vendredi 15 février 2008
Un appel solennel "pour une vigilance républicaine" et contre "une monarchie élective" réunit gauche centristes et gaullistes
LE MONDE | 15.02.08 15h19
DÉBAT REFUS DE "TOUTE DÉRIVE" VERS "UNE MONARCHIE ÉLECTIVE"
Dix-sept personnalités de gauche, centristes ou d'inspiration gaulliste ainsi que l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, ont signé "l'appel du 14 février pour une vigilance républicaine" rendu public vendredi 15 février par l'hebdomadaire Marianne.
Outre l'ancien premier ministre de Jacques Chirac, figurent notamment parmi les signataires les gaullistes Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du général de Gaulle, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, le député communiste André Gerin, Jean-Pierre Chevènement, plusieurs socialistes de premier plan (Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Arnaud Montebourg), représentants du MoDem (François Bayrou, Marielle de Sarnez, la sénatrice Jacqueline Gourault) et du Nouveau Centre (les députés Maurice Leroy, Jean-Christophe Lagarde). Corinne Lepage, ancienne ministre de l'écologie d'Alain Juppé et le député Vert Noël Mamère sont également présents.
Dans un court texte dans lequel Nicolas Sarkozy n'est pas cité, ils déclarent refuser "toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective" et rappellent "leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante" ainsi qu'à "l'indépendance de la presse".
Enfin, les signataires qui souhaitent prendre position "au-delà de leurs divergences" déclarent partager un attachement commun "aux grandes options qui ont guidé depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples, soucieuse de préserver l'indépendance nationale".
Presse et quotidiens régionaux à propos de l'Enseignement de la Shoah en CM2
NOUVELOBS. | 15.02.2008 | 12:06
Arès l'annonce de la décision de Nicolas Sarkozy d'associer chaque élève de CM2 à la mémoire de la Shoah, la presse française a vivement réagi, de façon pour le moins circonspecte, y voyant au mieux "une intention louable" et au pire "une proposition effarante".
Cette proposition, qui "apparaît pour l'instant assez mal ficelée" selon Francis Lachat dans Le Courrier picard, est "une répétition de la lettre de Guy Môquet, alors qu'éduquer ne saurait être affaire d'émotion, comme l'ont rappelé enseignants et psychologues", note Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées.
Même son de cloche au Progrès, où Francis Brochet explique que c'est "comme si l'on plaquait sur la Shoah les recettes de la téléréalité, où l'on surjoue chaque sentiment, dans l'excès et l'exhibition, de peur d'ennuyer". "Attention: il est des sujets trop sensibles pour qu'on en fasse trop", met-il en garde.
"C'est en aidant la jeunesse à maîtriser ses sentiments et en enrichissant sa connaissance de l'histoire, et de l'actualité, que l'on participe à la construction de la citoyenneté. Pas en faisant parrainer à ces gosses un enfant mort", écrit Daniel Ruiz dans La Montagne.
"Surcharge affective" - Michel Vagner ( L'Est républicain ) est moins acerbe: "Même si l'intention du président (...) est louable, les instituteurs n'avaient pas besoin de ce rappel, ni de ce diktat que rien ne vient expliquer. Ils savent comment aborder le génocide, en classe, collectivement, sans y mettre de surcharge affective."
Bernard Revel, de L'Indépendant du Midi, est plus compréhensif: "Mettre des noms à la place de chiffres abstraits aide à mieux comprendre". Avant de préciser aussitôt que "la démarche doit être soutenue par tout un ensemble pédagogique".
L'éditorialiste de la République du Centre, Jacques Camus, est le plus critique: "Nicolas Sarkozy devient inquiétant". Son initiative "semble relever de ces soudaines lubies élyséennes plus spectaculaires que réellement réfléchies", observe-t-il.
Plus modéré, Patrice Chabanet (Le Journal de la Haute-Marne) juge que "l'idée de Nicolas Sarkozy sur le devoir de mémoire n'est pas critiquable sur le fond mais reste discutable sur la forme". "On peut légitimement se demander si des enfants de 10-11 ans ont les outils de la connaissance nécessaires pour prendre la mesure du génocide", s'interroge-t-il.
