mercredi 13 février 2008
Monsieur le Président
Libération mardi 12 février 2008 - Lettre ouverte
Bouvard et Pécuchet collectif de doctorants en droit public.
Dire que nous sommes fiers d’être français n’a pas de sens dans la mesure où nous n’avons eu qu’à naître pour obtenir cette nationalité que beaucoup envient. Toutefois, nous aimons profondément notre pays, pour ce que nous avons appris à connaître de lui, de son histoire, de son présent et plus généralement de sa culture, que nous savons riche. Et cela, nous l’avons appris sans vous. Mais s’il n’est pas de fierté que nous puissions revendiquer de manière sensée, c’est bien de honte que nous sommes frappés lorsque, au fil des semaines, vous confondez votre réussite personnelle et l’intérêt général.
Nous ne sommes pas la France, nous ne sommes pas des victimes, nous ne sommes pas des puissants, nous ne sommes que des citoyens. Depuis neuf mois que le suffrage universel vous a porté à l’Elysée, vous avez souhaité marquer la direction de l’exécutif d’une empreinte nouvelle. Hélas, la nouveauté n’est pas une fin en soi, la rupture n’est pas à elle seule un programme et le progrès ne se décrète pas.
vous épousez les thèses de vos homologues internationaux, souvent en contrepartie de contrats qui n’ont de valeur certaine que celle du papier qui en porte les clauses ; lorsque, avec arrogance, vous multipliez les signes d’une amitié feinte avec des chefs d’Etat qui n’en souhaitent pas tant ou au contraire, donnez à certains peuples l’impression du mépris ; lorsque vous tentez une diplomatie faite de coups d’éclat, c’est l’image d’une France impuissante que vous renvoyez. Lorsque vous utilisez votre image personnelle et celle de vos proches collaborateurs, puis confondez votre vie privée et celle de chef d’Etat, comme autant de leviers pour qu’un événement médiatique en chasse un autre, c’est la question essentielle de la politique que vous éludez. Enfin, nul n’est besoin pour vous de chercher à simuler une proximité avec les Français ou une simplicité faite d’humour déplacé et d’un langage appauvri. Nous accepterions volontiers que notre avenir ne dépende pas de politiques décidées dans l’instant, mais d’actions réfléchies.
Or, s’il n’est pas en votre pouvoir de reconstruire une opposition parlementaire digne de ce nom, c’est à vous qu’incombe de laisser agir la représentation nationale et les organes constitués chargés d’assurer les fonctions de l’État, et non des organismes privés ou les maires du palais que sont vos proches conseillers. Peut-être verrez-vous dans ces lignes l’expression d’une «pensée unique», mal suprême semble-t-il qui, invoqué par vous, permet de balayer d’un revers de main, et sans appel, tout propos qui ne correspondrait pas à vos attentes. Certes, vous ne manquerez pas d’opposer à nos simples propos l’action censée vous caractériser et à nos mots soignés ceux de votre vérité.
Seulement, nous ne pouvons nous résigner à taire une irritation qui confine à la colère et nous pousse à assumer cette prétention consistant à vous écrire. Nous craignons que le rabaissement de la fonction présidentielle, clé de voûte de nos institutions, n’entraîne l’affaissement de l’édifice républicain.
Audience de Jean-Baptiste Libouban devant le TGI de Montpellier 14 h 00
Le faucheur fauché et ses deux épis à 270 000 euros
Au mur tiquetaque le carillon du grand-père ; juste en dessous étincelle un plateau en cuivre façon souk arabe ; en face, une assiette de faïence bleue égaye le panneau blanc ; dans le tiroir il y a peut-être une demi-douzaine de petites cuillères en argent ; dans la cour une vénérable voiture somnole sur son matelas de kilomètres : 250 000 environ.
.. Voilà : Jean-Baptiste Libouban, 72 printemps, compagnon de l’Arche, a à peu près fini d’énumérer ses biens terrestres. Le reste, murs et meubles, appartient à la communauté dont il est membre depuis quarante ans.
Il est juste d’ajouter que Jean-Baptiste Libouban n’est pas qu’un suiviste altermondialiste, simple filament dans la comète José Bové. Non : il est l’homme qui a inventé le concept des faucheurs volontaires, celui qui, pour ôter à la Confédération paysanne le poids exclusif de la responsabilité pénale, a imaginé de faire faucher la société civile.
