mercredi 13 février 2008
Barbara Hendricks défie les règles de l'industrie du disque
Magazine Challenges | 07.02.2008 | par Thierry Gandillot
La chouchoute des Français, qui l'ont découverte il y a trente ans grâce au Grand Echiquier, est une femme de convictions. Cette native de l'Arkansas avait 14 ans lorsque les Noirs ont obtenu le droit de vote grâce à Martin Luther King, un événement qui l'a convaincue que la vie est un combat.
Ambassadrice de bonne volonté auprès du Haut-Commissariat pour les réfugiés de l'ONU depuis 1987, elle a chanté sous les bombes à Sarajevo. Elle a aussi créé la Fondation Barbara Hendricks pour la paix et la réconciliation.
Femme, mère et citoyenne engagée, la soprano s'est lancée dans un bras de fer avec l'industrie du disque. Après un quart de siècle au sein de la même maison, EMI, Barbara Hendricks a coupé les ponts. «Pendant des années, je me suis sentie totalement libre. Je pouvais décider de mon répertoire. Jamais je n'ai enregistré quelque chose qui n'était pas moi. Si on me demandait de faire Iseult parce que Wagner, c'était in, je pouvais refuser.»
Le problème
Mais les grands groupes, s'indigne-t-elle, se sont lancés dans une recherche frénétique de ce qui se vend, exigeant une rentabilité anormale pour l'univers du classique. «Leur souci n'est plus la musique et les artistes, c'est la pression du court terme, imposée par des financiers qui ne savent rien de la création, mais qui décident à la place de l'artiste. Pour un peu, ils me demanderaient de faire «Schubert Sexy» ou «Schubert et Jazz», parce que ça se vendrait mieux. Et pourquoi pas poser topless sur les pochettes ?»
Barbara est partie à la reconquête de ses archives après qu'elle eut constaté qu'EMI avait retiré de son catalogue des disques au prétexte qu'ils se vendaient mal. Un argument qui la met en rage : une carrière, estime-t-elle, prend toute sa cohérence avec le temps. «Les oeuvres sont rayées du catalogue par ordinateur. Es sortent un disque sans publicité, sans marketing et, ensuite, ils décrètent que «les lieder, ça ne marche pas !» Moi, je leur réponds : «Normal, vous n'avez rien fait pour que ça se vende !»
Sa solution
Du coup, la chanteuse a créé son propre label au nom évocateur, Arte Verum, car, «dans l'art, la seule chose qui compte, c'est la vérité». Ce qui était impensable il y a une dizaine d'années est aujourd'hui possible grâce à la technologie : contrôler les efforts créatifs depuis le début des répétitions jusqu'à la salle de concerts, puis dans le studio d'enregistrement. «Je ne vois que des avantages à me produire moi-même. J'obtiens le son que je veux en limitant les défauts du numérique. Puis je décide de ressortir le disque ou non, de modifier le livret ou la pochette. Et je peux changer de distributeur à tout moment.»
Trois disques figurent pour l'instant au catalogue d'Arte Verum : Canciones espanolas, déjà vendu à 11000 exemplaires alors qu'il n'est pas encore sorti dans tous les pays; un recueil de lieder de Schuman; Endless Pleasure, des airs de chanson ou d'opéra de Purcell et Haendel. Ils sont disponibles sur le Web, où, comme pour les rockers de Radiohead, les internautes paient ce qu'ils veulent. En moyenne, ils ont versé 7,23 euros. «Je voulais dire aux jeunes, que la musique classique effraie : «Vous n'osez pas venir vers moi, alors moi, je viens vers vous.» En retour, j'espère qu'ils se diront : «Elle n'est pas toute jeune, la mamie, mais elle est moderne».»
Dessin de Pessin : Kourou pas de message

Presse Européenne : Revue de détail - Point de vue de l’écrivain mexicain Carlo Fuente – Réactions en France vue de la Tribune
Courrier International Mardi 12/02/08
FRANCE • "Chirac, reviens, tu es pardonné !" La plongée du président français dans les sondages n'a pas échappé à la presse européenne. Le "vaudeville" de Neuilly non plus. Revue de détail d'un impressionnant désamour.
