samedi 1 mars 2008
Etude - L'alcool ne fait pas oublier, mais renforce le chagrin
NOUVELOBS. | 29.02.2008 | 17:49
"Les mauvais souvenirs dont on veut se débarrasser vont durer plus longtemps si l'on absorbe de l'alcool, même si cela procure une certaine euphorie sur le moment", souligne une étude.
Une étude menée par des chercheurs de l'université de Tokyo révèle que l'éthanol contenu dans l'alcool ne fait pas oublier, comme on le croit généralement, mais au contraire conserve les souvenirs bien ancrés dans la mémoire. Dans un communiqué publié vendredi 29 février, l'équipe dirigée par le professeur en pharmocologie Norio Matsuki, explique que les chercheurs sont parvenus à cette découverte en testant des rats de laboratoire à qui ils ont infligé des décharges légères pendant plusieurs jours avant de les replacer dans leur cage.
Mauvais souvenirs - Les rongeurs sont devenus terrorisés à chaque fois qu'on ouvrait la cage et les chercheurs ont alors injecté de l'alcool à certains et du sérum physiologique aux autres afin d'étudier les réactions des deux groupes.
L'étude a démontré que chez les rats recevant une dose d'alcool, la peur durait plus longtemps (en moyenne deux semaines). "Si nous appliquons ces résultats aux humains, cela veut dire que les mauvais souvenirs dont on veut se débarrasser vont durer plus longtemps si l'on absorbe de l'alcool, même si cela procure une certaine euphorie sur le moment", souligne l'étude.
Norio Matsuki a donc conseillé que "pour oublier quelque chose de négatif, il vaut mieux l'effacer par quelque chose de positif le plus vite possible et ne pas toucher à l'alcool".
La charge du rhinocéros - '' Ecouter Voir '' par Jean-Claude Guillebaud
téléobs 09/16/Février 2008
Tôt ou tard, la surexposition médiatique finit par se révéler mortelle.
Pour définir ce qui arrive à Nicolas Sarkozy dans ses rapports aux médias, on peut citer ce fameux « principe des trois L », joliment défini par Jean-françois Khann : louer, lâcher, lyncher. C’est bien ainsi, en effet, que fonctionne le système. Notre président en est arrivé – pour son malheur – à la deuxième séquence. Tout devrait lui faire craindre de parvenir assez vite à la troisième. Le risque est déjà perceptible …
Pour compléter cette formule, on proposera toutefois une métaphore : celle du rhinocéros. Elle définit assez bien, elle aussi, le périlleux fonctionnement du « tout média ». Ce système, contrairement à ce que croient certain, n’est pas manipulé par un chef d’orchestre ( socialistes ?, gauchistes ?), mais gouverné par des logiques incontrôlables, des pesanteurs meurtrières : l’argent, la compétition, les technologies nouvelles comme Internet, l’engouement etc ….
Le système fait irrésistiblement penser à un rhinocéros dont aucune individualité n’est plus en mesure de discipliner la charge. Ce redoutable animal, comme on le sait, est doté d’une puissance aussi massive que myope.
Une vague odeur, un léger bruit le mettent en mouvement : droit devant, au grand galop. Sa course est rectiligne et dévastatrice. Les médias se meuvent ainsi dans l’imprévisible actualité. Ils foncent ! Nul, en leur sein, n’a vraiment le temps de s’interroger sur la direction choisie ou la nature du gibier poursuivi. Mais chacun, et surtout l’homme politique, se voit finalement emporté par la bête qu’il faisait profession de chevaucher. Et qu’il croyait avoir apprivoisé, le malheureux !
Or, dans tous les bons films animaliers, survient ce moment où l’animal, au bout d’une course qui ne l’a mené nulle part, s’immobilise, naseaux fumants et poumons en feu. Son hésitation est brève. Le débat intérieur tourne court. La perplexité réflexive du rhinocéros à ses limites. Elle n’est que le prélude à une nouvelle charge dans la direction opposée. C’est fâcheux pour tous ceux qui seront piétinés et navrant pour l’animal lui-même.
