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mardi 29 janvier 2008

Quand le magazine allemand Der Spiegel érotise la politique française

Marianne - Mardi 29 Janvier 2008 - Anna Borrel

L'hebdomadaire allemand a fait une manchette peu reluisante sur Sarkozy. La dépêche AFP prévue sur le sujet n'est jamais parue. Contre-enquête.

Les nouvelles d'Allemagne mettent parfois beaucoup de temps à nous parvenir…surtout lorsqu'elles concernent Nicolas Sarkozy, diront les mauvaises langues. Prenons, par exemple, le dossier spécial du magazine allemand Der Spiegel consacré à l' « affaire d'Etat Sarkozy-Bruni : l'érotisme du pouvoir ». Dès que les médias français ont été alertés de ce dossier choc en une du grand hebdomadaire allemand (un million de lecteurs, tout de même), ils en ont fait leurs choux gras.

Dans son édition du week-end, Libération n'a pas manqué de retranscrire les persiflages du Spiegel, qui accuse le président de gouverner avec ses hormones, assure qu' «Angela Merkel ne serait plus à son poste depuis longtemps si elle partait en vacances aux frais des patrons allemands » et autres médisances sur la dégradation de la morale publique française. Curieusement, au moment où l'information est parvenue jusqu'au lecteurs français, le numéro du Spiegel en question n'était déjà plus en vente, puisqu'il était paru une semaine avant, le 22 janvier. Or, à part Courrier international, aucun média ne semblait y avoir prêté attention jusqu'en milieu de semaine.

La fabrique de l'information déborde
L'origine de cette lenteur tient peut-être au fait que la dépêche AFP mentionnant cette fameuse une n'est parue que le 25 janvier, sous le titre « Le Style Sarkozy de plus en plus incompris en Allemagne ». Pourquoi ce retard ? L'AFP, berceau de l'information française, est pourtant connue pour son incomparable faculté de réaction.

Le siège parisien de l'agence aurait-il mis à la trappe une dépêche initiale rédigée plus tôt ? L'explication des journalistes de l'agence à Berlin est plus simple : devant la profusion de dépêches, émanant de nombreux pays, consacrées au traitement peu flatteur du Président français par les médias étrangers, l'AFP a préféré attendre d'avoir « plusieurs exemples à regrouper » pour faire ce que, dans le jargon journalistique, on appelle un « papier d'angle » sur la presse allemande.

Autrement dit, même à l'Agence France Presse, on serait un peu lassé d'accumuler un à un les innombrables quolibets sur Nicolas Sarkozy, et on préfèrerait grouper. Du coup, après l'Allemagne, la semaine prochaine, on peut sans doute parier sur un « papier d'angle » d'origine madrilène. La revue espagnole DT s'apprête en effet à publier les photos de la presque première dame Carla Bruni en tenue d'Eve… Mais cette fois, pas question de rater son coup, la revue a déjà mis elle-même tout le monde au courant.

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Culture. La taxe sur les palaces passe mal

Vincent Noce - Libération mardi 29 janvier 2008

Patrimoine. En voulant instaurer un prélèvement sur le tourisme, la ministre de la Culture a posé publiquement le problème de la restauration des monuments historiques.

Maladresse, ou coup à trois bandes ? Un peu des deux, peut-être, de la part de la ministre de la Culture, qui s’est fait houspiller par Matignon pour une sortie un peu rapide sur le financement du patrimoine. Lors de ses vœux à la presse, Christine Albanel a émis le souhait qu’une taxe de 2 euros par nuitée soit imposée dans les hôtels de grand luxe afin d’aider la restauration des monuments historiques. Une forme de cercle vertueux, les touristes fortunés, qui paient leur chambre plusieurs centaines voire des milliers d’euros, versant leur écot pour le patrimoine culturel, au prix d’un café au bistrot du coin.

Jungle fiscale. Mercredi, peut-être sensible à l’injustice ainsi faite à une partie de son lectorat, le Figaro est tombé sur le poil d’une ministre jugée imprévoyante sur ce coup. Devant le groupe centriste au Sénat, François Fillon venait en effet de récuser l’idée de tout impôt nouveau, et dans son entourage on a sagement rappelé qu’il n’y avait pas besoin d’ajouter de prélèvement à une jungle fiscale déjà bien touffue : «Cela tombe du ciel, sans aucune étude sérieuse d’impact.» De son côté, le syndicat des hôteliers a défendu la boutique en menaçant ouvertement de s’en prendre au petit personnel, assurant carrément que les 2 euros «feraient baisser les marges»et que«les salariés en paieraient le prix». 