Venant d’un autre, on aurait pu voir là le caprice d’un vieux baba depuis longtemps enfumé aux herbes des causses et aux senteurs de pélardon. Mais avec Libouban, c’est plus compliqué : cet homme met, depuis quarante ans, sa vie en accord avec ses principes. Dans la communauté de l’Arche dont il fut longtemps le responsable, là-haut sur les contreforts héraultais du Larzac, il cultive bio, consomme le moins possible, s’éclaire à l’éolienne et prêche partout la non-violence héritée de Lanza del Vasto et, à travers lui, de Gandhi.
Cette constance vaut aux gens de l’Arche la considération des gendarmes du coin, l’estime des paysans du cru - ce qui est encore plus difficile - et, dit-on, la compréhension de bien des magistrats - procureurs compris - qui ont eu à les juger. Mais le parquet choisit ses neuf prévenus et Libouban fut de la charrette. Aujourd’ hui, il s’étonne bien un peu de ces tribunaux aux décisions si disparates : condamnations à Toulouse et à Riom, relaxes à Orléans et à Versailles où les magistrats ont admis la légitimité du principe de précaution appliqué par les faucheurs. Mais quoi... C’est la règle. Quant aux 270 000 euros qu’une lettre d’huissier l’a enjoint de payer avant même la décision de la Cour de Cassation, il finit par en sourire, lui le faucheur fauché, en regardant le carillon familial.
Là où il ne rit plus, c’est en pensant à la loi sur les OGM que le Sénat vient de voter : « Faucher à nouveau ? Ou semer du vrai maïs au milieu du transgénique ? Bien sûr. Et aller en prison aussi. J’y suis prêt. C’est trop grave ». On imagine mal la tête des gendarmes qui, ce jour-là, viendront le chercher...
VILACEQUE - Midi Libre
Jean-Baptiste au TGI de Montpellier le 12 février à 14 h
Mardi 12 Février tous au TGI de Montpellier !
Audience de Jean-Baptiste Libouban devant le TGI de Montpellier 14 h 00
en présence de François ROUX, son avocat, Marie Christine BLANDIN, sénateur, Noel MAMERE, député, José BOVE, faucheur volontaire, David de PAS, représentant du syndicat de la magistrature, cités comme témoins, en présence de la Présidente des syndicats des avocats.
Jean-Baptiste, doyen des faucheurs volontaires est poursuivi pour refus de prélèvement d’ADN. il est convoqué Mardi 12 Février à 14 h Tribunal de grande Instance Place Pierre Flotte, à Montpellier
Motif : Refus de donner son ADN
En effet, suite à sa condamnation par la cour de cassation pour fauchage à Rion en 2004, Jean-Baptiste a été convoqué en gendarmerie du Bousquet d’Orb le 28 Septembre 2007.
Il lui est reproché d’avoir refusé de se soumettre à un prélévement biologique destiné à permettre l’analyse et l’identification de son empreinte génétique.
MOBILISATION générale !

Société - La vie ric-rac d'une famille ordinaire
LE MONDE | 11.02.08 MEZIDON-CANON (CALVADOS) ENVOYÉE SPÉCIALE
Elle a posé sur la table de la cuisine une grande feuille de papier quadrillée couverte de chiffres. "J'ai pris tous nos relevés bancaires et j'ai calculé le coût de chaque poste. Ce n'était pas compliqué : toutes nos dépenses sont mensualisées. Ici, on n'aime pas les mauvaises surprises !" Bénédicte Badin et son mari Pascal ne peuvent guère se les permettre : ils gagnent tous les mois le revenu médian d'un ménage français ayant deux enfants, soit un peu moins de 3 200 euros. La famille Badin se situe au milieu de l'échelle sociale française, à un endroit où le pouvoir d'achat n'est plus un drame, mais encore un souci.
Bénédicte Badin, qui a 33 ans, est aide-comptable à 80 % dans une association familiale de Caen. "La garantie d'un salaire régulier, d'un travail sans souci et d'un retour chez soi, tous les soirs, à 18 heures", résume-t-elle. Elle égrène un à un les avantages que lui procure son emploi : seize tickets restaurants à 7,30 euros, une mutuelle à 20 euros pour toute la famille, un comité d'entreprise qui distribue des bons cadeaux à Noël et des aides pour le centre aéré l'été. "Je ne travaille pas le mercredi, j'ai un employeur sérieux et je gagne 980 euros par mois. Pour un second emploi, c'est parfait."
