jeudi 27 décembre 2007
Bayrou attaque Sarkozy sur la laïcité
Ouest-France – 27/12/07
Le discours du président de la République à Rome est une « remise en cause de la laïcité républicaine », affirme le leader du MoDem.

La critique la plus vive des propos appelant à une « laïcité positive », prononcés par Nicolas Sarkozy, il y a une semaine, à Rome, est venue, au lendemain de Noël, de François Bayrou. Dans une interview au Figaro, le président du MoDem, le nouveau parti centriste, critique cette expression. Il y voit « un retour que l'on croyait impossible en France, du mélange des genres entre l'État et la religion. » Cette critique, François Bayrou l'affirme « comme citoyen » et aussi, ajoute-t-il, « comme chrétien de conviction ».
En déclarant que « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes », le président de la République oublie « le grand mouvement d'émancipation » du siècle des Lumières, déclare François Bayrou. Il conteste aussi « une conception sociologique de la religion ». Nicolas Sarkozy a déclaré que « la France a besoin de catholiques pleinement chrétiens et de chrétiens pleinement actifs », s'engageant à les soutenir « dans les banlieues, les institutions, auprès des jeunes... » François Bayrou y voit « l'opium du peuple que dénonçait Marx. » « L'espérance religieuse et l'espérance civique ne sont pas de même nature », affirme le centriste. « L'homme n'est libre que si on empêche toute interférence entre le pouvoir, la religion et la science, les trois ordres que définissait Pascal. »
Dernière flèche, plus politique : « C'est un paradoxe troublant que celui d'un pouvoir qui affiche chaque fois qu'il le peut sa complaisance avec le matérialisme financier et, en même temps, souhaite faire de la religion une autorité dans l'espace public. »
Vendredi, dans un communiqué, Jean Glavany, secrétaire national du Parti socialiste chargé de la laïcité, s'était interrogé : « Que l'histoire de France soit imprégnée de christianisme, qui peut le nier ? Mais y insister, n'est-ce pas nier le reste de l'identité française ? » L'archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, président des évêques de France, a vu, dans le discours de Rome, « une manière neuve » d'envisager la laïcité.
Pas de papiers, pas de santé ?
Médecins du Monde – journal des donateurs – Décembre 2007-
L’Europe peut-elle continuer à tolérer de laisser survivre , ou sous-vivre des centaines de milliers de personnes dans des conditions de santé précaires ?
Il est naturel de vouloir bénéficier des meilleures conditions pour être soigné. A cette fin, Mme X.., qui vit en Angleterre, s’est fait poser une prothèse de hanches en Espagne : compétence du chirurgien, coûts nettement inférieurs… Elle en est satisfaite. Ce n’est qu’un exemple du tourisme médical intra européen qui se développe depuis plusieurs années.
Rien a voir, à priori avec la santé des personnes qui rejoignent l’Europe pour fuir conflits, oppression et pauvreté. Et pourtant, dès lors que nous demandons une couverture maladie effectivement universelle, qui permettrait aux migrants les plus pauvres un accès aux soins de qualité, se dresse le spectre d’un « tourisme médical mondial, payé par le contribuable européen ».
Or il s’agit d’un pur fantasme. Ces personnes ne quittent pas leur pays, leur famille, leurs proches par plaisir ou pour se faire soigner ailleurs. Ils fuient la guerre, l’oppression, la misère. L’Europe n’est pas submergée par des vagues de sans-papiers malades. Les exilés que rencontrent les équipes de MdM ne vont se faire soigner qu’en toute dernière extrémité, parfois trop tard.
L’étude terrain sur l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière que publie MdM est éloquente : si 78% de ces personnes interrogées devraient avoir accès à un minimum des soins garantis, ce ne sont que 24% d’entre elles qui bénéficient effectivement. Cette carence en soins est lourde de conséquences, car elle touche les personnes parmi les plus vulnérables et es plus discriminées. La moitié d’entre elles n’a pas de logement fixe, toutes vivent avec des revenus très faibles, voire sans. Ce sont dons elles qui courent le plus de risques d’être malades.
Enfin, non seulement nous soignons peu ou mal ceux qui vivent chez nous, mais quand ils souffrent de maladies graves, de nombreux pays n’hésitent pas à les renvoyer dans leur pays d’origine. Or tout le monde sait parfaitement que la plupart des systèmes de santé y sont défaillants et l’accès aux soins bien souvent impossible. Renvoyer des personnes atteintes de cancer, de sida ou de diabète, dans ces pays revient à les condamner à mort !