Tant de mauvaise foi corporatiste ne semble avoir guère ému le cabinet de la ministre. Ce pas de deux a en effet le mérite d’avoir posé publiquement un problème auquel il va bien falloir trouver une solution. La ministre a reçu l’appui des entreprises de restauration des monuments historiques ; ce groupement d’artisans et de PME est le premier conscient de l’état désastreux dans lequel le ministre précédent a laissé le patrimoine. Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy leur avait écrit pour souligner combien il était préoccupé par cet état de fait, en promettant de dégager 4 milliards d’euros sur les dix prochaines années.

Négligence. Même cette somme ne permettrait que de faire face au plus pressant, après des décennies de négligence partagée. Or on est loin du compte : le gouvernement parvient difficilement à débloquer 300 millions par an. Comme François Fillon a asséné jeudi au Financial Times qu’il entendait «geler les dépenses publiques pour les cinq années à venir», il va bien falloir trouver une ressource pour remettre en état nos églises. Pour un président qui invoque Dieu à tous les coins de rue, ce serait bien le moins.

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JK, nouvelle star du web : Le trader qui valait cinq milliards est devenu en un week-end la coqueluche des internautes.

C. B. - LIBERATION.FR : lundi 28 janvier 2008

Les indicateurs ne trompent pas: cinq (faux) profils sur Facebook, des pages wikipédia apparues le jour-même de la révélation de l'affaire (en français, anglais, espagnol, danois et même chinois), des vidéos sur dailymotion, comme parodie de pub pour la Société générale


Surtout, des milliers de commentaires qui alimentent articles, blogs et forums. Deux camps s'opposent : d'un côté les très nombreux anti-kerviel qui ne pardonnent pas le trou de cinq milliards; de l'autre, les pro-kerviel,  qui glosent sur le thème «le pauvre, c'est une victime du système», «c'est un bouc-émissaire, ça saute aux yeux». Une réaction parmi d'autres sur un forum consacré à la finance: «Soutenons Kerviel ! C'est certainement une victime...on va assiter au début de la mascarade policière et judiciaire pour couvrir l'irresponsabilité des dirigeants incompétents qui nous gouvernent !»

Plus corrosif, ce dialogue fictif en passe de devenir culte à force de circuler de blog en boîte-mail, intitulé «la vraie histoire de JK», ou comment un trader qui n'a rien demandé à personne devient le bouc émissaire de ses patrons véreux. Extraits : «La question du jour est : qui va porter le chapeau ? Jérôme K... Et aussi : encore un de ces petits merdeux qui croient qu'ils dominent le monde parce qu'ils passent des ordres de bourse toute la journée sur leur écran. Allez, celui-là paiera pour les autres.»

Reste les admirateurs, les vrais. Ceux pour qui aucun mot n'est trop grand pour chanter les louanges de «JK», le «Che Guevara de la finance», le «James Bond de la SocGen», le «Lee Harvey Oswald version camembert», voire, plus limite, «le Ben Laden de la Bourse». Lequel pour ne rien gâcher «a des airs de Tom Cruise». Pour eux, les choses sont claires, «il faut sauver le trader Kerviel».

A la question Yahoo «Que pensez-vous de Jérôme Kerviel, le trader qui à fait perdre des milliards à la Société Générale?», on trouve parmi les réponses : «c mon idole» (sic)... «pour moi c'est un héros, cette histoire me plaît bien», ou «c'est un type bien qui a fait la pige aux grands technocrates de la S.G qui croyaient avoir verrouillé leur système de protection. Je dis, alors, bravo !!! ... c'est un génie ce mec».

A signaler pour les fans, on peut acheter en ligne un T-shirt «Jerôme Kerviel's girlfriend», 17,99 dollars pièce, plusieurs coloris disponibles. Ou adhérer au comité de soutien «sauvez Kerviel,victime d'un lynchage médiatique sans précédent», qui pour le moment, il faut bien le dire, ne fait pas beaucoup d'émules.

