mercredi 9 janvier 2008
Les afficheurs remportent une victoire à Paris
Challenges.fr | 08.01.2008
La justice exige le report de la signature du nouveau règlement local de publicité, qui prévoit la disparition des panneaux "4x3".
Le tribunal administratif de Paris a exigé du maire de Paris, mardi 8 janvier, qu'il reporte la signature du nouveau règlement local de publicité, attaqué par les afficheurs dont il réduit le nombre de panneaux publicitaires, a-t-on appris mardi de sources concordantes.
Cette décision, intervenue le 21 décembre dernier et dont l'AFP a obtenu copie, porte sur la réunion de la commission des sites, qui a statué sur ce règlement.
La justice argue de ce que cette réunion était entachée d'un vice de forme car elle avait été présidée par le préfet de Paris et non le préfet de police, comme prévu dans la législation.
D'où sa demande de différer la signature du règlement, voté en décembre au Conseil de Paris, jusqu'à ce qu'elle ait statué sur le fond.
Saisine du Conseil d'Etat?
Désormais, le préfet de Paris peut saisir le Conseil d'Etat pour faire appel de cette décision. Sinon, une nouvelle réunion de la commission devra être organisée, lors de laquelle le Conseil de Paris devra à nouveau voter sur ce règlement.
Le règlement local de publicité prévoit de transformer la capitale en "zone de publicité restreinte", avec pour principale mesure la disparition des emblématiques panneaux "4x3". De 12m2, la taille maximale des affiches passe à 8m2.
"Le juge a admis qu'il y avait urgence à statuer donc qu'il y avait un préjudice immédiat pour les entreprises de publicité extérieure", s'est félicité auprès de l'AFP Stéphane Dottelonde, président de l'Union de la publicité extérieure (UPE), à l'origine du recours.
"On ne peut pas impunément piétiner un média"
Selon lui, le règlement pourrait donc être à nouveau suspendu quand le tribunal examinera le recours sur le fond également déposé par l'organisation professionnelle, qui regroupe notamment JCDecaux, Clear Channel et CBS Outdoor.
"C'est une première victoire pour l'affichage à Paris", s'est réjoui dans un communiqué François Morinière, président de CBS Outdoor France.
"Sous la pression d'une petite minorité politique très agissante, on souhaite mettre à genoux un média, qui est indispensable à la vie économique et sociale", a-t-il estimé. "La justice vient de nous donner raison: on ne peut pas impunément piétiner un média et les entreprises qui en vivent", a-t-il ajouté.
Un lobby trop puissant ?
"La commissionnite continue à prendre de l’ampleur"
par David Bensoussan (Challenges) | 08.01.2008 |
VISIBLEMENT, Nicolas Sarkozy n’a pas guéri de sa "commissionnite aigue" pendant la trêve des fêtes de fin d’année. Lors du grand raout médiatique organisé, ce matin, dans la salle des fêtes de l’Elysée, version sarkozyste des traditionnels vœux à la presse, le président de la République en a profité pour ajouter deux nouveaux groupes de réflexion à sa grande liste de missions et commissions en tout genre, dont le nombre frise désormais la quarantaine.
Principal trophée: Simone Veil. L’ancienne ministre de Valéry Giscard d’Estaing va présider la commission chargée de rédiger un projet de texte sur les nouveaux droits que le chef de l’Etat souhaite ajouter à notre Constitution: égalité homme-femme, respect de la diversité, bioéthique… Depuis des mois, Nicolas Sarkozy cherchait à enrôler Simone Veil dans son gouvernement ou, à défaut, l’intégrer dans sa galaxie de commissions. Et pour cause, elle symbolise, dans une certaine mesure, l’ouverture, elle qui est issue des rangs centristes de l’UDF mais a rallié le candidat Sarkozy pendant la campagne, au point de présider son comité de soutien. Surtout, cette figure morale fait partie des personnalités préférées des Français, comme en témoigne le succès de son autobiographie, Une Vie, tirée à 600.000 exemplaires. Ouverture et impact médiatique. Simone Veil remplit les deux objectifs principaux de la "commissionnite" qui a déjà touché Jacques Attali, ex-conseiller de François Mitterrand, ou encore le socialiste Michel Rocard, qui siège dans le comité sur la revalorisation du métier d’enseignant.
