mardi 4 mars 2008
L'adieu à Sorométal
Sud-ouest Charente-maritime 04/03/08 Extraits
PÉRIGNY. -- L'existence de l'entreprise, placée en liquidation judiciaire depuis un mois, touche à sa fin dans après-midi
Le dernier acte de la tragédie Sorométal devrait se jouer cet après-midi au tribunal de commerce de La Rochelle. À 15 heures précises, débutera l'audience destinée à statuer sur les éventuelles offres de reprise de la société. Or, des repreneurs, il n'y en a pas. Ceux-ci avaient jusqu'au 20 février dernier pour se déclarer et les rares prétendants se sont vite rétractés, découragés semble-t-il par le trop lourd passif de l'entreprise. « En voyant une société prospère plonger si rapidement, ils ont dû se dire qu'il y avait anguille sous roche », estime Bruno Pestéguy, délégué du personnel.
Chute brutale. Sorométal, depuis trente ans, c'était une entreprise spécialisée dans la fabrication de constructions métalliques, une entreprise plutôt discrète dans le paysage industriel rochelais. De celles dont on ne se préoccupe pas tant qu'elle fonctionne sans poser de problèmes.
Il y a un an, les 44 salariés s'étaient même vus promettre par la direction une usine neuve. Or, le 31 octobre 2007, le destin de Sorométal bascule sans crier gare. Le tribunal de commerce de La Rochelle décide l'ouverture d'un plan de sauvegarde. C'est un premier coup dur pour les salariés mais l'espoir de voir la situation financière s'assainir demeure. Personne ne veut encore croire à la fin d'une époque. « Tout le monde s'est défoncé au travail pendant cette période, on n'a pas compté les heures supplémentaires », explique Bruno Pestéguy.
En vain semble-t-il : en janvier, la direction informe l es employés d'un possible redressement judiciaire. Estimant avoir été tenus à l'écart et incriminant « une mauvaise gestion de la part de la direction » qui n'a cessé de changer en un an, les salariés se mettent en grève le 25 janvier. Pas pour longtemps puisque la liquidation judiciaire est prononcée quelques jours plus tard, le 3 février. Une décision qui entraîne, comme il se doit, la fermeture de Sorométal et la mise au chômage technique de ses employés. Lesquels devraient se voir officiellement licenciés entre ce soir et demain matin, selon M. Pestéguy
Mobilisation des chercheurs : le printemps s’annonce chaud …
LE MONDE | 04.03.08 | 10h54
600 patrons de laboratoires sonnent la mobilisation des chercheurs
En Mars 2004, ce n'était qu'un début; mars 2008, le combat continue… Il y a comme un air de remake, un regain de fièvre printanière dans la "réunion nationale des directeurs de laboratoires et des membres d'instances scientifiques" à laquelle étaient attendus, mardi 4 mars au Collège de France, près de 600 patrons d'unités de recherche.
Il y a quatre ans, plus de 2 000 d'entre eux, rassemblés devant l'Hôtel de Ville de Paris, avaient solennellement remis leur démission pour protester contre les coupes budgétaires infligées à la recherche publique.
Aujourd'hui, indique Philippe Blache, directeur du Laboratoire parole et langage (Centre national de la recherche scientifique, CNRS-université de Provence) et membre du collectif d'organisation de cette journée, il s'agit d'ouvrir "un débat pouvant déboucher sur d'éventuelles actions".
Mais l'heure est bien à la mobilisation générale. Le même jour, une quinzaine de syndicats et d'associations de l'enseignement supérieur et de la recherche ont appelé les personnels et les étudiants à des rassemblements, à Paris et en province.
"La recherche scientifique est actuellement en plein bouleversement. Nous sommes bien placés – les mieux sans doute – pour voir ce qui fonctionne bien et ce qui va plus mal, poursuit Philippe Blache. Nous avons, et depuis longtemps, des propositions à faire pour l'amélioration du fonctionnement de la recherche. Nous demandons, au lieu d'une politique de terre brûlée, qu'une réelle concertation soit mise en place, avec l'ensemble de la communauté.
La "politique de terre brûlée", c'est, aux yeux des participants à cette réunion de crise, celle que pratique Nicolas Sarkozy. Le 28 janvier, à Orsay, lors d'un hommage au Prix Nobel de physique 2007 Albert Fert, le chef de l'Etat avait tiré à boulets rouges sur le système de recherche national, le jugeant "vieux d'un demi-siècle", gangrené par la "balkanisation" et menacé de "paralysie".
Une façon de justifier une refonte complète de ce système, conduisant notamment à transformer les organismes publics actuels, comme le CNRS, en "agences de moyens" chargées de "mettre en œuvre la politique scientifique que le gouvernement leur aura confiée". Et donc privées de toute initiative.
Il y a là "un recul de l'autonomie scientifique au profit d'un pilotage politique, sans aucune garantie scientifique sérieuse", s'alarment les directeurs de laboratoires. "La systématisation du financement de projets à très court terme, ainsi que la décision de confier l'évaluation de la recherche à une agence, avec comme conséquence une baisse considérable de la qualité de cette évaluation, conduisent à déstructurer le noyau de base où s'élabore la science, c'est-à-dire le laboratoire", met en garde Philippe Blache.
LES CRÉDITS DE BASE EN BAISSE DE 5 % À 6 % - Alors que, le 28 janvier toujours, M. Sarkozy promettait "un effort budgétaire massif" pour la recherche, afin de "marquer sans équivoque l'importance primordiale que nous allons attacher à son essor dans les cinq années qui viennent", dans les labos, la réalité est bien différente. Les crédits de base – ceux qui permettent de couvrir les dépenses de fonctionnement courantes, d'acheter fournitures et petits équipements, mais aussi d'amorcer de nouveaux projets de recherche – accusent une baisse moyenne, au CNRS, de 5 % à 6 %.
Pour certaines équipes, elle atteint même davantage : 10 % pour l'Institut de physiologie et biologie cellulaires de Poitiers, 12 % pour le Laboratoire d'aérologie de Toulouse, 12,5 % pour le Laboratoire de physique théorique d'Orsay, 20 % pour l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides de l'Observatoire de Paris, 24 % pour le Laboratoire de dynamique terrestre et planétaire de Toulouse…
Pourtant, le budget 2008 de l'enseignement supérieur et de la recherche affiche bien une hausse de 1,8 milliard d'euros. Mais, outre qu'une part substantielle de cette enveloppe est destinée à la mise en œuvre de la loi sur l'autonomie des universités, les crédits consacrés à la recherche proprement dite vont, pour l'essentiel, aux aides à la recherche privée (+390 millions d'euros pour le crédit impôt recherche) et aux financements sur projet (+130 millions d'euros pour l'Agence nationale de la recherche).
S'y ajoutent le coût des grands équipements (comme le réacteur de fusion nucléaire ITER ou le nouveau supercalculateur du CNRS), ainsi que les salaires des vacataires, désormais intégrés aux dotations de base. "La question est de savoir si les organismes ont encore les moyens de mener une politique scientifique cohérente", commente Bertrand Monthubert, président de Sauvons la recherche.
Les directeurs de laboratoires déplorent aussi le "manque de perspectives permettant d'attirer les jeunes vers la recherche" et la "multiplication annoncée des contrats précaires". Alors que 3 000 postes statutaires ont été créés en 2006 dans les organismes et les universités, puis 1 500 en 2007, seul le remplacement des départs à la retraite sera assuré en 2008.
Dans le même temps se développent les contrats à durée déterminée (quelque 4 500 à ce jour), de un à trois ans, liés aux projets financés par l'Agence nationale de la recherche. "Il s'agit là d'un signal très négatif, qui ne peut que renforcer la désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques", regrette Bertrand Monthubert.
Le ministère vient de donner un motif d'inquiétude supplémentaire aux chercheurs en demandant au CNRS de "réfléchir" à une transformation de ses départements scientifiques en Instituts nationaux de recherche. "Faire du CNRS une simple holding d'instituts, mettent en garde les directeurs d'unités de recherche, ce serait perdre ce qui fait son originalité et sa richesse, c'est-à-dire son interdisciplinarité." Chaud, le printemps des chercheurs s'annonce chaud.
Claude Allègre : "Si j'y vais, ce sera pour revaloriser les carrières"
Alors que les rumeurs sur son entrée au gouvernement vont bon train, Claude Allègre nous a déclaré : "Si j'y vais – ce qui n'est pas fait –, ce sera pour revaloriser les salaires et les conditions de travail des professeurs d'université et des chercheurs. La France perd ses meilleurs scientifiques. C'est dramatique. Je n'accepterai pas si je n'ai pas des assurances sur ce point. C'est une condition sine qua non."
L'éventuel come-back de celui qui fut ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, de 1997 à 2000, auprès de Lionel Jospin, inquiète nombre de chercheurs, dont le climatologue Jean Jouzel, pour qui "on ne peut pas avoir un ministre qui nie la réalité du changement climatique".
La farude fiscale gagne la France d'en dessous

L'Allemagne et la France sont parvenues à un compromis sur l'Union méditerranéenne
L'Allemagne et la France sont parvenues à un compromis sur l'Union méditerranéenne
LEMONDE | 04.03.08 | 12h32
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont affiché une entente retrouvée, lundi 3 mars, à Hanovre, et ont annoncé être parvenus à un accord sur l'Union méditerranéenne, qui avait refroidi les relations franco-allemandes ces derniers mois. Bien que l'Allemagne et la France aient joué un "rôle important" dans ce dossier, Mme Merkel a précisé que l'Union méditerranéenne concernerait "tous les pays de l'Union européenne".derniers mois. Bien que l'Allemagne et la France aient joué un "rôle important" dans ce dossier, Mme Merkel a précisé que l'Union méditerranéenne concernerait "tous les pays de l'Union européenne".
Les Indégivrables et papier de verre
Le Monde Check-list 04/03/08
papier de verre
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Un enfant marche dans la rue, une pomme à la main. Faites-lui signe que vous l'avez vu. S'il repose, embarrassé, la pomme sur l'étal de l'épicier, cet enfant est président de l'UIMM. |

Les leçons de morale de l’UMP aux "patrons voyous"
MURIEL GREMILLET - Libération mardi 4 mars 2008
Flairant le créneau porteur, la droite pourrait relayer au Parlement le combat de Parisot sur l’éthique des dirigeants d’entreprises.
Le «capitalisme doit être moral». Depuis les coups d’accélérateurs dans l’affaire de l’UIMM, l’antienne, reprise par Laurence Parisot, est aussi devenue celle de la droite. C’est ainsi que Patrick Devedjian, le secrétaire général adjoint de l’UMP, le proclame. Et la grande course à la «moralisation», entreprise dans le patronat, pourrait être relayée par l’UMP et une partie des parlementaires à l’occasion de la prochaine discussion de la loi sur la modernisation de l’économie qui arrivera au Parlement au printemps.
«A poil». La crise ouverte au sein du patronat est surtout l’occasion pour Laurence Parisot de reprendre la main et d’être enfin la vraie patronne des patrons. Les mauvaises langues notent d’ailleurs que sa bienveillance à l’égard de Daniel Bouton, alors mis en cause dans l’affaire du trader de la Société générale, peut aussi être vue comme un signe positif envoyé à la fédération patronale des banques. Un allié de poids aujourd’hui dont elle a besoin pour dégommer«les barbons de l’industrie, qui se foutent bien d’elle», note un patron pourtant tendance Parisot.
Aujourd’hui, prophétise même un autre patron, «le patronat est à poil. C’est fini la période Kessler-Seillière, quand ils faisaient la pluie et le beau temps sur les politiques. On entre dans une nouvelle phase et tout le monde a bien compris que c’est celui qui signera les accords qui ouvriront la voie à une nouvelle démocratie sociale qui pourra prendre tout le pouvoir».
La droite, en pleine sinistrose prémunicipales, assure vouloir jouer la carte de la moralisation. Après Patrick Devedjian et son «capitalisme moral», Yves Jégo, le porte de l’UMP, dit «soutenir l’opération mains propres menée par Laurence Parisot», estimant qu’il serait «sain» que Denis Gautier-Sauvagnac «rende les 1,5 million d’euros touchés pour son départ de l’UIMM». Autant les prendre au mot.
Idées. La majorité affiche en tout cas des velléités d’intervention législative. Au printemps, le ou la future ministre de l’Economie devra défendre une loi de modernisation de l’économie qui pourrait se trouver lestée d’un volet «moralisation des affaires.» Et les candidats, à quelques semaines d’un possible remaniement ministériel, sont nombreux à droite à proposer des idées.
Transparence. En tête, le député des Hauts-de-Seine et sarkozyste historique Frédéric Lefebvre, excessivement actif. «Notre objectif doit être de construire une démocratie sociale transparente et moderne.» Le député Lefebvre a donc décidé «d’écrire aux syndicats» dans les jours à venir, en leur soumettant ses propres propositions en matière de transparence. Il envisage de demander des déclarations de patrimoine aux dirigeants syndicaux, ou imagine «pouvoir plafonner leurs indemnités». «Ils doivent évoluer vers plus de transparence, explique-t-il. J’attends leurs réactions, sinon, je me garde le droit d’intervenir dans le débat parlementaire.» Il oublie au passage que, cet été, le gouvernement, au moment du débat sur la loi Tepa (Travail, emploi, pouvoir d’achat), avait déjà mis en avant son action en matière de moralisation et de mise au pas des «patrons voyous».
Ainsi, la décision d’attribution d’un parachute doré est, depuis, soumise à un vote en assemblée générale des actionnaires, alors qu’elle ne dépendait avant que d’une décision du conseil d’administration des entreprises. La nouvelle loi de modernisation pourrait aller un peu plus loin, en proposant notamment que le versement des bonus puisse être bloqué en cas d’échec à la tête d’une entreprise
Mais, explique un élu désabusé «les maîtres du jeu économique, ce sont les entreprises, nous on ne peut plus rien. La IVe République était celle des partis, la Ve était présidentielle. Aujourd’hui, on est dans une VIe République qui ne dit pas son nom et c’est celle du CAC 40.» Cependant, le créneau politique reste porteur. Lefebvre parle ainsi de «nettoyage au Kärcher» de l’UIMM. «Cette fédération donne une image terrible de tous les patrons, alors qu’en France, on a des PME et des TPE formidables.»
En attendant, Laurence Parisot construit sa bataille. «Je ne pense pas que c’était prémédité, dit un patron proche d’elle. Elle a vu une trouée, elle a foncé. Il n’y a pas de plan napoléonien. Maintenant, il va falloir se compter.» Et espérer que le soutien de la droite ne soit pas uniquement dicté par les circonstances.
La phrase du jour : Elle est de Nicolas Sarkozy, à l'époque en campagne. « Voyez comment la contestation de tous les repères éthiques, de toutes les valeurs morales, a contribué à affaiblir la morale du capitalisme, comment elle a préparé le terrain au capitalisme sans éthique et sans scrupule, des parachutes en or, des retraite chapeau et des patrons voyous »
Handicapée ... Pauvre, mais surtout pas soumise!
Bonjour.
Je n'ai pas choisi d'être handicapée..
Je n'ai pas choisi de me sentir une " encombrante inutile " ..
Je n'ai pas choisi d'avoir une Sclérose En Plaques.
Je n'ai pas choisi de vivre sur un fauteuil..
Je n.ai pas choisi d.être transportée en ambulance.. De faire des séances de rééducation deux fois par semaine et d.être transformée en alambic par la chimie des laboratoires.
Je n.ai pas choisi de ne pas travailler.
Je n'ai pas choisi de vivre avec une AAH mensuelle de 620,28 Euros
Je n'ai pas choisi de ne pas avoir le complément de ressources (qui me donnerait un misérable 80% du SMIG) .. Parce qu'il m'est impossible d'habiter seule !
Je n'ai pas choisi de ne pouvoir circuler librement et seule dans la plupart des rues, vu leur état..
Je n'ai pas choisi d'être obligée d'être aidée par des tierces personnes pour tous les actes quotidiens de la vie...
Je n'ai pas choisi d'avoir " impérialement " une allocation mensuell e maximum de 589, 29 Euros pour l'aide de ces tierces personnes, que je dois rémunérer avec. Plus les charges . Ce qui est normal.
Je n'ai pas choisi que ces" auxiliaires de vie " ne puissent m'aider qu'une dizaine d'heures par semaine alors que mon état nécessiterait au moins le triple voire le quadruple!
Je n'ai pas choisi d'être abonnée, à mes frais, à un service de " téléassistance ".
Je n'ai pas choisi, comme d'autres qui y sont contraints, d'aggraver le " trou de la sécu " en étant hospitalisée ou hébergée dans un centre spécialisé .. Si tant est qu'il y en ait assez..
Je n'ai pas choisi d'imposer à un proche de ne pas travailler pendant un an pour qu'il devienne un " aidant familial "..
Je n'ai pas choisi de ne plus participer au monde du travail et à une vie active..
Mensuellement, en plus des dépenses normales de tout citoyen :
21 Euros de télé alarme + 40 euros de médocs non remboursés +100 euros d'alèses et de "culottes" + 1 euro su r les consultations+ 4 x 20 Euros de dépassement d'honoraires de l'acupuncteur + 8 x 2 Euros de franchise ambulances + 10 euros de franchise médocs... + 20 Euros de mutuelle (l.AAH dépasse de 7 Euros le seuil pour avoir la CMU) ...
Et ce qui me reste pour bien sur payer mes charges, manger ... Et pourquoi pas aussi m.habiller... ....
JE NE JOUE PAS À "COSETTE" ....
Alors .... Juste 10% des bénéfices de 2007 du CAC 40 pour combler le trou de la sécu.
Puis les mauvais payeurs (Etat et grosses entreprises) règlent leurs dettes ... Et Certainement le problème ne se posera plus!!!!!
C.est pour tout cela que, malgré mes très grosses difficultés physiques, je manifesterai à Paris le 29 mars et que je soutiens le pacte inter associatif « Ni pauvre ni Soumis ».
« NI PAUVRE NI SOUMIS » :
http://www.nipauvrenisoumis.org/
Amitiés.
Janine Thombrau
http://motspourmaux.perso.cegetel.net/
En Corée du Nord Musique pour la Paix - Un frisson philharmonique à Pyongyang
LE MONDE | 27.02.08 | PYONGYANG ENVOYÉ SPÉCIAL Extraits
La musique ne transformera pas la face du monde, mais, peut-être, pourra-t-elle y contribuer. Tandis que, sur fond de différend nucléaire, les tensions diplomatiques continuent d'empoisonner les espoirs de détente entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC), le chef d'orchestre américain Lorin Maazel, à la tête du Philharmonique de New York, en a fait la démonstration, le 26 février, dans le Grand Théâtre de Pyongyang.

Chose impensable jusqu'il y a peu, pour la première fois un ensemble américain faisait sonner ses timbres au coeur même de l'un des pays les plus fermés de la planète. Un régime appartenant, qui plus est, à l'"axe du mal", le groupe des pays honnis par le président américain George Bush.
D'un côté de la scène, le drapeau américain, de l'autre, celui de la Corée du Nord : ainsi en avait finalement décidé le protocole, les autorités de Pyongyang ayant tout d'abord exigé la présence seule de leur bannière. Une simple phrase du maestro américain a suffi pour déclencher le souffle d'émotion, mâtinée de fierté, qui s'est propagé dans l'imposant aréopage de dignitaires aussi raides dans leurs costumes austères que peu enclins au ravissement. Avant d'interpréter Un Américain à Paris, de George Gershwin, le chef a formulé de sa voix posée ces quelques mots : "Un jour, peut-être, un compositeur écrira à son tour "Des Américains à Pyongyang"."
Un soupir inattendu mêlé d'éclats de voix s'est alors répandu parmi les 1 500 spectateurs, hommes en gris et rares femmes en longues robes traditionnelles. Visiblement ému, un jeune cadre du tout-puissant Parti du travail de Corée qui, depuis 1948, fait régner un ordre implacable dans le pays, serrait ses poings tant qu'il pouvait afin que la douleur lui fasse oublier l'envie de pleurer.
Lorin Maazel avait visé juste. L'intensité des applaudissements qui suivirent ses propos, puis l'exécution, brillante, de l'oeuvre du compositeur de Brooklyn en témoignaient. Quelque chose était en train de se passer dans le cadre marmoréen de l'imposant théâtre à l'architecture stalinienne.
Emportés par leur enthousiasme, la plupart des dignitaires du régime, que la symbolique universelle de la Symphonie du Nouveau Monde d'Antonin Dvorak avait laissés impassibles, n'ont plus ménagé leurs bravos : pour le deuxième mouvement de L'Arlésienne, de Georges Bizet, d'abord, et surtout pour Arirang qui clôturait la soirée. Ce thème traditionnel, très populaire dans toute la péninsule coréenne, a provoqué un trouble manifeste. Pas seulement dans la salle.
……………………
"Si les représentants d'une autre culture avec laquelle nous vivons actuellement des tensions ont un désir de faire connaissance, tant mieux. Ça vaut la peine de l'accepter. C'est un vrai défi, confiait peu avant le concert Lorin Maazel. Dans l'arène de la culture - je suis musicien et non pas politicien -, je suis très conscient de l'importance des rapports entre les peuples."
………………….
Ainsi que le rapporte le New York Times dans son édition du 10 décembre, l'acceptation du Philharmonic à jouer en Corée du Nord était aussi assujettie à plusieurs conditions : la présence de journalistes étrangers, une diffusion télévisée et radiophonique nationale afin de ne pas limiter l'événement à une seule minorité de privilégiés, des aménagements acoustiques, si nécessaires, dans la salle du théâtre de Pyongyang, et la garantie que les huit membres de l'orchestre d'origine coréenne ne rencontreront aucune difficulté sur place. Ultime condition : que l'orchestre puisse jouer The Star-Spangled Banner, l'hymne américain.
Mais il a fallu d'abord convaincre les membres de l'orchestre. Certains s'interrogeaient sur l'opportunité d'un déplacement dans un des régimes les plus répressifs dont les fondements idéologiques soumettent le peuple à une misère endémique telle qu'elle aurait provoqué la mort de plus de deux millions de personnes sur les 25 millions d'habitants que compte le pays.
Christopher Hill, le principal diplomate américain chargé des négociations avec la Corée du Nord, avait ainsi posé les termes, se souvient Rebecca Young (deuxième alto). "On nous a dit : vous pouvez refuser. Sachez qu'en acceptant, vous pouvez peut-être changer quelque chose." Robert Botti (hautbois) n'a eu aucune hésitation : "C'est un moment que la musique peut transcender. La musique peut réussir là où la diplomatie a échoué. C'est un vrai échange. C'est mon espoir, notre espoir. C'est pour la plupart d'entre nous un vrai privilège."
Tous les musiciens ont finalement accepté de consacrer à l'événement les jours de repos prévus à l'issue d'une tournée qu'ils venaient d'effectuer dans la région. Pour Adam Aron, qui appartient au groupe des 25 "patrons" du New York philharmonic, "c'est un voyage pour la paix. C'est la première fois qu'un tel nombre de personnalités américaines se rend en Corée. On se souvient de la "ping-pong diplomacy". C'est la même chose avec les violons."
