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dimanche 2 mars 2008

La culture dans la rue

Edito du Monde  | 01.03.08

Le 27 février, les gens de théâtre se sont réunis à l'Odéon, à Paris, et le lendemain se sont joints aux manifestants de la grande famille culturelle, massés devant le Palais-Royal, à deux pas de la rue de Valois, siège du ministère de la culture. Ils sont descendus dans la rue pour dénoncer une baisse globale de leur budget : 6 % de gel de crédits pour certaines compagnies, 4 % pour d'autres. Leurs budgets sont effectivement en baisse. Et la ministre de la culture, Christine Albanel, en dépit des quelques rattrapages obtenus à l'arraché, ne paraît pas la mieux placée pour défendre son pré carré : ses dossiers semblent lui échapper.

Faut-il que rien ne bouge dans le monde feutré de la culture ? Certainement pas. Et d'abord parce qu'il souffre d'un mal endémique : celui de ne pas savoir faire coïncider ses efforts d'investissement - toujours plus nombreux - avec les moyens de leur fonctionnement - trop souvent négligés. Cette fracture croissante contribue à diminuer automatiquement la part des subventions attribuées à chacun. A moins d'augmenter de façon notable le budget général de la Rue de Valois, ce qui n'est pas à l'ordre du jour, ou de remettre à plat le système d'attribution des subventions. Mais il faut là une vraie détermination et des idées claires pour l'entreprendre. Elles sont absentes aujourd'hui.

Pourtant, il serait absurde d'assimiler le domaine culturel mis en place à l'époque des ministères Malraux et Lang à quelques privilégiés, porteurs d'un discours élitiste et n'intéressant que les nantis du savoir. En deux générations, ce domaine s'est à la fois élargi et diversifié. Même s'il reste encore et toujours des améliorations à apporter, l'accès au théâtre, à la danse, à toutes les musiques et aux arts plastiques s'est ouvert à une population qui en était privée. Qui aurait imaginé dans les années 1980 implanter un musée à Vitry-sur-Seine ou à Lens ?

La culture est devenue un pan non négligeable de l'économie. Elle contribue à revivifier les villes et les régions, qui en ont souvent fait un argument électoral. C'est aussi, potentiellement, un puissant moteur social dans les banlieues. Il n'est aujourd'hui relayé par personne. Les messages envoyés par Nicolas Sarkozy et son entourage vont exactement dans le sens contraire. Plus qu'une revendication corporatiste, les récentes manifestations reflètent une inquiétude réelle et un profond malaise, qu'il serait imprudent de négliger. 

Aux yeux de certains, la manifestation peut avoir des relents corporatistes. Mais son point de départ est ailleurs. Le "désengagement de l'Etat" en matière culturelle n'est pas qu'un slogan. Pour la première fois sous la Ve République, un président entend bousculer ce secteur, multipliant les instructions pour le "banaliser".

Posté par werdna à 00:04 - Culture - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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