Le deuxième comité d’experts annoncé, ce matin, est encore plus chic. Nicolas Sarkozy en avait, semble-t-il, marre qu’on lui rabâche les chiffres médiocres de la croissance française. Il a donc décidé d’inventer de nouveaux indicateurs, moins quantitatifs, de nos performances collectives. Une autre idée de la croissance sans doute fidèle à sa "politique de civilisation", expression qu’il a utilisée à plus de 40 reprises dans son discours. Pour cela, le Président a fait appel à deux prix Nobels d’Economie -rien que ça!– l’Américain Joseph Stiglitz et l’Indien Amartya Sen, créateur du fameux Indice de développement humain (IDH). Nicolas Sarkoy veut ainsi "prendre mieux en compte les conditions réelles et la qualité de vie des Français qui n’en peuvent plus de l’écart grandissant entre des statistiques qui affichent un progrès continu et les difficultés croissantes qu’ils éprouvent dans leur vie quotidienne".
En octobre déjà, le nouveau directeur général de l'Insee, Jean-Philippe Cotis, avait été chargé d'élaborer de nouveaux instruments statistiques en matière de pouvoir d'achat et de chômage. Sans compter la "mission d’information sur les grandes données économiques et sociales" de l’Assemblée Nationale dont le rapport a été confié au député UMP, Hervé Mariton. Vous avez dit commissionnite ?
«Pouvoir personnel»: Joffrin répond à Sarkozy
Libélabo 09/01/08
Lors de la conférence de presse de mardi 8 janvier, le Président de la République a longuement répondu au directeur de Libération sur sa pratique du pouvoir. Laurent Joffrin décrypte mot à mot cette réponse pour LibéLabo.
Réalisation: Marc Quattro et Hervé Marchon / Durée: 13′05
Fillon, un «collaborateur», Sarkozy l'avait bien afirmé
LIBERATION.FR : mardi 8 janvier 2008
Le Premier ministre n'est pas un collaborateur, dixit le président de la République.
Trouvez-moi la phrase où j'ai dit ou écrit que François Fillon était mon collaborateur, a-t-il déclaré en substance lors de sa conférence de presse.
On a trouvé. Pas difficile, c'était lors d'un entretien accordé fin août à la presse régionale. Des propos rapportés notamment par «Sud Ouest», dans un article titré «je suis payé pour décider». En voici l'extrait :
«Bronzé, détendu, séduit par ce coin «magnifique» d’Amérique du Nord où il vient de passer deux semaines de vacances controversées, Nicolas Sarkozy attaque cette fin d’été à son rythme habituel: en surrégime.
Tandis que François Fillon effectue sa rentrée avec un entretien accordé au quotidien Le Monde, lui reçoit la presse régionale. “Le Premier ministre est un collaborateur. Le patron, c’est moi !”, rappelle-t-il à toutes fins utiles.»
L'auteur de l'article, Bruno Dive, contacté par Libération se souvient de cet entretien. «Il n'a jamais qualifié Fillon de collaborateur dans une déclaration officielle, c'est vrai. Mais il l'a dit lors d'une conversation, devant une dizaine de journalistes.»
Même contradiction en ce qui concerne la suppression des 35 heures ...

