mardi 8 janvier 2008
Radars: "des milliers d'automobilistes ont été floués avec des PV illégaux"
Propos recueillis par Antoine Jaillard
L'Etat aurait engrangé l'année dernière 350 millions d'euros d'amendes grâce à des radars défectueux. C'est ce que révèle le magazine Auto Plus qui a pu se procurer un rapport confidentiel. Le ministère de l'Intérieur connaissait depuis longtemps ces disfonctionnements mais continuait à verbaliser.
Pierre Olivier Savreux, (chef du service Enquête de l'hebdomadaire d'Auto Plus), que contient le rapport que vous avez consulté?
Le document est sans appel, il stipule que tous les appareils, soit 1000 radars fixes et environ 500 mobiles, sont potentiellement caducs. Chacun peut commettre une erreur de calcul et sanctionner des automobilistes innocents. Les dernières générations de mobiles tentent bien de limiter les écarts entre vitesse réelle et vitesse relevée, mais pour l'instant il s'agit seulement d'une fraction des outils utilisés.
Quelles sont les causes du disfonctionnement?
Concernant les radars mobiles (voitures-flash et radars à main), le rapport démontre que la procédure d'utilisation réglementaire, seule garante de la justesse des relevés de vitesse, n'est pas respectée. Pour que sa mesure soit exacte, le radar doit scrupuleusement être positionné à 25° par rapport à l'axe de la route. Sur le terrain, cela exige une mise en place très précise par les policiers et les gendarmes. Ainsi, avec un angle de 24°, la vitesse d'un automobiliste est surestimée de 4 à 5 %. Si l'angle de travail est de 22°, l'erreur atteint 10 à 13%. Dès lors, un automobiliste peut être flashé à 147 km/h alors qu'il pointe à 130 km/h. Pour les radars fixes, le problème est un peu différent. Selon la loi, ces appareils doivent être contrôlés une fois par an puis certifiés conformes par un organisme public. La réalité est toute autre. Une société privée prend seule en charge la révision et réinstalle les machines. La non mise en conformité favorise alors le manque de précision.
Quels recours sont accessibles aux conducteurs victimes d'erreurs?
Il existe différents cas de figure. Un automobiliste ayant réglé son amende n'a plus de recours possibles. En payant la facture, il reconnaît sa faute. Les autres conducteurs peuvent porter l'affaire devant le tribunal administratif pour faire "sauter" le PV et récupérer leurs points. Des milliers de gens ont été floués par un système dont les bénéficiaires connaissaient les défauts. Les petits excès de vitesse (10 à 20% au dessus de la limite) représentent 80% des infractions. (NDLR: selon les calculs de LEXPRESS.fr, sur les 350 millions d'euros d'amendes engrangés par l'Etat en 2006, 280 millions sont donc récupérés en se basant sur des contrôles de vitesse défectueux). Le manque à gagner pour l'Etat dans une remise au norme des radars a semblé plus important que l'impartialité des contrôles. Des milliers de PV sont illégaux, c'est une grave injustice!
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