Libération, Annette Lévy-Willard estime qu'"un président de la République, même démocratiquement élu, n'a pas vraiment légitimité à faire des cours d'histoire télécommandés". Faisant un parallèle avec "la malencontreuse expérience de la lecture obligée de la lettre de Guy Môquet", elle observe que "sans en débattre avec les historiens, les enseignants et surtout la communauté juive, (Nicolas Sarkozy) décide d'imposer maintenant, et à des enfants de 10 ans, ce principe contesté et simpliste d''électrochoc émotionnel'".
"Tyrannie de la pénitence" - Pas tellement d'adhésion non plus chez Pascal Bruckner, dans Le Figaro. "Cela n'ajoute rien, hormis du pathos", critique le philosophe. "Les jeunes sont gavés de Shoah depuis des années et cela n'a pas empêché la montée de l'antisémitisme dans les banlieues".
Présenter les Juifs comme des victimes fait courir le risque d'une "surenchère, d'exhibition des souffrances" chez "ceux qui les jalousent, dans l'espoir de les détrôner".
Il dénonce au passage une "tyrannie de la pénitence", et la confusion entre "mémoire et histoire" : "Ce qui s'enseigne à l'école, c'est l'histoire (…) Le devoir de mémoire défini par Primo Lévi est l'obligation faite aux survivants de raconter. Pas de commémorer."
"Les recettes de la téléréalité" - L'Humanité, sous la plume de Maurice Ulrich, s'indigne de cette proposition "proprement effarante": "On n'invite pas impunément des milliers d'enfants à vivre avec des fantômes (...) C'est faire entrer dans l'âme la culpabilité et la mort".
Simone Veil ne veut pas que la mémoire d'un enfant déporté soit confié à un CM2
20Minutes.fr, éditions du 15/02/2008 - 16h38
Un désaveu de poids. Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, elle-même déportée à Auschwitz s'est prononcé farouchement contre la proposition de Nicolas Sarkozy concernant l'enseignement du génocide juif au CM2. «A la seconde, mon sang s’est glacé», a-t-elle expliqué à «L'Express».
«C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école», estime-t-elle.
Aux yeux de l'ancienne ministre, la suggestion du Président de la République risque d’attiser les antagonismes religieux. «Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif?» s’interroge-t-elle.
Peut-on prendre une tragédie par la main ?
Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne 14/02/08
Prendre un enfant de la Shoah par la main… L'initiative de Nicolas Sarkozy annoncée hier devant le conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) provoque un malaise. Un profond malaise même. On ne saurait douter des bonnes intentions du Président, mais l'enfer en est pavé.
L'intention peut paraître louable : on a tant insisté sur le devoir de mémoire, sur la nécessité pour les générations à venir de ne plus être coupées du passé, qu'on pourrait se réjouir de cette volonté affirmée pour chacun de renouer avec son histoire, avec toute son histoire, y compris ses moments les plus tragiques. C'était le sens aussi de la lecture de lettre de Guy Môquet.
Mais si cette lecture lacrymale avait provoqué débat, ce nouvel appel à la mémorisation enfantine devrait soulever encore plus de polémiques. Le Président qui a pris en personne la parole devant le CRIF, ce que n'avait fait aucun chef d'Etat avant lui à l'exception de François Mitterrand, en 1991. Chirac s'était gardé de s'y rendre ensuite et s'était fait représenter par son chef de gouvernement. Or, cette fois, sans qu'il y ait de célébration exceptionnelle, non seulement le Président a fait le déplacement mais il était escorté de François Fillon et de pas moins d'une vingtaine de ministres; Ajoutons que Nicolas Sarkozy en a profité pour annoncer qu'il se rendrait en Israël au mois de mai et qu'il prononcerait, je cite, « un grand discours devant la Knesset ». Comme s'il n'en avait jamais prononcé de petit ! Mais ce type d'annonce ne devrait-il pas être réservé à d'autres enceintes : le CRIF n'est pas l'ambassade d'Israël.
Il y a là une confusion. Mais comme il y en a une autre et plus grave encore dans cette charge d'âme infligé aux enfants de nos jours. Peut-on prendre une tragédie par la main et, plus encore, la Shoah, si exceptionnelle, si insupportable ? Et tout cela en jouant du ressort émotif, si pernicieux.
« Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui ». Voilà l'argument massue de Sarkozy. L'émotion, l'émotion comme moteur de la prise de conscience du passé. Est-ce qu'on fait de la bonne histoire avec de l'émotion à la louche, pour ne pas dire, à la bassine ? Certes non. L''émotion à grosses doses tue la réflexion. L'émotion appelle l'émotion et submerge la raison. Elle pousse à la passion dévastatrice. Jusqu'au rejet meurtrier.
A force de vouloir imposer les morts aux vivants, on va susciter une répulsion, une bataille de morts, certains refuseront les enfants juifs qu'on aura voulu leur imposer par l'émotion. Ils y opposeront les enfants de leur famille, de leurs cousins de leur patrie d'origine. La spécificité même de la Shoah risque d'être balayée par ce recours systématique à l'émotionnel. La vie n'est pas un feuilleton hollywoodien où il faut faire pleurer pour convaincre ou instruire. Le devoir de mémoire n'est pas le sentimentalisme et il ne se confond pas avec l'Histoire. Que les programmes scolaires soient renforcés, très bien. Qu'ils traitent mieux de la Shoah, de son mécanisme, de sa logique tragique, parfait. Mais inutile de coller un fantôme comme un boulet derrière chacun.
Prendre un enfant juif martyr par la main ? Et pourquoi pas aussi un enfant malheureux du Darfour ou de Palestine ? Et pourquoi pas un enfant triste et exclu de banlieue ? Et pourquoi pas aussi un enfant battu du palier d'à côté ? On se perd à vouloir entrer dans la ronde infernale du malheur.

Enseignement de la Shoah : le projet de Sarkozy inquiète les syndicats
NOUVELOBS.| 14.02.2008 | 16:26
"Confier la mémoire" d'un enfant victime de la Shoah à un élève de CM2 pourrait avoir "un effet contraire à l'objectif recherché", estiment les enseignants du primaire, qui craignent des risques de "troubles psychologiques". Ils condamnent en outre une "nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique".
Gilles Moindrot, le secrétaire général du Snuipp-FSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire, a estimé jeudi 14 février que "confier la mémoire" d'un enfant victime de la Shoah à un élève de CM2 comportait des risques de "troubles psychologiques", tandis que le SE-Unsa s'est dit "particulièrement choqué" par l'initiative de Nicolas Sarkozy.
L'initiative du président Nicolas Sarkozy, qui a annoncé qu'il voulait que chaque élève de la classe primaire de CM2 se voie "confier la mémoire" d'un enfant français victime de la Shoah à partir de la rentrée scolaire 2008, pourrait avoir selon Gilles Moindrot "un effet contraire à l'objectif recherché".
Sentiment de culpabilité ou de responsabilité - "L'annonce du président de la République nous met mal à l'aise parce que faire que chaque élève de CM2 porte la mémoire d'un enfant de la Shoah peut entraîner des troubles psychologiques chez lui", a déclaré Gilles Moindrot à l'AFP. "Il y a le risque que cet enfant ou bien s'identifie, ou bien qu'il rejette cette identification, ou encore qu'il ait un sentiment de culpabilité ou de responsabilité pour le destin d'un élève duquel il n'est aucunement responsable".
Estimant qu'on "n'a pas à faire peser sur un élève de 11 ans la responsabilité de ce qui s'est passé à cette époque là", le secrétaire général du Snuipp-FSU a ajouté que "la charge émotionnelle peut avoir des conséquences négatives, surtout pour un élève en plein développement".
Annonce faite sans consultation - Il a regretté une "annonce faite sans aucune consultation des enseignants psychologues et les pédopsychiatres, alors que c'est un sujet sensible", précisant que "cela peut avoir un effet contraire à l'objectif recherché: un élève peut par exemple ne prendre en considération que le côté macabre. Le président de la République ne fait pas preuve de grande prudence vis-à-vis de la psychologie des élèves de 10-11 ans".
"Nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique" - De son côté, le syndicat SE-Unsa déclare dans un communiqué qu'il "est particulièrement choqué de cette initiative du président de la République, qui ignore tout de la façon dont un jeune se construit. Faut-il que chaque enfant de 10 ans se voie désormais personnellement chargé d'un lourd parrainage posthume ?".
Enseigner l'histoire de la Shoah est "une affaire de professionnels" pour le syndicat, qui rappelle qu'"éduquer ne saurait être qu'affaire d'émotion".