Dans le cas de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui chargé par l’animal qu’il caressait hier encore dans le sens du poil, un autre élément doit être pris en compte. Celui-ci : par les temps qui courent, la popularité médiatique et une arme à double tranchant. Songeons à ce rejet massif des médias par l‘opinion, à cette exécration rampante, à cette agressivité de principe que n’importe qui peut vérifier quand il navigue dans l’Hexagone.
Evoquer les médias en général, c’est agiter un chiffon rouge devant une salle qui, aussitôt, prend feu et tempête. La question n’est pas de savoir si cette colère diffuse est ou non justifiée. Elle « est », un point c’est tout. Les gros appareils médiatiques font l’objet d’un soupçon de principe, puis d’un rejet à priori. A tort ou à raison, ils sont assimilés à des instruments de domination, de propagande ou de tricherie.
Notre Nicolas, quand il goûtait aux délices de sa phase « louanges », aurait dû se méfier davantage. A long terme, il n’est pas forcément bénéfique de s’afficher comme le copain des grands communicants ou de se montrer partout. L’omniprésence télévisée est un peu comme ces substances radioactives, phophorescentes mais mortelles. Elles vous font briller dans la nuit, et vous tuent illico. Tôt ou tard, les médias se lassent – et s’en veulent – d’avoir trop adoré. La surexposition médiatique finit donc, en se retournant, par irradier mortellement celui-là même qui s’en croyait l’heureux bénéficiaire.
Pour le dire clairement : n’est pas donné à tout le monde de conduire un rhinocéros.
Jean-Claude Guillebaud est journaliste /écrivain /essayiste,ancien président de Reporters sans frontières
" Artistes, espèce en danger" Le monde de la culture interpelle Nicolas Sarkozy
NOUVELOBS | 29.02.2008 | 17:59
POLITIQUE CULTURELLE - Environ un millier de manifestants, réunis place du Palais-Royal à Paris, ont réclamé "une relance de la politique artistique et culturelle de la France". Dans le cadre d'une journée de mobilisation nationale contre la politique culturelle du gouvernement, plus d'un millier de manifestants issus du monde de la culture se sont rassemblés vendredi 29 février place du Palais-Royal à Paris. Liste des signataires LIRE * * * * * * * * * * * * * * *
Le matin même, les syndicats et fédérations de professionnels de la culture interpellent Nicolas Sarkozy, dans Libération, pour réclamer "une relance de la politique artistique et culturelle de la France".
Ils faisaient part de leur "inquiétude" et demandaient au président de montrer son "engagement déterminé" sur "l'affirmation du rôle essentiel de l'art et de la culture dans la politique de l'Etat".
"Contre une culture Bigard" -"Artistes, espèce en danger", tel était le mot d'ordre de la manifestation, située non loin du ministère de la Culture. Les organisateurs ont distribué des masques d'ours en papier pour le symboliser. Les manifestants portaient des pancartes où figuraient "Sarkozy, permanent du spectacle", "Albanel, OGM de la Culture" ou "Culture bigarrée et pas culture Bigard".
L'appel à cette journée de "mobilisation nationale contre le désengagement de l'Etat dans la Culture" a initialement été lancé par l'Ufisc (Union fédérale d'intervention des structures culturelles), qui regroupe essentiellement des structures de musiques actuelles. La mobilisation a été rejointe par d'autres secteurs culturels, comme le théâtre.
Déficit de politique culturelle - Depuis plusieurs mois, la grogne monte dans le monde de la culture et plus particulièrement du spectacle vivant, qui dénonce un déficit de politique culturelle et un désengagement budgétaire de la part du gouvernement.
Mercredi déjà au Théâtre de l'Odéon, une conférence de presse sur ces thèmes avait rassemblé un nombre exceptionnellement élevé de metteurs en scène du théâtre public, dont de grands noms comme Olivier Py, Patrice Chéreau, Ariane Mnouchkine, Didier Bezace, Jérôme Deschamps, Muriel Mayette ou Stanislas Nordey.
Certains étaient présents à la manifestation de vendredi, dont Arnaud Meunier (Compagnie de la Mauvaise Graine).
"A-t-on encore une politique culturelle en France ou ne s'agit-il plus que d'une vision comptable des choses?", a-t-il déclaré. "On nous tient un double discours: d'un côté on parle d'ambition pour la démocratisation culturelle, de l'autre on sacrifie le peu d'argent qui reste pour ce travail".
Lettre ouverte - Les signataires de l'appel réclamaient "l'augmentation du budget 2008 pour le spectacle vivant qui permettrait de remettre à niveau toutes les structures et de relancer l'action culturelle". La lettre ouverte est signée par la Feps (Fédération des employeurs du spectacle vivant public et privé) et l'Ufisc (Union fédérale d'intervention des structures culturelles).
La lettre ouverte souligne que "de nombreuses compagnies théâtrales, chorégraphiques, d'arts du cirque et de la rue (...), beaucoup de lieux et groupes de musiques actuelles, d'orchestres permanents, d'ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés subissent des baisses a minima de 4 à 6%".
"Certaines compagnies et structures, déjà diminuées l'année dernière, sont en grande difficulté", poursuit le texte, qui évoque "la reprise de la crise de l'intermittence".
"Faudra-t-il attendre un nouvel incendie des festivals d'été?", s'interrogent les signataires de la lettre.
Les artistes affichent leur refus de la politique culturelle du gouvernement
Le Monde 29/02/08 18 h 02
Dessin de Cagnat : Calamitis ...

Afrique du Sud : Sarkozy à de l’énergie (nucléaire) à revendre
Correspondance au Cap ANTOINE GAZEAU – Libération - /03/08
En Afrique du Sud, personne n’est dupe. Si Nicolas Sarkozy et son armada de PDG français ont été si généreux pendant deux jours, c’est sans doute pour appuyer la candidature d’Areva à la construction d’un parc nucléaire de 20 000 mégawatts d’ici à 2025.
N’empêche, personne ne s’en plaint. En plus d’un fond d’investissement de 250 millions d’euros débloqué par l’Agence française de développement (AFD), un contrat de 1,36 milliard d’euros a été signé entre Alstom et Eskom - l’EDF local, en crise -, pour la construction d’une centrale à charbon d’ici à 2014…
Le financement d’un projet éolien par l’AFD est enfin acté. Surtout, «EDF, Alstom et Areva feront tout ce qu’ils peuvent pour aider Eskom», a rappelé vendredi Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, en présentant une déclaration commune du Medef et de son homologue sud-africain. A un Thabo Mbeki en quête de personnel qualifié, Sarkozy a déjà promis qu’une dizaine d’ingénieurs d’EDF arrivaient à la rescousse «dès la semaine prochaine». Annonce largement reprise dans les médias locaux. «Il nous a juste un peu surpris sur le timing, mais on a fait en sorte de valider la proposition, souffle Frédéric Diore, manager d’EDF South Africa. La mission était prévue dans tous les cas : elle se composera de 6 à 10 ingénieurs.»
En clôture d’un forum d’affaires de deux jours, Nicolas Sarkozy n’a pas eu besoin de notes pour clamer : «On va se battre pour obtenir les marchés, en charbon ou en nucléaire. […] L’équipe de France de l’énergie est réunie pour l’occasion…»
Le Sarkonucléaire planétaire réchauffe le CAC40...

Comment vivre avec un petit revenu
François VERCELLETTO – Ouest-France 01/03/08
Les courses représentent 400 € dans leur budget mensuel. Pas question de faire des folies. La débrouille, Alain et Delphine connaissent. C'est la règle quand il faut jongler avec de petits revenus. Le coup de zoom sur cette famille vendéenne illustre les difficultés que la majorité des Français connaissent pour joindre les deux bouts.
Pouvoir d'achat. Derrière les mots, une réalité : il devient de plus en plus difficile de joindre les deux bouts. Logement, transport, alimentation, habillement... Le poids des dépenses obligatoires - contraintes comme disent les économistes - se fait de plus en plus lourd. Elles représentent, selon l'Insee, plus de la moitié des dépenses totales des Français. Une fois ces charges payées, que reste-t-il pour s'offrir quelques menus plaisirs : un petit restau, un ciné, un peu de vacances, une surprise à l'être aimé... Souvent pas grand-chose.
Idées fausses
Ce thème de la vie chère anime beaucoup de conversations. Il fait la « une » des médias et agite la classe politique. Au risque de la confusion.
Première idée fausse : le pouvoir d'achat, c'est-à-dire l'ensemble des revenus corrigé de l'inflation, baisse. En réalité, il a augmenté. Le gain moyen est, selon l'Insee, de 1,9 % par an entre 1996 et 2006.
Deuxième erreur : les salaires baissent. En termes réels, c'est-à-dire compte tenu de l'inflation, la hausse du salaire moyen par tête a été de 1,7 %, en 2007 et de 1,6 % en 2006. Principaux bénéficiaires : les smicards et les cadres.
Troisième fausse piste : les entreprises engrangent d'énormes profits au seul bénéfice des actionnaires. Attention, les résultats records des multinationales du Cac 40 ne doivent pas masquer les modestes performances des PME.
En revanche, ce qui est vrai. Tout d'abord, l'augmentation terrible de ces « fameuses » dépenses contraintes, logement en tête. Deux, la progression du nombre d'emplois précaires (temps partiel imposé, interim). Trois, la déstabilisation des équilibres budgétaires, souvent fragiles, des familles après un divorce ou un licenciement.
Ajoutons une dose de frustrations de ne pas pouvoir consommer, entretenue par la publicité, et une pincée de désillusion avec le sentiment, qu'en dépit des promesses, le politique est impuissant à augmenter le pouvoir d'achat. On comprend mieux qu'au-delà des chiffres, les Français prennent aussi un coup au moral. Ça non plus, ce n'est pas bon pour l'économie.
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Pour Alain et Delphine, petits revenus, grande débrouille
Carine JANIN – Ouest-France 01/03/08
Un corps de ferme retapé mais sans chichi, à la sortie de Sainte-Cécile, petit bourg du centre Vendée. Télé allumée et gros frigo américain qui ronronne. Famille recomposée. Heureuse. Alain, 38 ans, a eu trois enfants d'une première union. Et un quatrième garçon avec Delphine, 28 ans. Mariés depuis trois ans, après un « coup de foudre » au travail, aux abattoirs de La Roche-sur-Yon, la Socopa. Mais s'aimer ne préserve pas du pouvoir d'achat qui flanche.
Elle, vacataire depuis six ans aux services vétérinaires des abattoirs, des CDD de dix mois qui se succèdent pour 1 100 € net mensuels. Delphine « aime son travail » mais il est sans avenir. « L'impasse », glisse-t-elle en tirant sur sa cigarette, regard inquiet à son homme. Lui, employé aux abattoirs depuis qu'il a 19 ans. 1 280 € net par mois après dix-huit ans d'ancienneté et une « gratification », grince-t-il, équivalent à un 13e mois.
À la chaîne, désossage des têtes de bovins ou retrait des poils sur les abats. Odeur de sang, bruit, froid, « cadence à tenir ». Mais tout cela est « une routine » au bout de dix-huit ans. Pour les deux, outre les salaires, le plus dur, « c'est les horaires ». Ces levers, à 4 h ou 5 h, en fonction de la prise de poste, à 6 h ou 7 h. « Cette impression de vivre à l'entreprise ». Et le petit dernier, 3 ans, déposé à 5 h chez la nourrice.