Il faut donc que les institutions européennes imposent aux états membres de ne pas expulser, de régulariser et de fournir les soins nécessaires aux étrangers gravement malades qui ne peuvent avoir un accès effectif aux traitements appropriés dans leur pays.
Ce geste de solidarité humanitaire démontrerait que l’Europe ne considère pas que certaines vies « ont moins de valeur que d’autres ».
Françoise Jeanson, ancienne présidente de MdM
HLM de Paris : le syndrome de la patate chaude
Jeudi 27 Décembre 2007 – Marianne - A. Borrel
Bolufer, Amara, Chevènement : personne ne sort grandi des scandales qui éclatent sur l'attribution des HLM parisiens. Si bien que ni la droite ni la gauche ne semblent très pressés d'en savoir plus. Explications.
Les affaires de personnalités politiques prises la main dans le sac et la clef dans la serrure de leur HLM parisien pourraient être un thème très porteur en ce début de bataille municipale à Paris… mais non. Après l'affaire Bolufer, on apprend coup sur coup que Jean-Pierre Chevènement et Fadela Amara ainsi que sa chef de cabinet jouissent également de logements à loyers très avantageux dans le parc social.
Poussé à la roue par Jean-Paul Bolufer lui-même, Bertrand Delanoë, qui avait promis la transparence dans le ce domaine en arrivant à la mairie, annonce donc, à trois mois de la fin de son mandat, qu'il va saisir la Chambre régionale des comptes d'Ile-de-France pour qu'elle mette enfin son nez dans la gestion de la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP). L'UMP profite-t-elle de ce boulevard pour crier au scandale ? Aux promesses non tenues ? Bien au contraire : les porte-parole de Françoise de Panafieu se sont fendus, ce 26 décembre, d'un étonnant communiqué pour clamer que le problème… « ne saurait trouver sa solution dans la publication de documents concernant des situations particulières ».
A croire que personne, pas plus à droite qu'à gauche, ne tient à ce qu'on vienne regarder de trop près à qui sont attribués, entre autres, les 300 logements de « très haut standing » de la RIVP. De fait, à chaque fois qu'une « révélation » met au jour ce type d'abus, l'affaire fleure plus le règlement de compte politicien que le souci éthique.
Le miracle Amara
A cet égard, les affaires Amara et Chevènement sont exemplaires. Dès qu'on les regarde d'un peu près, personne n'en sort grandi. Tandis que sa chef de cabinet, Marie-Christine Blanchard-Amelin, occupe une HLM de 80m2 pour un loyer battant toute concurrence (420 euros par mois) à Boulogne, la secrétaire d'Etat à la Ville du gouvernement Fillon bénéficie, elle, d'un modeste 54 mètres carrés dans le XIIIè arrondissement de Paris pour un peu plus de 500 euros par mois. « Un super bon plan », dirait sans doute l'auteur du « plan anti-glandouille », puisque, pour ce prix-là, dans le XIIIème, le marché n'offre guère que des studettes. Mais, problème, Fadela Amara a obtenu ce pied-à-terre en 2004, après un délai d'attente bien en dessous de la moyenne. Pour mémoire, cette année-là, la présidente de Ni putes ni soumises était au mieux avec la mairie, qui a même accordé à son association une subvention de 30 000 euros ainsi que des facilités pour ses locaux… Comment la militante associative a-t-elle donc pu accéder à un appartement que certains attendent depuis des années ?
Chevènement : le faux scoop
Quant à Jean-Pierre Chevènement, c'est en pleine guerre entre le MRC et le PS dans le cadre des municipales parisiennes que surgit l'affaire du 150 mètres carrés qu'il occupe pour moins de 1500 euros par mois dans le Vème arrondissement. Là encore, on peut s'étonner que le scandale éclate si soudainement concernant un appartement attribué au leader du MRC en 1971 !
Si le Che, assujetti à l'Impôt sur la fortune, a beau jeu d'évoquer des « polémiques de caniveau » alors que plus de 100 000 personnes attendent désespérément sur les listes d'attente des HLM, on eût pu souhaiter que les élus parisiens se penchent sur la question avant que cela ne serve les querelles internes de la gauche aux municipales…
Malheureusement, au vu des réactions anxieuses de l'équipe de Françoise de Panafieu, qui donne l'impression de craindre par dessus tout la montée de la polémique, il semble que personne ne soit prêt à emprunter ce boulevard électoral. Déjà, lorsque l'inspection générale avait examiné, en 2006, l'attribution des HLM à des élus, les mairies UMP avaient tout simplement refusé de collaborer.