Le syndicat déplore enfin que le président "vienne se situer à nouveau sur ce terrain, après l'épisode de la lettre de Guy Môquet" et condamne "nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique". (avec AFP)
Un numéro vert pour conseiller les jeunes parents
LE MONDE | 11.02.08
Rares sont les mères, mais aussi les pères, qui n'ont pas connu de grands moments de solitude et de découragement face aux pleurs de leurs petits. La plupart trouvent conseils ou réconfort dans leur entourage, mais pas toujours.
Pour pallier ce manque, l'association Enfance et partage a lancé, lundi 11 février, le numéro vert Allo ParentsBébé où des professionnels de la santé et de la petite enfance sont à l'écoute pour rassurer, conseiller et orienter les parents, si besoin, vers des structures adaptées. Un site Internet complète le dispositif.
Une mère sur quatre se déclare inquiète à l'idée de ne pas rester calme face aux pleurs de son bébé, une proportion qui atteint plus d'une mère sur trois (36 %) quand il s'agit d'un premier enfant. Quelque 13 % des mères se déclarent même "très agacées" face aux réactions (pleurs, rejet de nourriture, vomissement, etc.) de leur petit, selon un sondage Sofres réalisé pour l'association Enfance et partage auprès de 400 mères d'enfants de 0 à 18 mois.
Allo ParentsBébé : www.alloparentsbebe.org. Tél. : 0-800-00-34-56. De 10 heures à 13 heures et de 17 heures à 21 heures
Pourquoi la France connaît-elle une croissance très faible, tandis que les entreprises du CAC 40 font de bons profits ?
Marianne -Vendredi 15 Février 2008 - Bernard Maris
Les profits du Cac 40, grands absents de la croissance
Parmi les entreprises qui font de très gros profits, il y a évidemment Total qui affiche 13.2 milliards d'euros de bénéfice net, beaucoup plus que ce pauvre Arcelor-Mittal, qui n'a que 7.6 milliards d'euros de bénéfice net. On comprend qu'Arcelor-Mittal cherche à faire des compressions d'effectifs. Dans le cas de Total, ses profits sont dérisoires vis-à-vis de ceux d'Exxon-Mobil qui sont de 40 milliards de dollars, soit 27 milliards d'euros. C'est d'ailleurs le record de l'année en termes de profits.
Que va faire Total de tout son argent ?
Total va investir énormément cette année, toujours dans la prospection pétrolière, qui devient de plus en plus difficile et coûteuse : 19 milliards d'euros. Mais, malheureusement, c'est de l'investissement qui se fera hors de France, donc Total fera de la croissance hors de France, et on comprend mieux pourquoi la bonne santé du CAC 40 ne signifie pas la bonne santé de la France. Et puis Total va distribuer beaucoup d'argent à ses actionnaires. L'année dernière, il avait donné à ses actionnaires 10 milliards d'euros, soit en dividendes, soit en rachat d'actions. Le rachat d'action est destiné à raréfier l'action Total en Bourse pour lui faire prendre de la valeur. Total détruit du capital – on en a souvent parlé.
Est-ce qu'on peut taxer les profits de Total ?
Peut-on les taxer au-delà du taux normal d'impôt sur les sociétés ? Il y a eu une taxation exceptionnelle des profits pétroliers cette année – très très légère. Si l'on taxe trop fort les profits de Total, Total ne partira pas aux Etats-Unis, mais sera racheté par une compagnie américaine. Si Total donne autant d'argent à ses actionnaires, c'est pour qu'ils veuillent garder leurs actions. La distribution de dividendes et le rachat d'action correspond à une stratégie d'indépendance.
On comprend bien que le CAC 40 ne fait plus la croissance de la France. Tant mieux si Peugeot renoue avec les profits, mais les français sont saturés de voitures, et on n'ouvrira pas de nouvelles chaînes de montage en France. Il faut sans doute s'habituer désormais dans les grands pays développés à une croissance douce. Mais une croissance douce est douce pour la planète.
Georges, 35 ans, salarié, dort dans le bois de Vincennes
jeudi 14 février 2008 | leparisien.fr - Sylvain Merle
Poussés hors de Paris avec leurs tentes trop voyantes, ou décidés, comme ils le disent, à se « mettre au calme », ils sont des dizaines, probablement des centaines - impossible de savoir - à trouver refuge sous la toile dans le bois de Vincennes. A quelques mètres seulement des chemins sur lesquels joggeurs et promeneurs prennent l'air, les campements en sous-bois se multiplient. Des tentes isolées ou des camps de plusieurs toiles, les bois sont peuplés d'exclus et de travailleurs pauvres contraints de vivre sous la tente, à l'image de Georges, 35 ans qui, malgré un emploi et près de 1 500 euros par mois, n'a pas d'autre solution que de vivre dans le bois.