La crainte du « gros pépin »
Quand ils ne commencent pas à la même heure, comme ils n'ont plus qu'un véhicule, le couple part ensemble le matin : « Un des deux attend une heure le matin avant d'embaucher et l'autre le soir, à la débauche ». « L'essence aujourd'hui, ça devient une catastrophe, dit Alain entre deux bouffées de clope, mâchoire serrée. Quand j'ai commencé aux abattoirs, en 1989, c'était 2,50 francs ou 3 francs le litre. Aujourd'hui, c'est 8 francs. Mais mon salaire n'a pas augmenté au même rythme... »
L'essence grève aujourd'hui de 200 € leur budget mensuel. Avec l'aller-retour du samedi, la « journée foot » pour emmener les trois garçons aux entraînements. Pension alimentaire : 230 € ; garde du petit : près de 50 € ; courses : 400 € ; Internet : 39,90 € ; Canal Sat : 42 € ; remboursement du prêt pour la maison : 507 €. « On l'a achetée 92 000 €, il y a trois ans. Elle en vaut déjà 60 000 de plus ». Une fenêtre pour l'avenir. « Un jour, changer de maison. »
« Ce qu'on voit, c'est qu'il nous reste de moins en moins en fin de mois, parce que les prix sont aberrants », dit le couple, qui ne paie pas d'impôts. Et s'arrange : « Pour la viande, on a ce maigre avantage de l'avoir à moins cher aux abattoirs. Et puis, on compose avec les marques de distributeurs. » Et des combines sur Internet. « Les cartouches d'imprimante, je les trouve en générique à 2,50 €, contre 14 € en grande surface, explique Alain. Le frigo, c'est une vente flash ! » Leur crainte, c'est le gros pépin « qui tombe jamais au bon moment ». Dernièrement, « il a fallu faire réparer la voiture. 800 €. On a pu payer en trois fois. »
« Se faire plaisir » : l'idée fait briller les yeux de Delphine. Le dernier resto remonte à... Les deux éclatent de rire. « On s'en souvient plus ! ». Si : c'était la dernière sortie, l'an dernier : une journée au Puy-du-Fou. À quatre, la journée a coûté près de 180 €, dont 60 € pour les entrées, 75 € pour le resto. Quant au dernier départ en vacances, c'était il y a trois ans : « Des amis nous avaient loué un appartement pas cher à la montagne. Mais c'était l'été, sourit Alain. Les sports d'hiver, c'est pas la peine d'y penser. » En décembre, grâce à la réforme des heures sup, il s'est payé une batterie. Un rêve de gosse. « C'était la première fois que les abattoirs payaient les heures sup'. Et sans doute la dernière fois, rigole-t-il, un peu jaune. Se feront pas avoir deux fois ! » « Moi, je me raccroche à ça : y'a plus malheureux que nous », dit finalement Delphine. Lui : « Y'a plus heureux aussi. »
Classes moyennes: le désenchantement
Louis Chauvel – Dernières Nouvelles d’Alsace – 29/02/08
« La campagne de Nicolas Sarkozy, sur le retour à la valeur travail, avec le fameux slogan « travailler plus pour gagner plus », avait permis de séduire une partie des classes moyennes n'ayant que leur savoir et leur travail pour vivre », explique Louis Chauvel, sociologue, auteur fin 2006 d'un ouvrage intitulé Les classes moyennes à la dérive (Seuil).
« Cette population voit la quasi-stagnation de ses revenus, au moment où les plus aisés atteignent un niveau de vie sans précédent, notamment par le biais des plus-values dans l'immobilier ». Ces membres des classes moyennes inférieures et intermédiaires « attendaient une valorisation de leur travail. Or l'une des premières mesures de Nicolas Sarkozy - le bouquet fiscal - leur a envoyé un très mauvais signal, puisqu'il bénéficie aux classes moyennes supérieures qui avaient déjà du capital ou du patrimoine ».
