vendredi 29 février 2008
Violences expérimentales à l’abri des regards ? par Alain Morice
Education sans Frontières 26 février 2008
Alain Morice est anthropologue, chercheur à l´unité Immigration et Société du CNRS
Nous avons appris par la presse (Libération, 25 février 2008 notamment) et par Internet que des tirs au fusil Taser auraient été effectués récemment au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, près de Paris. Ce CRA est actuellement le site d’une résistance ardue et courageuse de la part de personnes de nationalité étrangère en instance d’expulsion, qui affirment être soumises à de mauvais traitements systématiques et à des conditions de détention dégradantes. Débordées par la situation, les forces de police semblent ne plus maîtriser la situation, ce qui se traduit par une surenchère d’insultes racistes et d’exactions physiques. Ajoutons que ces lieux sont tenus au secret, ou presque.
Un pas en avant a ainsi été franchi dans la nuit du 11 février 2008 avec l’apparition du Taser comme moyen de répression. Voyons de quoi il s’agit et quels enseignements politiques inquiétants peuvent être tirés de cette initiative.
Du point de vue de leurs fabricants comme de leurs utilisateurs, l’argument en faveur des Taser est que ce sont des armes destinées à neutraliser à distance les personnes dangereuses hors de tout contact physique, sans les tuer ni risquer sa propre vie. Or il se trouve que cette innocuité est contestée et que des sources concordantes imputent à ces instruments la cause de nombreuses morts ou lésions graves et invalidantes. La personne qui a été victime d’un tir de Taser au CRA de Vincennes a été évacuée dans un hôpital, ce qui, dans les conditions de mépris des personnes qui y règnent, démontre que les autorités ont craint une issue fatale.
Allons plus loin. Le Taser est en la circonstance introduit dans des lieux qui, selon la trompeuse formule officielle, ne relèvent pas de l’administration pénitentiaire. C’est-à-dire des zones de non droit où la justice n’exerce qu’exceptionnellement son droit de regard. Cette arme, encore une fois potentiellement meurtrière, a été utilisée pour mater une rébellion, complètement légitime, de personnes subitement privées des droits fondamentaux les plus élémentaires et soumises à un régime d’enfermement pire que celui de la prison de droit commun.
L’arme a été utilisée dans des circonstances carcérales où la sécurité des policiers n’était pas en danger. Alors pourquoi ? Et faut-il supposer que les autorités de la république contrôlent assez peu leurs agents de répression pour permettre que le Taser traîne n’importe où à la ceinture du policier ? Pourquoi pas demain dans les transports en commun ?
Rappelons enfin que dans les CRA, nul citoyen ne peut pénétrer, hormis les parlementaires (qui ne s’y bousculent pas) et les bénévoles de la Cimade, qui fait ce qu’elle peut et qui bien sûr ne risque pas d’être témoin des exactions qui se produisent quand elle a le dos tourné. Les plus anciens se souviennent que les CRA ont fait suite à la découverte , à Marseille en 1975 de la prison clandestine d’Arenc, contrôlée entièrement par la police, où étaient séquestrés des travailleurs immigrés en instance d’expulsion. Depuis 1964, la police y régnait en maître à l’abri des regards, sur la seule base d’un règlement de police de 1938 autorisant l’internement des étrangers sans papiers.
Nous voici rendus à deux hypothèses hélas ! bien plausibles. D’abord, dans certains lieux tenus secrets, il peut se passer les pires horreurs, pourvu que cela ne transpire pas au dehors. Dans les CRA, la violence disproportionnée de la répression que subissent actuellement les étrangers en colère est visiblement une manière de leur dire : « Que cela ne sorte pas d’ici, ou vous allez le payer cher ».
Dans cette optique, vu que les CRA sont justement destinés à garder sous la main des personnes qu’on ne parvient pas à expulser, à tout instant le meurtre est à l’horizon comme moyen ultime de rétablir le silence de plomb qui doit régner sur ces centres.
Ensuite, donc, il est permis de supposer que les fusils Taser, justement parce que controversés, sont testés là, dans d’obscurs CRA, à l’abri des regards de la société civile, par de zélés fonctionnaires qui croient bénéficier d’un privilège d’invisibilité, sur des populations que presque tout le monde méprise ou ignore.
