Résistance Inventerre

-:¦:- Information Non-Violence, Environnement TERRE -:¦:- "Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent" Lucie Aubrac

mercredi 5 mars 2008

L’agriculture ? Mais c'est fait pour nourrir l’humanité!

Par Jean Lallouet, mercredi 05 mars 2008 – Ouest-France

Il y a des années qu’on l’avait oublié. Aujourd’hui, la perspective d’une pénurie alimentaire mondiale redonne sa place et son rôle dans notre société à l’agriculture: nourrir l’humanité. C’est un défi qu’elle connaît bien. Il s’accompagne d’un second : elle ne devra plus le faire n’importe comment.

Le Salon de l’agriculture a fermé ses portes sur un grand succès populaire : les visiteurs – dont une majorité d’urbains - ont été plus nombreux à venir témoigner un attachement à la fois sentimental, respectueux et curieux aux agriculteurs.


Ce succès intervient dans un contexte nouveau. Et étonnant si l’on prend la peine de jeter un regard en arrière. Pour la première fois, depuis de nombreuses années, des pays riches envisage sérieusement la perspective d’une pénurie alimentaire mondiale sur des produits essentiels et basiques comme le blé, le riz ou le lait... Etonnant, parce que depuis une vingtaine d’années, ces mêmes pays s’occupaient bien plus de gérer, avec des coûts indécents face aux besoins élémentaires du tiers-monde, une surabondance endémiques de ces mêmes produits. On a encore en mémoire les déstockages massifs de « beurre d’intervention » de la communauté européenne. Ou plus récemment de la mise en jachère organisée – en France notamment - de milliers d’hectares de terres agricoles particulièrement généreuses.
J’ai le souvenir d’une rencontre, il y a une douzaine d’années, avec le directeur de la commission européenne de l’agriculture à Bruxelles. Cet éminent spécialiste – certains diront ce technocrate – avait attiré l’attention des journalistes présents sur les dangers de telles mesures de limitation des productions, qui mettaient le monde entier à la merci d’un accident climatique, de récoltes ratées dans un ou plusieurs des plus grands pays producteurs de denrées essentielles. Et il n’était pas encore question des conséquences d’un réchauffement de la planète !


Aujourd’hui, sans brandir encore le spectre d’une famine, cette pénurie s’impose comme une évidence et fait ressentir ses premiers effets sur l’équilibre alimentaire de notre monde.. Des effets que l’on peut déjà chiffrer et mesurer. L’échec est navrant pour tous ceux qui ont mis en œuvre cette politique agricole, avec, souvent, il est vrai, la complicité intéressée d’une certaine catégorie d’agriculteurs eux-mêmes. Et de puissances agroalimentaires qui n’ont pas toutes été enfantées par de grandes multinationales, mais aussi par des coopératives qui ont bafoué leur raison d’être originelle.
Les quotas laitiers, par exemple, et leurs conséquences traumatisantes dans nos campagnes, sont encore bien présents dans les mémoires - les agriculteurs se retrouvent face à un nouveau challenge qui a au moins un mérite : leur rappeler et nous rappeler que leur métier est de nourrir notre société. Ce métier – cette fonction - y retrouvera sans doute une noblesse oubliée.


A deux conditions.
La première, c’est que cette société de consommation soudain ramenée à des préoccupations oubliées, regardera peut-être différemment ce monde agricole dont elle s’est éloignée et auquel elle fait porter, de manière souvent injuste et facile, la responsabilité d’un productivisme suicidaire et d’une pollution qui l’est autant, en oubliant que c’est là une responsabilité qui doit être largement partagée.


La seconde, c’est que les agriculteurs – peut-être pourrions-nous parler à nouveau de paysans ? – doivent comprendre que, pénurie ou pas, une époque est révolue. Il est désormais impensable d’imaginer que l’on puisse produire comme on l’a fait ces dernières années. La dimension environnementale est définitivement inscrite – et le sera encore plus – dans leur cahier des charges. Et nos paysans devront manifester en ce domaine un volontarisme qui leur a fait défaut et qui les a , de manière regrettable, coupés du reste de la société. Une agronomie bien pensée, des techniques modernes, une intelligence qu’ils n’ont jamais réellement perdue devraient leur permettre de produire autant et mieux.

Cette nouvelle donne sonne l’heure d’une agriculture citoyenne. Plantant et semant pour une consommation citoyenne. L’une et l’autre rompant avec une période de surabondance égoïste qui leur a fait oublier que c’est notre planète qu’il faut nourrir.

Posté par werdna à 00:04 - Agriculture - Pêche - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295434&pid=8205772

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :