lundi 3 mars 2008
Cali ne cale pas ! Le chanteur motivé ne déroge pas à ses engagements avec un nouvel album aiguisé et volontaire.
GILLES RENAULT - Libération - lundi 3 mars 2008
Cali, l’Espoir (Virgin). Tournée française à partir du 11 mars (Zénith de Paris les 14, 15 et 16 mars).
«Il pouvait maintenant à sa guise égorger la liberté/La mainmise sur tout, le grand marionnettiste/Des journaux des télés… Résistance résistance résistance… Tu peux pleurer mon fils, oui mais pleurer pleurer de fierté/Nous allons revenir bien plus forts/Bien plus forts que jamais.»
Cali a écrit la chanson Résistance le soir même du second tour de l’élection présidentielle, «devant TF1 qui diffusait ces images du Fouquet’s si insultantes pour ceux qui n’ont rien dans leur assiette».
Dix mois plus tard, sa pugnacité demeure intacte : «Je suis comme tout le monde, je dis que j’en ai marre. Sauf que j’ai la possibilité de le faire avec un micro. Mais du coup, je veux que chaque chanson soit le fruit d’une vraie réflexion. La notion d’engagement demeure pour moi essentielle, même si mon fil conducteur reste l’amour.»
Prosélyte. Jusqu’en août 2003, il n’était encore que Bruno Caliciuri, auteur-compositeur-interprète catalan, passé par la scène pop locale et les groupes de bal, admirateur des Waterboys et U2, comme de Ferré et Miossec. Un garçon du terroir, qui n’aura effectivement besoin que de deux disques, consolidés par des tournées incandescentes, pour devenir une notabilité du circuit tricolore. C’est quand le bonheur ou Elle m’a dit, hymnes à l’amour vache, tournent partout en bouclent ; les filles apprécient, les garçons qui les accompagnent aussi. La machine est lancée. Au seuil élancé de la quarantaine, Cali plaît.
Sorti le 4 février, l’Espoir, son troisième CD, garde la ligne. Huit photos illustrent la livraison. Toutes le montrent le visage fermé, bien que la chanson titre démarre ainsi : «L’espoir est dans la rue/La victoire au bout de la fleur.» Comme un Chant du partisan, qui donnerait le la. Encarté PS à la veille du dernier scrutin présidentiel, Cali y a cru, perpétuant le militantisme atavique de son père disparu quand il n’avait que 22 ans, et de ses grands-pères, l’un ancien résistant et membre des Brigades internationales, l’autre lui racontant«comment, un jour, il avait mis la main sur la gueule à un type dans un meeting du Parti communiste».
Le prosélyte a vibré au fameux meeting de Ségolène Royal à Charléty ; parrainé une opération pour inciter les jeunes à aller voter , «adoré discuter avec Marie-George Buffet», pointé les limites de la politique d’ouverture («s’asseoir à côté de Brice Hortefeux, c’est pas possible»), vilipendé le traitement réservé aux sans-papiers. Et, donc, repris sa plume, aiguisée.
Aujourd’hui, Cali tient à circonscrire la dimension politique de l’Espoir - «trois chansons sur quatorze». N’empêche, du Droit des pères à Pas la guerre ou Je ne te reconnais plus, le ton n’est pas hilare. Réalisé avec Mathias Malzieu (Dionysos) et Scott Colburn (producteur d’Arcade Fire), le disque propose «rock» en mot-clé, dans une acception «spontanée et instinctive» du terme.
«Allez, feu». Sur scène, on devine la tournure que devraient prendre les événements. Depuis la mi-février, Cali astique studieusement à Paris son attirail, en prévision d’une campagne qui débutera le 11 mars et durera (dans un premier temps) jusqu’aux festivals d’été. Perdus au milieu des entrepôts de banlieue dans un studio de Pantin, ils se retrouvent à sept, chaque jour, de 15 heures à minuit. Jouant en cercle, ils échangent les points de vue, tant techniques que sensitifs.
Au milieu des branchements et des zakouskis posés sur une table, on cherche «des placements», «des couleurs». Un gros son, parfois «héroïque»,émerge déjà par endroits. Souvent, pour démarrer, Cali dit : «Allez, feu», machinalement. «Ma famille est loin, avait-il précisé, à l’heure du déjeuner. J’adore la scène, mais encore faut-il que j’aie une bonne raison de quitter la maison. Or là, tout en sachant que ça ne changera pas la face du monde, j’ai le sentiment de prendre un risque énorme, qui me procure un mélange de doute et d’excitation.»

Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295434&pid=8179825
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