Nous serions alors, toutes proportions gardées, dans une logique où les rapprochements historiques ne manquent pas en matière d’expérimentations dangereuses sur les personnes humaines. On nous objectera que l’intention n’est pas prouvée et que l’erreur sera blâmée. Nous objecterons à notre tour, avec hélas ! la certitude de n’être pas démenti par les faits, que le crime de jouer avec un engin de mort contre des détenus sans défense restera, comme toujours, impuni.
Mensonge avoué ce jour après les doutes en Belgique sur la véracité du récit " Survivre avec les loups "
LE MONDE | 27.02.08 | 17h42 • Bruxelles Correspondant
Doutes en Belgique sur la véracité du récit de "Survivre avec les loups"
Misha Defonseca était une petite fille juive de 8 ans cachée dans une famille catholique de Bruxelles après l'arrestation de son père et de sa mère par l'occupant nazi. En 1941, malheureuse, elle décida de tenter de rejoindre ses parents déportés et entreprit un périple qui devait la mener jusqu'en Ukraine, via l'Allemagne et la Pologne - elle séjourna notamment dans le ghetto de Varsovie. Munie seulement d'une boussole, la petite fille allait survivre grâce à la protection de loups rencontrés dans les forêts allemandes. Au passage, elle avait tué un soldat allemand qui tentait d'abuser d'elle.
En salles en France depuis le 16 janvier, le film, bien que salué pour ses qualités visuelles, est au coeur d'une vive polémique en Belgique, où il est sorti il y a quelques jours. Des historiens juifs, des spécialistes des loups et des journalistes remettent en cause l'histoire de Misha Defonseca. Arguments à l'appui, ils affirment que son récit est inventé de toutes pièces. L'auteure se dit "blessée" et maintient que Survivre avec les loups est bel et bien le récit terrible de sa vie de petite fille.
Misha Defonseca ne serait, en réalité, pas juive et n'avait pas 8 ans en 1941. Au moment des faits qu'elle évoque, elle n'aurait pas été en Pologne, mais dans une école de Schaerbeek, à Bruxelles. Elle y était semble-t-il inscrite sous le nom de Monique Dewael, née en 1937.
MANQUE DE CRÉDIBILITÉ - Des spécialistes juifs évoquent les impossibilités chronologiques, les invraisemblances, voire la supercherie du récit. Les spécialistes du monde animal soulignent le manque de crédibilité du livre. Plus généralement, on s'interroge à Bruxelles sur les ressorts d'un possible mensonge et sur ses conséquences, d'autant que le film visait d'abord à parler de la Shoah aux plus jeunes.
Il sortira prochainement en Allemagne et pourrait, selon certains, donner du grain à moudre aux négationnistes, d'autant qu'il présente une image très négative des Allemands dans leur ensemble.
Interrogée par la presse belge, Véra Belmont dit croire encore en la vérité de Misha Defonseca, même si elle a, dès le début, soupçonné certaines exagérations et demandé certains éclaircissements à des déportés juifs. Elle veut souligner, en tout cas, que les faits commis à l'époque ont dépassé l'imagination et affirme qu'elle aurait réalisé ce film même si son scénario avait été inventé.
Misha Defonseca a, elle, demandé aux historiens "qui savent si bien tout" de lui dire dès lors ce qu'étaient devenus ses parents. Un journaliste du quotidien Le Soir lui a répondu samedi 23 février. Son père et sa mère, des résistants, ont été déportés à Sonnenburg, à la frontière germano-polonaise. Son père a été tué en 1944, sa mère en 1945. La jeune Monique fut confiée aux soins de son oncle, qui réclama pour elle une pension d'orpheline. Elle n'aura connu les loups que plus tard, lorsqu'elle décida d'en élever aux Etats-Unis.
Lundi 25 février, l'auteure de Survivre avec les loups a simplement répliqué qu'elle s'adjoignait désormais les services d'un ténor du barreau de Bruxelles.
Publié d'abord aux Etats-Unis par Misha Defonseca, qui réside aujourd'hui près de Boston, le livre Survivre avec les loups a paru en français chez Robert Laffont, en 1997. Devenu un best-seller traduit en plusieurs langues, il a intéressé les studios Disney avant d'être porté à l'écran par la cinéaste française Véra Belmont. Celle-ci s'est dite d'autant plus sensible à cette histoire que sa jeune soeur dut, elle aussi, être cachée durant la guerre.
