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samedi 26 janvier 2008

Plouf-plouf pour le crac 40

Mathieu Lindon Libération samedi 26 janvier 2008

La crise boursière va en massacrer, des emplois et de la croissance. Quand on pense que les Américains ont été chercher aux quatre coins de l’Irak des armes de destruction massive qui étaient en fait cachées dans les banques. C’est bêta comme la lettre volée : ils étaient assis dessus.

Cela dit, on a l’air de se ficher des citoyens américains qui perdent leur maison dans la crise des subprimes (on n’est pas abreuvés de reportages sur ces malheureux), seules nous intéressent les conséquences pour nous - de même que des opposants à l’intervention en Irak pointaient les problèmes que ça poserait dans les Territoires palestiniens, qui pourraient rejaillir jusqu’à nous, sans se soucier le moins du monde du peuple irakien.

La situation boursière est délicate puisque plus ça va mal et plus on nous rassure, et, donc, plus on nous rassure et plus on a de raisons de s’inquiéter. Comme un cheveu sur la soupe pour Nicolas Sarkozy dont la cote aurait déjà baissé autant que celles des entreprises de ce qu’il faudra peut-être nommer le crac 40. De plongeon en plongeon, après le président bling-bling, aura-t-on le président plouf-plouf ?

Ne nous angoissons pas trop pour les banques, il est vraisemblable qu’elles ne seront pas les plus touchées. On ne serait pas surpris que, à côté des petits épargnants, on trouve de gros épargnés. On a l’impression qu’on a localisé les gains (chez quelques-uns) et mondialisé les pertes, et ça nous est présenté comme aussi inéluctable que le climat, un effet de serre financier, une fatalité. C’est le langage financier : on ne s’est pas fait niquer, on s’est fait faire une bulle dans le dos. Pas besoin d’être prix Nobel d’économie pour soupçonner que, l’embêtant avec toutes ces dettes, c’est que quelqu’un devra bien finir par les payer. Elles ne resteront pas éternellement abstraites. Il y avait le trou de la Sécurité sociale et celui dans la couche d’ozone, on a vu cette semaine celui des marchés financiers. Ça fuit de partout. Tel que c’est parti, travailler plus, ça risque de ne pas suffire à éviter de gagner moins. Les banques ont joué au poker, et on n’a pas fini de payer pour voir.

On nous parle de «correction», mais il y a de bonnes corrections qui se perdent. Les bénéfices, c’est grâce à la compétence des banquiers ; les déficits, c’est à cause du marché !

Tout est de la faute des Américains, naturellement. La seule erreur des banques françaises est de leur avoir fait confiance. Les subprimes, ça n’a pas été comme la guerre en Irak : on y est allés avec eux, la fleur au fusil.

Bon, tout ça se serait passé à l’insu du plein gré des établissements financiers. Curieux, ce soudain mépris de l’argent.

Maintenant qu’on fait des lois sur tout, on ne serait même pas fichus de poursuivre pour crimes contre l’humanité tous ces spéculateurs qui ont fait s’évaporer des milliards ? On en est là : il y a un bug dans le système financier, alors on appelle la hotline. Une voix électronique nous dit : «Vous avez un problème de crédit, tapez 1 ; de croissance, tapez 2 ; d’emploi, tapez 3.» Mais on a beau taper sur n’importe quel numéro, on n’arrive jamais à avoir quelqu’un au bout du fil.

Posté par werdna à 00:03 - Economie - Emploi - Insertion - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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