Placide - http://www.leplacide.com/
Dangereuse dangerosité
Edito du Monde | 08.01.08
Dix jours après avoir promulgué une nouvelle loi sur la prévention de la récidive, Nicolas Sarkozy décidait, en plein mois d'août 2007, à la suite de l'émotion légitimement suscitée par le viol du petit Enis à Roubaix par un pédophile récidiviste, de durcir de nouveau la législation. C'est ainsi qu'est né, par réaction à un crime odieux, ce concept de "rétention de sûreté" qui est au coeur du projet de loi examiné, à partir du mardi 8 janvier, par l'Assemblée nationale. En clair, des pédophiles, des violeurs, des meurtriers de mineurs, ayant été condamnés à au moins quinze ans de prison, pourront se voir infliger par une commission pluridisciplinaire une deuxième peine qui conduira à leur enfermement dans une "prison-hôpital", pour une durée sans cesse renouvelable.
Au-delà de la confirmation d'une tendance préoccupante depuis une dizaine d'années, consistant à durcir sans cesse le droit pénal à la suite de faits divers particulièrement abominables - et il en est ainsi des crimes pédophiles -, l'invention de cette "rétention de sûreté" ouvre la voie à de multiples dérives. Va-t-on, avec cette double peine, réintroduire de fait les condamnations à perpétuité à l'encontre de personnes maintenues en détention en raison d'une "dangerosité sociale" supposée, non plus pour une infraction commise, mais pour une infraction éventuelle ? L'ancien garde des sceaux Pascal Clément a déjà mis en garde contre le risque d'inconstitutionnalité d'un tel texte.
Ce projet rend tout à fait illusoires les chances de réinsertion et l'idée même que la sanction pénale ait la moindre valeur rédemptrice. Les défenseurs du texte de Rachida Dati mettent en avant son caractère protecteur de la société mais aussi des victimes, face au danger de voir des criminels récidiver ; ils se félicitent de la fin du principe de l'automaticité des remises de peine ; ils soulignent enfin que l'enfermement pour dangerosité relèvera d'une décision collégiale, susceptible de recours. Mais c'est oublier que, si la détention est une punition, elle a aussi pour but la réinsertion du coupable. Avec la "rétention de sûreté", dont il serait menacé dès le prononcé de sa condamnation, le détenu sait que, même s'il se comporte bien en prison, il pourra y être maintenu pour sa "dangerosité".
M. Sarkozy fait de l'efficacité de son action un maître mot de sa politique, mais plutôt que de défaire ou de refaire sans cesse des lois encore faudrait-il commencer par appliquer celles qui existent. Sur la récidive, du suivi socio-judiciaire avec injonction de soins (1998) à la surveillance électronique par bracelet mobile (2005), les lois se sont multipliées. Mais les moyens n'ont pas suivi, et la psychiatrie souffre d'un manque criant de praticiens. Alors, sous le coup de l'émotion, on crée à la hâte de nouveaux outils. A risques.
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Plusieurs associations s'inquiètent des risques de violation du secret médical dans les prisons
LE MONDE | 08.01.08
Le secret médical en prison est-il menacé par le projet de loi sur la rétention de sûreté ? A la veille du début de l'examen de ce texte à l'Assemblée nationale, mardi 8 janvier, trois associations – l'association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire, l'association des professionnels de santé exerçant en prison et l'observatoire international des prisons – ont saisi le comité consultatif national d'éthique de cette question.
La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a également fait part de son inquiétude dans une note au gouvernement.
Le projet de loi prévoit que "dès lors qu'il existe un risque sérieux pour la sécurité des personnes", les personnels des centres de rétention de sûreté, comme des prisons, doivent "le signaler dans les plus brefs délais au directeur de l'établissement en lui transmettant, dans le respect des dispositions relatives au secret médical, les informations utiles à la mise en œuvre des mesures de protection".
Pour la CNCDH, "tout se passe comme si, hors de son rôle soignant, le médecin participait à une mission de contrôle sur le patient, en assistant l'administration pénitentiaire".
Rappelant que le Conseil de l'Europe exige "le respect des règles ordinaires du secret médical", les trois associations qui saisissent le Comité d'éthique estiment que d'autres projets le menacent. Des possibilités d'informations sur l'état de santé des détenus pourraient être inscrites dans la future loi pénitentiaire.