Le logement, point clef du malaise
D'où un « désenchantement politique général qui n'est pas des plus stabilisants, puisqu'à la désillusion de la gauche a succédé la désillusion de la droite ». Une déception qui pèse sur la cote de confiance du chef de l'Etat et pourrait s'exprimer aux municipales.
Les classes moyennes renvoient à une réalité hétéroclite : des employés administratifs, ouvriers qualifiés en passant par des policiers, professeurs agrégés, chercheurs, jusqu'à des ingénieurs, cadres administratifs ou financiers de PME, officiers et personnels de la direction de la fonction publique. Leurs salaires vont de 1 150 euros net par mois à 3 400 environ.
« Le logement est un point clef du malaise actuel de ces classes dépourvues de patrimoine et ne pouvant s'enrichir par accumulation », relève M. Chauvel. La hausse des prix du logement affecte particulièrement les jeunes issus de ces classes moyennes. Certains se sont installés loin des centres-villes, devenus inaccessibles, mais sont frappés la hausse des prix des carburants. Et en terme de travail,« pour la première fois en période de paix, leur situation globale est moins favorable que celle de leurs parents ».
En France (salaire médian à 1 555 euros nets), les salaires nets (inflation déduite) des cadres et professions intermédiaires ont progressé en moyenne de 0,5% en 2006 et ont stagné chez les employés.
Les retraités entre rancoeur et désillusion
Dernières Nouvelles d’Alsace - Ven 29 fév. 2008
Des retraités aux pensions modestes, frappés de plein fouet par l'inflation, se disent déterminés à sanctionner la majorité de Nicolas Sarkozy, lors des municipales, pour « promesses non tenues » sur le pouvoir d'achat.
Devant sa télévision, dans son petit studio de banlieue, Sylvine, veuve sans enfant de 78 ans, ne décolère pas : « Sarkozy avait dit qu'il serait le président du pouvoir d'achat, je lui ai donné ma voix et en fait il ne prête qu'aux riches (...) Il a été jusqu'à vouloir nous faire payer la redevance audiovisuelle ».
Devant le tollé provoqué par la mesure, l'exonération en faveur des ménages de plus de 65 ans ne payant pas d'impôt sur le revenu a finalement été rétablie par le gouvernement au début de l'année.
Avec 450 euros de retraite, cette ancienne commerçante de Mantes-la-Jolie (Yvelines) est largement en dessous du seuil de pauvreté de 645 euros pour une personne seule. Pour elle, la revalorisation de 1,1% des pensions de retraite, entrée en vigueur début janvier, est une « mauvaise plaisanterie ».
Du baby-sitting pour se faire de l'argent de poche
Elle regrette de devoir vivre « dans l'indigence après des décennies de travail acharné ». La vieille dame au chignon soigné garde parfois des enfants du voisinage « pour se faire de l'argent de poche ». « Les petits retraités sont vieux et faibles mais nous avons encore une manière de nous exprimer face à ceux qui nous ont fait des promesses non tenues : le vote ». Aux municipales de mars, Sylvine votera « par principe, contre le candidat UMP, parce qu'il ne faut pas nous prendre pour des idiots ».
René, lui, fait partie des 600 000 personnes (sur 14 millions de retraités) touchant le minimum vieillesse, rebaptisé allocation de solidarité aux personnes âgées (628 euros par mois). « Une misère ! », s'emporte cet ancien artisan parisien. « On nous laisse encore en-dessous du seuil de pauvreté alors que tout augmente, les produits alimentaires, les soins, le gaz... ». Le vieil homme de 73 ans, à la santé fragile, s'en veut de « s'être fait avoir ». « Sarkozy est le président des riches, il aime les Rolex, les vacances de milliardaire. Nous sommes le dernier de ses soucis, et comme en face ce n'est guère mieux, je ne sais pas ce que nous allons devenir ».