Il y a quelques semaines à peine, le quotidien espagnol El Mundo consacrait un cahier spécial admiratif au président français. Il en faisait même sa "personnalité de l'année 2007". Un titre que son principal concurrent El País aurait préféré voir revenir roi d'Espagne, qui venait de célébrer ses 70 ans.
Deux mois plus tard, un des pères de l'Europe, le socialiste portugais Mario Soares, ancien Premier ministre et ancien président de son pays, prend la plume pour le quotidien Diário de Notícias pour un éditorial intitulé "La déception Sarkozy". "Il a fallu six mois", écrit le vieil homme, "pour que les Français si cartésiens se rendent compte que l'erratique, imprévisible et inquiétant Nicolas Sarkozy a de grandes chances d'être un désastre pour la France. Il y a même des Français pour crier aujourd'hui : 'Chirac, reviens, tu es pardonné !' En six petits mois, l'homme et son style ont été rejetés par les Français, qui déjà le méprisent."
Le quotidien britannique The Independent ne dit pas autre chose en consacrant dans son édition du 12 février un cahier spécial à cette simple question : "Quel est le problème, avec le président ?" Ou cette autre, plus cruelle encore : "Est-il à la hauteur du job ?" Dans le même genre, mais en Italie cette fois et dans les colonnes de La Repubblica, on se demande si "le super-Sarko d'il y a quelques mois ne serait pas soudain devenu un boulet pour les siens".
L'épisode de Neuilly, qualifié de "vaudeville" par tous les quotidiens, a fini par symboliser ce désamour des Français et d'une partie de la presse internationale. "On ne rigole plus", écrit Joëlle Meskens dans Le Soir de Bruxelles, "l'Elysée ne prend plus aucun risque, si ce n'est celui du ridicule".
Ridicule évoqué aussi dans les pages de La Libre Belgique, lorsque l'autre quotidien francophone de Bruxelles évoque le retrait de David Martinon de la course à la mairie de Neuilly : "Nul à Paris ne voit David Martinon maintenu très longtemps au poste de porte-parole de l'Elysée : difficile de parler au nom de quelqu'un qui, au pire, vous a laissé tomber, au mieux n'a pas empêché son propre fils [Jean Sarkozy] de vous humilier en direct devant les caméras du pays entier."
Décidément non, semble conclure La Repubblica, "le président bling-bling ne plaît plus aux Français", alors même que, pour Le Soir, "le psychodrame se poursuivait à Sarkoville".
Anthony Bellanger
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PIPOLISATION • Du haut de ces pyramides, 400 photographes me contemplent Extraits
Courrier International mardi 12/02/08
L’exhibitionnisme du président français n’a pas échappé au grand écrivain mexicain Carlos Fuentes. Son “amusante” futilité non plus, qui contraste cruellement avec les défis que le pays doit relever.
La France s’interroge. La nation s’étonne. Le pays est perplexe. Qu’est-ce que la “pipolisation” ? Une mode ? Une maladie ? Un épisode passager ? Un nouveau fondement de la vie politique et sociale ? La racine du mot est une francisation de l’anglais “people”, les gens en général, mais plus spécifiquement ceux qui apparaissent dans les revues people. Pour être admis dans ce que [l’écrivain et grand mondain britannique] Somerset Maugham appelait “notre groupe”, il fallait la beauté, l’élégance ou simplement l’argent, avec ou sans élégance et beauté. Les politiques rejoignent donc rarement ce “cercle enchanté”, exception faite, bien sûr, des Kennedy.
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La France, en particulier, a tenu ses dirigeants à l’écart de la frivolité et de la théâtralisation en privilégiant, à l’inverse, un strict formalisme public.
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La présidence discrète, lointaine, intouchable a vécu !
Sous la Ve République, ce formalisme politique se présentait, dans des versions diverses, comme un héritage de l’autorité étatique que la France, avant n’importe quel autre pays européen, a su imposer, et ce dès le règne de Philippe Auguste (1180-1223), qui le premier a centralisé l’administration du royaume. L’étatisme français s’est perpétué, renforcé, et a survécu à 1789, au régime bonapartiste et aux guerres – victorieuses ou perdues – des XIXe et XXe siècles. Mieux encore, dans ses “grandes écoles”, l’Etat français trouve et forme ses élites et, enfin, les récupère à son profit.
