Résistance Inventerre

-:¦:- Information Non-Violence, Environnement TERRE -:¦:- "Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent" Lucie Aubrac

mardi 8 janvier 2008

Sarkozy : "Je suis à l'aise avec ce que j'ai fait jusque là ... L'authenticité se lit sur mon visage" !

C'est le jugement sans appel de Nicolas-Sarkozy sur lui-même, prononcé au cours de la conférence de presse télévisée du mardi 8 janvier, qui réunit 500 journalistes français et du monde entier...

Après l’annonce possible d’une prochaine suppression de la publicité sur les chaînes publiques, le cours des actions de TF1 à Grimpé de 8,38% et celui de M6 de 6,86%. Le chef de l’état a aussi souhaité la création d’une nouvelle chaîne d’information !

Ses principales déclarations listées au fur et à mesure dans le Nouvel Observateur

sarkozy_ppda_chabot

Placide - http://www.leplacide.com/

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Justice - Non à la « rétention de sûreté

Politis lundi 7 janvier 2008

Branle-bas de combat dans les milieux professionnels et associatifs de la justice et des prisons. Le Parlement s’apprête en effet à examiner, le 8 janvier, un projet de loi visant à instaurer une « rétention de sûreté » qui permettra, après l’exécution de la peine de prison, de prolonger - sans limitation de durée, sans peine et sans infraction – l’enfermement des personnes considérées comme étant d’une « particulière dangerosité ».

De nombreuses organisations politiques, syndicales, associatives (dont le Genepi, le Syndicat national de l’ensemble des personnel de l’administration pénitentiaire et le Syndicat de la magistrature) et des membres de la société civile se mobilisent depuis plusieurs semaines contre ce projet de loi « attentatoire aux libertés et contraire aux principes fondamentaux de notre droit pénal. »

Un appel à signature en ligne, déjà paraphé par 1 700 personnes, et un argumentaire sont disponibles sur www.contrelaretentiondesurete.fr. Les associations à l’origine de la mobilisation appellent en outre « tous les parlementaires à refuser de voter ce texte indigne. »

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NOUVELOBS | 07.01.2008 | Badinter dénonce le projet de loi sur la rétention de sûreté des pédophiles

L'ancien garde des Sceaux socialiste a qualifié le texte, qui doit être débattu mardi à l'Assemblée nationale, de "dérive dangereuse".

Robert Badinter, ancien garde des Sceaux socialiste, a ouvertement critiqué, lundi 7 janvier, le projet de loi prévoyant "une rétention de sûreté" pour les pédophiles jugés toujours dangereux après avoir purgé leur peine.
"Il s'agit d'un changement radical de notre droit et d'une dérive que je ne peux que critiquer, dénoncer", a lancé Robert Badinter interrogé sur RTL. Le texte du projet de loi doit être débattu mardi à l'Assemblée nationale.


"Pas de prison sans infraction"
-"Tout notre système judiciaire repose aujourd'hui sur un principe simple: il n'y a pas de prison sans infraction. Or, là c'est tout à fait autre chose, c'est après la peine que l'on maintient quelqu'un en prison, non pas au titre d'une infraction qu'on lui reproche, non pas au titre d'une infraction pour laquelle il a été condamné mais au titre d'une infraction virtuelle, d'un crime qu'il pourrait éventuellement commettre s'il était libre", a dénoncé le sénateur des Hauts-de-Seine.
"C'est une dérive dangereuse, nous oublions trop que la justice repose sur un certain nombre de principes et que le premier de ces principes, dans tout pays de libertés, c'est la présomption d'innocence", a-t-il poursuivi.

"Vous savez, il va peut-être récidiver un jour" -
Soulignant que "le taux de récidive des violeurs est de 1 %", Robert Badinter a relevé que "de nombreuses mesures" existaient pour prévenir la récidive comme "le suivi socio-judiciaire avec injonction de soins, la surveillance judiciaire, l'inscription au casier avec obligation de se présenter à la police pour les criminels dangereux".
"Garder quelqu'un en prison parce que des psychiatres auront dit 'vous savez, il va peut-être récidiver un jour' c'est une dérive vers une société, une justice que je n'accepte pas",
a insisté l'ancien ministre de la Justice.