Et un peu partout sur le Net, cette question récurrente: «Bon, c'est pas tout, mais les cinq milliards, ils sont où?»

ofofo22

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La psychiatrie publique oubliée : Lancé en 2005, le plan «santé mentale» est en panne.

Edito - Libération mardi 29 janvier 2008

éRIC FAVEREAU

La psychiatrie publique va mal. Ou plutôt ne va pas. Depuis près de vingt ans, elle tangue dans une indifférence des pouvoirs publics. On ferme des lits à tour de bras, passant de près 80 000 lits en 1989 à 40 000. Le nombre de patients suivis en psychiatrie a pourtant été multiplié dans la même période par deux. Signe d’une évidente tension, le nombre d’hospitalisations contre la volonté du patient ne fait qu’augmenter depuis vingt ans. Atteignant aujourd’hui plus d’un patient sur trois.

En décembre, le Comité national d’éthique a rendu un rapport sur les insuffisances de la prise en charge des autismes en France. Son président, le professeur Didier Sicard, est sorti de sa réserve, pour évoquer «la honte française» et assurer que «nous sommes à la limite de la maltraitance». Selon le Comité d’éthique, «le manque de structures [pour les autistes en France, ndlr] a conduit à l’exil ou à la délocalisation à vie en Belgique d’environ 3 500 enfants ou adultes souffrant de syndromes autistiques ou de handicaps mentaux». Et ce constat : «En France, on isole les plus vulnérables, alors qu’en Suède le choix a été fait de les insérer au cœur de la cité, via de petites structures et des accompagnants.»

Pour autant, il serait inexact de dire qu’il ne se passe rien. Des secteurs de psychiatrie se démènent, souvent seuls. La clinique de La Borde, près de Blois, emblématique d’une autre psychiatrie, résiste toujours. Des structures associatives se sont mises en place, développant des lieux de vie, comme celle de Charente où vit désormais Sabine. Des associations de malades mentaux font un travail remarquable.

Il n’empêche, sur ce paquebot devenu ivre, l’industrie pharmaceutique reste seule à bénéficier de moyens. Elle impose sa loi, parfois avec raison : bien des molécules ont réussi à adoucir la vie des malades. Mais est-ce si bon signe qu’en France, jamais la consommation de médicaments, comme les antipsychotiques, n’a été aussi prégnante ?

Le plus grave, peut-être, est que l’état de la psychiatrie publique ne fait qu’empirer. Félix Guattari, célèbre philosophe-psychanalyste longtemps directeur de la clinique de la Borde, disait à Libération, il y a seize ans : «Avec les patients, qui vivent dans des douleurs insupportables, d’abord, je crois qu’il faut être… attentionné.» Aujourd’hui, les malades ne reçoivent pas «cette attention» minimum. La psychiatrie, non plus ! 

Il y a bien eu un plan «santé mentale», lancé en 2005, par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé. Concocté à la hâte, juste après le double meurtre à l’hôpital psychiatrique de Pau, il est aujourd’hui englué dans une panne complète. A peine une mesure sur dix est entrée en application. Et pour la plupart, les mesures tournent autour des questions de sécurité, d’installation de chambres d’isolement, de vidéo surveillance. Certes, il s’agit là de questions importantes mais elles restent marginales dans la prise en charge des grands malades mentaux.

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JACQUES BROSSE - LE SAVANT, LE MAITRE ET L’HOMME

EN HOMMAGE A JACQUES BROSSE

Jacques Brosse nous a quitté le jeudi 3 janvier 2008, à l’aube. Naturaliste, moine Zen, historien du Christianisme et philosophe, il n’était pas seulement un esprit merveilleux, mais aussi une présence. Enfant du siècle, il côtoya les plus grands tout en sachant mettre une juste distance entre lui et le monde. Retour sur un parcours exceptionnel.