On y trouve également des ressortissants sans papiers des pays d'Europe centrale, nouveaux membres de l'Union européenne, de loin les plus cachés pour éviter les contrôles de police. Après les nombreuses expulsions de tentes des derniers mois, combien sont-ils aujourd'hui ?
« Y'a de la surpopulation »
Repoussés du centre ville ou s'isolant, ils se mettent en danger, hors d'atteinte de la plupart des associations. Début janvier, un homme handicapé est mort à côté de son fauteuil roulant dans ce no man's land de la misère. C'est qu'aujourd'hui, le bois de Vincennes peut symboliser le manque de coordination entre pouvoirs publics et associations : personne ou presque n'y passe.
« Le Samu social du Val-de-Marne, oui il est passé l'année dernière, se souvient Pascal. Ce n'est pas accessible en voiture ici, il faut se garer dans l'avenue Daumesnil. Sinon, on voit personne. Y'a bien des gens qui passent et qui nous amènent des fringues, mais c'est des gens qui nous connaissent, pas des associations, reprend-il. Enfin, tu peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre, si on s'isole, c'est pour être tranquille ».
Administrateur national des Restos du cœur et responsable du réseau les Gens de la Rue, Bernard Denerier rend parfois visite à ceux qu'il connaît. «Ils viennent au camion du cœur, où l'on crée un lien». Ce jour là, il vient voir Pascal, Georges, Manu et Jacques, quatre potes qui vivent à quelques dizaines de mètres les uns des autres. Pour survivre le mieux possible, ils s'organisent, s'entraident et se refilent les bons tuyaux.
« Oh, on s'est fait notre petit chez nous, on a fait en sorte que ce soit... disons convivial », explique Georges qui vit avec un couple depuis novembre dans une tente achetée 190 euros. Ce couple, il ne le connaissait pas avant, lui qui dormait sur un banc dans le 12ème depuis 2002, mais « dans les bois, mieux vaut être accompagné », précise-t-il.
Un emploi le jour, la galère la nuit
Dans le groupe, deux travaillent. Georges et Manu allient difficilement vie professionnelle la journée et galère le soir. Ce jour-là, Georges à une rage de dents carabinée et un abcès qui lui déforme le visage. C'est Pascal qui lui donnera un antidouleur et Bernard lui conseillera d'aller aux urgences le soir même.
Auparavant, il nous fait visiter sa tente. A l'intérieur, une petite table, des tabourets, des petits placards bricolés pour ranger la nourriture et la vaisselle, une télé - «sans le son» et une chaine hifi - «cassée» - qui fonctionnent avec des batteries de voiture, une bouteille de gaz pour pouvoir manger chaud. «On s'organise», lâche Georges.
Si on peut se laisser aller jusqu'à ce que Bernard appelle «l'incurie de soi-même», Georges, lui, veut rester propre. Il se rend régulièrement aux bains douches. Pour la nourriture, quand il n'a plus rien, les Restos du cœur ne sont pas trop loin. C'est pour l'eau que c'est plus dur. «L'été, ça va, il y a les fontaines, mais là elles sont fermées, c'est plus difficile». Alors il faut aller plus loin, « au robinet de la station Château de Vincennes ou au poney club, ils nous servent», intervient Pascal. Et de temps en temps, une nuit ou deux nuits à l'hôtel, au chaud. «Eric et Sophie, avec qui je vis, y sont en ce moment, explique Georges, ils y resteront jusqu'à ce qu'ils n'aient plus d'argent».
Georges n'a bien sûr pas l'intention de rester là longtemps, «même si on s'habitue à tout», soupire-t-il tout en se demandant comment faire autrement? Le droit opposable au logement, il en a eu vent, «mais est ce que cela tient debout ?», s'interroge-t-il. «Parce qu'il y a des annonces, on entend des choses, mais est ce que ça suit ? Les logements sont tellement chers ! Et moi, je ne peux pas mettre mon salaire dans un loyer ».