Selon ces associations, il s'agirait "d'une régression très nette par rapport à la loi de janvier 1994", qui prévoit que la médecine en prison relève du ministère de la santé
Justice sous pression - Dati : la rétention de sûreté n'est pas en "rupture" avec le droit
NOUVELOBS | 08.01.2008
Le projet, qui prévoit notamment des centres fermés pour pédophiles, a provoqué une levée de boucliers chez les avocats, magistrats, médecins, ou encore Robert Badinter. Le texte est examiné ce mardi à l'Assemblée.
Il n'y a pas de rupture avec nos principes fondamentaux du droit", a répondu mardi 8 janvier la ministre de la Justice Rachida Dati aux critiques exprimées la veille par l'un de ses illustres prédécesseurs à la Chancellerie, Robert Badinter, à l'encontre du projet de loi sur la rétention de sûreté.
Tandis que son projet de loi controversé contre la récidive des criminels dangereux devait être examiné à l'Assemblée à partir de ce mardi. "Il s'agit d'être réaliste et de ne pas laisser en liberté des criminels extrêmement dangereux".
"Je rappelle à Robert Badinter qu'il y a des mesures qui sont prises qui sont privatives de liberté avant même d'avoir commis un acte grave", a déclaré Rachida Dati, citant à titre d'exemple "les hospitalisations d'office" prononcées par "le préfet ou le maire", comme dans le cas d'un "forcené qui menace de tirer".
Sur la rétroactivité - La ministre de la Justice a confirmé son intention d'accepter l'amendement du rapporteur du projet de loi, George Fenech, qui vise à étendre le dispositif aux auteurs de crimes sur tous les mineurs, au-delà de 15 ans et "pour les crimes les plus odieux" tels que "les violeurs en série, les tueurs en série". "Bien sûr je l'accepterai", a-t-elle dit, rendant hommage à "l'excellent travail des parlementaires".
La garde des Sceaux a en outre annoncé que le texte "sera applicable aux personnes déjà condamnées qui seraient amenées à sortir", aux gens "considérés et reconnus par cette commission qui existe déjà, comme extrêmement dangereux avec un risque de récidive extrêmement fort".
Interrogée sur les risques qu'une telle disposition qui s'apparente à une forme de rétroactivité de la loi soit sanctionnée par le Conseil constitutionnel, Rachida Dati a paru embarrassée. "C'est une réalité à prendre en compte", a-t-elle simplement dit.
Levée de boucliers - Le projet de loi créant des centres fermés pour les pédophiles en fin de peine a suscité lundi l'opposition des avocats, des magistrats de gauche, des médecins et des défenseurs des droits de l'homme ou des détenus.
Ce projet de la garde des Sceaux, Rachida Dati, prévoit que les détenus condamnés à au moins quinze ans de prison pour meurtre, assassinat, torture, acte de barbarie ou viol sur mineur ne seront plus automatiquement remis en liberté après avoir purgé leur peine. Ils pourront être placés indéfiniment dans des centres fermés si une commission pluridisciplinaire les juge encore dangereux.
Dans un communiqué commun, le Conseil national des barreaux, le Barreau de Paris et la Conférence des bâtonniers, représentant tous les avocats, "s'inquiètent de voir apparaître, pour la première fois dans notre droit pénal, une peine seulement fondée sur la dangerosité supposée d'un citoyen, hors de tout contexte de récidive".
Des amendements durcissent le texte - Selon eux, "cette nouvelle peine qui ne connaît pas de limite dans le temps s'apparente à une véritable lettre de cachet" qui permettait, durant la monarchie absolue, l'incarcération sans procès. "La profession d'avocat, qui a alerté les Commissions des lois de l'Assemblée nationale et du Sénat des dangers de cette innovation, estime inacceptable en l'état actuel de sa formulation, le projet de loi ainsi examiné", ajoutent-ils.