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Né le 21 août 1922 à Paris. Quatrième enfant d’une famille de cinq, son frère Pierre, de dix-huit ans son aîné, joue le rôle d’un père spirituel, l’initiant à la nature et la connaissance de l’histoire. Élève atypique et brillant, il s’inscrit en droit et suit les cours de Jean Wahl sur l’existentialisme et la phénoménologie. C’est dans ces années qu’il rencontre Simonne Jacquemard, qu’il épousera en 1955 et qui restera à ses côtés jusqu’à l’ultime heure. Réfractaire au STO (travail volontaire obligatoire), il est capturé et interné en Suisse où il fait la connaissance de Simone et Antoine Veil qui resteront des amis.
En 1945, il se lie d’amitié avec Albert Camus qu’il admire, et ce dernier fait paraître dans L’Arche le premier texte de Jacques Brosse, Le Secret. Ce texte le fait repérer par les services diplomatiques français et, en 1947, il est subitement nommé correspondant de la Radio française aux Nations Unies à New York, poste qu’il occupe deux ans durant. Il abandonne cependant son statut de fonctionnaire international pour retrouver Simone en France. Il occupe brièvement un poste à la direction des Affaires culturelles au ministère des Affaires étrangères à Paris avant d’entrer, en 1953, aux éditions Robert Laffont comme rédacteur en chef. Il y restera jusqu’en 1981.

Toujours en recherche de savoir total et de communion avec l’univers, Simone et lui se passionnent pour les sciences naturelles et entrent en 1953 au Centre de recherches sur les migrations des mammifères et des oiseaux du Muséum national d’histoire naturelle. Ils obtiennent en 1970 du président Pompidou la sauvegarde du parc naturel de la Vanoise ; par ailleurs, on leur doit la création de deux réserves naturelles, la Devinière en Sarthe du sud à 30 km du Mans (1965-1988), puis le Verdier, près d’Eyzies en Dordogne du sud (1988-2003). Il obtiendra en 1989 le prix international Nonino pour la défense de l’environnement et de la vie rurale.

En 1956, ils s’installent dans une ancienne forge normande, dans l’Eure, qui devient rapidement un refuge pour chouettes, renards, faucons et grives. C’est dans ce cadre que se forge son attention extrême à la solidarité animale, à l’amitié et la connivence entre les espèces. Ce regard philosophique et naturaliste forme la matière de son premier ouvrage, L’Ordre des choses, pour lequel Gaston Bachelard s’enthousiasme ; publié chez Plon en 1958, il reçoit les éloges de Claude Lévi-Strauss, qui croit y déceler, déjà, un esprit zen. Il écrit dans la foulée L’Éphémère (1960) et Exhumations (1962), cependant que L’Homme dans les bois (1976) et Le Chant du loriot ou l’Eternel Instant (1990) prolongeront l’exploration naturaliste, toujours mâtinée d’anthropologie religieuse (La Magie des plantes, 1990). L’arbre, en particulier, sera le sujet de nombreux ouvrages, tels que Mythologie des arbres (1989), L’Arbre et l’Éveil (1997) ou encore le Larousse des arbres et des arbustes (2000). Il devient également, en ces années, un intime de Jean Cocteau.

Arrive mai 1968, l’époque propice à d’autres rencontres : Alan Watts et Henri Michaux notamment, qui l’initient aux drogues d’« expansion de la conscience » tel le LSD. Jacques Brosse y voit une ouverture vers l’expérience mystique, dans l’esprit de Jacob Boehme ; mais cela lui vaut également un bref internement d’office pour détention de peyotl.

Depuis longtemps intrigué par le bouddhisme, zen en particulier, il apprend, de retour d’un voyage initiatique en Amazonie, qu’un maître s’est installé à Paris : Taisen Deshimaru. Il prononce ses vœux de novice en 1974, et est ordonné moine un an plus tard, parcours qu’il relate dans Satori (1976).
Après la mort du maître, en 1982, il devient à son tour enseignant et maître, fondant en 1996 l’association zen Dôshin, tout en explorant les possibilités d’une expérience méditative qui transcende les confessions, comme il l’expose dans Zen et Occident (1992) ou encore Le Bouddha (1997).

Dans la même veine, il s’intéresse à la généalogie occidentale de la mystique, ce qui l’amène à écrire Les Maîtres spirituels (1989). Installé en Dordogne, ayant reçu en 1987 le Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, il se consacre à l’enseignement du zen, à l’écriture et à l’art, plus spécifiquement à la peinture de mandalas.