Le Soir Bruxelles ce vendredi 29 Février 2008 07.00
Les aveux de Misha Defonseca
Toute une histoireMisha Defonseca, l'auteure de Survivre avec les loups, a avoué au Soir que son ouvrage n'était qu'une œuvre de fiction.
Misha Defonseca, l'auteure contestée du livre « Survivre avec les loups », admet, dans une communication au « Soir » que l'histoire de son épopée à travers les forêts d'Europe qu'elle aurait parcourues en 1941 avec une meute de loups n'est qu'une œuvre de fiction, pas un récit autobiographique comme elle le prétendait depuis dix ans.
« Je me suis raconté une vie, une autre vie. Je demande pardon », déclare-t-elle au « Soir », mettant ainsi fin à une vive polémique.
Dans la journée de jeudi, « Le Soir » avait présenté à Mme Defonseca des preuves irréfutables, rassemblant notamment la biographie de résistant de son père et le témoignage confondant d'une de ses cousines retrouvées à Bruxelles. C'est à la lecture des informations que s'apprêtait à publier « Le Soir » que Mme Defonseca a admis ce qu'elle réfutait depuis tant d'années. Jeudi matin encore, lesoir.be publiait les affirmations de Misha Defonseca, s'affirmant juive et proclamant la réalité de son histoire.
Le livre « autobiographique » de Misha Defonseca a été adapté dans un film eponyme réalisé par Vera Belmont. Plus de 6 millions de spectateurs l'ont déjà vu. Il devrait être présenté la semaine prochaine en Allemagne.
Sarkozy désarme l'Etat contre les fraudes fiscales
Marianne – 29/02/08 – Hervé Nathan
L‘Allemagne a lancé une vaste offensive contre la fraude fiscale. La France traîne les pieds. Et pour cause, puisque le président de la République a rogné les moyens répressifs de l'administration des impôts…
De passage au ministère des Finances, Sarkozy en a profité pour retirer à Bercy tout moyen répressif.
La France va traquer les fraudeurs du fisc. Enfin, c'est ce qu'elle dit. Car Sarkozy a désarmé l'administration en matière de lutte contre cette forme de délinquance extrêmement dangereuse pour les finances du pays. Il a fallu en effet que les Allemands révèlent un énorme scandale et l'affaire des fuites bancaires vers le Liechtenstein, douillet et princier paradis fiscal niché au creux des Alpes, pour que le gouvernement français daigne admettre que des Français sont aussi concernés. « Plusieurs centaines » indiquait, le 26 février, et sans s'étendre, Eric Woerth, ministre des comptes publics et du budget, en charge de la répression fiscale. La mauvaise grâce est manifeste.
Pour avoir tenté, la veille, d'obtenir les mêmes informations en téléphonant au cabinet du ministre, je m'étais heurté à un mur :
« Allô ? Ici Marianne, chère Madame, pouvez-vous me dire si les autorités allemandes ont transmis au gouvernement français des noms de résidents français figurant sur le listing des investisseurs de la banque LGT du Lichtenstein»
- « Nous sommes en possession de renseignements depuis plusieurs semaines»
- « Combien de personnes sont potentiellement concernées ?»
- « C'est couvert par le secret fiscal, Monsieur je ne peux pas vous le dire !»
- « Je ne vous demande pas leurs noms, mais la quantité. Un tel chiffre, ce n'est pas secret défense ?»
- « Non, ce n'est pas secret-défense, c'est secret fiscal .»
On s'est arrêté là.
La délinquance en col blanc, dernière des priorités...
Le 26 février, la direction générale des impôts publiait aussi un communiqué de la plus belle langue de bois annonçant qu'elle « a reçu des informations concernant des personnes qui seraient détentrices de comptes bancaires susceptibles d'être utilisés à des fins d'évasion fiscale au Liechtenstein. Elle procède actuellement à un examen de ces informations. » D'où le citoyen pouvait se dire que l'administration va lentement...