La question pourra-t-elle encore être évitée jusqu'en mars ???
Opinion : Le Président et ses cadeaux
Bernard Rullier délégué PS – dans Libération du jeudi 27 décembre 2007
En déplacement à l’étranger, le chef de l’Etat reçoit et donne, comme ses prédécesseurs, des cadeaux. Ces gestes participent de la tradition diplomatique, des bonnes relations entre gouvernants, et même de la courtoisie civile. Leur importance et leur origine douteuse ont valu au président Giscard d’Estaing des déboires en 1981. Ses successeurs en ont tiré la leçon. Certains d’entre eux sont désormais affectés dans les musées des septennats de Mitterrand, à Jarnac, et de Chirac, à Sarran.
Nul doute que le président Nicolas Sarkozy suivra ses prédécesseurs, même s’il n’a pas encore fait part de ses intentions. La faiblesse de cette pratique est qu’elle repose uniquement sur la bonne volonté du chef de l’Etat. Rien ne l’oblige à le faire, sinon la morale civique la plus élémentaire. Ne faut-il pas profiter de la réforme des institutions pour réglementer cette pratique ?
Puisque le chef de l’Etat admire les Etats-Unis, il peut, sur ce point particulier, s’en inspirer, même si l’on sait que les rapports entre la politique et l’argent ne sont pas toujours exemplaires outre-Atlantique, malgré de louables efforts de transparence.
Le paragraphe 7342 de l’United States Code fixe le régime des cadeaux reçus par tout titulaire d’une fonction publique, des contractuels, fonctionnaires fédéraux, parlementaires, membres du gouvernement, vice-président et président des Etats-Unis inclus, ainsi que leurs conjoints. Il leur est tout simplement interdit de conserver les cadeaux d’un montant supérieur à 305 dollars (211 euros)
Cette procédure américaine a inspiré les services de la Commission européenne, qui rendent public un registre, aisément consultable sur Internet, des cadeaux offerts au collège des commissaires européens. Ne faut-il pas suivre cet exemple, pour tous les membres du gouvernement et les fonctionnaires, mais également les membres du Parlement ? Des initiatives récentes, y compris de la majorité, proposent d’encadrer le lobbying et d’établir un code de bonne conduite. Ce dernier pourrait également comporter un encadrement juridique des cadeaux, parmi lesquels les voyages d’études, parfois financés par des entreprises publiques ou des groupes d’intérêts privés.
Enfin, compte tenu des spécificités françaises, ne faudrait-il pas l’étendre aux cadeaux en nature reçus de personnalités françaises ? Les séjours offerts à l’actuel chef de l’Etat par de riches amis, industriels ou hommes d’affaires pourraient en effet prêter à soupçon. La transparence totale de tout cadeau offert à tout détenteur de mandat ou fonction publique, en France comme à l’étranger, constitue aujourd’hui un impératif de démocratie.
Derniers jours pour s’inscrire sur les listes électorales
- jeudi 27 décembre 2007
Avis aux citoyens retardataires, les inscriptions sur les listes, en vue des municipales et des cantonales des 9 et 16 mars 2008, s’achèvent le 31 décembre.
Les jeunes majeurs font l’objet d’une inscription d’office. Pour les autres, notamment ceux qui ont déménagé et n’ont pas encore déposé leur demande, pas de trêve des confiseurs qui tienne.
Vous pouvez vous adresser au service des élections de la mairie, dans la commune où vous êtes domicilié ou dans laquelle vous résidez de façon continue depuis au moins six mois. Il est aussi possible de vous inscrire soit dans la commune où vous êtes assujetti à résidence en qualité de fonctionnaire, soit dans celle où vous payez des impôts locaux depuis au moins cinq ans (taxe d’habitation, taxe foncière, taxe professionnelle). Les jeunes électeurs, qui ont eu 18 ans en 2007 ou les auront avant le 9 mars, date du premier tour des deux scrutins, sont, en principe, inscrits automatiquement, même s’il leur est conseillé de vérifier la prise en compte de cette inscription auprès de leur mairie.
Où s’inscrire ?