Ainsi, il traduit le grand poète zen maître Dôgen (Polir la lune et labourer les nuages, 1998), dont il rédige une biographie lumineuse (Maître Dôgen, moine zen, philosophe et poète, 1998). Très connaisseur du christianisme oriental, il produit aussi une monumentale Histoire de la Chrétienté d’Orient et d’Occident (406-1204) (1995). Surtout, il dresse la synthèse de son savoir encyclopédique sur le zen dans un volumineux et magnifique livre illustré, L’Univers du zen (2003) et il offre à son public et à ses élèves la synthèse de son enseignement (Pratique du Zen vivant, 2005). Son ultime ouvrage, Pourquoi naissons-nous ? et autres questions impertinentes (2007), prenait la forme d’un testament philosophique. À l’image de son auteur, celle d’un homme dont le regard, sous la neige des sourcils, pétillait d’une certaine espièglerie enfantine. On ne sentait pas chez lui de différence entre le savant, le maître et l’homme, et il donnait l’impression d’avoir atteint son âge respectable – et la sagesse qui l’accompagnait authentiquement – sans avoir eu à renoncer à l’enthousiasme de sa jeunesse. C’est ainsi un éternel jeune homme qui nous a quitté, sans bruit, pour l’au-delà de la parole et du silence.

Jean Mouttapa

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La révolution "inhumaine" par Ollivier Dyens, professeur à Montréal

LE MONDE | 26.01.08

Pour nous adapter à la puissance des technologies numériques, il va nous falloir, affirme Ollivier Dyens, professeur à Montréal, modifier en profondeur la vision que nous avons de nous-mêmes.

Professeur au département d'études françaises de l'université Concordia (Montréal), vous étudiez depuis quinze ans l'impact des nouvelles technologies sur la société. La foudroyante montée en puissance du numérique va-t-elle nous transformer en profondeur ?

Il y a quelques années, je pensais que la technologie changerait l'être humain. Aujourd'hui, je pense qu'elle va changer la perception qu'on a de l'être humain. Je crois de moins en moins au fantasme du cyborg, de l'homme-machine. Mais la vision que l'on a de nous-mêmes va devoir changer pour s'adapter à la réalité technologique de demain.

Votre dernier ouvrage s'intitule La Condition inhumaine. Pourquoi ce titre ?

Le terme "inhumain" n'est pas employé ici au sens de cruauté, mais de ce qui est au-delà de l'humain. Aux questions essentielles que l'homme se pose depuis la nuit des temps - Qui suis-je ? D'où venons-nous ? -, la science et la technologie apportent des réponses qui, de plus en plus, contrarient ce que disent nos sens et notre esprit. C'est cette tension croissante entre notre réalité biologique et notre réalité technologique qui provoque ce que je qualifie de "condition inhumaine". Depuis toujours, nous avons considéré les outils et les langages comme des structures qui existaient pour répondre à nos besoins. Il est vital de repenser cette relation.

Pourquoi l'imbrication croissante de ces deux réalités, biologique et technologique, nous trouble-t-elle tant ?

Pour expliquer ce malaise, un roboticien japonais a créé une image, celle de "la vallée de l'Etrange". Tant que les robots restent bien distincts de nous, ils ne nous dérangent pas. Mais qu'ils deviennent trop proches, et l'on tombe dans la vallée de l'Etrange. La main artificielle devient inquiétante le jour où elle ressemble trop à une vraie main, où on peut la toucher, la serrer comme si elle était naturelle. Nous en sommes là, désormais, avec le numérique, qui devient de plus en plus "intelligent", de plus en plus "vivant"... C'est cela qui nous inquiète, parce que cela nous ressemble trop.

La prise de possession de la civilisation par les machines, dites-vous, est née avec ce millénaire.

Souvenez-vous du 31 décembre 1999 et de la fameuse peur du bug de l'an 2000. Cette peur était réelle, y compris au sein des plus grandes compagnies informatiques. Ce jour-là, l'humanité entière, le souffle court, attendait le verdict des machines, pour savoir si, oui ou non, elles parviendraient à "comprendre" les trois zéros de la nouvelle date. Et que s'est-il passé ? Les logiciels, partout dans le monde, ont réussi à s'adapter. Dans les pays où peu avait été fait pour les y aider comme dans ceux où beaucoup avait été fait, aucune catastrophe n'a eu lieu.

La morale de l'histoire, c'est que les systèmes informatiques sont devenus trop enchevêtrés, trop puissants pour qu'on soit capable de déterminer ce qui les rend efficaces ou inefficaces. Un peu comme l'environnement météorologique, que l'on sait trop complexe pour pouvoir le prédire au-delà de quelques jours.

