais de la tête. Ils sont tous obsédés par le Revizor, écrit Gogol. Autour du Revizor tournent les peurs et les espoirs de tous les personnages de la pièce."
Le Revizor n'y est pas dépeint comme un maître manipulateur, mais plutôt comme un aimant attirant les peurs des notables : "Tout en lui est surprise et coup de tête...", "un homme creux", écrit Gogol, qui n'a de pouvoir que celui que lui prêtent les citoyens. "Les thèmes de sa conversation lui sont donnés par ceux qui l'interrogent ; c'est eux-mêmes qui lui mettent les mots dans la bouche et créent la conversation..."
L'acteur jouant le Revizor, affirme Gogol dans ses conseils de mise en scène, "doit être capable d'exprimer cette mondanité frivole et creuse qui vous porte partout à la surface..." "Par la force de la peur générale, il devient un personnage comique remarquable", ajoute Gogol. Une analyse que ne renierait pas Catherine Pégard, la conseillère du président, lorsqu'elle affirme : "La singularité de Nicolas Sarkozy réside dans sa volonté de réduire au minimum sa part de comédie."
Le Revizor est une figure de l'absence du politique. Le vrai Revizor n'est pas encore là. Ou il ne viendra plus. En son absence, il s'efforce de raconter la story des hommes sans récit, ces hommes politiques d'un genre nouveau, contraints de mimer le pouvoir, de jouer le pouvoir, après la fin du politique.
Que cela s'accompagne d'une perte de crédibilité n'est pas une surprise. On aurait tort pourtant d'en tirer des conclusions trop rapides. Lorsque la cote du président Bush s'est effondrée après le cyclone Katrina, l'éditorialiste conservateur William Safire a déclaré : "Ce qui est magnifique avec les médias, c'est que le récit doit changer, il ne peut pas rester le même, sinon cela ne vaut pas la peine de le publier. Alors la prochaine story sera celle du come-back de Bush."
Dessin de Pancho : Remerciements à qui de droit ...

Les étrangers privés de vote
Sud-Ouest 04/03/08
MUNICIPALES. --Ils résident, travaillent et paient des impôts en France, mais ces étrangers, au contraire des citoyens de l'Union Européenne, ne bénéficient pas du droit de vote aux élections locales. Dans notre région, pas moins de 60 000 personnes sont concernées
Jusqu'à la majorité, Jules Engolo Oyono se croyait intégré. Arrivé en France en 1982 en provenance de sa patrie camerounaise, il vivait à Bergerac sans se poser mille questions. Lycée, copains, football, l'emploi du temps d'un jeune de son temps, en somme. « Je n'avais jamais porté attention à la couleur de ma peau. J'ai passé normalement mon bac. Ma différence, je l'ai ressentie quand il s'est agi d'aller voter », raconte-t-il à Bordeaux, où il préside l'association des Camerounais de la ville.
Naturalisé français depuis lors, Jules Engolo Oyono ne cultive plus ce genre de frustration à titre personnel. Mais il se souvient que sa nationalité d'alors faisait de lui un apatride de l'isoloir. « Je ne votais pas aux municipales en France, et pas plus pour les élections camerounaises, puisque les expatriés ne peuvent le faire. J'étais un étranger pour le pays et un étranger en France. Au bout d'un moment, on se demande où est sa place », résume-t-il.
La France en retard. - Si les 800 Camerounais de Gironde vivent mal cette particularité, ils formulent en revanche des préoccupations applicables à l'ensemble des étrangers non citoyens de l'Union européenne. Ceux qui seront privés du droit de vote aux élections municipales de dimanche, soit 60 000 personnes dans le Sud-Ouest (les cinq départements aquitains, les deux départements charentais et le Gers). « Je n'ai rien contre le droit de vote accordé aux Européens. Je constate seulement que certains d'entre eux sont fraîchement installés en France, qu'ils ne parlent pas tous la langue et ne sont pas forcément intégrés. Nous, nous sommes souvent installés depuis longtemps, nous avons eu nos enfants ici, nous travaillons et nous payons nos impôts », déplore Jules Engolo Oyolo.