Pétition -
Dans un communiqué commun diffusé lundi, le Syndicat de la magistrature (SM), le Genepi et le SNEPAP-FSU, ont dénoncé un projet de loi "attentatoire aux libertés et contraire aux principes fondamentaux de notre droit pénal. Ils ont lance un appel à signature contre le texte. Cette pétition a d'ores et déjà été signée par la Ligue des droits de l'Homme (LDH), le parti communiste (PCF), la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et les Verts.

Les centres fermés opérationnels dès la promulgation -
Si les centres fermés pour pédophiles dangereux en fin de peine n'entreront véritablement en fonction qu'en 2023, le projet de loi n'étant pas rétroactif, le premier des centres fermés à Fresnes pourra héberger dès fin 2008 ceux qui ne respecteront pas une mesure de surveillance électronique.
"Le premier centre ouvrira à Fresnes, en septembre 2008, (avec) 40 places", avait annoncé fin décembre la ministre de la Justice Rachida Dati.
Cependant, a précisé lundi la Chancellerie, les centres fermés --baptisés "centres socio-médico-judiciaires"-- pourront accueillir avant cette date [ndlr, 2023] des ex-détenus "qui ne respecteraient pas les obligations liées" au placement sous surveillance électronique mobile (PSEM ou bracelet électronique).

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Justice - Réformer le divorce : qu'en pensent-ils ?

NOUVELOBS | 07.01.2008

Justice : Le projet de déjudiciarisation du divorce par consentement mutuel, annoncé par le gouvernement le 12 décembre, a provoqué de nombreuses protestations, en particulier parmi les avocats. Est-ce un avis partagé par l'ensemble des professionnels de la justice ? Nouvelobs.com a interrogé des personnalités de tous bords sur le sujet.

Notre question : - Est-il choquant de vouloir déjudiciariser le divorce par consentement mutuel ?

Les réponses :

Paul-Albert Iweins, président du Conseil National des Barreaux (CNB) :
- " C'est une privatisation de la justice qui est en germe dans cette mesure, comme dans bien d'autres. Si la réforme ne signifie pas forcément l'absence des avocats dans le processus, elle signe en tout cas celle du juge. Nous nous opposons violemment au passage du juge, fonctionnaire d'État, indépendant, qu'on ne choisit pas, au notaire, un professionnel libéral que l'on choisit, que l'on paie, et avec qui on est en relation de clientèle. Tout cela est extrêmement malsain et préoccupant. Pourquoi ne pas imaginer ensuite la disparition du juge pour les affaires de licenciement et de tutelle ? On dirait qu'on veut se débarrasser de la mission du juge, au profit de professionnels libéraux dont je ne remets pas en cause la qualité, mais dont je doute de l'impartialité. Le juge en est le seul garant. L'accord des parties, c'est une chose. Mais un divorce n'est pas une transaction immobilière : on ne divorce pas comme on achète un appartement. Dans un couple, il y a toujours un dominant et un dominé. Et même en cas de divorce par consentement mutuel, il y a toujours un qui demande et un qui accepte.

…..Suite  NouvelObs

Eric Dupond-Moretti, avocat au barreau de Lille :
- "C'est bien évidemment choquant. Pour ma part, je ne m'occupe pas de cas de divorces.
Dans ces affaires, le recours à un juge est indispensable. Le notaire n'est pas comme lui garant des libertés individuelles, selon la constitution. Le juge doit vérifier l'existence du consentement mutuel, et être un garant d'impartialité. Même en cas de consentement mutuel, on sait qu'il peut y avoir des conflits, concernant les enfants, le partage des biens, ou le versement de la pension alimentaire. Ce n'est donc pas l'intérêt des justiciables que de divorcer devant un notaire. Et puis, lors d'un divorce, c'est tout de même rassurant d'avoir chacun un avocat, qui garantisse nos droits. Sinon, d'où viendra le conseil ?
Ma position n'est pas corporatiste : divorcer n'est pas un acte neutre. C'est la vie des gens qui est en jeu.

suite NouvelObs

Thierry Lévy, avocat au barreau de Paris :
- "Pas du tout. Mais il y a deux points de vue : celui des justiciables et celui des avocats. J'adopterai pour ma part celui des premiers : pour eux, je pense que cela ne présente pas d'inconvénient. Que l'on fasse du divorce un acte notarié, sans passer par un juge, cela ne me gêne pas. Est-ce que cela permettra de réduire le coût de divorce ? Ce n'est pas évident. Mais dispenser les époux de passer devant un juge, cela peut être bien : c'est une façon de dédramatiser les choses. Il faut considérer que les gens ne sont pas totalement irresponsables : ils n'ont pas besoin de l'autorisation d'un juge pour se marier, ils ne devraient pas en avoir besoin non plus pour divorcer. Il est bon de retirer au divorce son aspect conflictuel. Si le conflit vient à surgir, le notaire n'acceptera pas de régler le divorce, et on s'orientera vers le juge.. "

