samedi 16 février 2008
SUITE : Mémoire de la Shoah en CM2 : Réactions négatives des enseignants et des psys.
Auteur : La République des Lettres, jeudi 14 février 2008
Nicolas Sarkozy veut que chaque élève de CM2 porte la mémoire d'un enfant juif français victime de la Shoah. Formulé lors du dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), ce projet suscite toutefois de vives réactions et ouvre une nouvelle polémique sur l'Histoire et le devoir de mémoire.
Dans les milieux enseignants, on répète que, comme pour l'obligation de lire une lettre de Guy Môquet à tous les lycéens, déjà péremptoirement imposée par Nicolas Sarkozy, il est impensable de fonder l'enseignement uniquement sur le recours à l'émotion. Pour les enseignants du primaire, confier la mémoire d'un enfant victime de la Shoah à des élèves du primaire sans un sérieux programme d'encadrement pédagogique pourrait même avoir un effet contraire à l'objectif recherché.
Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUIPP-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire, juge qu'une telle charge comporte en effet des risques de troubles psychologiques pour les élèves en raison de problèmes de culpabilité ou d'identification à des destins dont ils ne sont aucunement responsables. Selon lui, on "n'a pas à faire peser sur un élève de 11 ans la responsabilité de ce qui s'est passé" et "la charge émotionnelle peut avoir des conséquences négatives pour un élève en plein développement".
Le syndicat SE-Unsa se dit lui particulièrement choqué par l'initiative de Nicolas Sarkozy, prise sans aucune concernation, ni avec les enseignants ni avec les pédopsychiatres, et prévue pour être mise en oeuvre dès la rentrée scolaire 2008. Comme pour la lettre de Guy Môquet, ils condamnent fermement ce qu'ils estiment être une "nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique" et estiment que Nicolas Sarkozy ignore apparemment tout de la façon dont un jeune se construit. "Faut-il que chaque enfant de 10 ans se voie désormais personnellement chargé d'un lourd parrainage posthume ?", interroge le syndicat qui rappelle qu'éduquer n'est pas qu'une affaire d'émotion.
Patrick Gonthier, secrétaire général de l'UNSA-Education, juge pour sa part que Nicolas Sarkozy, en voulant faire porter à des enfants de 10 ans une "charge affective qui les dépasse beaucoup", confond une fois de plus l'Histoire, "qui demande de la distance et de l'étude", et la Mémoire "plus soumise à l'affectif et à l'émotionnel".
Même son de cloche du côté de certains psychologues en pédiatrie, tels entre autres Marie-Odile Rucine, qui juge la proposition de Nicolas Sarkozy "aberrante sur le plan psychique". Selon elle le président de la République ne mesure pas la différence entre un adulte et un enfant du point de vue du vécu du deuil et de la mémoire. "Confier à un enfant la mémoire d'un autre qui a subi la Shoah c'est lui confier une mission qui ne peut être dévolue qu'aux adultes", estime-t-elle, ajoutant que cette démarche peut générer de la culpabilité chez les enfants et à terme des troubles névrotiques. Pour ses confrères, le risque est grand également de voir de nombreux enfants ne prendre en considération que le côté macabre de l'histoire de la Shoah.
Un historien spécialiste de l'Occupation, Henry Rousso, estime pour sa part que l'initiative de Nicolas Sarkozy est "incongrue, [...] morbide et inutile". Selon lui, il n'y a nul besoin de relancer le travail de mémoire sur cet épisode de l'Histoire en France, où beaucoup a déjà été fait. "Le choix des enfants juifs exterminés pour être nés juifs n'est édifiant en rien, sinon de l'immense barbarie du XXe siècle", écrit-il. "Une fois encore, seule émerge du passé une mémoire mortifère, seule est digne d'être remémorée avec éclat une histoire criminelle. [...] Le passé est devenu un entrepôt de ressources politiques ou identitaires, où chacun puise à son gré ce qui peut servir ses intérêts immédiats", conclut l'historien.
