mercredi 5 mars 2008
"Ne considérons pas la culture à l'aune du remplissage des salles"
MOBILISATION DU MONDE DE LA CULTURE :
Nouvel Observateur le vendredi 29 février 2008
Interview de Georges-François Hirsch président de la Fédération des employeurs su spectacle vivant public et privé - par Sibylle Laurent
Le Feps et d'autres syndicats du monde du spectacle ont signé une adresse au Président de la République "pour une relance de la politique artistique et culturelle de la France". Qu'attendez-vous concrètement du gouvernement ?
En novembre, avec l'ensemble des syndicats de la culture, nous avions adressé une lettre ouverte au président de la République Nicolas Sarkozy pour lui demander de réviser le projet de budget pour la culture pour l'année 2008, que nous jugions catastrophique. Nous lui demandions également la tenue d'un Grenelle de la culture, afin de réfléchir aux grands enjeux de la politique culturelle en France.
Cela a eu deux effets. Tout d'abord le Grenelle s'est transformé en "Entretiens de Valois", une réflexion sur les enjeux de la culture. Ces entretiens ont commencé en février, et se déroulent jusqu'à fin mai. Nous souhaitons que début juin, nous arrivions à des accords avec les ministères concernés sur un certain nombre de points qui nous tiennent à cœur.
Sur le budget, la ministre de la Culture Christine Albanel avait obtenu une rallonge budgétaire de 34,8 millions d'euros pour le spectacle vivant. Des assurances certaines sur le plan financier ont ainsi été données, mais uniquement à ce que la ministre appelle "le cœur du réseau", c'est-à-dire les structures institutionnelles. Les structures culturelles plus légères n'ont rien eu.
Deux problèmes se sont donc croisés. Avant de même de commencer à redéfinir la politique de la culture, le budget accordé a été coupé à la serpe de manière complètement arbitraire. C'est la raison pour laquelle nous avons publié cette lettre ouverte en novembre, que nous avons demandé le Grenelle, que mercredi au théâtre de l'Odéon les metteurs en scène du théâtre public se sont mobilisés et que nous manifestons aujourd'hui. Cette mobilisation est en effet très importante et quelque part peut être considérée comme historique.
La culture est-elle victime de la politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy ? Il avait pourtant présenté ses volontés de démocratiser la culture et d'augmenter ce budget…
Il faut surtout que nous puissions redéfinir avec le gouvernement et tous les acteurs concernés un certain nombre d'objectifs. Nous sommes dans une fin de cycle en matière de politique culturelle. Nous avons des choses à réinventer pour l'avenir. Repenser la place de la création et de l'emploi artistique, repenser la place de la culture dans la société actuelle, repenser l'articulation entre la place de l'Etat et celles des collectivités territoriales, qui participent à l'heure actuelle à hauteur de 80 % dans le spectacle.
Les "Entretiens de Valois" réunissent justement le ministère de la culture et les autres ministères concernés, les collectivités territoriales et les acteurs de la culture et du spectacle. Cette formation peut être intéressante, il faut bien sûr qu'elle aboutisse à des résultats concrets. Même si les choses sont difficiles, nous verrons bien où cela nous mènera. Cela vaut en tout cas le coup d'essayer.
Quel est l'état de la culture en France ? Se réduit-elle vraiment à Eurodisney, Mireille Matthieu et Christian Clavier ?
C'est un peu réducteur. Le problème est qu'il y a depuis une dizaine d'années une série de structures de financement qui se sont empilées couche après couche, qui bloquent tout. Il faut tout remettre à plat et redéfinir ce que doivent être les objectifs d'une bonne politique culturelle. Forcément, nous ne partageons pas tous les objectifs du gouvernement ou nous ne les présentons pas de la même manière. Il faudrait surtout que la place de l'artiste devienne une portion congrue et ne soit pas considérée à l'aune du remplissage des salles.
On nous présente comme des artistes illuminés qui n'ont aucune conscience de la réalité, qui aiment jouer devant des salles vides. C'est faux bien sûr. Les entreprises culturelles qui ont bien "managé" ont évidemment l'envie d'attirer un public nombreux. En cela, c'est une erreur de favoriser financièrement les structures institutionnelles au détriment des autres. Ces mondes sont en fait interdépendants : le théâtre privé travaille souvent avec le théâtre public, les structures institutionnelles avec des structures plus locales. Elles doivent donc toutes partir sur les mêmes bases, à commencer celle du budget.
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