…..suite NouvelObs

Denis Robillard, avocat au barreau de Blois :
- "Mon avis est sans doute orienté par mes fonctions, mais on ne peut être favorable à cette idée. Qu'apporte la présence du juge ? D'abord une compétence et des vérifications préalables qui sont très précieuses. Lui seul peut véritablement s'assurer du consentement effectif des deux époux, et vérifier que les dispositions prises ne soient pas léonines, inéquitables. Le passage devant le juge est donc essentiel. Il apporte la garantie du droit du conjoint le plus faible, ce que ne permet pas un passage devant le notaire.
Le but avoué de la réforme, c'est de désengorger la justice. Mais les magistrats ne passent pas un temps énorme sur les divorces. Pour ce qui est d'éventuelles économies, le coût d'un divorce devant notaire n'est pas encore fixé. Mais il pourrait être aussi élevé qu'aujourd'hui, étant donné que les intérêts patrimoniaux entrent dans le calcul des honoraires des notaires. Les avocats pourraient certes faire des efforts dans le sens d'une clarification des tarifs, qui varient fortement d'un cabinet à l'autre.
….
Suite Nouvel Obs


Philippe Bilger, avocat général près de la cour d'appel de Paris :
- "Sur le plan du principe, ça ne me choque pas dès l'instant où l'on est assuré de l'égalité des forces et des statuts. Si un divorce est bien par consentement mutuel, il n'y a aucune raison de trouver cela choquant.
Néanmoins, je lisais récemment un article très intéressant écrit par un bâtonnier de l'ordre des avocats qui affirmait qu'il n'y a jamais de consentement parfaitement mutuel. Est-ce vrai ou est-ce un moyen de défendre une part non-négligeable du travail des avocats ? En tout cas, je ne crie pas au scandale en soi."

Dominique Barella, ancien procureur, ex-président de l'Union syndicale des magistrats et membre de la commission "Justice" du Parti socialiste :
- "A priori cela ne me choque pas, à condition de prévoir quelque chose qui me paraît très important : un délai de réflexion et de rétractation. On prévoit ce genre de disposition pour la vente à domicile, cela me semble élémentaire pour les affaires de divorce. Si un des conjoints décide que finalement, les dispositions arrêtées avec le notaire ne lui conviennent pas, il doit pouvoir ensuite aller devant le juge, surtout s'il y a des enfants mineurs en jeu. Plus globalement, on constate qu'il n'y a aucune logique dans la politique menée actuellement en matière de justice. Rachida Dati vient d'annoncer une réforme de la carte judiciaire et des suppressions de tribunaux en fonction de statistiques d'activités qui vont manifestement changer après cette réforme. C'est du n'importe quoi, une politique complètement coupée des réalités. Et une fois de plus, cette nouvelle annonce n'a pas été concertée avec les professionnels de la justice."

Régine Barthélémy, présidente du Syndicat des Avocats de France (SAF) :
- "Ce qui est le plus choquant, c'est que cette mesure est annoncée comme permettant à la justice de faire des économies. Si le divorce se fait devant un notaire, et plus un avocat, on change la nature du mariage, qui devient un contrat, et plus une institution. C'est un changement de société. Prendre une telle décision par souci d'économie…
La réforme de 2004, qui prévoit une seule comparution devant le juge en cas de divorce par consentement mutuel, donne satisfaction à tout le monde. Il est aberrant de vouloir déjudiciariser le divorce uniquement pour que l'Etat puisse faire des économies. Les justiciables, eux, n'y trouveront pas le moindre intérêt. Le divorce devant le notaire ne sera pas moins cher : il faut le payer, alors qu'on ne paie pas le juge. Et quid de l'aide juridictionnelle ? Ceux qui en bénéficient ne pourront plus utiliser la procédure de divorce par consentement mutuel. Comment cela se passera-t-il s'il n'y a pas d'avocat ? Les gens ne règlent pas leur divorce comme par magie : c'est le résultat du travail des avocats pendant plusieurs mois. Ce n'est pas le travail du notaire. "

….Suite NouvelObs.