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Après l’humiliation de la France par Hitler, en 1940, de Gaulle refuse la défaite, conduit la France libre et inaugure la Ve République avec un mélange de brio impérial, de rouerie politique et de foi dans le destin de la nation – une “certaine idée de la France” qu’il est facile de caricaturer. ( De Gaulle au Conseil des ministres : “J’ai décidé de lancer une bombe atomique sur Moscou.” Un ministre : “Mon Dieu !” De Gaulle : “N’exagérons rien.”) Je veux dire que la dignité quasi impériale de la présidence française a été cultivée et entretenue par les successeurs du Général, avec plus ou moins de réussite.
Dans ce domaine, c’est François Mitterrand qui a obtenu les succès les plus remarquables. La dignité présidentielle mitterrandienne n’était que partiellement liée à la tradition. Elle était surtout affaire d’intelligence. Homme souverainement intelligent, Mitterrand était aussi cultivé, bon écrivain et l’incarnation même des vertus machiavéliennes. C’était un véritable homme d’Etat, et sa vie personnelle, sa maladie, sa maison [de Latché], sa fille illégitime appartenaient à sa vie privée et y sont restées strictement cantonnées.
Telle est la tradition avec laquelle Nicolas Sarkozy a bruyamment rompu. Le nouveau président s’exhibe. La présidence discrète, lointaine, intouchable, a vécu. En Egypte, quarante siècles contemplaient Napoléon. En Egypte, quatre cents photographes mitraillaient Sarkozy. Aujourd’hui, il est mis à dure épreuve dans un pays aux antiques et solides traditions qui, peut-être, ne tolérera pas la frivolité de son nouveau président de la République.
Mais la république elle-même a changé, elle se demande si le vieil Etat-nation français ne devrait pas se contenter d’arbitrer entre l’intérêt public et les intérêts privés. Elle se demande aussi si ces intérêts privés ne seraient pas déjà en train, la mondialisation aidant, de s’imposer par le haut à l’Etat, tandis qu’en bas des citoyens intelligents, éduqués et alertes se retrouvent à devoir exercer eux-mêmes le devoir de vigilance auquel semble avoir renoncé une gauche querelleuse, fracturée, plus ennemie d’elle-même que du gouvernement.
Le chômage a été et continue d’être la plaie de l’économie française. Dans quelles conditions les jeunes vont-ils entrer sur le marché du travail ? A quel âge et à quelles conditions doit-on prendre sa retraite ? Comment établir avec équité la durée hebdomadaire du travail ? Comment concilier croissance et justice ? Comment adapter le progrès social à l’économie mondialisée ? Perspective sociale. Politique de la famille. Consensus entre les classes et les intérêts grâce à la médiation de l’Etat.
Ce sont là, parmi tant d’autres, des questions que le gouvernement Sarkozy ne pourra longtemps éluder. Sans quoi il risque de laisser la France en retard face à une réalité mondiale qui n’est pas figée, qui évolue et nous oblige à penser, à agir, à influer. La mondialisation n’est pas une fatalité, elle peut aussi être une chance.
Quant au reste, la “pipolisation”, Sarkozy et ses femmes, comme le remarque un vieil ami français, homme d’une grande sagesse, “c’est amusant*”.
* En français dans le texte. Quoi qu’il en soit, l’ordre du jour de la France est des plus évident.
Carlos Fuentes
Milenio
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FRANCE • Les Français ne croient plus en Sarkozy
Courrier International mardi 12/02/08
Le rédacteur en chef de la Tribune de Genève est un déçu du sarkozysme. D'abord épaté par les cinq premiers mois du président, il a vu ensuite "émerger l'homme nu". Et il n'a pas aimé ce qu'il a découvert...
Je ne sais pas si vous êtes comme moi. Et si oui, je ne sais pas si vous vous en souvenez encore, mais les cinq premiers mois de Nicolas Sarkozy à la tête de l'Etat français, je les ai trouvés époustouflants.