Du côté des responsables politiques, l'ex-premier ministre Dominique de Villepin et le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon ont également exprimé de vives critiques, s'étonnant notamment qu'on veuille imposer "une cure de mémoire" à des écoliers sur des sujets aussi sensibles. "Je ne crois pas que l'on puisse imposer la mémoire, que l'on puisse la décréter ou légiférer dans ce domaine", a réagi Dominique de Villepin qui estime en outre que "la charge de la mémoire d'un enfant mort est quelque chose de très lourd à porter". Jean-Luc Mélenchon trouve lui Nicolas Sarkozy totalement "incroyable [...], un jour prédicateur, prêchant sur Dieu, la religion et le reste, le lendemain instituteur, [...], décidant seul ce qui est bon ou mauvais dans la manière de former les enfants". Pour lui, si ce projet présidentiel est mis en oeuvre, "on n'en finira plus". "Pourquoi vouloir à tout prix infliger une cure de mémoire. Est-ce qu'on va faire pareil sur l'esclavage ? La commune de Paris ? Est-ce qu'on ne peut pas laisser la politique et la religion à l'écart de l'école ? Combien de fois va-t-on, pour des raisons pédagogiques, prendre nos enfants et vouloir à tout prix leur infliger une cure de mémoire sur ceci ou cela ?" s'est-il interrogé.
Le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, à qui Nicolas Sarkozy a d'ores et déjà demandé de s'atteler à ce projet, indique que "les choses ne se feront pas dans l'ostentation". Il faut "faire confiance aux enseignants" et "ne pas s'enfermer dans un moment de ferveur" a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Reconnaissant que l'idée de "créer une relation identitaire entre un enfant d'aujourd'hui et un enfant du même âge qui a été gazé [...] est sans doute un peu normative", il a promis de ne pas mettre "un policier dans chaque classe de CM2" pour faire appliquer la volonté présidentielle.
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Jeudi noir fait le trottoir chez Boutin
Marianne - Vendredi 15 Février 2008 - Sylvain Lapoix
Militant contre les dérives du marché locatif, des membres du collectif Jeudi noir sont venus « montrer leur cul » rue de Varenne pour interpeller la ministre du logement sur la prostitution passive révélée par un article de Libération. Une pratique dont ils ont pu vérifer la réalité dans leur entourage ou par des testings inquiétants.
Le collectif Jeudi noir (nommé en référence à la crise de 1929 et au jour de parution du magazine de petites annonces Particulier à particulier) a organisé cette manifestation en réaction à l'article Loue studette contre pipe, paru dans Libération le 8 février 2008. Pour sa part, Marianne2.fr avait, depuis plus d'une semaine, demandé une interview à la Ministre sur le sujet. Sans succès.
La démocratie française a la traine

Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique de Villepin sont parmi dix-sept premiers signataires d'un appel en faveur d'une « vigilance républicaine ». Ils y affirment leur « refus de toute dérive vers une forme de pouvoir personnel confinant à la monarchie élective », leur défense d'une « laïcité ferme et tolérante » et du « pluralisme de l'information ».
La façon de gouverner et les proclamations d'attachement aux religions de Nicolas Sarkozy sont dans leur collimateur. « Il s'agit d'une démarche de conviction et non d'opposition », a commenté l'ancien Premier ministre, Dominique de Villepin.
Education – Sarkozy : « c’est aux élus du peuple de déterminer ce qui mérite d'être étudié par les élèves»
Le Parisien - vendredi 15 février 2008 - lien
En déplacement à Périgueux, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il revenait aux «élus du peuple» de «déterminer ce qui, dans le champ immense du savoir, mérite d'être étudié par les élèves de France».
«Que voulons-nous enseigner à nos enfants? Ce n'est pas une petite question, ça mérite débat. Ce n'est pas une affaire simplement de spécialistes, c'est une affaire cruciale entre toutes», a affirmé le chef de l'Etat.
«Nous l'avions abandonnée à des "experts" qui rendaient en catimini une copie au ministre, lequel bornait souvent sa contribution, et par voie de conséquence, celle de la Nation, à apposer sa signature au bas d'un document pré-rédigé. Rédigé, souvent un grand mot, parce qu'on ne comprenait pas tout !», a-t-il ajouté.