Lionel Escoffier, président de la Fédération Nationale des Unions des Jeunes Avocats (FNUJA) :
- "Je trouve cela extrêmement troublant et choquant de transférer cette compétence de rendre la justice, qui est la plus noble et la plus belle, à des acteurs économiques, qui auront en face d'eux des clients, et plus des justiciables. C'est une atteinte à la séparation des pouvoirs.
Il y a là une volonté de banaliser le divorce, et donc le mariage. Mais on ne divorce comme on achète un appartement. Le notaire a son rôle, mais on ne peut pas rompre un mariage devant lui. Seul le juge peut vérifier que les droits de chacun sont respectés. Demain, on pourra peut-être régler les licenciements devant un notaire, dans le cadre d'une "rupture négociée"… Le problème, c'est que les droits de la personne ne sont plus défendus.

…. Suite : Nouvel Obs


Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche) :
- "Cela ne nous choque pas de vouloir déjudiciariser le divorce. Le SM s'est prononcé de longue date pour un désengagement judiciaire des contentieux civils les moins conflictuels et, notamment des procédures de séparation amiable. Mais ce qui est aberrant, c'est qu'il s'agit, au-delà d'une déjudiciarisation du divorce, de sa privatisation. Le notaire, il faut le payer, alors qu'on pouvait divorcer gratuitement jusqu'ici grâce à l'aide juridictionnelle. Le recours au notaire permet donc des économies pour l'Etat, mais pas pour les justiciables – sauf peut-être pour les plus aisés. C'est encore une fois deux poids, deux mesures.
Suite : Nouvel Obs


Laurent Bedouet, secrétaire général de l'Union Syndicale des Magistrats (USM, majoritaire) :
- "Ce n'est pas, en tout cas, une bonne solution. Il n'y a dans cette réaction aucun corporatisme, car nous n'avons rien à y gagner, ni rien à y perdre. En cas de consentement mutuel, il y a accord sur le principe du divorce, mais à partir de là tout reste à faire. Dans le cadre d'une dissolution de mariage et de ses conséquences, il faut s'assurer qu'une des parties ne soit pas lésée, qu'il y ait une équité. Le rôle du juge prend ici tout son sens. Qui d'autre que lui peut garantir les droits de l'enfant ? Certainement pas un notaire. C'est un juriste, mais ce n'est pas son rôle. Il n'est pas à même de garantir la justice et la justesse d'une transaction passée entre époux.

Suite : Nouvel Obs

Propos recueillis par Anne-Sophie Hojlo et François Sionneau

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Papier de verre : Le Délathon

Le Monde du jour

papier de verre

Hervé Le Tellier
Si à peine un Français sur 10 000 dénonçait un étranger en situation irrégulière, notre ministre pourrait atteindre son "objectif". Ensemble, tout devient possible : lançons le Délathon.

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La novlangue déchaînée du gouvernement, stratégie de communication

Libération - mardi 8 janvier 2008 -Christian Delporte professeur d’histoire contemporaine à l’université Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines. 

«Putain», «connerie», «pognon»,«mec», «vachement», «bosser»… Tout simplement quelques uns des mots prononcés par le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, en décembre dernier, dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel.

Ce soir-là, M. Wauquiez avait aussi beaucoup de «machins» et surtout de «trucs» à dire. Si à l’aise devant les caméras qu’il en arrivait à tutoyer tous ceux qui l’entouraient. «Alors, on se tutoie ?» s’étonnait même Bruno Solo. Laurent Wauquiez, heureux dans son «job», rompt indéniablement avec le langage de l’ENA, dont il est issu.

L’injure en République est aussi vieille que la République elle-même, et il faudrait être bien naïf pour penser que les hommes politiques d’autrefois ne succombaient jamais à l’usage du juron. Certes, mais au nom de la dignité de la fonction, on évitait que l’opinion publique en fût le témoin. De Gaulle, comme ses successeurs du reste, eut l’occasion d’entendre bien des noms d’oiseau lors de ses nombreux voyages en province. Mais le Général, comme pris d’une brusque surdité, poursuivait imperturbablement son chemin, au grand dam de l’auteur de l’insulte.