De mai à septembre, qu'il pilote la réforme des régimes spéciaux de retraite "indignes" ou qu'il s'exprime, le lendemain, sur la nécessité d'intervenir au Darfour, en passant par l'obtention d'un nouveau traité européen... A chaque fois, il visait, parlait et tapait juste.
Et puis a commencé à émerger l'homme, nu si l'on peut présenter les choses ainsi, dans les habits du président. Sa culture artistique ? Polnareff. L'œuvre d'art qu'il privilégie ? Sa montre. Son lieu de célébration ? Disneyland. Son obsession publique ? Lui.
Ainsi apparaît l'homme qui succède aux cinq présidents de la Ve République française. De Gaulle, le géant susceptible ; Pompidou, l'intérimaire moderniste ; Giscard, le réformateur bourgeois ; Mitterrand, le lumineux réformiste contraint ; Chirac, le passionné des terroirs. L'hyperactif Sarkozy, au bénéfice d'une force de conviction hors du commun, peut-il s'inscrire dans la lignée en renouvelant le genre ?
Les Français n'y croient plus, à écouter le pays et les sondages, qui placent même le sobre Premier ministre, François Fillon, loin devant en termes d'opinions favorables. Marre du "bling-bling", quand on parlait pouvoir d'achat et que ce n'est pas le bruit d'une pièce qui tombe dans sa propre tirelire. En ce qui concerne Sarkozy, le bonheur des Français a semblé céder le pas à la jouissance personnelle ; l'activité a fait place à l'agitation.
Il reste au président quatre ans et trois mois pour se montrer apte à la fonction. Mais, surtout, pas de précipitation ! Il ne faut pas prendre du temps au temps.
Denis Etienne Tribune de Genève
L'université qui lutte contre la malbouffe
Ouest-France 12/02/08 - Laurent MORINO
Dire non au fast-food, Carlo Petrini, sociologue italien a créé le mouvement Slow food. Une université a même été ouverte près de Turin. On y apprend l'histoire et l'importance du goût des bons produits.

Carlo Petrini, le fondateur du mouvement Slow Food devant le domaine royal de Pollenzo, siège de l'Université des sciences gastronomiques.
Au-delà des collines, on entrevoit Alba, célèbre pour ses truffes blanches. Un peu plus au nord, à une quarantaine de kilomètres, Turin, la première capitale italienne. Tout autour, des côteaux à perte de vue, où rivalisent les meilleurs crus italiens : le barbera d'Asti, le roero, le barolo. C'est là que se trouve Bra, petite cité piémontaise largement inconnue du grand public jusqu'à la naissance, en 1986, de Slow Food. Un mouvement lancé, un soir entre amis, autour d'une bonne table et devant un bon vin, comme c'est ici la coutume. Carlo Petrini, son fondateur, sociologue et critique gastronomique, a compris l'enjeu global, au-delà du seul plaisir que peut constituer la défense de la bonne bouffe, tant au niveau culturel qu'économique.
Défendre le goût, la gastronomie, les produits en voie de disparition, les producteurs eux-mêmes : tel est le credo de Slow Food. Mais, comme le souligne Carlo Petrini, il fallait « donner une dignité académique à la gastronomie ». C'est chose faite depuis 2004, avec l'Université des sciences gastronomiques, dont le siège est à Pollenzo, à quelques kilomètres de Bra. Il s'agit d'une ancienne propriété de villégiature de la famille de Savoie, où le roi Victor Emmanuel II venait se détendre. « Elle était en ruine, on a tout retapé », précise fièrement le recteur Alberto Capatti. Depuis quatre ans, des étudiants du monde entier viennent se frotter à une approche interdisciplinaire de la gastronomie. « On y suit des études universitaires tout à fait classiques, chimie, botanique, technologie alimentaire. On y propose aussi des voyages pour découvrir les systèmes de production. Les étudiants doivent connaître un terroir dans sa diversité. » Des stages réalisés chez des producteurs, dans le Piémont, mais aussi partout dans le monde : en Écosse, au Japon et même en Australie.