Selon lui, «ça ne peut pas durer. Les programmes scolaires sont un sujet de débat politique au sens des affaires de la Nation, ce n'est pas un sujet technocratique».
«Certes, les élus du peuple n'ont pas vocation à se substituer aux scientifiques. Ce n'est pas à eux de produire le savoir, ce n'est pas à eux de l'écrire, ou de réécrire l'histoire. Il leur appartient en revanche de déterminer ce qui, dans le champ immense du savoir, mérite d'être étudié par les élèves de France».
La grande misère d'un exode qui dure depuis trente ans pour 158 000 Sahraouis
LE MONDE | 13.02.08 TINDOUF (SAHARA ALGÉRIEN) ENVOYÉE SPÉCIALE
Dans les camps de Tindouf, 158 000 Sahraouis attendent depuis trente ans un avenir qui ne vient pas
Voilà trente ans qu'ils attendent. Trente ans dans ce désert inhospitalier de sable et de rocaille, situé dans le sud-ouest de l'Algérie. Quand ils sont arrivés ici, fuyant l'avancée des troupes marocaines, dans la foulée de la "marche verte" lancée par le roi Hassan II, en novembre 1975, ils n'imaginaient pas que leur exode s'éterniserait. La question du Sahara occidental, c'est avant tout un drame humanitaire. Pas une famille, ici, qui n'ait un parent "de l'autre côté", dans l'ex-colonie espagnole occupée par le Maroc.
Pour tenter de se recréer un semblant de terre natale, ces 158 000 réfugiés sahraouis ont donné à leurs cinq campements les noms des principales localités du Sahara occidental : El-Ayoun, Smara, Dakhla... Ils vivent dans des masures de pisé - qui s'écroulent en cas de pluies diluviennes comme il en arrive parfois dans le désert - et des tentes de toile. Chaque famille s'est bricolé un petit enclos de tôles et de bidons rouillés dans lequel elle a installé sa seule richesse : une ou deux chèvres, ou un mouton. Pour le reste, les réfugiés sahraouis ne subsistent que grâce à l'aide internationale (Programme alimentaire mondial, Union européenne, ONG...)
Nourriture, vêtements, médicaments... Tout leur vient de dons, beaucoup en provenance d'Espagne. Pas d'eau courante. Les habitants se ravitaillent dans de petites citernes en zinc, alimentées chaque jour par camions. Quant à l'électricité, ils la tirent de panneaux solaires installés sur le sol. Le soir, il faut choisir : soit s'éclairer, soit regarder la télévision. Il est rare de pouvoir faire les deux en même temps.
La vie dans ces camps de Tindouf est incroyablement dure. Il y fait froid l'hiver - la nuit, le thermomètre descend souvent en dessous de zéro - une chaleur écrasante l'été (50 degrés à l'ombre). Les vents de sable rendent l'atmosphère irrespirable. Mais le pire, pour tous ces réfugiés sahraouis, c'est l'attente.
"Ils espèrent un avenir qui n'arrive pas. Ils vivent ce que j'appelle le "stress de l'attente". Tous en sont très marqués psychologiquement", explique Salah, jeune médecin d'une trentaine d'années, qui travaille dans le petit hôpital de "Smara". Un hôpital presque neuf, financé par une ONG italienne, mais démuni de tout.
Tout en préparant le thé sur un petit réchaud posé à même le sable, Fatma, mère de sept enfants dont la dernière a 5 ans, raconte sa vie d'une voix monocorde et fatiguée. "Nous ne pensons qu'à retourner dans notre pays et à être indépendants. Pourquoi souffrons-nous autant ? Il faut que les étrangers nous aident ! Ne pourraient-ils pas convaincre le Maroc que le Sahara occidental ne lui appartient pas ?" supplie-t-elle en arabe, les larmes aux yeux.
POURPARLERS DANS L'IMPASSE - Abdelkhader Taleb Omar, premier ministre de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et membre de la direction du Front Polisario, déplore que l'ONU n'exerce pas de "pressions suffisantes" sur le royaume chérifien pour faire appliquer le droit international.