Ce type de discours correspond même à une tendance au relâchement de l’expression qui s’affirme depuis quelques mois et verse parfois dans la grossièreté. Patrick Devedjian qualifie Anne-Marie Comparini de «salope». Fadela Amara juge la loi sur les tests ADN «dégueulasse». Henri Guaino répond à Bernard-Henri Lévy, qui l’avait traité de «raciste», par un lapidaire «petit con». Au plus haut niveau de l’Etat, on semble ne pas résister au langage de rue. Lorsqu’au Guilvinec, le 6 novembre dernier, Nicolas Sarkozy s’arrête et lance «Descends un peu l’dire ! Descends un peu…», il se place de facto au niveau de celui qui vient de l’insulter.

Le relâchement apparent du langage politique correspondrait, si l’on en croit les principaux intéressés, à la volonté de rompre avec la «langue de bois» pour mettre enfin à l’honneur le «franc parler» qu’attendent les Français. Parler «comme tout le monde» serait un gage de sincérité. Est-ce si sûr ? D’abord, le «parler vrai» n’a rien à voir avec l’appauvrissement du langage, moins encore avec sa familiarité. Ensuite, le vocabulaire «tendance» n’a rien à envier à la sémantique «technocratique» dans l’art de proclamer des banalités pour cacher la réalité des choses. Il peut même y aider en créant une fausse proximité avec le public auquel est destiné le discours.

Car, au-delà de vrais dérapages, le «nouveau vocabulaire» des responsables publics relève d’une stratégie de communication habilement élaborée et fondée sur la connaissance aiguë de la composition de l’auditoire. Une preuve ? Retour, alors, sur M. Wauquiez. S’il vient chez Fogiel, c’est parce qu’il vise un public plutôt jeune et peu sensible à l’actualité politique. Dans un talk-show dont la réussite dépend du rythme et de la vivacité des échanges, le porte-parole du gouvernement parlera donc «branché». Mais la veille, il était sur France Inter, interviewé par des journalistes dans le cadre du franc parler. Et là, on avait entendu un langage bien différent. Les «mesures», les «idées», le «programme» n’étaient pas réduits à l’état de «truc» ou de «machin». Les Français n’étaient pas au «boulot» mais au «travail» pour gagner de l’«argent» et non du «pognon». Dans le studio, on se vouvoyait, ce qui ne semblait pas représenter un obstacle insurmontable au débat. Mais M. Wauquiez le savait, il s’adressait là à un public intéressé par la politique, dans une émission «sérieuse», impropre aux écarts de langage.

«En temps que porte-parole, chacun des mots que j’utilise doit être bien dosé», avouait Laurent Wauquiez à Marc-Olivier Fogiel. On le croira aisément. Mais lorsqu’il affirme que, porte-parole du gouvernement, il n’a pris l’avis ni de Matignon ni de l’Elysée pour se rendre sur un plateau de télévision - contre tous les usages de la République ! -, il nous rappelle que la langue de bois n’est pas morte.

La société française souffre, on le sait, d’une crise démocratique profonde qui atteint le prestige de la fonction représentative et, plus généralement, de la chose publique. La confusion du langage qui s’installe sous nos yeux constitue-t-elle le meilleur moyen pour reconquérir le respect ?

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Dans un interview à la BBC, peu avant sa mort, Benazir Bhutto aurait parlé de « l’assassin de Ossama Ben Laden »

07 Janvier 2008 - Suisse

La BBC et le croquemitaine

Imaginez qu’on nous annonce que Ben Laden a été tué. On en ferait illico la nouvelle de l’année. Ça serait la fermeture de l’épisode 11-septembre. Les médias du monde entier nous abreuveraient de portraits du fada barbu, flanqué de son inséparable AK-47, le doigt levé et sentencieux. Pendant des semaines entières on n’entendrait plus que cette mantra : « Ben Laden a été tué ! » Et savez-vous ce que je viens d’apprendre ? Ben Laden a été tué.

Qui nous l’a annoncé ? Un conspirationniste de plus, retranché dans son bureau anonyme, citant des sources obscures ? Non. C’est la BBC. Dans l’interview que l’ultra-chevronné David Frost a réalisé avec Benazir Bhutto le 2 novembre dernier. Celle-ci était alors à peine remise de l’attentat qui la visait et qui avait fait plus de 130 victimes le 18 octobre précédent à Karachi. Plongée dans le bain de la politique la plus violente et dangereuse dès son plus jeune âge, Benazir Bhutto n’a vraiment rien d’une blanche colombe et c’est très froidement qu’elle répond aux questions de Frost. Elle déclare que trois personnages, dont elle tait les noms, sont très probablement impliqués dans cet horrible attentat.