Malgré ces observations plusieurs amendements durcissant le texte ont été déposés lundi, dont un par le gouvernement visant le rendre applicable dès sa promulgation pour les auteurs de plusieurs crimes déjà en prison, selon des sources proches du dossier.
Dans un autre amendement du député Georges Fenech (UMP, Rhône), il est question d'étendre l'application de la loi aux auteurs des crimes les plus graves (assassinats, viols ou meurtres aggravés, actes de barbarie, tortures...), et pas seulement envers les mineurs.
Sur RTL, l'ancien garde des Sceaux socialiste Robert Badinter a parlé de "dérive", tandis que le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) publiait la liste des organisations ayant signé un appel au retrait de ce texte "indigne".
Les médecins inquiets - Parmi elles: la Ligue des Droits de l'homme, le Parti communiste, les Verts, le syndicat des personnels de l'administration pénitentiaire Snepap/FSU, le Genepi (Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées), l'Association nationale des visiteurs de prison, des antennes de la CGT, le Syndicat de la médecine générale...
De plus, l'Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP), l'Association des professionnels de santé exerçant en prison (APSEP) et l'Observatoire international des prisons (OIP) ont annoncé avoir saisi le Comité consultatif national d'éthique (CCNE).
Ils s'inquiètent essentiellement des atteintes au secret médical en prison commises, selon eux, par le texte, une entaille qui pourrait être agrandie par d'autres propositions sur lesquelles la Chancellerie réfléchit aujourd'hui.
Les signataires dénoncent une disposition du projet stipulant que les personnels ayant connaissance d'un risque lié à la situation médicale du détenu sont tenus de le signaler.
"Une telle modification du Code de la santé publique conduirait inévitablement le personnel médical à donner à l'autorité pénitentiaire des indications sur la nature des pathologies ou troubles du patient, d'ordre psychiatrique en particulier", s'insurgent-ils.
Changement de cap : Le grand coup de balai de Blandine
Florence LE MÉHAUTÉ – Ouest-France 08/01/08
L'ancienne cadre chez L'Oréal s'est reconvertie, depuis douze ans, dans le ménage à domicile à Paris et dans sa proche banlieue.
Avant. « J'étais la fille tailleur-escarpins qui se faisait inviter partout avec une jolie situation et un joli mari », raconte, sur un ton aussi enthousiaste que jovial, Blandine Gautier, 44 ans, aujourd'hui divorcée. Un tableau idyllique pour un parcours néanmoins atypique. Élevée entre Paris et les chaudes contrées africaines où est envoyé son père, directeur financier chez Elf, la jeune fille préfère les études d'esthéticienne à la voie royale des grandes écoles (Sciences Po, Ena...) de ses quatre frères et soeurs.
Malgré l'opposition catégorique de ses parents, elle gravit les échelons, de simple vendeuse à directrice de parfumerie. Avant de toucher du doigt son rêve : travailler pour une grande marque de cosmétiques. Elle devient ainsi cadre chez L'Oréal International. « Je voyageais, j'avais des frais de voiture, de teinturier, de coiffeur... Je descendais dans de superbes hôtels, des Hilton, Sheraton. » Sauf qu'en novembre 1989, la chute du mur de Berlin brise tout net sa carrière. Les boutiques ferment. Licenciée, elle retrouve des responsabilités dans une parfumerie à Paris, tenue par des Colombiens qu'elle finit par suspecter de trafic de stupéfiants. Deuxième licenciement. Fin du premier acte.