«Le monde d'aujourd'hui va très très vite, ici, on vit une philosophie tellement unique », se réjouit Edoardo, un jeune étudiant romain, l'un des rares Italiens de sa promotion. «On fait de l'anthropologie, on étudie la production animale et végétale, l'histoire de la gastronomie, évidemment, mais on fait aussi de la zoologie, de l'économie, c'est vraiment très complet. » Il y a même un atelier « d'analyse sensorielle » et un potager cultivé par les étudiants.
Georges, lui, vient de Paris. Il a vendu ses deux restaurants, pour faire un break : « je veux approfondir mes connaissances en gastronomie ». Les 19 000 euros de droits d'inscription constituent une somme rondelette, mais comprennent hébergement, demi-pension, stages, voyages, ordinateur portable et les assurances. «C'est scientifique d'un côté, humaniste de l'autre », assure Georges, visiblement ravi d'avoir rompu avec le rythme parisien. La philosophie de Slow food ? « Ben, c'est un peu de sauver le monde! Trouver des moyens de produire à petite échelle et de prendre ses distances vis-à-vis de l'agro-industrie pour revenir à une agriculture plus humaine. »
Et les débouchés ? Le conseil en gastronomie chez un producteur, le tourisme, la communication. « La première promotion termine cette année ses trois ans d'études, explique le recteur. Certains ont 22 ans, ils s'occuperont de la promotion ou de la distribution de tel ou tel produit. D'autres avaient déjà une formation, comme ce Canadien qui avait sept ans de travail en cuisine. Il a trouvé un emploi dans la production vinicole, en Sicile. Notre étudiant ne sera jamais un technicien, mais un fin connaisseur de la production alimentaire. »
Tous les deux ans, Slow food organise un Salon du goût à Turin, avec depuis 2004, une manifestation ouverte aux producteurs du sud de la planète, Terra Madre, pour concilier défense de la gastronomie, écologie et développement durable. Les 225 étudiants de Pollenzo (et de l'autre siège de l'Université situé près de Parme) sont naturellement mobilisés lors de ces événements. Carlo Petrini est formel : « Le rapport à la terre est un enjeu majeur pour notre avenir, il faut le revaloriser. »
Slow food
Le mouvement rassemble aujourd'hui 85 000 membres dans 130 pays, répartis en quelque 800 cercles baptisés « Convivium ». Slow Food compte une maison d'édition, publie des guides, organise le Salon du goût à Turin et la rencontre mondiale Terra Madre. Slow food c'est aussi une fondation pour la biodiversité.
L'Université
L'Université des sciences gastronomiques est financée par Slow food, la Région Piémont (pour le siège de Pollenzo où les étudiants suivent les trois premières années de licence) et la Région Emilie-Romagne (pour le siège de Colorno, près de Parme, pour les deux ans de master). Chaque année, environ 60 étudiants sont pris sur dossier. Les cours sont dispensés en italien et en anglais. Pour toute information: www.unisg.it
Tchad : silence à Paris et embarras par les arrestations d'opposants tchadiens au régime d'Idriss Déby
Edito du Monde LE MONDE | 12.02.08
Depuis dix jours, trois opposants politiques tchadiens sont détenus au secret par le pouvoir du président Idriss Déby, auquel la France a apporté un important soutien diplomatique, ainsi qu'une aide militaire logistique, lors de l'attaque de la rébellion contre la capitale, N'Djamena, les 1er et 2 février. La France observe, à propos de ces arrestations, un silence gêné ou, pour le moins, une retenue surprenante. Aucune demande de libération de ces personnes détenues dans des conditions extrajudiciaires, et dont les proches sont sans nouvelles, n'a été adressée publiquement au régime tchadien par les autorités françaises.
C'est de Bruxelles, et non de Paris, qu'est venue, lundi 11 février, la première déclaration forte mettant en garde le régime tchadien contre ce qui ressemble à une nouvelle dérive autoritaire. Louis Michel, le commissaire européen au développement, a appelé à la "libération immédiate" des opposants tchadiens et il a exprimé une "une inquiétude croissante" quant à l'évolution politique au Tchad.