Pour en  savoir plus :

Etre ainsi dépassé par l'autonomie de machines que nous avons créées, c'est objectivement angoissant, non ?

Et si nous n'y parvenons pas ?

La "condition inhumaine" aura-t-elle des conséquences positives ?

Internet va-t-il générer de nouvelles formes d'intelligence collective ?

Lire la suite sur :

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2008/01/26/la-revolution-inhumaine_1004019_651865.html#ens_id=996264

Propos recueillis par Catherine Vincent

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Stress Redoutable

De la lettre CFE-CGC du 24/01/2008

La direction de La Redoute décide d’externaliser cinq de ses neufs centres d’appels. Les salariés sont priés de se transformer en sous-traitants, et, pour les «aider», leur est proposée... une aide psychologique !

Bernard Salengro, secrétaire national CFE-CGC, exprime sa colère : «C’est un peu trop facile d’allumer le feu puis de se donner bonne conscience en appelant les pompiers». Et d’ajouter : «tant que le stress et la souffrance au travail ne seront pas considérés comme des maladies professionnelles dont le coût doit être pris en charge par les entreprises, et non la collectivité, je ne vois pas pourquoi [les directions] changeraient de stratégie» (Les Échos, 22.01.2008).

Chez France Télécom, ce sont les fonctionnaires qui sont visés : «ils subissent des pressions pour changer de poste, ailleurs en France, sur des missions parfois mal identifiées ou non conformes à leurs compétences», tandis que les médecins du travail ont l’interdiction de participer aux «assises de l’observatoire du stress» organisées par les organisations syndicales !

Par ailleurs, on appréciera avec ironie la récente «découverte» de la société européenne de cardiologie parue en Grande-Bretagne : est établi un lien de causalité directe entre stress au travail et affections cardiaques ! «Il n’est jamais trop tard...»

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Sauver l'hospitalité - CHEMINS DE COMPOSTELLE.

SUD-OUEST 28/01/08

Réunis samedi à Barran, les Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle s'inquiètent de la législation qui pourrait leur interdire d'ouvrir leurs maisons aux pèlerins

Soyez le bienvenu. Depuis plus d'un millénaire, ces mots simples réchauffent le coeur de pèlerins harassés, et qui le soir venu recherchent un couvert et un lit. Sur leur chemin vers Compostelle, ces gens de toutes origines, conditions et générations savaient que, chaque soir, une porte s'ouvrirait pour les accueillir.
Une tradition d'hospitalité particulièrement développée dans le Gers puisque le département est traversé à la fois par l'itinéraire du Puy-en-Velay et par celui d'Arles. « Les pèlerins savaient qu'en passant dans le Gers, il y aurait des hébergements partout », raconte Marie-Françoise Migeot, présidente de l'association départementale des Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle. Gîtes paroissiaux, hôpitaux ou tout simplement particuliers, le pèlerin trouvait toujours un toit.

Chaîne d'accueil. Des hébergements collectifs qui, depuis, ont pour l'essentiel tous disparu au fil des siècles. Le renouveau du pèlerinage, depuis les années 60, a contribué au développement de gîtes communaux et de l'hébergement privé. Un développement que l'on observe principalement sur l'itinéraire du Puy-en-Velay, le plus fréquenté.
« Pour nous, l'hospitalité, c'est l'accueil. Une notion qui n'a rien de chrétienne car universelle mais qui fait appel au meilleur de l'humanité », confie Marie-Françoise Migeot, déplorant l'exploitation mercantile du succès croissant des chemins de Compostelle.

Depuis vingt ans, les hébergements privés sur le chemin du Puy sont, chaque année, plus nombreux. Des sociétés proposent même aujourd'hui de porter les sacs des randonneurs. Le chemin d'Arles était, lui, en revanche plus dépourvu. Dans les années 90, Marie-Françoise Migeot sollicite toutes les associations jacquaires des départements traversés par cet itinéraire, afin de créer une chaîne d'accueil. À la suite de la tradition séculaire de l'hospitalité, des dizaines de familles se disent prêtes à accueillir le pèlerin. « Vous n'imaginez pas le nombre de familles qui veulent faire cela », s'enthousiasme Marie-Françoise Migeot. Elles sont une trentaine dans le Gers.