En France, on traque donc les petits et gros délinquants, voire des criminels de droit commun, y compris en rétribuant les informateurs comme on a pu le voir dans l'affaire de Villiers-le-Bel. Mais lorsqu'il s'agit d'identifier des délinquants fiscaux, en col blanc, aux mains raffinées et en général aux comptes en banques bien remplis, on prend des pincettes. On en conclut donc que les fraudeurs au fisc, peuvent dormir tranquille : à moins que les Allemands ne persistent à donner des tuyaux gratuitement (Berlin a payé 5 millions d'euros le listing de la banque LGB), ce ne sont pas les gabelous français qui vont venir espionner les paradis fiscaux.
Une sanction nécessaire, ne serait-ce que pour la cohésion
Mais au fait, qui a décidé d'un tel laxisme en matière de lutte contre la délinquance fiscale ? Renseignement prix, c'est …Nicolas Sarkozy. En 2004, alors ministre de l'Economie, des finances et du budget, il avait décidé de supprimer la rétribution des « aviseurs », (terme de la DGI pour « indics »). Orientation réaffirmée lors de sa visite en août 2007 à l'Université du Medef, lorsqu'il fustigeait les «lettres anonymes », avec un drôle de parallèle avec la période de l'Occupation… Selon le Syndicat national unifié des impôts, toujours en 2004, Nicolas Sarkozy a édicté une trentaine de règles tendant à « protéger » les contribuables, en fait à compliquer les contrôles, et à réduire les amendes des entreprises.
Or les dégâts issus de la fraude fiscale sont considérables. On estime qu'elle représente une perte de recettes de 2 à 2,5% du PIB au niveau européen. Soit pour la France 35 à 50 milliards d'euros par an, l'équivalent du déficit du budget. Autant dire qu'avec une dette de 65% du PIB, aucun gouvernement ne peut négliger son devoir de répression. Retrouver les délinquants, les punir de façon exemplaire, leur faire acquitter leur part des « charges communes », comme le proclame la Déclaration des droits de l'homme, est indispensable à la cohésion de la société et à son avenir, au moins financier. On aurait pu penser que Nicolas Sarkozy y serait prêt. Mais c'est négliger le fait qu'à la différence de la lutte contre la délinquance de rue, s'en prendre aux fraudeurs de l'impôt, cela ne rapporte pas de voix aux élections, et que le locataire de l'Elysée doit son bail à une campagne ouvertement anti-fiscale. La lutte contre la fraude, c'est aussi de la politique !
A quand, un devoir d'ingérence dans les paradis fiscaux ?

A quand la prochaine réforme des retraites?
Marianne 29/02/08 - Avec France Inter, la chronique de Liêm Hoang-Ngoc
Nombreux sont les retraités qui, eux aussi, se lèvent tôt, et profitent d'autant mieux de la vie s'ils ont pu bénéficier d'une retraite à taux plein. Mais certains prédisent que ce sera de moins en moins le cas. La réforme Balladur de 1993, puis la réforme Fillon de 2003, ont réduit les taux de remplacement et allongé la durée de cotisation. Après avoir tenté d'aligner les régimes spéciaux, le gouvernement envisage à nouveau d'allonger la durée de cotisation à 41 ou 42 annuités. Y aura-t-il, pour ce faire une nouvelle réforme des retraites en 2008 ?
Les petites retraites, de plus en plus nombreuses
Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que ce n'est pas parce qu'on oblige les seniors à travailler plus longtemps que les entreprises leur en donnent la possibilité. L'âge moyen de départ à la retraite est toujours de 58 ans et demi. Le taux d'emploi des plus de 55 ans est désespérément calé à 38% et les CDD seniors n'ont aucun succès auprès des entreprises, qui n'en ont pas embauché plus de... 20 ! Il est vrai que les entreprises préfèrent remplacer les plus anciens par des nouveaux: les salaires des plus jeunes sont plus faibles, et leur productivité présumée plus forte.
Dans ces conditions, l'allongement de la durée de cotisation aboutira à ce que de plus en plus de travailleurs ne puissent toucher une retraite à taux plein, puisque les entreprises ne leur laissent pas la latitude de travailler 40 ans, et encore moins 42 ans à l'avenir ! Par conséquent, leur pouvoir d'achat se réduira.