Une angoisse partagée par Roger, 85 ans, agriculteur à la retraite en Côte d'Or touchant deux cents euros par mois et « refusant par dignité » de demander des aides. Ravitaillé en nourriture par sa soeur cadette, il « n'espère plus rien des politiques qui se foutent des vieux comme nous ».
A 66 ans, retraitée depuis 10 ans avec une pension de 1 100 euros, Françoise se considérerait « presque comme une privilégiée » par rapport à ses amis retraités. Elle a commencé à travailler à 14 ans comme apprentie couturière, puis a « trimé » 25 ans comme femme de ménage dans un lycée avant de devenir pendant 10 ans « agent d'accueil ».
Mais avec un loyer de 308 euros, dans un HLM d'une petite ville de Normandie, et un remboursement de 400 euros mensuels pour une dette contractée pour aider ses deux enfants au chômage, elle « a du mal à joindre les deux bouts ». Elle ne pardonne pas non plus « les trahisons de l'UMP » et s'apprête à voter « à gauche pour la première fois de sa vie ».
« J'ai travaillé dur pendant des années en me disant qu'après je pourrais profiter de la vie, voyager, gâter mes enfants et petits-enfants, mais en fait je ne peux pas bouger. Et je me dis qu'il vaudrait mieux mourir jeune ».

Placide - http://www.leplacide.com/
Des élections "du second type" avant l'heure
LE MONDE | 29.02.08 | 14h04
Au début des mandats du président de la République et de l'Assemblée nationale, des élections telles que les municipales et les cantonales des 9 et 16 mars sont, en règle générale, des scrutins de basse intensité, sans effet sur la politique nationale. Les électeurs viennent de choisir un camp politique, un programme, une personnalité. Il est trop tôt pour qu'ils changent d'avis. Si des mairies passent d'un bord à l'autre, c'est en raison de circonstances propres à ces villes.
Ce sont les élections locales du premier type : les municipales de 1989, qui suivirent de peu la présidentielle et les législatives de 1988 ; ou celles de 1995, deux mois après la présidentielle. Dans ces deux cas, le rapport des forces établi aux élections nationales s'est confirmé dans le cadre communal. La gauche au pouvoir y a plutôt gagné en 1989, dix mois après la réélection de François Mitterrand, grâce aux triangulaires rendues possibles par la nouvelle loi électorale dans les grandes villes. En 1995, la droite, victorieuse aux législatives de 1993 et revenue à l'Elysée avec Jacques Chirac, a subi des pertes (Grenoble, Tours, Rouen) et réussi de grosses prises (Marseille, Le Havre).
Les élections locales du second type arrivent plus tard, quand l'usure du pouvoir a fait son oeuvre. Certains partisans de la majorité, déçus par tel ou tel aspect de sa politique, s'abstiennent. D'autres, qui avaient voté pour elle lors des consultations décisives, retournent vers les partis protestataires dont ils se sentent plus proches. Les sympathisants de l'opposition, de leur côté, ont tendance à se mobiliser davantage. C'est ce qui s'est passé aux élections municipales de 1977 au profit de la gauche, à celles de 1983 et 2001 au bénéfice de la droite, aux régionales de 2004 à l'avantage de la gauche.
Lors d'un récent débat au Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof), le politologue Jean-Luc Parodi soulignait le caractère atypique des élections "intermédiaires" des 9 et 16 mars, arrivant en "début de cycle électoral", mais avec une forte impopularité du sommet de l'exécutif. Le calendrier devrait en faire un scrutin quasi neutre, mais le contexte peut les transformer en revers politique pour un pouvoir décrié. On va savoir quelle heure il est à l'horloge politique. L'ère Sarkozy est-elle encore dans sa prime jeunesse ou bien a-t-elle subi une sorte de vieillissement accéléré ?