Comme Frost insiste, Bhutto avance que l’un d’eux, un fonctionnaire haut placé dans le gouvernement de Musharraf, « a eu affaire avec Omar Sheikh, l’homme qui a assassiné Ossama Ben Laden. » D’un mouvement de souris, je reviens en arrière et je réécoute. Une fois. Quatre fois. Trente fois. C’est imparable. On voit très bien les lèvres prononcer cette phrase hallucinante : « Omar Sheikh, the man who murdered Osama Bin Laden. »

Personne n’a encore organisé de conférence de presse à la BBC pour déclarer que c’était une manip de mauvais plaisantin. Personne à la BBC n’a d’ailleurs déclaré quoi que ce soit. A la BBC, ou sur CNN, ou sur TF1, ou dans les colonnes de Marianne, du Guardian. Personne. Nulle part. Pas même Frost, à qui on ne la fait certainement pas, et qui enchaîne sans aucun commentaire. Aussi candidement que Bhutto elle-même qui noie cette déclaration dans un corps de phrase assez long. Comme si elle avait voulu placer l’information sans lui donner trop de valeur. Juste pour dire : je sais, et si je sais, c’est que je sais plein d’autres choses, donc faites attention. On peut imaginer désormais que c’est elle qui aurait dû faire attention.

Car Ben Laden vivant, c’est une assurance-vie pour tout le monde, amis et ennemis : la Maison Blanche, Musharraf, Al-Quaeda, Ahmedinejad, Downing Street et les compagnies aériennes du monde entier. J’oubliais les vendeurs de caméras en circuit fermé. Et tant d’autres. Ben Laden, c’était le croquemitaine absolu, celui qui justifiait notre peur de prendre l’avion, de nous rendre au centre commercial, de faire la queue devant un cinéma. Ce flic immatériel et omniprésent qui nous faisait marcher droit, obéir à nos gouvernements. Et ranger notre liberté de penser au rayon des antiquités honteuses. 

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La "décroissance" : une dangereuse secte ?

Suisse – Le journal de Vaud - 07 Janvier 2008 |

On entent parler ici et là de "décroissance". On parle même des "adeptes" de ce mouvement comme s'il s'agissait de membres d'une secte. Eux préfèrent s'appeler, non sans humour des "objecteurs de croissance".

Hyper-drôle, en effet. Mais au juste, qu'est-ce que la "décroissance"?


À vrai dire, il s'agit plus d'un slogan que d'autre chose. Même s'il existe des théoriciens de la décroissance (originellement le roumain Georgescu-Roegen, plus récemment Jacques Grinevald, Serge Latouche ou Paul Ariès), le terme a agrégé autour de lui des personnalités issues de milieux et de sensibilités très différentes ayant pour point commun qu'ils partagent tous cette assertion : "Celui qui croit en une croissance infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste."

Prenant donc la "finitude" de notre monde et de ses ressources naturelles comme point de départ, tous arrivent au constat que notre mode de développement et notre modèle économique dopé à l'augmentation annuelle de la production et de la consommation va tôt ou tard nous faire buter sur les limites de notre écosystème, de notre planète, et d'ailleurs plutôt tôt que tard.


À vrai dire, il conviendrait mieux de parler "d'a-croissance", puisque l'idée n'est évidemment pas de souhaiter la "décroissance de tout" (et pas des pays pauvres) mais plutôt de sortir de cette logique unanimement reconnue du "toujours plus" (plus de travail, plus d'argent, plus de consommation, plus de mobilité, plus de vitesse, plus de viande, plus de richesses, donc plus de consommation matérielle, plus de ressources prélevées, plus d'énergie, plus de déchets, etc.).

Pour reprendre l'image de Serge Latouche, cette croissance, dans nos pays (sur-)développés, c'est comme un fleuve en crue. "Et la décroissance, c’est la décrue nécessaire de ce cours d’eau qui inonde tout".
Même si le mouvement est marginal, il touche de plus en plus de monde, comme en témoigne l'excellent dossier "spécial Décroissance" du dernier numéro du Courrier International.