Quels documents présenter ?
Il faut remplir un formulaire d’inscription sur les listes électorales - délivré en mairie ou disponible sur le site www.service-public.fr -, présenter l’original de votre carte nationale d’identité ou de votre passeport en cours de validité et fournir une photocopie de ce document ainsi que d’un justificatif de domicile (facture EDF, avis d’imposition, quittance de loyer, etc.) ou d’un justificatif d’inscription aux impôts locaux depuis plus de cinq ans. En cas de domiciliation chez un proche, cette personne doit fournir une attestation certifiant que vous habitez bien chez elle et un justificatif de domicile.
Quelle procédure pour les ressortissants de l’Union européenne résidant en France ?
Autorisés à voter en France pour les élections municipales et européennes, ceux-ci peuvent s’inscrire sur des listes dites «complémentaires». Mais il s’agit de deux listes distinctes : les ressortissants de l’UE, qui se seraient inscrits uniquement pour les européennes, doivent donc renouveler leur demande pour le scrutin de mars. Enfin, pour les personnes qui viennent d’acquérir la nationalité française et qui n’ont pas encore obtenu une carte d’identité ou un passeport français, il est possible, pour s’inscrire, de présenter le certificat de nationalité ou le décret de naturalisation.
Pour plus de renseignements : http://democratie.cidem.org
Sans les animaux, le monde ne serait pas humain
Nouvelles clés Déc. 2007
Tel est le titre du livre de Karine Lou Matignon qui, après le succès du best-seller collectif - La plus belle histoire des animaux (éd. Le Seuil 2000). Voici le chapitre qu’elle a consacré à Boris Cyrulnik.
Boris Cyrulnik est l’un des pionniers de l’éthologie française. Il est aussi neuropsychiatre, psychanalyste, psychologue, auteur de nombreux ouvrages. Ancien maître-nageur et rugbyman, voyageur infatigable et poète, il fait partie de ces hommes qu’une enfance instable et sans famille n’ont pas rendu amer mais au contraire curieux de l’univers du vivant.
Pour lui, le mélange des genres, l’approche conjointe du corps et de l’esprit, de la parole et de la molécule, de l’homme et de l’animal est un parcours indispensable pour mener à une compréhension globale de la dimension humaine. Une fois sur cette piste, il accumule une foule de documents, travaille sur la biologie de l’affect, le pouvoir du langage, les signes du corps, applique à l’homme des méthodes d’études réservées jusqu’ici au milieu animal - ce qui lui vaut immédiatement de solides ennemis chez ses confrères.
Karine Lou Matignon : Cet entretien pourrait partir de notre alliance avec le chien. Les éthologues cliniciens et les vétérinaires ont fait le constat que la pensée du propriétaire pouvait façonner le comportement et le développement biologique du chien. Certaines personnes attendent, par exemple, de leur chien qu’ils défendent la maison. Ils développent une peur relative de l’environnement qui va être perceptible par l’animal. Face à cette émotion enregistrée par différents canaux, le chien va alors adopter une attitude menaçante que les propriétaires vont analyser comme un comportement de défense de la maison.
Boris Cyrulnik : Ce n’est pas de la transmission de pensée, je dirais que c’est de la matérialisation de pensée, on voit que le chien s’adapte impeccablement à l’humeur du propriétaire. Quand le propriétaire est gai, il va se mettre à aboyer, gambader, quand il est triste, le chien ne bouge pas, il se met à trembler. J’avais un patient qui faisait des bouffées délirantes à répétition. Selon l’accueil que me faisait son chien, je savais dans quel état il se trouvait où allait se trouver.
Le chien qui vit dans un monde de sympathie est hypersensible au moindre indice émis par le corps du propriétaire adoré. C’est donc bien une matérialisation de la pensée humaine transmise au chien qui façonne ce dernier. Les vétérinaires avec lesquels je travaille montrent, chez des chiens, des troubles d’hypertension, de diabète, d’ulcères hémorragiques gastriques, des dermatoses suppurantes... de graves maladies dont le point de départ se situe dans la pensée du propriétaire.
Pour mener un raisonnement comme celui-là, il ne faut pas être un neurobiologiste ou un psychanalyste, il faut être transversal. Il faut être capable de parler avec un propriétaire, un vétérinaire de se donner une formation de psychiatre et de psychologue et de pouvoir communiquer avec un chien. Faire se rencontrer un psychologue et un vétérinaire, il fallait oser !