Car Bénédicte Badin considère que le premier emploi du ménage, celui du "bread-winner", comme disent les sociologues, est celui de son mari. Pascal, qui a aujourd'hui 34 ans, a déjà une longue vie de plombier-chauffagiste derrière lui : à 15 ans, il est entré en préapprentissage et depuis, il a toujours travaillé sur les chantiers. "J'ai eu plusieurs patrons mais je n'ai jamais été à 35 ou à 37 heures par semaine ! Je gagne 1 550 euros par mois pour 41 heures 15 de boulot par semaine. Le travail, ça ne me fait pas peur."
Avec leurs deux salaires, la prime de Noël de Pascal, les allocations familiales et la prestation concernant le mode de garde, le couple, qui n'est pas imposable, gagne près de 3 050 euros par mois. Pour y ajouter un "petit quelque chose", Bénédicte Badin s'occupe, le dimanche, du portage de Ouest-France dans son village de Mézidon-Canon (Calvados). "Les journaux sont livrés devant la maison à 5 heures 30, je les distribue dans les boîtes aux lettres jusqu'à 8 heures 30 et je passe à la boulangerie prendre du pain pour le petit-déjeuner. Evidemment, je me lève tôt le dimanche mais cela me rapporte 150 euros par mois."
Pascal et Bénédicte Badin ne se plaignent pas - "Cette vie nous convient parfaitement", insistent-ils - mais ils reconnaissent que le quotidien exige une attention de tous les instants. "Ici, on ne se prive pas, on fait attention", résument-ils. Les mille et une dépenses d'une famille avec deux enfants bas âge - Alexandre a 4 ans, Elise 3 - sont budgétées avec précision : dès le mois de février, Pascal et Bénédicte Badin mettent tous les mois 60 euros de côté pour payer le centre aéré de juillet et ils groupent le supermarché avec un déplacement à Caen pour ne pas dépenser de l'essence inutilement.
Comme beaucoup de Français, le premier poste de leur budget est consacré au logement : en 2000, les Badin ont acquis, grâce à un prêt sur vingt-cinq ans, une maison abandonnée depuis cinq ans que Pascal restaure de ses mains le soir et le week-end. "Je suis tout le temps dans les travaux", constate-t-il. Le remboursement du prêt représente 930 euros par mois et les travaux 300 euros en moyenne, soit 40 % de leur budget, mais cette maison est une priorité. "On aimerait la laisser à l'un de nos enfants et compenser pour l'autre, explique Bénédicte Badin. Mais là, évidemment, on frise l'utopie..."
Le reste, admettent-ils, est "ric-rac". En début de mois, Bénédicte et Pascal Badin, qui apportent un casse-croûte sur leur lieu de travail, mettent de côté les trente-huit Tickets Restaurant qui leur sont distribués pour faire leurs courses chez Leclerc. "Cela fait un gros chariot, 300 euros." Pour aller de bon matin sur les chantiers, Pascal Badin utilise sa voiture mais sa femme se rend à Caen par le train. "C'est 46 euros par mois, la valeur d'un demi plein. Il faut que je marche un peu pour aller à la gare mais financièrement, ça vaut le coup."
Le budget "vêtements" est calculé au centime près. "On achète en soldes, et seulement pour les enfants, précise Pascal. Moi, de toute façon, je suis tout le temps en tenue de travail." La nourrice d'Alexandre et d'Elise, qui sont tous les deux à l'école maternelle, est finalement le seul vrai luxe des Badin : alors qu'ils pourraient les laisser à la cantine et au goûter, Pascal et Bénédicte préfèrent, à midi et le soir, les faire garder, ce qui leur coûte 140 euros par mois après déductions des allocations. "C'est cher mais nos enfants y sont bien, explique Bénédicte Badin. Cette nounou s'est occupée d'eux depuis leur naissance, nous y sommes attachés."