Les arrestations, a-t-il dit, "mettent en péril" le processus de dialogue politique lancé en août 2007 par l'accord conclu entre le gouvernement tchadien et l'opposition, sous l'égide de l'Union européenne. L'un des trois opposants détenus, l'ancien président tchadien Lol Mahamat Choua, était l'une des figures de proue de cet accord.
Paris a préféré s'en tenir à un langage a minima, visiblement soucieux de préserver sa relation avec M. Déby en lui épargnant le moindre reproche public, alors que les normes élémentaires du droit international ont été bafouées. Le Quai d'Orsay s'est contenté de rappeler l'"attachement (de la France) aux droits de l'homme" et de demander que les prisonniers puissent faire l'objet de visites du Comité international de la Croix-Rouge. Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, n'a pas prononcé une seule phrase publique, depuis le début de cette crise, pour exprimer une préoccupation quant au sort des détenus au Tchad.
Un régime africain "ami" de la France enferme des opposants au prétexte d'affrontements armés, et Paris se tient coi : on pouvait imaginer meilleure rupture avec les méthodes de la "Françafrique". Les responsables français s'en défendent en expliquant qu'ils ont agi par des canaux discrets. Mais la parole publique compte. C'est elle qui véhicule le message de la France, qui est censée, depuis mai 2007, mettre en exergue la dénonciation des "oppresseurs" dans le monde.
Un silence d'autant plus confondant que Paris est à l'origine de la création de la force européenne Eufor, qui doit, en principe, se déployer dans l'est du Tchad et aider, ainsi que le dit la résolution 1778 du Conseil de sécurité de l'ONU, "à la surveillance ainsi qu'à la défense des droits de l'homme".
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Paris embarrassé par les arrestations d'opposants tchadiens au régime d'Idriss Déby
LE MONDE | 12.02.08 Natalie Nougayrède et Jean-Pierre Tuquoi
Lorsque, le 5 février, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a demandé à Idriss Déby, de faire en sorte qu'il n'arrive pas malheur aux membres de l'opposition politique tchadienne arrêtés pendant l'attaque de la rébellion armée contre la capitale N'Djamena, le président tchadien a répondu : "Ne m'emmerdez pas, je fais la guerre !" Le sort des trois dirigeants de l'opposition politique tchadienne arrêtés début février dans des conditions non éclaircies, au moment où les combats faisaient rage dans N'Djamena, restait, mardi matin 12 février, des plus incertains.
Ces trois personnes détenues par le pouvoir tchadien sont Lol Mahamat Choua, ancien président de la République et figure de proue d'un accord de dialogue politique conclu en août 2007 entre l'opposition et le pouvoir tchadien sous l'égide de l'Union européenne ; Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de partis d'opposition tchadiens, la Coordination pour la défense de la Constitution (CPDC) ; et Ngarlejy Yorongar, un des opposants les plus anciens au régime d'Idriss Déby.
Leur détention, qui se déroule dans des conditions extra-judiciaires, n'a fait l'objet d'aucune condamnation publique de la part de la France. Les prises de position des responsables du Quai d'Orsay ont consisté, dans un premier temps, à expliquer qu'ils ne disposaient pas d'informations au sujet d'éventuelles arrestations. Puis, à partir du vendredi 8 février, ils ont mis en avant les démarches françaises pour que les prisonniers puissent faire l'objet de visites du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mardi matin, les autorités tchadiennes n'avaient toujours pas confirmé publiquement ces détentions.
Le choix français de s'en tenir à un langage très feutré, visant à ménager la relation avec le pouvoir tchadien, tranche avec les déclarations faites, lundi à Bruxelles, par le commissaire européen au développement, Louis Michel. Celui-ci a exigé "la libération immédiate" des militants politiques arrêtés. Bruxelles, a-t-il ajouté, "suit avec une inquiétude croissante les conséquences négatives" des combats au Tchad "sur le plan de la réconciliation intérieure, à la suite de l'arrestation de représentants charismatiques de l'opposition politique républicaine".