De plus en plus de seniors seront même concernés par le minimum vieillesse, que touchent après 65 ans ceux qui n'ont pas pu cotiser suffisamment longtemps. On comprend mieux qu'en prévision d'une telle situation, le gouvernement n'ait pas eu d'autre choix que d'annoncer la revalorisation, à l'horizon 2012, de 25% du minimum vieillesse, qui concerne pour l'instant 610 000 personnes. En l'absence d'une telle revalorisation, ceux, de plus en plus nombreux, qui seront concernés par le minimum vieillesse auraient vu leur niveau de vie se dégrader singulièrement.
Un espoir : produire plus en travaillant moins !
Mais il ne faut pas dramatiser, nous ne sommes pas pour autant condamnés à de petites retraites. La part du gâteau destinée à financer les retraites par répartition dépend de trois facteurs : le taux de croissance du gâteau, la part du gâteau consacrée aux salaires (qui financent les retraites), et le taux de fécondité. Ce dernier dépasse désormais 2 enfants par femme, comme en Irlande. Quant à la croissance et aux salaires, ils ne sont pas condamnés à être bridés par des politiques de rigueur : on peut toujours espérer que des politiques keynésiennes voient enfin le jour en Europe. En attendant, une hausse des cotisations ne paraît pas insupportable.
La productivité devrait, enfin, bénéficier des bienfaits des nouvelles technologies et de la sacro-sainte économie de la connaissance. Comme nous pourrons produire plus en travaillant moins, nous ne sommes donc pas condamnés à nous lever tôt jusqu'au bout de la vie...
Edgar Pisani : Nicolas Sarkozy face à la tourmente
LE MONDE | 28.02.08 | 13h59 Point de vue
Nous voici à quelques semaines d'élections départementales et communales qui exprimeront le désarroi de notre opinion publique. Que peut-il se passer ?
Nicolas Sarkozy a perdu la confiance qu'il avait su inspirer il y a quelques mois. Son "je" omniprésent, la "commissionnite", le rabattage d'experts, une course effrénée en politique intérieure et extérieure, des vacances spectaculaires, une attitude désinvolte et contraire à la Constitution à l'égard des plus hautes juridictions du pays, une algarade vulgaire au coeur d'une foule nombreuse, sous le regard indiscret des télévisions... tout lui a fait et lui fait perdre le soutien de la majorité de ceux qui ont cru en ses promesses.
Aimant choquer avec l'espoir de convaincre, il a scandalisé sans convaincre. Y compris nombre de "ses" élus. Il ne bénéficie plus, ni à l'étranger ni en France, du respect ou de la considération qui sont les attributs de la magistrature suprême et la condition de son bon exercice.
Les élections législatives ont montré qu'existent des forces significatives qui ne le reconnaissent pas. Dans leurs diversités locales, les élections prochaines manifesteront sans doute qu'il y a deux France : celle d'un pouvoir sûr de lui et celle de la société avide de n'être plus un objet de la politique.
LA FRANCE QUI "EN A MARRE" - Si la tendance manifestée par les élections régionales de 2004 se trouve confirmée, renaîtra l'opposition entre la France d'en haut qui abuse de son pouvoir et la France d'en bas qui "en a marre" de subir.
La première est saisie de doutes, la seconde est plus nombreuse que jamais. Les analyses d'opinion confirment ce renversement. On peut, dès lors, élaborer trois hypothèses.
Dans la première, la "majorité présidentielle" demeurant fidèle au poste, le président change de comportements mais pas de politique.
Dans la seconde, soucieux de leur avenir, les élus de la "majorité présidentielle" suggèrent, dans les couloirs, un arrangement avec l'opposition.
Troisième hypothèse enfin : le président invite toutes les tendances à une "conférence nationale" à laquelle il confie pour une durée limitée la mission de proposer décisions et textes répondant aux problèmes immédiats et fondant l'avenir du pays.
"Conférence nationale", car la France a besoin de se réconcilier avec elle-même et d'ouvrir les chantiers de son avenir. Elle est la seule qui vaille parce que tous les Français y participent par leurs élus et qu'elle peut être constituée sur-le-champ. Il faut, pour cela, que le président renonce à une partie de son programme et à sa désinvolture constitutionnelle ; que l'opposition ait un programme positif élaboré ; enfin, que chacune des parties s'engage à négocier et à appliquer loyalement les conclusions de la conférence nationale.