Dans les sondages, les Français affirment en majorité (déclinante au fil des jours) qu'ils voteront en fonction de considérations locales. Outre que, dans les enquêtes d'opinion, on donne volontiers la réponse la plus vertueuse sans qu'elle corresponde toujours à ses motivations réelles, la signification de l'intention qui s'exprime aujourd'hui est incertaine. Une partie des sympathisants de la droite préfère peut-être ne pas avoir à se prononcer sur la politique nationale ou répond "local" parce qu'elle sait que la motivation "nationale" est plutôt propre aux opposants. A l'inverse, des personnes qui s'apprêtent à voter à gauche peuvent donner à leur vote une portée locale parce qu'il n'existe pas de dynamique en faveur d'une opposition dont le projet, les alliances, les choix de dirigeants sont encore en gestation.
Combien la droite a-t-elle perdu de ces électeurs qui, venus de l'extrême droite et du centre, ont contribué à son ample victoire du printemps 2007 ? Et le Parti socialiste a-t-il, dans les villes et les départements, les personnalités et les propositions capables de consolider son statut de parti de l'alternance ? Tels sont les deux enjeux nationaux d'élections qui n'auraient pas dû en avoir. Les campagnes, dans les villes susceptibles de changer de camp, sont intenses. Ce n'est rien à côté des débats qui suivront les scrutins, du côté du pouvoir comme chez les socialistes.
Courriel : jarreau@lemonde.fr
Soitec l'entreprise grenobloise : Les mauvaises nouvelles s'accumulent
LE MONDE | 29.02.08 | 13h52
Soitec n'en finit plus d'annoncer de mauvaises nouvelles. Jeudi 28 février, l'entreprise grenobloise spécialisée dans la micro-électronique a publié un avertissement sur ses performances financières, annonçant s'attendre à une baisse de 20 % de son chiffre d'affaires pour le quatrième trimestre 2007 (par rapport au troisième trimestre). Elle s'attend à une perte opérationnelle sur l'ensemble de l'année "de l'ordre de 3 % du chiffre d'affaires".
A la Bourse de Paris, jeudi, l'action Soitec a décroché de presque 20 % (à 4,14 euros). Les perspectives pour l'exercice 2008-2009 ne sont guère optimistes, avec une stagnation attendue du chiffre d'affaires et de nouvelles pertes opérationnelles. L'horizon ne devrait se dégager qu'à partir de 2010. Fin janvier, la société avait déjà annoncé une baisse de 15,5 % de son chiffre d'affaires sur les neuf premiers mois de son année fiscale.
André-Jacques Auberton-Hervé, PDG et cofondateur de Soitec, met les difficultés de son entreprise sur le compte d'une conjoncture économique "défavorable" et sur les réductions de commande de gros clients. Mais il assure que la structure financière reste "saine", avec une trésorerie de plus de 180 millions d'euros fin 2007 et un taux d'endettement faible.
Cette PME est l'une des rares entreprises hexagonales à avoir réussi à se faire un nom au niveau international dans l'industrie de la micro-électronique. Elle dispose d'une technologie exclusive, le "SOI" ("silicium sur isolant"), qui permet de déposer un substrat isolant sous la plaque de silicium "actif" sur laquelle les fabricants de microprocesseurs gravent leurs transistors. Ce procédé permet aux puces de consommer moins d'énergie et de tourner plus vite.
TROP PETIT NOMBRE DE CLIENTS - Jusqu'en 2006, Soitec, fondée en 1992, a connu une croissance très rapide de son activité. Mais elle travaille désormais pour un très petit nombre de clients et souffre aujourd'hui des difficultés du premier d'entre eux, AMD, le fabricant américain de microprocesseurs, qui assure la moitié de ses revenus.
Pour diversifier ses sources de revenus, Soitec compte beaucoup sur l'adoption de sa technologie par les industriels de l'électronique grand public. L'entreprise fournit déjà IBM pour les processeurs des consoles de jeu PS3, Wii et Xbox 360. Elle convoite aussi l'énorme marché des "systems-on-chips" (systèmes électroniques complets embarqués sur une seule puce) pour la téléphonie mobile.