Autrement dit, pour imposer un référendum d'autodétermination au Sahara occidental et rejeter le "diktat" de Rabat, qui n'envisage que l'autonomie, en aucun cas l'indépendance. "La communauté internationale doit-elle accepter la politique du fait accompli ?" s'interroge Taleb Omar, avant d'avouer son amertume face à la France, coupable de favoriser l'intransigeance du Maroc.
L'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, en mai 2007, avait soulevé de grands espoirs au sein du Front Polisario. Le mouvement indépendantiste voyait dans le nouveau locataire de l'Elysée un homme capable de prendre ses distances avec le roi Mohammed VI et de faire avancer le dossier du Sahara occidental. Mais le discours de M. Sarkozy, fin octobre, devant le Parlement de Rabat, se ralliant au plan marocain d'autonomie et excluant toute idée d'indépendance, a fait l'effet d'une douche froide. "Nous n'attendons pas de la France qu'elle prenne parti pour nous. Nous lui demandons simplement d'être équilibrée et de respecter la légalité internationale", plaide encore le premier ministre de la RASD. "Au Kosovo, on parle d'indépendance. Le Timor, lui, nous a coiffés au poteau ! Mais le monde ferme les yeux sur la question du Sahara occidental.
Pour les Sahraouis, c'est une injustice criante !" s'exclame, de son côté, M'Hamed Khadad, l'un des principaux artisans des négociations de Manhasset (New York), qui devraient reprendre le 11 mars sous l'égide des Nations unies.
Optimiste ? La direction du Front Polisario ne l'est pas, à la veille de ce nouveau round. Jusque-là, les pourparlers n'ont pas permis de sortir de l'impasse. Et pendant ce temps, la jeune génération sahraouie réclame avec de plus en plus d'insistance à ses aînés de reprendre la lutte armée contre le Maroc. C'est la seule façon, fait-elle valoir, de se faire enfin entendre de la communauté internationale...
L'émissaire de l'ONU en tournée dans la région
L'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Peter Van Walsum, a déclaré, lundi 11 février à Alger, qu'il n'y avait "pas encore de solution" au conflit du Sahara occidental, à l'issue d'une réunion avec le ministre algérien des affaires étrangères, Mourad Medelci.
M. Van Walsum effectue actuellement une tournée dans la région. Il s'est déjà rendu au Maroc et dans les camps Sahraouis de Tindouf. Mardi et mercredi, il était en Mauritanie, dernière étape de son périple. Depuis juin 2007, Peter Van Walsum a supervisé trois séries de négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario, à Manhasset, près de New York.
L'envoyé de l'ONU a affirmé qu'il ne "voulait pas donner de faux espoirs que tout va s'arranger au quatrième round" de pourparlers, qui se tiendra du 11 au 13 mars.L'Algérie et la Mauritanie assistent à ces négociations en tant que pays voisins du Maroc et du Sahara occidental.
Des jeunes de... 80 ans - L’étonnant tonus des supers seniors
SUD-OUEST 15/02/08 Régine Magné rédaction parisienne
SOCIETE. --Ils sont octo ou nonagénaires et vivent à plein leurs activités de comédiens, écrivains, cinéastes, chanteurs. Ils sont en forme et... formidables
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lls pourraient rester au chaud à se tricoter des souvenirs, ils refusent la retraite obligatoire qui renvoie dans les coulisses. Rien ne les oblige à chanter, danser, écrire, penser, jouer, peindre, composer, aimer. Henri Salvador était un des plus beaux exemples de ces joyeux seniors. Le 21 décembre 2007, à 90 ans et 6 mois, il se produisait encore sur la scène du Palais des congrès de Paris. Des adieux que beaucoup espéraient un simple au revoir. Rien n'interdisait d'imaginer qu'il enregistrerait un nouvel album?