Exclusion : Les associations mettent la pression sur le gouvernement
jeudi 14 février 2008, 17h50 | leparisien.fr avec l'AFP
Déçues des propositions gouvernementales, 28 associations de solidarité avec les sans-abri et les mal-logés annoncent l'organisation d'une «nuit solidaire pour le logement» le jeudi 21 février à partir de 18 heures, place de la République.
«Déçues par les propositions gouvernementales que François Fillon leur a présentées le 29 janvier, les associations unies (...) appellent tous les citoyens à se rassembler pour une nuit solidaire, le 21 février», indiquent-elles dans un communiqué commun.
Estimant que «la volonté politique n'est pas au rendez-vous», les associations considèrent que les propositions gouvernementales «ne sont pas de nature à améliorer durablement les conditions de vie des personnes sans abri et mal logées, ou à fluidifier l'ensemble de la chaîne, de l'hébergement au logement».
«Les moyens annoncés ne permettront pas de mettre en oeuvre le droit au logement opposable», ajoutent les associations qui évaluent l'effort financier nécessaire à plus de 1,7 milliard d'euros pour 2008 alors que François Fillon n'a annoncé que 250 millions.
Pour dénoncer cette «insuffisante mobilisation de l'Etat» et demander au gouvernement de «compléter immédiatement ses mesures pour définir une réelle politique publique à l'égard des personnes sans abri et mal logées», les associations organisent jeudi, à partir de la tombée de la nuit, «une nuit solidaire pour le logement ouverte à tous, personnes à la rue, mal logés, associations et autres citoyens».
Parmi les signataires figurent Emmaüs, le Secours Catholique, le Centre d'action sociale protestant, les Enfants de Don Quichotte, la Fnars et France Terre d'Asile.
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«Il faut un pilotage cohérent de l'action»
Propos recueillis par Sylvain Merle
Nicole Maestracci, présidente de la FNARS, Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale
LeParisien.fr : Plusieurs centaines de SDF camperaient dans le bois de Vincennes, sans qu'on puisse être plus précis. Peut-on évaluer le nombre de sans abris en France ?
Nicole Maestracci : «Il y a peu de données fiables, et c'est un problème pour évaluer les besoins. Selon les dernières évalutions, recoupant des données de l'Insee et de la Fondation Abbé Pierre, il y aurait 220 000 personnes qui habiteraient dans des endroits qui ne sont pas destinés à l'habitation.
Mais on ne peut uniquement recenser ceux qui font appel aux associations, car certains sont dans une situation d'invisibilité».
Lp.fr : Qu'induit cette absence de données fiables ?
N.M. : «Tant qu'on n'a pas de chiffres précis, on aura beau mener un tas d'actions, mettre de plus en plus d'argent, on rique d'être toujours à côté de la cible. La Fnars regroupe 850 associations qui gèrent des centres d'hébergement et d'insertion, et on a mis en évidence ces dernières années que même si l'Etat met de plus en plus d'argent, les résultats sont catastrophiques : il y a de plus en plus de sans-abris.»
Lp.fr : Depuis décembre, pouvoirs publics et associations mènent une réflexion pour définir une nouvelle politique, qu'en est-il ?
N.M. : «On s'est arrêté sur le principe que personne ne doit être contraint de vivre à la rue, mais il faut d'abord savoir qui vit dehors et pourquoi. Si on veut atteindre cet objectif, il faut évaluer les besoins pour définir une diversité de solutions à proposer, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui».
Lp.fr : Que manque-t-il pour y arriver ?
N.M. : «Un pilotage de l'action. Aujourd'hui, divers acteurs interviennent sans coordination : l'Etat, les conseils généraux, les communes et les associations... Chaque association est livrée à elle-même et on en a assez de bien travailler sans répondre aux besoins ! Il faut un pilotage cohérent pour cela, avec des objectifs chiffrés et une obligation de résultats».
Lp.fr : A qui revient ce rôle de pilote selon vous ?
N.M. : A l'Etat, il doit jouer son rôle de garant de l'égalité et de la solidarité sur tout le territoire, une notion aujourd'hui vide de contenu. Nous avons demandé la nomination d'un super préfet qui aurait une mission interministérielle et devrait animer les actions des préfets, définir les besoins, les objectifs et résultats à atteindre. Il faut être capable de gérer des choses très différentes afin de répondre aux situations très variées des personnes en difficultés pour lesquelles il faut absolument diversifier les réponses. Il n'y a que l'Etat qui puisse le faire. Si je ne crois pas au zéro SDF, en revanche, je crois qu'on peut diminuer le nombre de gens à la rue».