Ces dépenses faites, il ne reste plus grand-chose pour les loisirs. "Un budget presque nul", sourit Bénédicte. Pas de restaurant - "quand on s'est rencontrés, on allait de temps en temps dans un petit routier mais on n'y va plus" -, pas de spectacles ou de sorties, et deux semaines de vacances, tous les ans, dans l'appartement d'une grand-mère, en Espagne. "Pour les payer, on met de côté 100 euros par mois pendant toute l'année, raconte Pascal. On y va en voiture, il n'y a pas de loyer et on fait attention aux dépenses." Les Badin disent n'avoir qu'un souci : leur retraite. "On se fait un capital en pierre mais avec un salaire à 80 %, ça ne sera pas mirobolant", soupire Bénédicte.
L'électorat de Neuilly tiraillé entre les têtes de liste

Gwenn, la ' chômarde ' à la dent dure
Ouest-France – 13/02/08 - Bernard LE SOLLEU
Gwenn Rosière signe avec Martin Hirsch La chômarde et le haut commissaire, chez Oh éditions (250 p, 14,90€, en librairie à partir de jeudi). Les droits d’auteurs de Martin Hirsch seront reversés à des associations. Ils se sont rencontrés pour la première fois hier, à Paris.

C'est un petit bout de femme percutant. Un caractère. Une révoltée. Gwenn Rosière, 33 ans, raconte sa ' chômardise ', les petits boulots, la précarité. Cette jeune femme des Côtes d'Armor a beaucoup écrit à Martin Hirsch, le haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté. Et cela donne un bon livre.
C'est l'histoire d'une rencontre épistolière un peu particulière. Gwenn Rosière, allocataire du RMI dans les Côtes-d'Armor, est sollicitée pour donner son avis sur le RSA, le ' revenu de solidarité active ' testé dans une dizaine de départements. Ce jour-là elle ne peut pas se déplacer. Elle écrit et déverse ce qu'elle a sur le coeur. « De ma France d'en bas, court-circuiter les échelons hiérarchiques est franchement jubilatoire. »
C'est vif, sec, percutant. Sa lettre atterrit sur le bureau de Martin Hirsch, le haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, l'ex-président d'Emmaüs enrôlé par Nicolas Sarkozy. Le dialogue, par lettres et mails interposés, va se poursuivre pendant six mois et ce qui surgit sous la plume acérée de Gwenn, c'est la ' France invisible ', la France des petits boulots, de l'intérim et de la précarité. Celle des travailleurs pauvres et des RMistes.
Elle lui adresse son Guide du chômard , lui raconte « la force morale et la résistance nécessaire » pour survivre avec 440 € par mois. « Être RMiste signifie au minimum 50 % d'énergie pour sauver la face, conserver sa dignité d'être humain et tenir debout. » Hirsch, en réponse, laisse percer parfois sa mauvaise conscience: « Un avocat m'a invité à déjeuner dans sa cantine, hyperchic. On a mangé deux mois de RMI en une heure. »
Gwenn adore elle aussi les chiffres. Un mois de salaire du Président de la République lui assurerait quatre années de RMI, a-t-elle calculé. Elle a des phrases terribles au tout début de leurs échanges : « Je hais l'espoir. » Elle est à la fois tonique et désespérée. « Je voudrais connaître une France qui ne vive plus dans l'angoisse. Je voudrais voir les Côtes-d'Armor peuplées de gens qui ne font plus grise mine. » Demandeuse d'emploi, elle a le sentiment de symboliser une peur collective, celle du chômage.
Hier, à Paris, Gwenn a pour la première fois rencontré Martin Hirsch. La complicité est immédiate entre la petite bretonne ¯ « 1 mètre 44 au garrot », dit-elle ¯ et le haut commissaire qui lui-même taille petit. Elle a quitté Lamballe la veille et son atelier de repassage. Un atelier d'insertion. Face à une tablée de journalistes, elle est un peu intimidée, et puis très vite, c'est eux qu'elle houspille. « Il faut changer les esprits. Arrêtez de considérer les chômeurs, les Rmistes, comme des flemmards ou des abrutis notoires. »
Houspillé, il l'a été Martin Hirsch. Gwenn a d'abord douté de la sincérité de la démarche gouvernementale. Le RSA n'allait-il pas se métamorphoser en « restrictions sociales annoncées » ? Son rapport sur la pauvreté ? « Il manque de confiance en lui, il manque de chair, de dimension humaine.» Hirsch se voit décrit « en insecte pris dans une toile d'araignée ». Elle le met en garde. « Ne vous perdez pas en route. Le Président peut-être un allié dangereux.»