K. L. M. : Etudier l’animal permet-il de mieux comprendre la génétique du comportement de l’homme ?
B. C. : C’est exactement ça. Le fait d’étudier la comparaison entre les espèces, permet de mieux comprendre la place de l’homme. On comprend mieux aussi la fonction et l’importance de la parole dans le monde humain. Il existe une première gestualité universelle, fondée sur le biologique, proche de l’animalité.
Dès que le langage apparaît, une deuxième gestualité imprégnée de modèles culturels prend place. Donc, on comprend mieux comment le langage se prépare, comment le choix des mots pour raconter un fait révèle l’interprétation qu’on peut en faire, comment la parole peut changer la biologie en changeant les émotions.
K. L. M. : Le comportement du chien révèle donc sans coup férir le soi intime de ses propriétaires ?
B. C. : Cela va encore plus loin. Dans l’acte même de choisir son chien, il y a révélation de soi. Le chien élu devient un délégué narcissique. J’opte pour ce chien parce qu’il est rustique, sportif ou de caractère solitaire ou combatif revient à dire : j’aime qu’il me ressemble ou j’aime ce qui est rustique, sportif... La mode des chiens miniatures ou molossoides sont aussi des symptômes de notre culture, ils font office de discours social. On préfère aujourd’hui la puissance des animaux à la vulnérabilité des petits que portaient autrefois les femmes entretenues et assistées. De la même façon, des lévriers racés ne se développeront pas dans les mêmes milieux que les bergers allemands ou les setters. L’amateur d’afghan est plutôt silencieux, solitaire, intellectuel, alors que celui qui montre une préférence pour le boxer aime bavarder, faire du sport, s’agiter.
K. L. M. : Selon vous, les animaux nous obligent-ils à remettre en cause beaucoup de nos certitudes ?
B. C. : Première certitude à abandonner : les animaux ne sont pas des machines. J’insiste beaucoup là-dessus : le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires. Nous avons peut-être une âme, mais le fait d’habiter le monde du sens et des mots ne nous empêche pas d’habiter le monde des sens. Il faut habiter les deux si l’on veut être un être humain à part entière. Il n’y a pas l’âme d’un côté et de l’autre la machine. C’est là tout le problème de la coupure. On a dit qu’un animal ne possédant pas l’organe de la parole ne souffrait pas, et là-dessus, on en a déduit qu’un aphasique n’était pas un humain, qu’un enfant qui ne parlait pas ne devait pas non plus éprouver de douleur.
Les animaux ne sont pas des machines, ils vivent dans un monde d’émotions, de représentations sensorielles, sont capables d’affection et de souffrances, mais ce ne sont pas pour autant des hommes. Le paradoxe, c’est qu’ils nous enseignent l’origine de nos propres comportements, l’animalité qui reste en nous... En observant les animaux, j’ai compris à quel point le langage, la symbolique, le social nous permettent de fonctionner ensemble. Pourtant, je constate à quel point nous avons encore honte de nos origines animales.
Choisir entre l’homme et l’animal, entre celui qui parle et celui qui ne parle pas, celui qui a une âme et celui qui n’en possède pas, celui qu’on peut baptiser et celui que l’on peut cuisiner. A cette métaphore tragique, qui a permis l’esclavage et l’extermination de peuples entiers, a succédé l’avatar de la hiérarchie, où l’homme au sommet de l’échelle du vivant se permet de détruire, de manger ou d’exclure de la planète les autres terriens, animaux et humains, dont la présence l’indispose. La violence qui me heurte le plus vient justement de la non-représentation du monde des autres, du manque d’ouverture, de tolérance, de curiosité de l’autre.
K. L. M. : Un monde de reptiles n’est pas un monde de chien...
B. C. : Lequel n’est pas non plus un monde humain. Plus on cherche à découvrir l’autre, à comprendre son univers, plus on le considère. Dès l’instant où l’on ne tente pas cette aventure, on peut commettre des actes de violence sans en avoir conscience.
Retraites: les régimes spéciaux cotiseront 41 ans en 2016
Sans attendre la fin des négociations, le gouvernement a transmis les projets de décrets aux entreprises concernées (SNCF, RATP, EDF, GDF). Une tentative de passage en force, selon les syndicats.