La sérénité avec le frisson d'un rideau qui se lève, l'angoisse de la page blanche, la peur du trou de mémoire. Ils ne sont pas uniques dans leur genre à continuer bon pied bon oeil dans leur art, mais ils deviennent exemplaires parce que exposés au regard des autres. Parce qu'ils ne cachent pas leur âge et taisent leurs rhumatismes. Et n'espèrent qu'une chose, partir comme Molière, sur scène, en livrant une belle réplique.
Le tourbillon de la vie. Jeanne Moreau vient de fêter ses 80 ans, dont soixante de carrière. Elle enchaîne tournages, interviews, voyages. À Nantes le mois dernier pour soutenir les jeunes au Festival de la création, en ce moment au Festival de Berlin, toujours dans le tourbillon de la vie. « Le cinéma, c'est à la vie à la mort », dit-elle. Elle brûle l'une dans les volutes de ses cigarettes mentholées, a frôlé l'autre très jeune avec un cancer de l'utérus, mais n'est jamais descendue de l'ascenseur pour la gloire.
En jean ou robe du soir, blonde, l'oeil qui frise, Jeanne se moque d'avoir la voix rongée par la nicotine ; elle ne chante plus, elle joue, produit, s'engage. Elle sera à l'Odéon pour une soirée consacrée à Mai 68, a deux films en préparation, « Marie Stuart » en projet pour le théâtre dans une mise en scène de Bob Wilson. Elle le répète : « Je n'arrêterai jamais de travailler. C'est ainsi que je veux vivre. »
Denise Grey rouspétait parce que les assureurs ne voulaient pas la couvrir pour une tournée en Polynésie. La turbulente grand-mère de Sophie Marceau dans « La Boum » avait de l'humour et du tonus à revendre. Aznavour n'en finit plus de faire ses adieux et de revenir en haut de l'affiche. Et n'a pas besoin d'un certificat médical pour aller remplir les salles du bout du monde. Sa dernière tournée s'achèvera en 2010 et l'aura conduit au Japon, en Asie, en Amérique du Sud, avec, le 4 juillet prochain, un mégaconcert dans les plaines d'Abraham pour célébrer le 400e anniversaire de la ville de Québec.
En forme et « formi-formi-formidables », les octogénaires. Le music-hall est une source de jouvence. Prenez Marcel Amont, une « jeunesse » de 79 printemps toujours sur les routes avec ses musiciens. Il a rempli l'Olympia l'an dernier, la voix limpide, le regard pétillant et le mollet nerveux. Regardez Claude Rich, même âge même tonus. Il a gardé la recette de la potion magique du druide Panoramix ! Et Michel Bouquet (83 ans), épatant dans tous ses rôles. Il joue « L'Avare » en faisant des acrobaties sur scène. Les vieilles douleurs se réveillent lorsque les feux de la rampe sont éteints.
Il ne renonce jamais. Danielle Darrieux (91 ans), magnifique comédienne, a redémarré une carrière en 1991. Pas traumatisée par sa peau parcheminée. « Danielle est une femme que j'adore, la seule qui m'empêche d'avoir peur de trop vieillir », avoue Catherine Deneuve.
Si les films n'étaient pas si difficiles à produire, les réalisateurs seraient nombreux derrière la caméra, comme Manuel de Oliveira, centenaire cette année, ou Alain Resnais, qui filme toujours l'amour à 86 ans.
À notre époque, où Alzheimer fait redouter des lendemains qui déchantent, il est bon de regarder l'oeil bleu de Jean d'Ormesson (83 ans) pétiller sur le petit écran et de voir ses livres présents dans les rentrées littéraires. Jean Lacouture (85 ans) ne renonce jamais à ses engagements, et sa plume accompagne ses idées. Le peintre Zao Wou-ki (97 ans) enchantait encore, l'an dernier, la galerie du Jeu de paume. En 1980, Line Renaud décide d'abandonner les revues. Elle en a assez des plumes, des paillettes. Elle ne veut pas entendre : « Quoi, elle chante encore ! » Claude Zidi la fait jouer dans « Les Ripoux ». De film en téléfilm, elle se retrouve sur scène dans « Folle Amanda », qui lui vaut l'Archange du théâtre. La vie recommence à 60 ans semble démontrer Line, à l'affiche du film « Bienvenue chez les ch'tis », de Dany Boom (sortie le 27 février) et qui a enregistré une audience record avec Muriel Robin pour la pièce « Les Fugueuses », diffusée dernièrement sur France 2. C'est promis, la vie va encore recommencer le 2 juillet, quand elle va souffler ses 80 bougies !