Lp.fr : C'est ce qu'on essaye depuis des années, comment faire mieux ?
N.M. : «Aujourd'hui on a un système qui aide les gens à sortir de la rue et, en parallèle, un autre qui les y jette. Il faut tarir la source avant tout, c'est à dire les expulsions locatives - que le premier ministre s'est engagé à suspendre tant qu'il n'y a pas de solutions - mais aussi agir à la sortie de prison, auprès des jeunes qui quittent l'aide sociale à l'enfance ou en rupture familiale qui n'ont pas droit au RMI ou encore les personnes qui sortent des institutions psychiatriques... Si on cessait d'alimenter la rue, on ferait un très grand pas. Ensuite, il faut une vraie évalutation des besoins et définir des objectifs, c'est ainsi que nombre de pays européens ont procédé avec succès. L'Etat français doit prendre ses responsabilités, d'autant que le gouvernement est au pied du mur : en décembre prochain, le droit opposable au logement sera applicable et toute personne pourra faire condamner l'Etat».
François Fillon fixe un objectif de 26.000 expulsions en 2008
REUTERS : vendredi 15 février 2008 - Sophie Louet
PARIS- François Fillon fixe désormais à 26.000 l'objectif pour 2008 de reconduites à la frontière dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine. "On s'était fixé un objectif de 25.000 reconduites à la frontière en 2007. On est à 24.000. L'objectif est de 26.000 pour 2008", déclare le Premier ministre dans un entretien à paraître samedi dans Le Figaro Magazine.
Lors d'un déplacement à Marseille le 14 janvier, François Fillon avait déclaré que l'objectif de reconduites à la frontière pour 2008 serait "au moins équivalent" à 25.000.
L’obsession des chiffres de la croissance sans doute….
Rebondissement dans l'affaire du scooter de Jean Sarkozy
REUTERS : vendredi 15 février 2008 - Thierry Lévêque
L'affaire de l'accident présumé dans lequel aurait été impliqué le fils du chef de l'Etat, Jean Sarkozy, qui occupe assurances, police et justice depuis deux ans et demi, a connu un nouveau rebondissement avec le retrait d'un expert judiciaire, révèle vendredi le journal Le Parisien.
Désigné par le tribunal correctionnel de Paris le 3 décembre dernier, l'expert devait dire si les dégâts constatés sur le véhicule du plaignant, M'Hamed Bellouti, étaient ou non compatibles avec un choc avec un scooter.
Mais, poursuit Le Parisien, Michel Gilabert a jeté l'éponge. L'expert a expliqué au tribunal qu'il ne pouvait pas travailler car les véhicules ne sont plus visibles. Il a aussi exclu une reconstitution avec des véhicules identiques qui, selon lui, n'apporterait rien. L'affaire sera donc plaidée le 25 juin prochain sans expertise.
Jean Sarkozy, cadet des deux enfants du premier mariage du chef de l'Etat, est accusé d'avoir pris la fuite après avoir endommagé une voiture avec son scooter le 14 octobre 2005, place de la Concorde à Paris.
Son avocat, Thierry Herzog, assure qu'il s'agit d'une affaire montée de toutes pièces et a produit à l'audience de décembre les résultats d'une expertise privée selon laquelle le scooter n'avait pu produire les dégâts allégués par le plaignant.
Ce dernier, qui se dit militant UMP, réclame à Jean Sarkozy 260,13 euros pour les réparations de sa voiture et 4.000 euros de dommages et intérêts.
M'Hamed Bellouti explique avoir dû saisir le tribunal parce que le commissariat du XVIe arrondissement n'a donné aucune suite à l'affaire, malgré ses démarches et que trois courriers envoyés par son assureur à celui de Jean Sarkozy n'ont reçu aucune réponse.
Jean Sarkozy avait déjà attiré l'attention des médias début 2007, quand il est apparu que la police avait eu recours à une recherche d'empreintes génétiques pour retrouver son scooter, volé le 7 janvier. La gauche avait alors estimé qu'il faisait l'objet d'un traitement de faveur, la recherche d'ADN étant normalement réservée aux affaires importantes.