Philippe Tastet - http://www.philippetastet.com/
Ouest-France distribué gratuitement dans les prisons : Un engagement de longue date
LE MONDE Pascale Santi | 25.12.07
La distribution gratuite du quotidien Ouest-France dans des prisons est un cas unique en France. François-Régis Hutin, PDG du groupe Ouest-France, aimerait généraliser cette opération, qu'il a beaucoup poussée.
Cette démarche humaniste trouve son origine dans l'engagement personnel de M. Hutin, confronté très jeune à la mort. A la Libération, en août 1944, alors âgé de 15 ans, M. Hutin se souvient avoir "ramassé les morts, dans un climat de peur", dans son village breton d'Erquy (Côtes-d'Armor). Il a été également marqué par le passé de son père, militant antinazi : "J'ai visité la cellule où mon père avait été enfermé par la Gestapo, à la prison Jacques-Cartier de Rennes."
Entré à Ouest-France en 1961, M. Hutin a mis son journal au service de son combat contre la peine de mort et de sa lutte pour l'amélioration des conditions de vie dans les prisons.
Le 8 février 1963, M. Hutin signe un éditorial "Peine de mort... peine perdue !" dans lequel il combat farouchement la peine capitale, dix-huit ans avant son abolition. Non sans susciter quelques réticences au sein même de son journal.
ADHÉSION DE LA RÉDACTION - "A l'époque, nous étions l'un des rares journaux à mener ce combat", se rappelle-t-il. Ouest-France s'engage, organise des conférences "contre la survivance de cet assassinat légal". Il a écrit depuis près d'une centaine d'éditoriaux sur le sujet. M. Hutin milite pour l'abolition de la peine capitale "dans le monde entier, au nom du respect de l'homme". Le sujet figure souvent en "une" du quotidien.
Dans ses colonnes, M. Hutin s'engage aussi contre la détention préventive, la surpopulation dans les prisons, les mauvaises conditions de vie, notamment à la fin des années 1980. Il se dit "indigné", par une machine "qui continue à broyer de l'homme au lieu de le reconstruire".
La rédaction adhère à la démarche de son PDG et consacre de nombreuses enquêtes aux prisons. "Cette initiative conforte l'image du journal, explique Daniel Floc'h, rédacteur en chef adjoint à Ouest-France. Et elle va dans le sens des quatre axes de la charte du fait divers : dire sans nuire, montrer sans choquer, témoigner sans agresser, dénoncer sans condamner."
Lire aussi l’article précédent d’inventerre sur ce même sujet

Christine Ockrent : sa venue annoncée en Egypte, puis démentie
Challenges | 26.12.2007 |
Le SNJ-CGT fustige la venue de Christine Ockrent en Egypte.
La SNJ-CGT (et le syndicat français de journalistes ) a dénoncé, mercredi 26 décembre, le déplacement annoncé, en Egypte de la journaliste Christine Ockrent, compagne du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, aux côtés de Nicolas Sarkozy, estimant qu'il constituait un "mélange des genres".
"C'est un mélange des genres que, je pense, les téléspectateurs comprennent de moins en moins", a déclaré sur France Inter Jean-François Téaldi, secrétaire général du SNJ-CGT de France 3, où Christine Ockrent anime l'émission politique "Duel sur la 3".
"Intérêts croisés" - Nicolas Sarkozy et ses proches doivent se rendre jeudi soir à Charm el-Cheikh, cité balnéaire au bord de la mer Rouge en Egypte. Bernard Kouchner, arrivé lundi soir en Egypte, doit les rejoindre avec Christine Ockrent.
"C'est un nouveau coup dur à avaler qui renforce la nécessité d'arrêter ces intérêts croisés entre les politiques, les journalistes et les industriels qui possèdent les médias. Il est plus que jamais utile de renforcer l'indépendance des rédactions, notamment vis-à-vis des puissances politiques", estime Jean-François Téaldi.
Le SNJ-CGT s'était déjà interrogées sur la "crédibilité" de l'information dans le cadre du magazine "Duel sur la 3", lors de son démarrage en septembre. Pour le responsable du SNJ-CGT,"c'est aux directions de prendre des mesures lorsqu'il s'avère qu'une activité est incompatible avec la mission qui nous est impartie".
__________________________________________________________
Démenti ou revirement ? : Ockrent ne prend "aucune part" à la visite de Sarkozy en Egypte, selon France 3
PARIS (AFP) - 26/12/2007
La journaliste Christine Ockrent, compagne du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, ne prend "aucune part, ni de près ni de loin" à la visite en Egypte du président Nicolas Sarkozy, a déclaré mercredi le directeur de l'information de France 3, Paul Nahon.