Le miroir brisé par Boris Cyrulnik
Nouvel Obs semaine du jeudi 07/02/au 14/02/08
On s'étonne toujours du scénario répété après chaque élection : comment un président au firmament des sondages fait-il pour redescendre sur terre ?
Imaginez Sarko-star lors de la Libération de Paris en août 1944, il n'aurait pas fait un rond, pas une seule voix. On l'aurait traité de zazou danseur de jazz, de blouson doré gosse de riche ou de J3, ces adolescents à qui l'on donnait un ticket d'alimentation supplémentaire pour qu'ils terminent leur croissance. A cette époque, il nous fallait un héros guerrier pour mettre fin à la guerre, un homme de stature pour lever les bras comme un sénateur romain, une figure comme de Gaulle pour écraser le dragon nazi.
Je pensais à ça l'autre jour quand Jacques Attali a remis son rapport pour la libération de la croissance. Il a commencé son exposé par «Votre Majesté. ..» En fait, il citait les «Réflexions sur la formation et la distribution des richesses» que Turgot adressait à Louis XV.
Ca n'allait pas du tout avec Sa Majesté Sarkozy, car notre personnage ne se tenait pas comme il sied à un roi. Il était alangui sur un trône assez simple, jambes mal croisées, cherchant du regard ce qui aurait pu l'intéresser, un objet de marque, peut-être, un événement, une autre star qui serait passée par là. Ce n'est pas royal tout ça, mais c'est pas antipathique.
Le «champ de la grandeur» n'est pas de son côté et, pourtant, dès qu'il a parlé, on a entendu tous ses mots, on ne s'est jamais ennuyé, il a argumenté clairement, soulignant chaque idée par un geste convaincant : excellent vendeur ! Il sait se taire aussi. Quand il avait invité au ministère de l'Intérieur quelques psychiatres qui s'étaient opposés à son projet de loi visant à contrôler la violence croissante des enfants, il nous avait donné la parole, chacun à notre tour, en nous désignant d'un simple coup de menton. Il avait écouté sans nous regarder, puis s'était tourné vers Rachida Dati et avait ordonné : «On supprime !»
J'avais alors pensé : c'est un chef, mais pas un tyran. Jusqu'au jour où le retour du réel a brisé l'admiroir magique. Le pouvoir d'achat, les franchises, le prix des loyers ont cassé la psyché collective. Le peuple ne s'y reconnaît plus. Mon Président, mon Tintin, mon délégué narcissique ne met plus en scène mes rêves. E finita la commedia !
Boris Cyrulnik Psychiatre, connu pour ses travaux sur la résilience, a fait partie de la commission Attali sur la croissance
Parmi tous les candidats, le contexte historique sélectionne celui ou celle qui met en scène la comédie qui nous donne le plus de plaisir. Tous les héros ainsi «électionnés» n'ont pas la même espérance de vie. Certains sont immortels quand le contexte est tragique, et d'autres sont éphémères quand la société est en paix. Aujourd'hui, nos héros s'appellent Zidane, Kouchner, soeur Emmanuelle ou Sarkozy. Hier, ils portaient le nom d'Ivan le Terrible, Jeanne d'Arc ou général de Gaulle.
Ces personnages ne proposent pas du tout le même projet d'existence : les héros immortels ne sont pas joueurs, ils doivent nous sauver, puis se laisser sacrifier afin d'être encore plus aimés morts que vivants; alors qu'il n'est pas nécessaire de tuer un héros grand frère, il suffit d'attendre qu'il vieillisse.
