vendredi 25 janvier 2008
Stagiaires : Génération précaire s'énerve…
Marianne - Jeudi 24 Janvier 2008 - Pierre Esselinck pour Génération précaire
Pierre Esselinck, de Génération précaire, réagit aux dernières propositions de Pécresse et Bertrand sur les stages. Ca dépote !
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Lavoisier. Suivant ce fameux principe, les ministres Xavier Bertrand et Valérie Pécresse font du neuf avec du vieux ! La logique du gouvernement s'est en effet inspirée des meilleurs aspects du Contrat d'insertion professionnelle (CIP), du Contrat première embauche (CPE) et des stages pour créer ce que nous appellerons le « stage nouveau » cuvée Sarkozy. Du CIP, le gouvernement garde l'idée d'un Smic jeune (passant de 80% à 29,6% du Smic), du CPE il tire la précarité (en particulier le licenciement gratuit et arbitraire) et s'inspire du stage pour l'absence de droits (le stage ne relève pas du code du travail).
Ami salarié, ne t'inquiète pas, le gouvernement pense aussi à toi, car en rendant obligatoires les stages à l'université, c'est environ 1,2 million d'étudiants et de jeunes actifs qui seront en compétition avec toi, pour moins du tiers de ton salaire! Voilà la nouvelle forme de la « rupture » : la consécration du dumping social au sein même de son pays, c'est tout de même plus simple que d'aller en Europe de l'Est. Merci les Soldes !
Ce qui est sûr c'est que mon patron n'a pas attendu nos ministres pour arriver à cette conclusion. Lundi dernier, en discutant en réunion des effectifs nécessaires sur mon chantier, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il fallait embaucher un secrétaire technique « Qualité sécurité environnement » (QSE) à plein-temps en CDD de 6 mois. Je cite sa réaction: « On pourrait prendre un stagiaire pour faire le QSE, ça va être la saison des Travaux de fin d'étude (TFE) ». Avec 300€ brut par mois contre 1300€ brut par mois pour un salarié, l'obligation de résultats tue la conscience. Mais mon patron et le secteur du BTP ne sont les seuls à abuser, loin de là.
Illustrations d'une arnaque à la jeunesse
Savez vous que, rien que pour le festival d'Avignon, près d'un millier de stagiaires travaillent gratuitement plusieurs mois chaque année dans les myriades d'associations, entreprises, administrations qui gravitent autour ? Sur un CV, ça vaut de l'or : alors pourquoi ne pas manger un peu de pain sec pendant quelques mois? Mais, Cathy pourra en témoigner, après plusieurs années de ce travail saisonnier déguisé, on commence à avoir faim d'un Smic !
De son côté, Nicolas s'était vu promettre un stage de consultant marketing à 300€ la journée. Il a bien touché cette somme, mais pour un mois complet de travail, sans encadrement pédagogique. Il est parti, d'autres stagiaires l'ont remplacé.
Dans la boîte de droit où travaille Nathan, forte de 300 employés, il y a 120 stagiaires. Dans son seul service, il y avait 58 stagiaires pour 48 salariés. 58 étudiants avec un niveau de qualification de bac +2 à +5 pour le prix de quinze Smic. Et devinez combien il y a eu d'embauches la même année dans ce service ?
Le Conseil économique et social évoquait 800 000 stages en 2005. Nous devrions aujourd'hui être proche du million. Le Medef parlait lui de 15 millions de semaines travaillées par an, soit l'équivalent de 310 000 temps-pleins. Prenons, pour finir, l'exemple d'une grosse entreprise « stagiophage », la Société Générale (puisqu'il faut bien commencer quelque part mais le tour viendra des Total, BNP, Renault, PSA, et cie). D'après son bilan social 2006 , la Société Générale a accueilli, en 2005, 13 112 stagiaires (sur 38 000 salariés) et embauché 1500 CDI de moins de 25 ans (cela va croissant en 2006 et 2007). La Société Générale forme-t-elle chaque année plus de 11 500 stagiaires par pure charité chrétienne ? N'assistons-nous pas plutôt à une nouvelle conscription, économique cette fois, de notre jeunesse pour la guerre du bénéfice ?
Des propositions indécentes
Face à ces réalités, l'indécence des propositions du comité des stages sur l'application de la loi de 2006 sur l'égalité des chances semble sans bornes :
- Indécence d'une rémunération à 29,6% du Smic, inférieure au RMI, deux fois plus faible que le seuil de pauvreté quand nous demandons une rémunération minimale de 50% du Smic, progressive jusqu'à 120% du Smic en fonction de la durée du stage et du niveau d'étude.
- Indécence d'un travail sans cotisations, sans congés, sans défense syndicale ni juridique, sans Code du travail, et sans limitation de durée…
- Indécence enfin quand ces maigres propositions ne s'appliquent pas aux stages de moins de trois mois, alors même que toutes les formations vont multiplier les obligations de stages courts en licence.
- Quid de l'encadrement ? Du quota maximum de stagiaire dans une entreprise ? De l'inscription au Registre unique du personnel (RUP) ? De l'interdiction des stages de plus de 6 mois? Bref, quid des propositions portées par Génération précaire depuis deux ans, et soutenues par l'ensemble des syndicats salariés et étudiants et associations de parents d'élève ?
Ami salarié, entends-nous ! Car notre génération est précaire: nous sommes moins chers, plus jeunes, sans droits, disponibles presque 10 ans et jetables une fois utilisés. Et nous ne cotisons toujours pas pour TA retraite… N'oublie pas, cher aîné, que ton destin est lié au nôtre et que notre faim risque de provoquer la tienne.
Rétroliens
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Attali mobilise ! depuis Social et Sociétal
Génération Précaires approuve les propositions Attali, mais lui suggère de les applique à lui-même, et s’inquiète des conditions de la mise en place des stages dans les cursus universitaires…
Quant aux taxis, ils sont très méconten...
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