Paul Nahon réagissait notamment à des informations de l'agence officielle égyptienne Mena selon lesquelles le président Nicolas Sarkozy et ses proches --qui se rendent jeudi soir à Charm el-Cheikh, cité balnéaire au bord de la mer Rouge en Egypte-- y seraient rejoints par Bernard Kouchner, arrivé lundi soir en Egypte, et sa compagne, Christine Ockrent.
Interrogé sur France Inter, le secrétaire général du SNJ-CGT de France 3, Jean-François Téaldi, avait dénoncé mercredi un "mélange des genres".
Christine Ockrent anime sur France 3 un magazine politique intitulé "Duel sur la 3".
Selon Paul Nahon, qui rapporte des propos échangés mercredi avec la journaliste, Christine Ockrent ne sera jamais présente "physiquement" au même endroit et au même moment que Nicolas Sarkozy, qu'il s'agisse des activités privées du président à Charm el-Cheikh ou de la suite de ses activités publiques au Caire.
Selon Paul Nahon, Christine Ockrent a "toujours fait la part des choses" et n'a "jamais mélangé les genres".
Deux syndicats de France 3, la CGT et le SNJ, avaient déjà exprimé des réserves sur la crédibilité de "Duel sur la 3" en raison de la proximité de la journaliste et de Bernard Kouchner, lorsque l'émission avait été lancée en septembre.
Le voyage en Egypte
Edito du Monde | 26.12.07
Que le président de la République préfère l'Egypte au fort de Brégançon pour quelques jours de vacances n'est en rien critiquable. Qu'une visite annoncée comme privée se transforme, de par la volonté de Nicolas Sarkozy, en occasion de faire des photos "people" avec sa nouvelle compagne est déjà plus discutable. D'autant que le président s'était engagé à ne plus mettre en scène sa vie privée. Mais, surtout, que le chef de l'Etat s'en remette, une nouvelle fois, à l'homme d'affaires Vincent Bolloré pour assurer son transport sur son lieu de vacances a quelque chose de malsain.
La fascination du président pour les paillettes et la jet-set, la proximité revendiquée avec le monde de l'argent sont en rupture à la fois avec la tonalité d'une campagne électorale destinée à séduire l'électorat populaire et avec la tradition d'une famille politique dont M. Sarkozy est supposé être l'héritier. De la nuit du Fouquet's au yacht et à l'avion de M. Bolloré, le président se montre plus berlusconien que gaullien. Au demeurant, sans même en appeler aux mânes du Général, qui, jamais, n'aurait manifesté une telle proximité publique avec un grand patron, il serait de nos jours inimaginable qu'un président américain parte en vacances dans l'avion d'un important businessman.
Il ne s'agit pas de jeter un quelconque opprobre sur M. Bolloré ou d'autres grands patrons français. Au contraire. Mais de souligner la distance qui doit exister entre un homme qui incarne l'Etat et un groupe socioprofessionnel, quel qu'il soit. L'argument des économies réalisées sur le budget de l'Etat n'est guère convaincant : il est normal que le chef de l'Etat utilise un avion de la République. Avancer que la part de chiffre d'affaires du groupe Bolloré réalisée dans des contrats directs avec l'Etat est infime n'est pas plus pertinent. Le groupe Bolloré aspire légitimement à jouer un rôle important dans l'univers des médias (Le Monde est partenaire de Matin Plus, l'un de ses journaux gratuits).
M. Bolloré est, par nature, l'un des représentants les plus éminents et les plus dynamiques d'un groupe socioprofessionnel. Comment imaginer que le président puisse rester totalement indifférent à ses suggestions, voire à ses revendications ? Qu'on le veuille ou non, le député PS Arnaud Montebourg est en droit de s'interroger sur les "contreparties" attendues d'une telle familiarité.
Cet affichage délibéré peut avoir quelque chose de décalé au regard des Français ordinaires, aux prises avec des difficultés de pouvoir d'achat et de logement, des perspectives de retraite difficiles et plus tardives, voire une précarité grandissante. Mais là n'est pas l'essentiel. Ce qui est en jeu, c'est le statut du chef de l'Etat, celui d'une fonction, qui pour garder son crédit, exige une pratique de tous les jours qui en préserve la hauteur.