Elle signe ses missives d'un « Votre commissaire à la dent dure. » Oui, réplique-t-elle, « j'ai la dent dure, mais elle ne raye pas le parquet. » Sur sa vie, ses études, ses échecs, elle est peu loquace. « Je suis une autodidacte, je n'ai pas le bac, j'ai fait moral'sup. » Rire incisif, comme ses mots, comme ses dessins. En marge de ses courriers à ce Martin Hirsch qu'elle ne trouve pas assez agressif, elle croque des personnages à l'ironie mordante. Parmi eux, une jeune femme, lors d'un entretien d'embauche : « Rappelez-moi votre niveau », lui demande le recruteur. Réponse : « Comme tout le monde monsieur... au-dessus de la mer. »
En peu d'années, elle a tâté de 37 petits boulots différents. Elle a même tenté la formation de conseillère funéraire. « Tout ça pour m'entendre dire à la fin que j'étais trop petite. » Ses descriptions de la situation des chômeurs et des RMistes sont d'une précision implacable. « Est-ce normal que celui qui est contrôlé sans relâche soit le chômeur ? » Actuellement, elle doit rendre des comptes à cinq administrations ou organismes différents. « C'est l'enfer. Le RSA va simplifier tout cela. »
Gwenn est désormais l'alliée indéfectible de Martin Hirsch. Hier, la dent dure était devenue tendre. « Je crois en lui parce qu'il est humain, accueillant, pas fanfaron. » Dans ses courriers, elle l'a décrit « rare, presque rock, malgré sa tête de premier de la classe. » Le haut commissaire, lui, bute sur un mystère qui devrait angoisser tous les ministres, tous les décideurs. « Gwenn est très talentueuse, volontaire, capable et pourtant, visiblement, elle n'a eu que des boulots de merde. »
Arnaud Lagardère serait en passe d’échapper aux sanctions de l’AMF dans l’affaire de délits d’initiés à EADS
Challenges.fr | 12.02.2008 par Odile Benyahia-Kouider et Thuy-Diep Nguyen, rédacteur en chef adjoint et chef de la rubrique "Médias" à Challenges
L’enquête abandonnerait le délit d’initiés pour se concentrer sur d’éventuels défauts de communication !
ARNAUD LAGARDERE serait en passe d’échapper aux sanctions de l’AMF dans l’affaire de délits d’initiés à EADS. L’enquête de l’autorité de marché, en cours, sur ce dossier, abandonnerait le délit d’initiés pour se concentrer sur d’éventuels défauts de communication ou de reporting au sein même du constructeur aéronautique. Et, de facto, ne plus viser les actionnaires de référence d’EADS, à savoir les groupes Lagardère et Daimler. C’est en tout cas le message que font passer, depuis quelques semaines, les dirigeants de Lagardère auprès des marchés, qui ont rencontré, en tête à tête, investisseurs et analystes. Attendue pour la fin mars, la publication du rapport définitif de l’AMF serait finalement repoussée à courant avril.
Pour toutes les parties, cette réorientation de l’enquête aurait plusieurs avantages. Arnaud Lagardère et Manfred Bischoff sont actuellement visés en leur qualité de patrons des deux sociétés actionnaires, Lagardère et Daimler. Les deux groupes étaient jusqu’à présent soupçonnés de s’être délestés, au printemps 2006, d’une partie de leurs participations, en ayant connaissance des retards de l’A380. Transformer l’enquête les mettrait mécaniquement hors de cause. Ce qui serait un revirement après la publication dans Le Figaro, en octobre, d’un rapport préliminaire de l’AMF accusant plusieurs dirigeants du groupe aéronautique et les actionnaires d’avoir participé à un "délit d’initié massif ".
Ainsi, non seulement les groupes Lagardère et Daimler seraient épargnés, mais aussi Thomas Enders, l’actuel P-DG d’Airbus, récemment impliqué dans la procédure. Après avoir cherché à l’évincer d’EADS, parce qu’il représentait "trop les intérêts allemands", l’Etat français tient désormais à le préserver.