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Le gouvernement annonce un renforcement du contrôle des poids lourds

France Info - 7 janvier 2008

Des employés de sociétés d’autoroutes ont dénoncé le comportement dangereux d’un nombre croissant de chauffeurs routiers. Le ministre des Transports, Dominique Bussereau, annonce donc une surveillance accrue à partir d’aujourd’hui.

Des chauffeurs qui conduisent "à l’oreille". Qui lisent ou regardent la télévision au volant et ne contrôlent leur trajectoire qu’en se fiant au bruit des bandes blanches vibrantes, sur le côté de la chaussée. Voilà ce que dénoncent les agents des sociétés d’autoroutes, qui craignent pour leur sécurité lors de ses interventions.

Leurs témoignages ont été publiés vendredi dans le quotidien Le Figaro, ce qui a décidé le ministre des Transports, Dominique Bussereau, à annoncer un renforcement des contrôles. "Les statistiques dont nous disposons prouvent que les camions sont de moins en moins impliqués dans les accidents de la route. Néanmoins, s’il y a des comportements inconscients, tels lire un journal ou regarder la télévision en conduisant, il faut être extrêmement sévère".

Dominique Bussereau et sa collègue de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie ont donc demandé "aux forces de l’ordre d’effectuer des contrôles renforcés" à partir d’aujourd’hui sur les camions.

Selon le ministre, "cette période de surveillance renforcée pourrait être de trois mois. On verra à l’issue quelles conséquences on en tire. Si l’on s’apercevait que ces comportements sont plus fréquents qu’on ne le soupçonne, cela peut passer par un renforcement de l’échelle des sanctions".

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Radars: "des milliers d'automobilistes ont été floués avec des PV illégaux"

Propos recueillis par Antoine Jaillard

L'Etat aurait engrangé l'année dernière 350 millions d'euros d'amendes grâce à des radars défectueux. C'est ce que révèle le magazine Auto Plus qui a pu se procurer un rapport confidentiel. Le ministère de l'Intérieur connaissait depuis longtemps ces disfonctionnements mais continuait à verbaliser.

Pierre Olivier Savreux, (chef du service Enquête de l'hebdomadaire d'Auto Plus), que contient  le rapport que vous avez consulté?
Le document est sans appel, il stipule que tous les appareils, soit 1000 radars fixes et environ 500 mobiles, sont potentiellement caducs. Chacun peut commettre une erreur de calcul et sanctionner des automobilistes innocents. Les dernières générations de mobiles tentent bien de limiter les écarts entre vitesse réelle et vitesse relevée, mais pour l'instant il s'agit seulement d'une fraction des outils utilisés.

Quelles sont les causes du disfonctionnement?


Concernant les radars mobiles (voitures-flash et radars à main), le rapport démontre que la procédure d'utilisation réglementaire, seule garante de la justesse des relevés de vitesse, n'est pas respectée. Pour que sa mesure soit exacte, le radar doit scrupuleusement être positionné à 25° par rapport à l'axe de la route. Sur le terrain, cela exige une mise en place très précise par les policiers et les gendarmes. Ainsi, avec un angle de 24°, la vitesse d'un automobiliste est surestimée de 4 à 5 %. Si l'angle de travail est de 22°, l'erreur atteint 10 à 13%. Dès lors, un automobiliste peut être flashé à 147 km/h alors qu'il pointe à 130 km/h. Pour les radars fixes, le problème est un peu différent. Selon la loi, ces appareils doivent être contrôlés une fois par an puis certifiés conformes par un organisme public. La réalité est toute autre. Une société privée prend seule en charge la révision et réinstalle les machines. La non mise en conformité favorise alors le manque de précision.

Quels recours sont accessibles aux conducteurs victimes d'erreurs?
Il existe différents cas de figure. Un automobiliste ayant réglé son amende n'a plus de recours possibles. En payant la facture, il reconnaît sa faute. Les autres conducteurs peuvent porter l'affaire devant le tribunal administratif pour faire "sauter" le PV et récupérer leurs points. Des milliers de gens ont été floués par un système dont les bénéficiaires connaissaient les défauts. Les petits excès de vitesse (10 à 20% au dessus de la limite) représentent 80% des infractions. (NDLR: selon les calculs de LEXPRESS.fr, sur les 350 millions d'euros d'amendes engrangés par l'Etat en 2006, 280 millions sont donc récupérés en se basant sur des contrôles de vitesse défectueux). Le manque à gagner pour l'Etat dans une remise au norme des radars a semblé plus important que l'impartialité des contrôles. Des milliers de PV sont illégaux, c'est une grave injustice!