La tourmente est proche. L'état de la France est tel que la seule victoire est aujourd'hui dans la conclusion d'un pacte démocratique de crise. Sinon, quoi ?
Edgard Pisani, ancien ministre de l'agriculture
La révolte salutaire d’Edgard Pisani - SOS politique, SOS démocratie: plaidoyer pour une France qui refuse la décadence... et veut des réformes dignes de ce nom
A quatre-vingt-huit ans, Edgard Pisani reste un « révolté », fier de l’être. Son Vive la révolte, publié au Seuil, est un livre-vitamine. Comme son site d’ailleurs : http://www.vivelarevolte.com
Le 20 juin 2007 Edgar Pisani avait adressé un message à Nicolas Sarkozy
La braderie des HLM, par Caroline Fourest
LE MONDE | 28.02.08
Caroline Fourest est essayiste et enseigne à Sciences Po.
Chaque année, les commerçants soldent leurs invendus. L'Etat, lui, a décidé de brader 40 000 logements sociaux. Et de récidiver chaque année. Soit pas moins de 140 000 logements sociaux liquidés d'ici à 2010. C'est l'objectif fixé par la ministre du logement. Les bailleurs sociaux espéraient l'en avoir dissuadée. Mais le président de la République est revenu à la charge lors de la présentation du plan banlieue. Et rien ne semble plus pouvoir enrayer la braderie. Etonnant entêtement. Car jamais la France n'a eu autant besoin de logements à loyers modérés. L'explosion des prix de l'immobilier ne cesse de creuser les inégalités. Les classes moyennes ont du mal à rester en centre-ville, les classes populaires ont tout simplement renoncé à y vivre un jour, la mixité sociale recule.
Pour lutter contre cette ghettoïsation et le repli communautaire qui en découle, l'Etat français dispose d'un outil majeur : le logement social. Lui seul permet de redistribuer les cartes, de ventiler, de donner de l'air et de la mixité. C'est cet outil que le gouvernement veut à tout prix émousser en sacrifiant chaque année 1 % de son parc locatif au slogan "Tous propriétaires !". On cherche une explication rationnelle. On peine à la trouver. A part ce rêve du candidat Sarkozy, celui d'une "France de propriétaires". C'est beau comme du Thatcher, mais un peu décalé dans la France des années 2000.
Bien sûr, tout le monde rêve d'un superbe appartement à Neuilly, avec vue sur la Seine, dont les travaux ont été réalisés à bas prix par un entrepreneur désireux de plaire. Mais la réalité en Seine-Saint-Denis n'est pas tout à fait celle de Neuilly. Dans le 93, chaque fois que l'Etat a voulu favoriser l'accession à la propriété privée des plus modestes en guise de politique du logement, le rêve a tourné au cauchemar.
Une fois endettées par cet achat, les familles ayant acheté leur appartement n'ont presque jamais les moyens d'entretenir les parties communes. Le résultat est visible à l'oeil nu. Contrairement aux idées reçues, les quartiers les plus dégradés de France ne sont pas des cités HLM, mais des copropriétés délabrées, qui représentent jusqu'à 40 % du parc immobilier de certains quartiers difficiles. Ce n'est sans doute pas un hasard si les émeutes les plus graves de ces dernières années sont justement parties de ces copropriétés. Comme la Cerisaie à Villiers-le-Bel ou le quartier du Chêne Pointu à Clichy-sous-Bois.
La cité des Bosquets à Montfermeil offre un autre exemple dramatique. Dans les années 1960, des investisseurs pensaient avoir flairé une affaire en achetant des lots dans ce chef-lieu qu'on appelait jadis "Mont-fermé", mais qui promettait d'être enfin désenclavé grâce à un projet de liaison autoroutière, finalement abandonné. Les lots ont donc été vendus aux seuls Français susceptibles d'en vouloir, pauvres et issus des mêmes trajets migratoires. Beaucoup n'étaient pas en capacité de faire fonctionner leur syndic, en grande difficulté dès le milieu des années 1970. La SCI des Bosquets sera mise en liquidation en 1980, obligeant l'Etat et les collectivités locales à racheter peu à peu les logements pour éviter le pire. Un peu tard. Et sans pouvoir acheter assez de logements situés côte à côte pour transformer le paysage urbain et social.