A l’arrivée, la responsabilité de deux personnes serait principalement mise en cause: Noël Forgeard, ex-coprésident d’EADS, et Hans Peter Ring, le directeur financier du groupe. Au passage, cela éviterait aussi d’avoir deux grands patrons français, Arnaud Lagardère et Daniel Bouton, sous les feux de la justice. "Ce ne serait pas la première fois que l’AMF sauve la place", ironise un acteur du dossier !
'' Nous les charognards ''
« Le blog des Multi (médias ) » par Claude Soula du Nouvel Observateur 08/02/2008
Si c’est dans l’adversité que se révèlent nos qualités, alors, le gouvernement actuel est inquiétant. On ne sait pas très bien cette semaine qui a le plus perdu son sang froid, du Président, ou de sa ministre Rama Yade, transformée en vrai pitbull.
Une fois de plus, les journalistes sont accusés d’être la cause de tous les maux, comme s’ils étaient à l’origine de la fièvre qui commence à gangrener le pouvoir. "On a l'impression de voir des charognards qui ont humé l'odeur de leur proie, qui fondent sur lui, qui s'acharnent. Je trouve que c'est une véritable chasse à l'homme. Il n'y a plus de retenue, plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule. Ces gens qui veulent la peau de Nicolas Sarkozy sont des gens qui veulent leur revanche parce qu'ils n'ont pas accepté qu'il préside aux destinées de ce pays. Ce qu'on lui fait subir aujourd'hui, on ne l'a fait subir à aucun autre président, même personnalité politique, depuis très longtemps. Quand on attaque à ce point l'honneur d'un homme, on va trop loin » a dit Rama Yade sur RTL.
Mais non, madame Yade, les journalistes ne sont pas des vautours, ils ne font que témoigner de l’air du temps, qui se rafraîchit pour le pouvoir.
Par contre, on signalera à madame la ministre, que d’autres présidents et ministres ont été traités au moins aussi durement dans le passé : Pompidou, Messmer, Giscard, Mitterrand ont subi des attaques très violentes au cours de leur vie politique ; ç’est le jeu démocratique.
Ce qui a changé, c’est qu’on commente désormais les histoires de fesses du président comme on parlait avant des relations franco soviétiques.
Ce ne sont pas les « charognards » qui ont transformé le clan Sarkozy en chair pour presse people, ce sont eux qui ont transformé tous les journalistes, mêmes les plus sérieux, en commentateurs saint-simoniens de leur vie privée. Le Président est tombé de son piédestal, mais ce ne sont pas les charognards qui l’en ont fait descendre : c’est lui qui est allé se promener à Disneyland avec sa maîtresse et qui a commenté leur vie amoureuse lors de ses vœux.
Airy Routier ayant l’air fort sur de lui sur cette affaire, on peut lui faire crédit de son information. Celle-ci est elle alors une information bassement « people », faite seulement pour Closer, ou présente t elle un intérêt national, digne d’un des grands magazines français d’information ? Je penche pour la deuxième solution, puisqu’elle nous révèle des choses sur le caractère du président, encore plus adolescent qu’on ne le pensait, et sur l’aspect de simple « mise en scène » de son nouveau mariage.
Nul doute que le Président n’aurait pas porté plainte si les newsmagazines ne lui étaient pas tous tombés dessus cette semaine. Même ses fidèles supporters du
Si madame Yade nous voit comme des charognards, c’est donc qu’elle pense que le président est déjà mort, puisque seuls les corps en putréfaction attirent les hyènes, vautours et autres chacals, que sont les journalistes. Le président mort politiquement ? Blessé sérieusement tout au plus.
Celui-ci s’affole en attaquant au pénal le site du Nouvel Obs. Airy Routier, le journaliste qui a révélé que le Président aurait envoyé un SMS de réconciliation à son ex épouse quelques jours avant son 3eme mariage, risque carrément la prison, et c’est sans aucun doute une menace conçue pour lui faire avouer quelles sont ses sources ( alors qu'on attend pour ce printemps une loi qui garantira enfin aux journalistes le secret sur leurs informateurs).
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La SDR du Nouvel Obs dénonce le "coup de force" de Sarkozy
NOUVELOBS| 12.02.2008 |
La Société des rédacteurs "élève la plus vive protestation" contre "l'offensive judiciaire lancée" par le chef de l'Etat contre nouvelobs.com et dénonce "un coup de force de la part d'un président jouissant d'une immunité judiciaire".