DÉSARROI DES FAMILLES - Paris a fait le choix d'intervenir discrètement, sans mettre en cause de façon publique le pouvoir tchadien. Dans le secret, les autorités françaises ont "mis en sécurité, dès le début de la crise" deux responsables d'organisations de défense des droits de l'homme tchadiennes, font remarquer les diplomates. Les officiels français se défendent en privé d'avoir été inactifs, même s'ils reconnaissent que leurs démarches n'ont eu, à ce jour, qu'un effet limité. Le CICR a pu avoir accès à la prison centrale de N'Djamena, mais les trois opposants ne s'y trouvaient pas. Paris a demandé que d'autres centres de détention puissent être visités. "Nous avons bon espoir que cela sera le cas aujourd'hui", commentait-on au Quai d'Orsay mardi matin.
Les familles des opposants expriment de leur côté un grand désarroi. "Je n'ai aucune nouvelle de mon père. Personne de ma famille ne sait ce qu'il est devenu ni pourquoi il a été arrêté", a déclaré, lundi, au Monde, Khassim Lol, l'un des fils de Lol Mahamat Choua. "Nous sommes très inquiets, en particulier s'agissant de Ngarlejy Yorongar, qui aurait été torturé", déclarait-on au siège de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), à Paris. Et d'ajouter : "Ce sont des arrestations arbitraires. Le président Déby peut prendre prétexte de la situation militaire pour éliminer l'opposition politique et les responsables de la société civile."
De son côté, le CICR se dit particulièrement inquiet du sort de nombreux blessés lors des combats au Tchad qui ont été placés dans des lieux de détention éparpillés. "Nous visitons les lieux de détention, mais il y en a de nombreux à N'Djamena et nous ne sommes pas sûrs de tous les avoir vus", indiquait-on, lundi, au siège du CICR, à Genève.
Dans les usines chinoises, les salariés venus des campagnes et qui contribuent à la croissance se révoltent
PASCALE NIVELLE - Libération mardi 12 février 2008
Une vraie bataille, uniformes contre uniformes, ouvriers contre vigiles. Le 17 janvier à l’usine de conteneurs Maersk du port de Machong, 2 000 employés, l’émeute a explosé à l’heure du déjeuner.
Pour une broutille. Zhao Hongwei, pressé par son chef de retourner à son poste de travail, avait resquillé dans la queue de la cantine. Faute grave, qui lui a valu un tabassage sévère par les gardes, comme souvent. Mais, ce jour-là, l’usine entière s’est soulevée, les briques ont volé, la bagarre s’est prolongée jusqu’aux petites heures du matin. Aux coups qui ont plu sur Zhao s’est ajoutée une sourde colère qui couvait depuis des jours. La direction réclamait d’accélérer la cadence, mais refusait de payer les heures supplémentaires. «Des incidents comme celui-là, il y en a un par jour à Shenzhen, explique Liu Kaiming, directeur de l’ICO (Institut d’observation contemporaine). On assiste à de plus en plus de conflits, de débrayages. Certains ouvriers commencent même à traîner les employeurs devant la justice.»
«Esclaves».Shenzhen, la zone économique spéciale en face de Hongkong, compte 10 millions d’ouvriers et quelque 100 000 entreprises. En 2001, ils étaient 6 millions. La ville, hérissée de centres commerciaux de luxe et sillonnée par les Porsche Cayenne, affiche 28 % de croissance par an. Les commandes affluent du monde entier. Mais le sort des travailleurs, presque tous migrants venus des campagnes, ne change pas. Douze heures de travail quotidien pour un salaire mensuel de 1 000 à 2 000 yuans (96 à 190 euros) et un jour de repos par mois. Pas de chômage, pas de sécurité sociale ni de retraite. La grève et les syndicats sont interdits. A cause du Hukou, passeport intérieur qui ne donne aux paysans aucun droit dans les villes, il n’y a pour eux ni école ni hôpitaux.
«70 % de la croissance chinoise est tirée par les migrants, explique un professeur à l’université de Canton qui ne veut pas être cité, mais ils sont toujours traités comme des esclaves.» «Ça ne marche plus, explique Liu Kaiming, les migrants d’aujourd’hui, la deuxième génération, ont fait des études. Enfants uniques nés après 1980, ils ont moins de charges que leurs parents et davantage d’exigences. Ils veulent consommer, profiter de la croissance.»