Le pèlerin a juste à prendre contact avec l'association jacquaire de son département afin de connaître les coordonnées d'une famille d'accueil. Celle-ci lui confiera ensuite les coordonnées de la suivante sur son itinéraire et ainsi de suite. « La charte de cette chaîne d'accueil nous interdit d'en faire la publicité et pose la gratuité comme premier principe. » L'accueil doit également se borner à une nuit.

La gratuité comme valeur. Les oboles laissées sur la table par le pèlerin reposé finissent régulièrement dans les caisses de la paroisse ou d'une oeuvre de charité. Pour l'accueillant, rien ne semble plus précieux que cette rencontre et ces instants de partage avec cet autre venu d'ailleurs.

Des moments magiques que Marie-Françoise Migeot estime en danger. Au coeur de ses inquiétudes, une loi de 2004 jugée « meurtrière » pour l'hébergement par les particuliers. « Avec cette loi, les maires sont responsables de tout ce qui se passe dans les maisons qui accueillent du public sur leur commune », explique-t-elle.

De nouvelles réglementations qui, selon la présidente, auraient poussé la municipalité de Lectoure à fermer le gîte communal ainsi que le presbytère aux pèlerins. « Or, le presbytère n'est pas un gîte mais la demeure d'un particulier qui ouvre sa maison », défend Marie-Françoise Migeot. Moyennant quelques travaux de mise aux normes, le curé de Lectoure a pu poursuivre la tradition d'hospitalité.

Malgré tout, les Amis de Compostelle sentent leur liberté d'accueillir sous leur toit menacée. « Après cette alerte à Lectoure, j'ai sonné le tocsin à l'Union jacquaire de France pour que nous prenions les devants », raconte la présidente gersoise.

En février 2006, Marie-Françoise Migeot accueille le congrès national de l'Union jacquaire à Lectoure et lance la constitution d'un dossier afin de faire reconnaître l'hospitalité comme patrimoine immatériel mondial par l'Unesco. Deux années de travail qui devraient s'achever en mars prochain, à l'occasion du 1er congrès européen des associations jacquaires, en Arles.

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Pionnier de l'agriculture bio au Japon, Yushinori Kaneko est venu apprendre l'agriculture bio, à Angers

Ouest-France 29/01/08 - Jean LE DOUAR.

Yushinori Kaneko, près d'une planche de légumes, qui ne sont pas cultivés sous plastique, mais sous papier cartonné noir biodégradable.

Yushinori Kaneko est venu apprendre l'agriculture bio, à Angers, au début des années 1970. Puis il l'a introduite dans son pays : le Japon.

Petit, sec, vif, le visage buriné par le vent et le soleil, l'esprit inventif, Yushinori Kaneko pratique l'agriculture bio depuis trente-cinq ans. « J'ai fait un stage d'un mois à Angers pour m'initier à l'agriculture bio », raconte-t-il, assez fier d'annoncer qu'il connaît un peu la France. « Au début des années 1970, le gouvernement japonais avait encouragé la jachère et l'abandon de la culture du riz. Or, le riz est la base de l'alimentation des Japonais. J'ai alors pensé que si je produisais bio j'aurais l'assentiment de la population. »

À son tour, il a ouvert la voie à l'agriculture biologique au Japon et reçoit volontiers des stagiaires, dont six s'affairent aujourd'hui entre les parcelles, les serres et les trois petits poulaillers qui parsèment son exploitation. Actuellement, il est membre du Comité de promotion de l'agriculture biologique au Japon, mis en place par le gouvernement en 2006.

Sa ferme couvre trois hectares dont une moitié en champs et l'autre en rizières. Il exploite aussi quelques bois publics dont il tire de la nourriture pour ses trois vaches qui lui fournissent en retour du lait et de la fumure. Il produit du riz, du soja, du blé, soixante variétés de légumes dont une vingtaine en simultané. Il repique son riz, en juin, et le récolte en octobre. En novembre, il sème un blé qu'il moissonne en juin. Puis, à la mi-juillet, il met en place un soja qu'il récolte en novembre, derrière lequel il sème un colza qui lui sert d'engrais vert et dont il utilise l'huile pour faire tourner le moteur de son petit tracteur.