La Société des rédacteurs (SDR) du Nouvel Observateur dénonce un "coup de force" de Nicolas Sarkozy après la plainte du président à l'encontre du site internet du journal et apporte son "soutien" au journaliste à l'origine de l'article, lundi 11 février dans un communiqué.
Soutien à Airy Routier - En déposant cette plainte au pénal, le président de la République "fait fi de la loi de 1881 sur la presse qui fixe les droits et devoirs des journalistes en matière de diffamation publique", dénonce la SDR.
La société des rédacteurs assure le journaliste à l'origine de l'article, Airy Routier, de son "soutien" et souligne qu'elle "ne doute pas de l'information qu'il a révélée".
Résister à la "pipolisation" - "Le comportement de Nicolas Sarkozy, qui a effacé la frontière entre vie privée et vie publique, nous met au défi de résister à la 'pipolisation' galopante et délibérée de la vie politique", juge la SDR, qui estime que des "précautions renforcées doivent être prises dans le traitement de l'information".
La rédaction du Nouvel Observateur s'est réunie lundi lors d'une assemblée générale extraordinaire au cours de laquelle elle a débattu de la "charte déontologique" de l'hebdomadaire, de ses "procédures d'édition" et de "la ligne rédactionnelle à appliquer pour rendre compte de la vie privée des personnes publiques", précise la SDR. (AFP)
Certes, Rama Yade a raison sur un point: jamais un président n’a subi un tel traitement…mais il y a une raison à cela : jamais aucun président ne s’est conduit de la sorte, mélangeant un narcissisme exacerbé avec un égotisme consommé, le tout nappé de cynisme extravagant.
A Neuilly, des mesures radicales contre l'immigration clandestine

Vitesse et alcool au volant : on va serrer la vis
Ouest-France 13/02/08 - Jean-Yves Desfoux
2500 nouveaux radars automatiques seront installés d'ici 2012 : Un nouveau plan « vigoureux » sera discuté ce mercredi. Parmi les mesures envisagées: des éthylotests dans les véhicules et le doublement des radars automatiques.
L’alcool au volant a été responsable de la mort de 1 241 personnes en France, en 2007. Un « plan vigoureux de lutte» contre ce fléau et contre la vitesse sera discuté, mercredi, lors d’un conseil interministériel de sécurité routière (CICR). Voici les principales pistes étudiées.
- Répression. Le CICR envisage la «confiscation du véhicule dès qu’il y a récidive en matière de conduite sous l’emprise de l’alcool. » Confiscation envisagée également en cas de récidive de grand excès de vitesse (+ 50 km/h par rapport à la vitesse autorisée), de conduite sous l’emprise de stupéfiants.
-Des éthylotests dans les voitures. Selon Cécile Petit, déléguée interministérielle à la sécurité routière, « les constructeurs sont d’accord pour équiper petit à petit tous les véhicules d’éthylotests ». Le CICR évoque aussi l’obligation, pour tout conducteur condamné pour conduite en état d’ivresse, de circuler dans un véhicule équipé d’un éthylotest anti-démarrage. Coût, à la charge du conducteur: entre 1 300 et 1 500 €.
-2500 nouveaux radars automatiques. Ils devraient être installés d’ici à 2012, au rythme de 500 par an. Un doublement du maillage actuel. Certains de ces radars contrôleront le respect des feux rouges, d’autres le respect des distances de sécurité.
-Des questions. Obligation du port du casque et d’un gilet réfléchissant pour les cyclistes? Instauration d’un contrôle technique pour les cyclomoteurs et les motos? Installation d’éthylotests dans les cars scolaires? Dans les discothèques ?
Tant que les voitures seront en vente libre (surtout celles rapides et très chères), des cafés-restaurants à proximité des routes et qu’il n’y aura pas de permis de boire, on a pas fini de stigmatiser les contrevenants et les récidivistes tout juste bons à plumer…
Une fois de plus, le couple Tiberi sème la zizanie au Palais de justice de Paris
Médiapart - 12/02/2008 - Fabrice Lhomme
Les juges chargés de l’enquête sur les faux électeurs du Vème arrondissement de Paris veulent renvoyer rapidement le couple Tiberi devant le tribunal correctionnel. Le parquet, qui ne souhaite pas interférer avec la campagne pour les élections municipales, désapprouve.