Depuis 2005, les manufactures de jouets, de textile ou de petit électroménager qui ont fait le succès de l’«usine du monde», ont du mal à embaucher. Mille entreprises auraient déjà fermé, les employeurs commencent à s’alarmer d’une pénurie de main-d’œuvre et des exigences de la nouvelle classe laborieuse.
Ça ne les rend pas plus accommodants pour autant. Zhang Guo, 34 ans, vient de débarquer, furieux, dans une petite ONG de migrants de Shenzhen. Son badge de l’usine encore accroché sur la poitrine, il explique : «On vient d’être licenciés, vingt-trois d’un coup, sans indemnités !» Cela fait six ans qu’il travaille pour la même entreprise d’électroménager, Nissin, filiale d’une société américaine cotée en Bourse, Highway Holdings. Six ans que ses heures supplémentaires ne sont pas payées. Le matin, avec une vingtaine d’autres ouvriers, sous les yeux de 2 000 collègues silencieux, il a fait le siège de la direction. Pour réclamer deux années d’arriérés, fort de la nouvelle loi sur le travail entrée en vigueur le 1er janvier. «Tout ce qu’on a entendu, c’est qu’on était virés. Je me croyais protégé, pourtant, après toutes ces années.» Zhang est décidé à se défendre : «Je vais prendre un avocat et chercher un autre travail. Ce n’est pas ce qui manque.» La procédure prendra des mois, et il n’est pas certain de l’emporter. Mais il fera valoir ses «droits». La limite de ce qu’il peut supporter est atteinte : «Tout est truqué ! Les clients étrangers demandent des garanties sur nos conditions de travail, mais la direction leur ment. En apparence, tout est bien dans cette usine, mais aucune règle n’est respectée.»
Le cas est courant. A la Zhenghui Clothing Factory de Canton, par exemple, le patron a obligé les employés à apprendre par cœur les réponses à fournir en cas de visite surprise d’un gros client d’outre-mer célèbre pour ses marques, Wrangler, The North Face ou Kipling. Heures travaillées, congés, salaires, tout était faux. L’un des salariés a révélé l’histoire sur un blog intitulé «L’esclave qui sait résister». Un cas parmi d’autres, selon Liu Kaiming : «Les faux questionnaires, c’est banal. Tout le monde trompe les Occidentaux ! Les dirigeants fournissent des tas de certificats tous aussi truqués les uns que les autres.»
Monsieur Wu, du Hunan, a été embauché dans six usines de Shenzhen en dix ans. En 2007, il a travaillé sept mois dans une usine de chaussures de 600 employés, qui honorait des commandes étrangères. Pour 580 yuans (56 euros) par mois. Lorsqu’il est allé réclamer ses heures supplémentaires, payées deux yuans (0,20 euro) de l’heure, il a été remercié brutalement. Monsieur Wu ne veut plus travailler. Il s’est enrôlé presque bénévolement dans une petite ONG, comme il en existe une quarantaine dans la région de Canton, pour réveiller les consciences et «faire avancer le droit». «Les abus sont généralisés, dit-il, mais les migrants ne se rendent même pas compte qu’ils sont exploités, c’est ça qu’il faut changer.» Son procès est en cours. Un de plus.
«Relations». Chez Haowei Toys, d’où partent des millions de figurines Disney, cinq sculpteurs poursuivent leur employeur pour des retards de salaires. Lorsqu’ils ont lancé la procédure, leur patron a rétorqué : «Ça ne servira à rien, nous avons d’excellentes relations avec le gouvernement et Disney. C’est vous qui allez souffrir.» Les sculpteurs ont tenu bon. Comme de plus en plus de travailleurs.
Ces cas isolés sonnent-ils la révolution dans l’usine du monde ? «Malheureusement, ça ne fait guère avancer les choses, constate Liu Kaiming. Les lois ne sont pas respectées. Et la plupart des ouvriers sont incapables de s’organiser. Ils n’ont pas encore conscience de leur pouvoir.»
Microsoft veut racheter Yahoo