Vinaigre de bambou et coccinelle

Il n'use d'aucun pesticide chimique car il pratique la lutte intégrée et emploie, par exemple, des coccinelles contre les pucerons. Il produit aussi un vinaigre de bambou qui fait, semble-t-il, un bon pesticide, ainsi que de l'écorce de riz incinérée. Il récupère l'eau de pluie pour irriguer les serres à l'aide d'une petite pompe qui fonctionne à l'énergie solaire. Cette même énergie accélère la fermentation de sa petite unité de biogaz dont il récupère le digestat pour arroser un compost nourri en grande partie de feuilles qu'il va chercher dans les collines avoisinantes.

« Je vends mes produits en direct à quarante familles », poursuit-il. Dix d'entre elles lui prennent de tout : riz, oeufs, légumes, lait... Les trente autres lui achètent surtout des légumes et des oeufs. Il livre la moitié de ses clients à domicile, l'autre moitié vient se fournir à la ferme. Il approvisionne aussi en légumes une école privée de Tokyo dont les élèves sont uniquement nourris en produits bio.

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DATI - Les rentrées judiciaires, théâtre de la protestation anti-Dati

LE MONDE | Lundi 28.01.08 Alain Salles (avec nos correspondants)

Tout au long du mois de janvier, les rentrées judiciaires ont été émaillées de prises de parole inhabituelles, d'incidents, de boycotts d'avocats, de greffiers ou de magistrats. "Je vous appelle au combat ! Au combat pour le droit, au combat pour les libertés, au combat pour la sauvegarde de votre indépendance !"

Le premier président de la cour d'appel de Rennes, Michel Couaillier, est ainsi sorti des habituelles circonvolutions de ce genre de discours pour dire l'inquiétude des magistrats, comme l'a fait son homologue de la cour d'appel de Nîmes, Jean-Pierre Goudon (Le Monde du 11 janvier).

Les rentrées sont un élément du rite judiciaire, qui permet de se livrer, en habits d'apparat, à des assauts d'éloquence mêlant autocongratulations et déplorations sur le manque de moyens de la justice. Après une année de relations tendues entre les magistrats et la garde des sceaux, Rachida Dati, ces audiences ont été l'occasion de souligner le malaise de la justice. 

"ÇA CRAINT !" - Le président du tribunal de Versailles, Jean-Yves Monfort, a fait un détour par l'histoire, pour évoquer le projet de loi sur la rétention de sûreté, en évoquant le criminel dangereux et "le malade mental, privé de son libre arbitre, promu, au gré des derniers faits divers, au rang d'épouvantail des sociétés modernes". "Radier ces hommes-là de la société, ce serait renier plus de 2 000 ans de civilisation", a-t-il conclu.

"Ça craint !", a lancé de façon peu orthodoxe Gilles Maguin, président du tribunal de Bourges, avant de s'interroger sur "la cohérence" de la réforme de la carte judiciaire, salué par des applaudissements des magistrats, devant le préfet du Cher qui a hésité à quitter la salle d'audience.

A Cahors, le président Gilles Accomando a ironisé sur les "bruits médiatiques judiciaires" en évoquant le juge délégué aux victimes ("un ersatz de juge, une usine à gaz remarquable"), la carte judiciaire "sans véritable logique" et la mise en oeuvre de lois à chaque fait divers.

Le président du tribunal de Metz, François Staechelé, a évoqué une "véritable crise morale de la justice", en parlant de "désenchantement", ce qui est "pire que la colère".

Les membres du parquet prennent aussi la parole. La procureure de Guingamp, Anne-Sophie Monnet, s'est insurgée contre la fermeture programmée du tribunal, qui "a fait l'effet d'un raz de marée, tant elle a été brutale, inattendue, inexplicable et inexpliquée, dépourvue de toute concertation en ce qui nous concerne et d'explications, hormis celles absolument identiques et stéréotypées, données à toutes les juridictions se trouvant dans notre cas".

Son homologue de Carcassonne, Jean-Paul Dupond, dénonce l'absence de pôle d'instruction : "Je veux témoigner de l'incompréhension qui est la nôtre : nous, magistrats, nous savons qu'une décision, pour être acceptée, doit être motivée. Et aucune explication ne nous a été donnée."

A Agen, les avocats se sont présentés corde au cou. Couverts de masques blancs à Tours. En haie d'honneur à Orléans. Vendredi 25 janvier, en l'absence de Rachida Dati, son directeur de cabinet, Patrick Gérard s'est fait huer lors de l'assemblée générale de la Conférence des bâtonniers.

Posté par Kozett à 00:03 - Justice - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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