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lundi 3 mars 2008

Ils chassent les petits prix dans les rayons : une obsédante course au moins cher afin de boucler le mois

Ouest-France – 03/03/08 - Thierry BALLU

Comment vivre avec un petit revenu ? Enquête sur le pouvoir d'achat qui fait du surplace. Les Français sont de plus en plus nombreux à pratiquer le marathon du discount pour traquer la vie moins chère dans les rayons. Reportage.

Un Lidl à Bouaye, en Loire-Atlantique, planté en pleine campagne, dans une zone d'activités fraîchement sortie de terre. Sur le chemin d'accès, il reste encore quelques pieds de vigne. Les portes ouvrent à 9 h. Ce lundi, dès 8 h 45, ils sont déjà plusieurs à attendre.


Chaque début de semaine et chaque jeudi, c'est jour de promo dans les magasins jaune et bleu. Au menu d'aujourd'hui, des sous-vêtements et du petit mobilier de bureau. Pierre et Luce, retraités, ont été attirés par une veste d'homme repérée dans la pub. « Nous ne venons pas régulièrement. Simplement quand il y a des choses intéressantes. On en profite pour acheter de l'épicerie. C'est si cher ailleurs... » Lui était chauffeur routier. Elle à la SNCF. « Oui mais contractuelle, pas fonctionnaire ; attention, c'est pas pareil ! »

Petites pensions et temps moroses. Ils sont plusieurs à avouer avoir de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, comme Etiennette, scotchée au rayon des sous- vêtements. Elle extrait quelques paires de collants. « C'est pas forcément utile ce que j'achète, mais c'est bon marché... »

Mousses au chocolat et packs de jus de fruits vont tapisser le fond du chariot de Valérie, assistante maternelle. Elle a trois enfants, en garde deux et se désespère. « Cela augmente régulièrement. Même ici. Avant, je bouclais le mois avec 400 € de courses, maintenant c'est entre 500 et 600, en prenant les promos. »

600 €.
Séverine et Pascal confirment le chiffre. Ils habitent à 10 km. Cinq bouches à nourrir, dont des ados. Le chariot, rempli à ras bord, est impressionnant. « Nous faisons un gros ravitaillement tous les quinze jours », précise Séverine, aide-soignante. Pascal, chauffeur routier, a été licencié en 2005. Depuis, il enchaîne les contrats. Un mois qu'il pointe de nouveau aux Assedic.

« Alimentation, carburant, chauffage... tout flambe et on rame. Les grandes surfaces sont devenues inabordables. Il faut venir ici pour continuer à manger équilibré avec des fruits et légumes. Nous rognons sur les sorties. Le cinéma, c'est seulement une fois de temps en temps. Les vacances ont été réduites de quinze jours à une semaine », détaille Séverine.

Dans cette famille, tout le monde a été invité à s'adapter. Les goûters ont changé. « Nous avons abandonné les gâteaux pour revenir au pain-beurre. Nous expliquons la situation aux enfants. On leur fait comprendre qu'il y a plus malheureux que nous. »

Direction le Destock de Rezé. Un petit poucet face à l'hypermarché Leclerc de la zone Atout-Sud. C'est une caverne d'Ali-baba bien rangée. Dans les rayons, des livres, des jouets, de l'épicerie ou des produits de nettoyage ou de toilette. On y trouve aussi des frigos, des cuisinières, des meubles et une station de musculation. Des marchandises sauvées de sinistres ou objet de litiges avec des transporteurs. Le tout est proposé au minimum 30 % moins cher que dans les circuits de distribution classique.

Michèle, 56 ans, ancienne VRP, en invalidité, vient par nécessité. Elle touche 320 € par mois, son compagnon autour de 2 000 €. De quoi s'en tirer a priori. Sauf qu'un des enfants fait des études à l'étranger. « C'est devenu très très serré. En quatre mois, les prix ont carrément explosé » Elle fréquente régulièrement le Destock accompagnée de sa fille, qu'il faut aussi aider. Jennifer attend un bébé et est au chômage. « On s'habille pendant les soldes. Dans les hypers, on saute sur les produits remboursés et nous faisons le circuit des magasins discount. On a même découvert Emmaüs. L'autre jour, j'ai trouvé un siège bébé à 8 €. Je l'ai déhoussé et refait », lâche fièrement Michèle.

Dans cette famille, comme dans d'autres, la course au moins cher est devenue une obsession. « Quand je travaillais, je dépensais sans trop regarder. Là, je tiens carrément un carnet. J'ai des repères. Le prix des produits de base ici et là », explique Jennifer, en mettant un paquet de biscuits dans son panier. « Ils sont à 70 centimes. C'est 2,50 € ailleurs... » Tout à l'heure, mère et fille prendront le tram et le bus pour aller dans un autre discount. « La voiture, on ne peut plus... »

Posté par werdna à 00:04 - Economie - Emploi - Insertion - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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