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jeudi 27 décembre 2007

Le voyage en Egypte

Edito du Monde | 26.12.07

Que le président de la République préfère l'Egypte au fort de Brégançon pour quelques jours de vacances n'est en rien critiquable. Qu'une visite annoncée comme privée se transforme, de par la volonté de Nicolas Sarkozy, en occasion de faire des photos "people" avec sa nouvelle compagne est déjà plus discutable. D'autant que le président s'était engagé à ne plus mettre en scène sa vie privée. Mais, surtout, que le chef de l'Etat s'en remette, une nouvelle fois, à l'homme d'affaires Vincent Bolloré pour assurer son transport sur son lieu de vacances a quelque chose de malsain.

La fascination du président pour les paillettes et la jet-set, la proximité revendiquée avec le monde de l'argent sont en rupture à la fois avec la tonalité d'une campagne électorale destinée à séduire l'électorat populaire et avec la tradition d'une famille politique dont M. Sarkozy est supposé être l'héritier. De la nuit du Fouquet's au yacht et à l'avion de M. Bolloré, le président se montre plus berlusconien que gaullien. Au demeurant, sans même en appeler aux mânes du Général, qui, jamais, n'aurait manifesté une telle proximité publique avec un grand patron, il serait de nos jours inimaginable qu'un président américain parte en vacances dans l'avion d'un important businessman.

Il ne s'agit pas de jeter un quelconque opprobre sur M. Bolloré ou d'autres grands patrons français. Au contraire. Mais de souligner la distance qui doit exister entre un homme qui incarne l'Etat et un groupe socioprofessionnel, quel qu'il soit. L'argument des économies réalisées sur le budget de l'Etat n'est guère convaincant : il est normal que le chef de l'Etat utilise un avion de la République. Avancer que la part de chiffre d'affaires du groupe Bolloré réalisée dans des contrats directs avec l'Etat est infime n'est pas plus pertinent. Le groupe Bolloré aspire légitimement à jouer un rôle important dans l'univers des médias (Le Monde est partenaire de Matin Plus, l'un de ses journaux gratuits).

M. Bolloré est, par nature, l'un des représentants les plus éminents et les plus dynamiques d'un groupe socioprofessionnel. Comment imaginer que le président puisse rester totalement indifférent à ses suggestions, voire à ses revendications ? Qu'on le veuille ou non, le député PS Arnaud Montebourg est en droit de s'interroger sur les "contreparties" attendues d'une telle familiarité.

Cet affichage délibéré peut avoir quelque chose de décalé au regard des Français ordinaires, aux prises avec des difficultés de pouvoir d'achat et de logement, des perspectives de retraite difficiles et plus tardives, voire une précarité grandissante. Mais là n'est pas l'essentiel. Ce qui est en jeu, c'est le statut du chef de l'Etat, celui d'une fonction, qui pour garder son crédit, exige une pratique de tous les jours qui en préserve la hauteur.

Le Monde

Posté par Kozett à 00:03 - Train de vie de l'Etat - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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