Le déclic. « À cette période, l'un de mes frères m'a annoncé qu'il avait une maladie incurable. J'ai voulu l'accompagner dans sa fin de vie, d'autant que les indemnités de L'Oréal me le permettaient financièrement. Là, pendant sa maladie, j'ai commencé à vouloir changer de vie. Les produits de beauté me paraissaient bien futiles, à côté. »
Six mois après la disparition du premier, son deuxième frère décède subitement. La fringante jeune femme prend de l'embonpoint. Des amis lui proposent alors de remplacer leur femme de ménage, sur le départ. Elle, qui garde de son enfance avec chauffeur, cuisinier et « bonne à tout faire » un goût prononcé pour la propreté lustrée, n'hésite pas longtemps.
Aujourd'hui. « Je travaille chez dix-neuf personnes, toutes très différentes. » Beaucoup de célibataires surmenés, un restaurateur, une dame âgée chez qui elle fait office de « secrétaire particulière ». « Certains m'appellent parfois pour me féliciter d'avoir pris l'initiative de ranger le placard à chaussures. Des anciens clients m'ont déjà invitée à l'étranger. J'ai l'impression de faire partie de la famille. » Quant à la difficulté des tâches, souvent ingrates ? « C'est épuisant. Mais je suis quelqu'un de passionné. Je ne dirais pas que j'adore nettoyer les vitres, mais j'y trouve une certaine satisfaction, celle du travail bien fait. Et puis, j'ai une vie à côté. Je joue au golf, je m'offre au moins un grand voyage à l'étranger par an. »
Conseils. « Ne pas changer de vie dans l'urgence. Ce qui est important, c'est de bien choisir. Moi, j'ai eu la chance de pouvoir sélectionner les personnes chez qui je travaille, parce qu'elles me paraissaient avenantes, que l'appartement était agréable. » Bien sûr, pour une reconversion aussi radicale, il faut « faire fi du passé ».
Si elle gagne « moins » que chez L'Oréal, elle assure ne pas avoir de soucis financiers et se sentir « aussi épanouie, si ce n'est plus. Je me sens vraiment utile aujourd'hui. »
Une fraise d’"Ibères" énergivore
Eco2graphie. Chaque mercredi, le bilan écologique d’un produit
Par la rédaction de «Terra Economica» - mercredi 9 janvier 2008
Elle se joue des climats, des sols et des saisons, squattant désormais nos étals de janvier à décembre. Un bonheur pour le consommateur ? Pas si sûr. Car entre la fraise - disons d’été - qui n’avait besoin que d’eau, de soleil, de fertilité et celle qui traverse les saisons, le cycle économique et environnemental a subi de sérieux bouleversements.
La fraise d’hiver, qu’on retrouve dans les rayons de nos supermarchés, provient en grande partie du sud de l’Espagne, à proximité du delta du Guadalquivir. Il y a quelques mois, une équipe du World Wildlife Fund (WWF) est partie enquêter sur place. Et elle a dressé un bilan très sombre de ces cultures. Pour la production d’abord : entre les engrais, artificiels pour la plupart, les fongicides et les insecticides, la culture des fraises ressemblerait presque à une expérience de chimiste.
Deuxième problème : les énormes besoins en eau. Baptisée «el mar de plástico» (la mer de plastique), la zone est tapissée de serres (1). Dans son rapport, le WWF explique que «les cultures de fraises sont largement irriguées par des forages, dont la moitié ne sont pas déclarés et assèchent l’une des zones humides les plus remarquables de l’Union européenne».
Pour sortir de terre, les fraises ont par ailleurs besoin d’un environnement favorable. Ces variétés consomment ainsi une grande quantité de tourbe (compost naturel) importée par voie terrestre des pays baltes notamment. Pour rejoindre l’Andalousie, la tourbe parcourt environ 4 000 kilomètres par camion.
Enfin, la fraise a besoin de bras pour être récoltée. On estime à près de 100 000 le nombre d’ouvriers maraîchers recrutés pour cette culture. Venue principalement d’Amérique latine, d’Afrique du Nord et des pays d’Europe de l’Est, cette main-d’œuvre, souvent dépourvue de titres de séjour en règle, est surexploitée. Intrants, transport : des organisations écologiques estiment au final qu’il faut «environ 20 fois plus d’énergie» pour cultiver ces fraises d’hiver que pour celles de saison. Sans compter le dernier point : bien que ferme, rouge vif et bien calibrée, la fraise d’hiver n’est ni goûteuse ni sucrée.