C'est en gros la situation de Cheikh Sow, Sénégalais marié à une Française depuis plus de dix ans, père de deux enfants français, installé à Bègles et contribuable lambda. « Les enfants des immigrés doivent répondre à une injonction paradoxale : intégrez-vous, mais la France ne veut pas de vos parents ! », dit-il à ce propos.
Formateur dans une association d'éducation populaire, musicien, Cheikh Sow a quelques antécédents sur la question sensible du droit de vote. L'an dernier, lors du premier tour de l'élection présidentielle, il s'était rendu dans un bureau de vote de Bègles en compagnie d'une citoyenne française pour y glisser, avec elle, le bulletin dans l'urne. Cet acte symbolique avait connu un certain retentissement médiatique. « Je peux comprendre que, sur des questions d'importance nationale, on réserve le droit de vote aux citoyens français », tempère-t-il aujourd'hui. « Mais au-delà du fait que la France est en retard sur cette question, il y a un décalage incompréhensible entre le processus de décentralisation politique, la gouvernance de proximité et le refus persistant de prendre en compte le vote des étrangers », appuie-t-il.
Naturalisation. - Cheikh Sow en convient, il pourrait se faire naturaliser pour régler le problème. Rachid Bahi aussi, ressortissant marocain de la rive droite de Bordeaux.
Âgé de 30 ans, arrivé en France à 8 ans, il avait tenté de mettre sur pied un dossier en ce sens à sa majorité. « Il faut fournir des papiers très compliqués à se procurer auprès du pays d'origine; c'était trop long et trop fastidieux. La question du vote et celle de la nationalité sont en fait liées. On voit bien que, pour les étrangers, l'accès aux droits n'est pas la priorité dans ce pays. »
Moins de télévision, moins d'enfants obèses
Ouest-France – 05/03/08 - Serge POIROT
En réduisant la consommation d'écrans (télévision, jeux vidéos, ordinateur...), on parvient à faire maigrir des enfants en surpoids.
Tandis qu'en France, les pouvoirs publics traînent les pieds pour limiter la publicité qui cible les enfants, les preuves s'accumulent, démontrant un lien entre obésité infantile et télévision. Dernière en date, une étude publiée, lundi, dans la revue américaine Archives de pédiatrie.
Une équipe de l'université de l'État de New York dirigée par Leonard Epstein a, durant deux années, mis à l'épreuve 70 enfants de 4 à 7 ans, tous en surpoids et tous habitués à passer au moins 14 heures par semaine devant un écran. Une moitié a pu continuer à se gaver de télé. L'autre a été mise au régime par un dispositif de contrôle sur lequel étaient branchés tous les écrans de la maison.
Parallèlement, la quantité de calories absorbées par chaque enfant, son activité physique et l'évolution de son poids étaient mesurées. À raison d'une baisse de 10 % par mois, le temps de télé a été réduit de moitié. Les enfants étaient récompensés et les parents invités à leur proposer d'autres activités.
Dans le salon plutôt que dans la chambre
Premier enseignement : il est possible de réduire le temps que les enfants passent devant les écrans. Deuxième observation : l'indice de masse corporelle a tendance à diminuer chez les enfants soumis au régime télé maigre. Les auteurs en concluent qu'un tel régime « peut être intégré à un traitement global de l'obésité ». Ils soulignent « la nécessité d'étudier l'effet de la réduction de la publicité télévisée comme moyen d'éviter la surconsommation alimentaire chez les enfants ».
Ils suggèrent aussi quelques pistes aux parents. Un tel dispositif de contrôle est peut-être plus efficace que les injonctions du genre « pas de télé tant que tu n'as pas fait tes devoirs », parce qu'il laisse le choix des moments où l'enfant utilise son crédit-télé. Enfin, l'étude montre que le risque d'obésité est plus élevé lorsque la télévision est dans la chambre plutôt que dans les pièces communes de la maison.
L’agriculture ? Mais c'est fait pour nourrir l’humanité!