Mme Ceschina, une mécène japonaise à l'origine de l'événement
LE MONDE | 27.02.08 | TOKYO CORRESPONDANT Extraits
Si le New York Philharmonic s'est produit, le soir du 26 février, au Grand Théâtre de Pyongyang, c'est en partie grâce à une mécène japonaise vivant à Venise : Yoko Nagae Ceschina. Agée de 75 ans, veuve d'un richissime homme d'affaires italien, elle sera présente au concert.
Jeune diplômée de l'Université nationale des beaux-arts de Tokyo, elle rencontra son mari, Renzo, alors qu'elle apprenait à jouer de la harpe au conservatoire de Venise. Héritière d'une confortable fortune, elle apporte désormais son aide à des musiciens, quelle que soit leur nationalité. "Encourager la musique est ma dernière mission sur cette terre", confiait-elle récemment au quotidien japonais Mainichi. "Je ne connais pas grand-chose à la politique, mais je pense qu'elle peut apporter la paix", poursuivait-elle. Et avec la compagnie aérienne sud-coréenne Asiana et la chaîne de télévision MBC - également sud-coréenne -, elle a accepté de financer la tournée de l'orchestre new-yorkais en République populaire démocratique de Corée (RPDC).
UNE ÉLITE CULTIVÉE - Mme Ceschina avoue qu'elle n'était pas très au fait des problèmes diplomatiques entre la RPDC et le Japon (en particulier de la question des Japonais enlevés par les agents nord-coréens dans les années 1970-1980) lorsqu'elle fut contactée par le Philharmonique. "En participant à cet événement, je veux juste donner une bonne image de mon pays", a-t-elle déclaré, en précisant que, si elle est présentée au dirigeant Kim Jong-il, c'est ce qu'elle lui dira.
Celui-ci serait un grand mélomane. C'est lui qui, en août 2007, a invité le New York Philharmonic à se produire à Pyongyang. Pour le régime, c'est une opération de relations publiques d'ampleur planétaire : il n'y a jamais eu autant d'Américains ensemble à Pyongyang (plus de 300) depuis que ceux-ci occupèrent brièvement la ville en 1950, au début de la guerre de Corée ; et le concert a été retransmis dans le monde. C'est aussi pour Kim Jong-il un moyen de donner à penser à sa population qu'il a amené "l'impérialiste américain" à de meilleurs sentiments.
Les organes de presse officiels ont annoncé le concert, et la télévision d'Etat l'a retransmis en direct. Les Coréens du Nord ont donc un autre écho de l'Amérique que celui des bottes. Selon Kim Chul-woong, un pianiste nord-coréen qui a fait défection au Sud, écouter la musique étrangère produite après 1900 est interdit aux citoyens ordinaires. L'élite compte en revanche de fins connaisseurs des grandes oeuvres occidentales.
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Une démocratie municipale en trompe-l’œil
Libération - mardi 4 mars 2008
Paul Allies professeur de sciences politiques à l’université Montpellier-I.
Les élections municipales passent en France pour être le plus démocratique de tous les scrutins. Les 36 782 communes garantiraient une proximité exceptionnelle entre l’élu et l’électeur, à peine troublée par l’émergence depuis 1999 de quelque 3 000 structures intercommunales.
Les 500 000 élus qui les animent feraient de la France le territoire d’Europe le plus administré, et aux moindres coûts ! La clause de compétence générale, qui vaut pour toutes les communes quelle que soit leur taille, amplifie ce sentiment d’un pouvoir politico-administratif resté attentif et réactif aux attentes des citoyens. Tous les sondages confirment le maire dans la figure de l’élu le plus aimé des Français. Cette vision idyllique n’est donc pas sans fondement. Mais elle cache une stagnation démocratique qui apparaît clairement quand on observe l’évolution des pouvoirs locaux en Europe, et ce à trois niveaux au moins : celui des maires ; celui des conseils ; celui des territoires de coopération intercommunale.