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Point de vue : Ouvrir les yeux

Par Alain Touraine, sociologue - samedi 5 janvier 2008 –  Extraits…

2007 a été pour Nicolas Sarkozy un état de supergrâce. Mais, les feux d’artifice retombés, les Français sont ramenés aux réalités économiques quotidiennes. Or, dans ce domaine primordial, l’habit ne fait pas le moine : le niveau de vie des actifs et des retraités est raboté. On ne peut pas approuver les déclinistes, parce qu’ils n’ont jamais indiqué comment les Français pouvaient reprendre confiance en eux. On peut encore moins suivre ceux qui donnent trop d’importance aux mauvaises manières du prince.

Il faut prendre plus au sérieux ceux qui, en cette période de l’année, ont voulu remplacer les dindes de Noël par des oies, parce qu’un tel choix représente le mieux l’état du débat politique en France.

Dernière chance

Cette année 2008 où nous entrons est, je le crois, notre dernière chance. Non que tout se gagne ou se perde en douze mois, mais parce que celui qui avance les yeux bandés finit par tomber dans le vide et il y a tant d’années que nous marchons les yeux bandés que le risque de catastrophe augmente énormément. Enlevons le bandeau de nos yeux. Le plus urgent est de réapprendre à lire, à écouter et à parler, à n’utiliser que des mots qui désignent des objets réels, qu’il s’agisse de machines ou d’idées.

Dans ce pays qui ne songe qu’à se protéger il est urgent de regarder la réalité et de définir clairement la civilisation que nous défendons. Trois de ses principes les plus importants sont les suivants : la solidarité avec les faibles, les opprimés et ceux qui, venus d’ailleurs veulent vivre avec nous, être nous sans renoncer à être eux-mêmes. En deuxième lieu le désir de connaissance, et plus simplement la volonté de travailler. En dernier lieu être de ceux qui cherchent le plus activement l’universel dans chaque individu ou catégorie et qui luttent contre les hégémonies et les racismes.

Si à la fin de cette année nous n’avons toujours pas compris que nous devons nous porter en avant pour ne pas reculer, chercher des idées et des techniques nouvelles au lieu de répéter des catéchismes, nous devrons pour le prochain Jour de l’an nous habiller tous de noir, nous couvrir les yeux d’un bandeau et marcher allègrement vers le précipice.

A quelle condition être français ?

Ma forte conscience d’appartenir à la nation française est de plus en plus blessée par l’existence de nombreuses personnes, qui vivent, travaillent et étudient en France comme clandestins non reconnus par la loi.

Pourquoi cette situation absurde ? Je ne vois que des avantages à régulariser la situation de la grande majorité des sans- papiers. Il ne faut ni faire sauter la porte ni la verrouiller ; il faut élaborer une politique d’intégration. Mais je me sens encore plus mal à l’aise d’être français quand je vois que nous sommes incapables de construire des logements corrects pour ceux qui vivent dans des immeubles insalubres ou qui s’abritent sous les ponts. La France ferme trop souvent les yeux sur ses conduites réelles ; je souhaite qu’elle les ouvre et qu’elle se rende compte qu’elle perd du terrain, qu’elle s’isole et qu’elle doit au contraire accélérer sa démarche. Mon premier vœu pour 2008 est de pouvoir me sentir français au milieu de compatriotes venus de partout, ayant les mêmes droits que moi et respectés en même temps dans leur identité culturelle.

Se connaître, mais pas trop

Si la France a besoin de se regarder et de se comprendre il en va de même pour chacun d’entre nous. Mais on ne vit pas sa vie en suivant un plan, du type de ceux qu’on établit dans les travaux publics. Nous ne pouvons vivre activement qu’en étant portés vers l’inconnu, vers ce que nous ne comprenons pas encore, en prenant des risques. Nous avons besoin à la fois de nous connaître le mieux possible et de nous comprendre de manière assez insuffisante pour laisser de la place à l’aventure, à l’imagination et à la séduction.

Le plus important aujourd’hui est de sonner la fin de la pause et de nous lancer, avant de tout comprendre, sur tant de chemins nouveaux que nous n’avions pas naguère la force d’explorer.

Posté par werdna à 00:03 - Réflexions - Citations - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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