La star, étoile filante du sport, de la chanson ou de la politique, joue un rôle d'admiroir. On l'aime, ce jeune président sympa qui parle peuple, marche banlieue en roulant les épaules, drague de jolies filles et fréquente des copains qui ont de beaux bateaux. C'est comme ça qu'on est, nous les Français.

La rupture usante pour les neurones

Martin Hirsch ouvre son blog du Grenelle de l'insertion
vendredi 15 février 2008, 18h20 | leparisien.fr
Le haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, a annoncé la mise en ligne aujourd'hui d'un blog du Grenelle de l'insertion (www.grenelle-insertion.fr), à l'occasion d'un face à face avec les militants organisé par l'UMP.
«Il s'agit d'impliquer directement toutes les personnes concernées», partenaires sociaux, Medef, syndicats, collectivités, associations et le public, a expliqué M. Hirsh, invité de Réforme Hebdo au siège de l'UMP.
Ce blog qui sera alimenté régulièrement par Martin Hirsch s'inscrit «dans le processus du Grenelle» pour informer le public de l'avancée des travaux, susciter le débat et connaître les rencontres qui vont rythmer le Grenelle de l'insertion jusqu'à fin mai.
«Il faut traiter le problème avec l'ensemble des interlocuteurs qui pendant longtemps ont dit: la politique de réduction de la pauvreté "ça nous concerne pas" (..), et construire les politiques sociales avec les usagers», a-t-il expliqué à l'AFP en marge de l'exercice.
A Philippe, militant retraité qui l'interrogeait sur le financement du RSA (revenu de solidarité active), M. Hirsch a répondu : «2 à 3 milliards d'investissement. Ce que je vais faire va coûter cher mais rapporter beaucoup, car plus ça marche moins ça coûte».
A Daisy, Parisienne de 54 ans, qui l'interrogeait sur les mesures prévues pour l'hébergement des SDF dans la capitale, Martin Hirsch a évoqué des «pensions de familles, des maisons-relais», ou encore une aide aux associations pour leur permettre de «sous-louer légalement des logements» aux plus précaires.
«Il m'a répondu, mais le problème reste entier», a déclaré à l'AFP Daisy après la rencontre qui, selon elle, «devrait être plus longue». «J'aurais des tas d'exemples à lui donner».
«Il a parfaitement répondu», selon Philippe, ajoutant: «Martin Hirsch a la chance de savoir de quoi il parle».
Georges Frêche, l’outrancier
Grégory Marin – l’Humanité – 15/02/08
PS . De plus en plus violent et isolé, le président de la région Languedoc-Roussillon fatigue même dans son camp.
Le président socialiste du conseil régional de Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, déjà suspendu des instances du PS pour ses tonitruantes déclarations sur les harkis - des « sous-hommes » (sic) -, défraie à nouveau la chronique locale. La « frêchade » du jour, rapportée par l’édition de Béziers de Midi libre, hier ? « Il existe aujourd’hui une mode qui consiste à protester contre les résistants qui tondaient les femmes qui avaient couché avec les Allemands pendant l’Occupation. Elles ne pouvaient pas coucher avec les résistants ? Vous croyez que je vais pleurnicher parce qu’on leur a coupé les cheveux ? Mais c’était gentil ! On aurait pu les fusiller. »
Peut-on être de gauche et accorder si peu de valeur à l’humain ? Pour ses camarades socialistes de la région, la question se pose. Politiquement, Georges Frêche apparaît de plus en plus isolé, n’existant plus que par ses phrases assassines. Même les élus de son parti ne sont pas épargnés par ses flèches. Le député socialiste de l’Hérault Kléber Mesquida en sait quelque chose. Accusé, comme « 20 % des (élus) socialistes » d’avoir fait élire l’UMP Raymond Couderc au Sénat, il a fait l’objet de menaces très claires : « Qu’il fasse attention à ses abattis : la vie est longue… »
L’ancien maire de Montpellier va trop loin ? Il assume. À un de ses camarades socialistes, sans doute choqué par ses propos, qui lui rappelait leur origine politique commune, il a lâché : « un socialiste comme vous, j’en fais un tous les matins ». Le mot de trop qui le fera définitivement exclure du PS ?