Le parc HLM coexiste donc avec les derniers vestiges de la copropriété : des immeubles en ruine, aux portes éventrées, aux boîtes aux lettres cabossées, aux escaliers à haut risque. Les murs extérieurs sont recouverts de tags, contre la police et parfois contre les juifs. Les rares journalistes osant s'y aventurer ramènent des images trahissant l'abandon. Certains pyromanes politiques s'en servent pour dénoncer la démission des pouvoirs publics et faire enrager contre l'Etat... Lequel n'y est pour rien, puisque ces immeubles sont censés être entretenus par leurs propriétaires.
La seule solution pour en sortir est simple, mais coûteuse : racheter ces copropriétés, les intégrer au parc HLM, les réhabiliter, les entretenir et organiser la mixité. C'est l'un des constats faits par le plan Borloo. Mais l'ambitieux plan de rénovation urbaine a choisi de privilégier la destruction-reconstruction plutôt que le rachat-réhabilitation.
Or la construction prend du temps. Pendant que les grues s'activent mollement, la mixité sociale s'écroule, les gens tombent, et le climat pourrit. Qu'en sera-t-il lorsque l'Etat aura pris le risque d'ajouter 140 000 logements privés tenus par des ménages très modestes en plus des copropriétés à risques déjà existantes ? Faut-il vraiment miner les quartiers populaires avec des logements privés dont l'Etat aura le plus grand mal, en cas de problème, à reprendre le contrôle ? Pourquoi, si ce n'est par idéologie ? Celle de l'accession à la propriété, partout, coûte que coûte et à tout prix.
Certes, la convention arrachée aux bailleurs sociaux prévoit que l'Etat construise deux logements sociaux pour un logement vendu. Mais, en attendant, l'Etat aura perdu sa marge de manoeuvre pour lutter contre les inégalités de logement d'aujourd'hui. Surtout, rien ne garantit que ces promesses-là soient tenues. L'argent pour construire pourrait bien manquer si l'Etat doit racheter en catastrophe les logements cédés à des syndics en liquidation lors d'un énième plan banlieue dont aucun Français ne voudra plus sur le mode "rien n'y fait jamais". Alors que ce plan, positif sur certains aspects, comporte tout simplement une faille majeure dès l'origine. Une faille idéologique.
Pierre Mazeaud Ex-président du Conseil constitutionnel critique la loi sur la rétention de sûreté
LEMONDE avec AFP | 28.02.08
Le Conseil constitutionnel vient de valider une mauvaise loi", estime Pierre Mazeaud, qui présida le Conseil constitutionnel de 2004 à 2007, dans un entretien publié, jeudi 28 février, dans Le Nouvel Observateur. Selon lui, la rétention de sûreté – qui permet d'enfermer à vie des criminels jugés dangereux – "est une mauvaise mesure, un mauvais principe, mais, malheureusement, il fait désormais partie de notre droit".
Ce juriste et ancien parlementaire proche de Jacques Chirac, déplore une "situation bancale". "Le Conseil constitutionnel valide la rétention, en expliquant qu'il ne s'agit pas d'une mesure pénale. Mais en s'opposant à la rétroactivité, il suggère qu'on est quand même dans le pénal : ce n'est qu'en matière pénale que la non-rétroactivité est un principe constitutionnel ! Tout ceci est confus juridiquement".
"Rien ne dit que cette nouvelle loi pourrait survivre à une décision de la Cour européenne des droits de l'homme", avertit M. Mazeaud, qui juge "fortes" les chances qu'un recours d'un condamné à Strasbourg débouche sur une condamnation.
L'ex-ministre ne se dit, en revanche, "pas choqué" que Nicolas Sarkozy ait chargé le premier président de la Cour de cassation d'une mission après la censure partielle du texte par les Sages."On peut parfaitement faire réfléchir le plus haut magistrat de France, tant qu'on reste dans le respect de la décision du Conseil constitutionnel, qui s'impose à tous", explique-t-il.
Dessin de Plantu : Ordonnance ....

Sarko recherche des soutiens à tout prix