Par Jean Lallouet, mercredi 05 mars 2008 – Ouest-France
Il y a des années qu’on l’avait oublié. Aujourd’hui, la perspective d’une pénurie alimentaire mondiale redonne sa place et son rôle dans notre société à l’agriculture: nourrir l’humanité. C’est un défi qu’elle connaît bien. Il s’accompagne d’un second : elle ne devra plus le faire n’importe comment.
Le Salon de l’agriculture a fermé ses portes sur un grand succès populaire : les visiteurs – dont une majorité d’urbains - ont été plus nombreux à venir témoigner un attachement à la fois sentimental, respectueux et curieux aux agriculteurs.
Ce succès intervient dans un contexte nouveau. Et étonnant si l’on prend la peine de jeter un regard en arrière. Pour la première fois, depuis de nombreuses années, des pays riches envisage sérieusement la perspective d’une pénurie alimentaire mondiale sur des produits essentiels et basiques comme le blé, le riz ou le lait... Etonnant, parce que depuis une vingtaine d’années, ces mêmes pays s’occupaient bien plus de gérer, avec des coûts indécents face aux besoins élémentaires du tiers-monde, une surabondance endémiques de ces mêmes produits. On a encore en mémoire les déstockages massifs de « beurre d’intervention » de la communauté européenne. Ou plus récemment de la mise en jachère organisée – en France notamment - de milliers d’hectares de terres agricoles particulièrement généreuses.
J’ai le souvenir d’une rencontre, il y a une douzaine d’années, avec le directeur de la commission européenne de l’agriculture à Bruxelles. Cet éminent spécialiste – certains diront ce technocrate – avait attiré l’attention des journalistes présents sur les dangers de telles mesures de limitation des productions, qui mettaient le monde entier à la merci d’un accident climatique, de récoltes ratées dans un ou plusieurs des plus grands pays producteurs de denrées essentielles. Et il n’était pas encore question des conséquences d’un réchauffement de la planète !
Aujourd’hui, sans brandir encore le spectre d’une famine, cette pénurie s’impose comme une évidence et fait ressentir ses premiers effets sur l’équilibre alimentaire de notre monde.. Des effets que l’on peut déjà chiffrer et mesurer. L’échec est navrant pour tous ceux qui ont mis en œuvre cette politique agricole, avec, souvent, il est vrai, la complicité intéressée d’une certaine catégorie d’agriculteurs eux-mêmes. Et de puissances agroalimentaires qui n’ont pas toutes été enfantées par de grandes multinationales, mais aussi par des coopératives qui ont bafoué leur raison d’être originelle.
Les quotas laitiers, par exemple, et leurs conséquences traumatisantes dans nos campagnes, sont encore bien présents dans les mémoires - les agriculteurs se retrouvent face à un nouveau challenge qui a au moins un mérite : leur rappeler et nous rappeler que leur métier est de nourrir notre société. Ce métier – cette fonction - y retrouvera sans doute une noblesse oubliée.
A deux conditions.
La première, c’est que cette société de consommation soudain ramenée à des préoccupations oubliées, regardera peut-être différemment ce monde agricole dont elle s’est éloignée et auquel elle fait porter, de manière souvent injuste et facile, la responsabilité d’un productivisme suicidaire et d’une pollution qui l’est autant, en oubliant que c’est là une responsabilité qui doit être largement partagée.
La seconde, c’est que les agriculteurs – peut-être pourrions-nous parler à nouveau de paysans ? – doivent comprendre que, pénurie ou pas, une époque est révolue. Il est désormais impensable d’imaginer que l’on puisse produire comme on l’a fait ces dernières années. La dimension environnementale est définitivement inscrite – et le sera encore plus – dans leur cahier des charges. Et nos paysans devront manifester en ce domaine un volontarisme qui leur a fait défaut et qui les a , de manière regrettable, coupés du reste de la société. Une agronomie bien pensée, des techniques modernes, une intelligence qu’ils n’ont jamais réellement perdue devraient leur permettre de produire autant et mieux.
Cette nouvelle donne sonne l’heure d’une agriculture citoyenne. Plantant et semant pour une consommation citoyenne. L’une et l’autre rompant avec une période de surabondance égoïste qui leur a fait oublier que c’est notre planète qu’il faut nourrir.