(1) La culture de la fraise produirait, selon le WWF plus de 4 500 tonnes de résidus plastique par an dans le sud de l’Espagne.
Nicolas Sarkozy relance le débat sur le "Grand Paris"
NOUVELOBS.| 08.01.2008 |
Le chef de l'Etat souhaite "s'impliquer personnellement" pour que la capitale retrouve "sa vitalité". Bertrand Delanoë lui répond avoir relancé ce projet depuis 2001, rompant avec "l'ignorance et le mépris" de ses prédécesseurs.
Nicolas Sarkozy relance, mardi 8 janvier, son idée d'un Grand Paris liant capitale et banlieue. Il promet de "s'impliquer personnellement" dans ce chantier, défiant ainsi le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, qui brigue un nouveau mandat.
"Je ne laisserai pas ce projet s'enliser, je ne laisserai personne le bloquer", a lancé le chef de l'Etat devant la presse, alors que le projet de Grand Paris, selon les termes utilisés par la droite ou Paris Métropole pour la gauche, fait débat à deux mois des municipales. "La situation de l'agglomération parisienne est devenue inacceptable", estime Nicolas Sarkozy. "Paris doit retrouver sa vitalité, son rayonnement, son attractivité, sa créativité".
Concertation - Bertrand Delanoë a immédiatement rétorqué: "depuis 2001, notre capitale a renoué avec le mouvement" et rompu avec des "décennies d'ignorance et de mépris à l'égard de ses voisins".
Ce thème du Grand Paris, qui pourrait regrouper Paris et certaines communes de banlieue au sein d'une structure à imaginer, a déjà fait l'objet d'escarmouches entre les deux dirigeants.
En juin, Nicolas Sarkozy avait déjà regretté que Paris soit "la seule agglomération de France à ne pas avoir de communauté urbaine". Mardi, il a promis une "concertation" avec les Franciliens, élus et collectivités locales. Bertrand Delanoë - à qui l'on prête une ambition présidentielle - se dit, lui aussi, "disponible pour une véritable concertation".
Pour le chef de l'Etat, la réflexion sur la ville doit "être engagée d'abord sous l'angle de l'urbanisme et de l'architecture", et non celui des institutions.
Logement et transports - Selon Roger Karoutchi (UMP), chef de file de l'opposition au conseil régional d'Ile-de-France, il faut "de grands gestes architecturaux pour redonner du lustre à la région" et résoudre le problème du cadre de vie et du logement, devenu avec les transports "la priorité des préoccupations" des habitants. "L'Etat va se réimpliquer fortement dans la région capitale", a déclaré Roger Karoutchi à l'AFP. Il se dit "prêt à parler de Paris Métropole" avec les élus de la conférence métropolitaine, "à condition que Paris reconnaisse la nécessité d'un équilibre".
Dans son projet municipal, Bertrand Delanoë propose de "passer à la vitesse supérieure" après les élections, avec "un nouveau cadre institutionnel et un calendrier déterminés" au sein "d'assises de l'agglomération parisienne".
L'Etat absent - "Paris Métropole est en marche", estime-t-il mardi, et il n'y a "pas d'enlisement à un processus de concertation authentique, auquel l'Etat ne s'est pas associé jusqu'à ce jour".
Le PCF parisien juge, de son côté, que "le président a manifestement fait le choix de s'ingérer dans les affaires de la capitale". (Avec AFP)
"Pour être crédible, le gouvernement devrait mettre les moyens financiers en face des constats du Grenelle de l'Environnement et appuyer enfin les efforts de la région en matière de transports", tance-t-il.