Les gouvernements locaux sont ultraprésidentialisés, comme si le statut et la fonction des maires français s’alignaient toujours plus sur ceux du président de la Ve République. Le fait que le maire soit élu au second degré par le conseil municipal n’est pas sans conséquence : il devient ainsi le chef tout-puissant de l’assemblée et le maître des adjoints qu’il nomme et révoque à sa convenance alors que lui reste «intouchable». Cette concentration des fonctions délibératives et exécutives sur la personne du maire est la source d’une confusion organique des pouvoirs, aggravée par la décentralisation. S’y ajoute la spécialité française du cumul des mandats locaux et nationaux, qui n’a cessé de s’étendre malgré une législation limitative depuis 1985.
Partout ailleurs en Europe (sauf en Belgique) on rend toujours plus difficile sinon impossible ce cumul : en Allemagne les maires ne peuvent plus être présidents des Kreis [circonscriptions, ndlr] ; en Italie un maire ne peut se présenter aux élections législatives, sauf s’il a démissionné au moins six mois avant le scrutin, et il ne peut effectuer que deux mandats consécutifs ; en Espagne aucun cumul n’est permis sauf au Sénat, mais celui-ci n’a pas de réel pouvoir. Partout on observe un renforcement de la responsabilité de l’exécutif. La tendance générale dans onze Etats de l’Union est à l’élection directe des maires et à la mise en place à la fois de procédures de destitution (motion de censure de l’assemblée, référendum d’initiative populaire) et d’équipes collégiales de direction : c’est l’«assessorialisme» en Italie ou la junta de gobierno local [conseil de gouvernement local] en Espagne, dont un tiers des membres peut être non élu. Ce système va en effet avec une émancipation des assemblées locales.
En France, les conseils municipaux sont corsetés par le maire et ses adjoints. Ils sont réunis à des fins «acclamatoires». L’opposition n’a pas le centième des maigres pouvoirs qui lui sont reconnus à l’Assemblée nationale, c’est tout dire. Ailleurs en Europe, le maire siège de moins en moins dans l’assemblée municipale, condition sine qua non pour que celle-ci exerce ses fonctions indépendantes de contrôle et de proposition. Aux Pays-Bas, en Italie et partiellement en Espagne, les adjoints eux-mêmes ne sont plus membres des assemblées. Tout cela a un effet générationnel : la majorité des maires sont quadragénaires en Italie et en Espagne ; ils ont entre 50 et 52 ans en Allemagne, en Autriche, en Grèce ou au Portugal. La France bat le record d’âge (57 ans) et de longévité du mandat (dix-neuf ans). 60 % des sortants sont de nouveau candidats en 2008. Ce faible renouvellement est synonyme de fermeture aux jeunes, aux minorités visibles, aux femmes (même pas 11 % d’entre elles parmi les maires élus en 2001).
Enfin la coopération intercommunale achève de dépolitiser la gestion locale. La loi du 12 juillet 1999 a mis en place des conseils et des présidences élus au deuxième si ce n’est au troisième degré, échappant ainsi au moindre regard des électeurs. La répartition des fonctions importantes dans les agglomérations est tributaire d’allégeances et d’arrangements en tout genre. Ces structures votent des budgets propres dans une rare opacité. Conçues pour être de mission, elles deviennent de nouvelles administrations de gestion doublonnant celles des communes membres. Le citoyen ne peut plus identifier les enjeux ni les territoires pertinents de la gestion locale empilée sur neuf niveaux, de la commune aux circonscriptions éligibles aux fonds européens. Il n’utilise d’ailleurs que très peu les instruments inventés par le législateur en 1992 (les commissions extramunicipales), en 1995 (le référendum local) et en 2001 (les conseils de quartier).
Et il se détourne de plus en plus de l’élection municipale (33 % d’abstentions en 2001). Tout se passe donc comme si la France entretenait une démocratie municipale en trompe-l’œil, toujours plus indifférente au contexte européen où la démocratie participative s’expérimente de Barcelone à Berlin et où les pouvoirs locaux évoluent vers plus de clarté et de responsabilité.