Décidément, Jean Tiberi, lui-même magistrat de formation, a le chic pour perturber l’institution judiciaire. On se souvient du fameux épisode de l’hélicoptère dépêché dans l’Himalaya par Jacques Toubon, alors garde des Sceaux, pour empêcher le procureur adjoint d’Evry d’ouvrir une information judiciaire contre Xavière Tiberi. Il y a eu le feuilleton de sa mise en cause dans l’affaire des HLM de Paris, dans laquelle il a bénéficié d'un non-lieu ; ou encore la perquisition dans son appartement, au cours de laquelle les policiers, sur ordre de leur hiérarchie, refusèrent d’assister le juge Halphen...
Cette fois, c’est l’opportunité de renvoyer devant le tribunal correctionnel, dans les jours qui viennent, l’ancien maire de Paris –et son épouse- dans l’affaire des faux électeurs du Vème arrondissement qui divise le Palais de justice. D’un côté, le parquet estime que toute initiative dans ce dossier serait inopportune, du fait de la proximité des élections municipales des 9 et 16 mars. De l’autre, les deux juges d’instruction chargés du dossier, Jean-Louis Périès et Baudouin Thouvenot, sont las d’attendre les réquisitions du procureur et envisagent de signer l’ordonnance de renvoi du couple Tiberi devant le tribunal avant la fin du mois…
L’enjeu n’est pas mince. Candidat à sa propre succession pour un nouveau mandat à la mairie du Vème arrondissement, qu’il dirige depuis 1983 –avec une interruption entre 1995 et 2001, puisqu’il était alors maire de Paris, - Jean Tiberi trouvera une nouvelle fois sur sa route Lyne Cohen-Solal. Or, le scrutin s’annonce plus serré que jamais. Dans ce berceau du chiraquisme municipal, la candidate socialiste pourrait même créer la surprise, si l’on en croit un sondage publié la semaine dernière par Le Nouvel Observateur, qui la place en tête (52% des intentions de vote contre 48%).
Pour mieux comprendre le désaccord qui oppose le parquet aux deux juges, un petit retour en arrière s’impose. Ouverte en 1997 à la suite d'une plainte déposée par la socialiste Lyne Cohen-Solal, l'instruction a rapidement mis en évidence l'enrôlement sur les listes électorales d'électeurs qui ne résidaient pas -ou plus- dans le Vème. Mise en cause par plusieurs témoins dans l'organisation et la surveillance de ce qu'ils ont décrit comme un « système », l'épouse du maire, Xavière Tiberi, fut elle-même mise en examen le 4 juillet 2000, du chef de « manoeuvres frauduleuses de nature à porter atteinte à la sincérité d'un scrutin ».
Le 21 mars 2005, Jean Tiberi était à son tour mis en examen pour « manœuvres frauduleuses de nature à porter atteinte à la sincérité d’un scrutin ». Et le 20 avril suivant, les juges clôturaient leur instruction. Le dossier allait alors sombrer dans une apparente léthargie. D’abord, l’ancien bras droit de Jacques Chirac demanda l’annulation de sa mise en examen devant la cour d’appel puis, après le refus de celle-ci, décida de se pourvoir en cassation.
Son pourvoi fut rejeté en avril 2006, et le dossier enfin transmis au procureur pour règlement. Ainsi que le prévoit la procédure, il revient au parquet, au terme d’une information judiciaire, de rédiger un réquisitoire définitif, un document synthétisant le dossier, assorti de réquisitions concernant les personnes poursuivies. En clair, le parquet doit dire s’il souhaite obtenir le renvoi devant le tribunal des mis en examen ou leur accorder un non-lieu. Le document est ensuite transmis aux magistrats instructeurs, qui sont libres de suivre ou non l’avis du parquet.
Dans l’affaire Tiberi, les deux juges semblent avoir perdu patience, las d’attendre depuis maintenant près de deux ans des réquisitions. Au parquet de Paris, on confirme que le réquisitoire définitif est effectivement prêt. Il préconise, selon nos informations, le renvoi du couple Tiberi devant le tribunal correctionnel. Mais, estime le parquet, il serait totalement déplacé de le verser à la procédure à quelques semaines du premier tour des municipales.