Voudrait-il cumuler le mandat de Président et de Maire de Paris … ?
Quand Internet supplante la télévision
Ouest-France Editorial lundi 07 janvier 2008 par Jacques Duquesne
Les 15 à 24 ans regardent plus Internet que la télévision. Cette reine commence à tomber de son trône. Elle va chuter plus lourdement au fil des années. Car ces jeunes vont vieillir et garder leurs habitudes. Les moins jeunes s'y mettront aussi. C'est ce qui se produit toujours en matière de médias.
Nos parents ont connu une première révolution de ce type quand la radio est venue s'ajouter aux journaux. Heureusement, ceux-ci existent encore, car ils sont irremplaçables pour l'étendue de l'information en matière locale, régionale, voire nationale ou internationale. La radio va très vite, est forcément brève, car l'auditeur a, tout en l'écoutant, d'autres activités. Elle a elle-même été contrainte d'évoluer : les jeunes ont commencé à préférer Europe 1 ou RTL, et les radios publiques ont dû s'aligner sur celles-ci. La génération suivante a préféré la musique de NRJ ou de certaines radios, dites « libres ». Puis est venu Skyrock. Un style remplace l'autre.
Vint la télévision. Dans les années soixante, les Français ne pouvaient voir qu'un seul programme et la famille ne disposait que d'un seul poste. Elle se réunissait d'ailleurs pour regarder l'émission qui lui était imposée. Puis les chaînes se multiplièrent, le nombre de postes également. La liberté de choix s'étendait, la famille pouvait se disperser.
Internet offre deux possibilités. La première, c'est de se fabriquer soi-même son programme télévisé. Soit en « téléchargeant », sans respect de la loi, des émissions diffusées à l'antenne. Soit en louant à des « fournisseurs d'accès » (type Neuf Telecom, ou Noos) des films et des séries à bas prix. On peut ainsi regarder ce que l'on veut, quand on le veut, avec qui on le veut.
Deuxième possibilité offerte par Internet, la liberté de communiquer avec n'importe qui, fût-il au bout du monde. Il est ainsi possible de jouer au bridge avec un Australien, un Norvégien et un Jamaïcain que l'on ne rencontrera jamais. Il est possible aussi de diffuser sa propre émission. Il est possible enfin de lancer des informations, vraies ou fausses : de multiples rumeurs, souvent diffamatoires, courent sur Internet.
Évidemment, les jeunes sont plus familiers d'Internet que leurs aînés. Il arrive très souvent que ce sont eux qui apprennent aux plus âgés le maniement des équipements.
Autre conséquence : les médias précédents choisissaient ce qu'il fallait savoir. Ils subissaient, certes, des influences diverses (moins qu'on ne le croit et qu'on le dit, car la plupart des journalistes s'en protégeaient) et ils suivaient des règles (sinon, ils étaient parfois traînés en justice, pour la publication de certaines photos, par exemple).
Aujourd'hui, le champ de l'information est ouvert à tout le monde. Une certaine anarchie règne. Parfois, elle permet de diffuser vite, instantanément, des informations ou des commentaires de qualité. Parfois, en revanche, c'est le monde du « n'importe quoi », dit et illustré par n'importe qui. Sans qu'aucune réglementation ne vienne y mettre un peu d'ordre.
Les médias précédents jouaient, plutôt bien, un rôle d'enseignants, d'informateurs, et ils étaient identifiés. On savait qui parlait, écrivait, montrait. Maintenant, on ignore le plus souvent qui est « derrière » le spectacle, l'information diffusée par nombre de sites.
Le déclin de la télévision accompagne une véritable révolution. Aux citoyens, désormais, d'en profiter pour nourrir une véritable vie démocratique. Ce sera difficile. Les autres médias peuvent y aider. Car, de même que la radio n'a pas tué la presse écrite, ni la télévision la radio, Internet ne remplacera pas ses aînées. Mais changera, change déjà, la vie.

