mardi 25 décembre 2007
Dirigeants : Devoirs d'exemplarité
Edito du Monde LE MONDE | 24.12.07
Jusqu'où faudra-t-il aller pour mettre un terme aux pratiques illustrées, une fois de plus, par l'affaire du luxueux appartement à loyer très modéré de l'ex-directeur de cabinet de Christine Boutin, ministre du logement ? Voire à celle, si elle est avérée, de celui occupé par Jean-Pierre Chevènement ? Exiger des nouveaux ministres et de leurs collaborateurs une déclaration de logement, comme pour les élus qui sont astreints à une déclaration de patrimoine ? Où s'arrêter ? Comment ne pas faire naître des soupçons injustifiés ? Faut-il contrôler les directeurs d'administration centrale, qui, eux aussi, incarnent l'Etat ?
Il est de bon ton de dénoncer l'évolution de la société vers toujours plus de règles, de garde-fous, de limitations, d'interdictions. Mais que faire quand un principe aussi essentiel que la concordance des discours et des actes est foulé aux pieds par ceux-là même qui sont supposés incarner le souci de l'intérêt général ?
Quoi qu'en disent, à chaque affaire, ceux qui sont pris la main dans le sac, les conditions de logement d'un homme public ne relèvent pas seulement de sa vie privée. Surtout quand le pays est confronté à une crise aiguë du logement. Dans ce domaine, de l'affaire Juppé (1995) à l'affaire Gaymard, dix ans plus tard, en passant par quelques autres, s'agissant de personnalités investies de responsabilités publiques, supposées irréprochables, l'application du principe "pas vu pas pris" est particulièrement malvenue.
Outre le manque de sens civique que dénotent des habitudes confortables de la part de ceux qui sont supposés le porter au plus haut, ces aventures immobilières témoignent souvent d'un cynisme et d'un aveuglement destructeurs. Dans la tête du citoyen ordinaire confronté au mal-logement, à l'explosion des prix, aux distances de plus en plus grandes entre lieu de travail et lieu d'habitation, chacun de ces mini-scandales ancre un peu plus l'idée que, décidément, les gens "d'en haut" sont une bande de copains qui, derrière les grands discours, se partagent toujours discrètement les privilèges du pouvoir.
La situation à Paris est particulièrement emblématique. La municipalité a entrepris de moraliser ses procédures d'attribution, de les rendre plus transparentes. Avec un succès limité, puisque même l'adjoint au logement s'avoue incapable d'évaluer le nombre de personnes occupant de manière indue des logements à bas prix. La publication de la liste des élus bénéficiant de logements sociaux, dont les Verts agitent la menace, a un parfum désagréable de délation. Pour éviter d'en arriver là, de nouvelles contraintes sont sans doute nécessaires. Mais le meilleur remède serait que le dévoiement de l'esprit public devienne un véritable interdit moral. Vaste programme.
Article paru dans l'édition du 25.12.07.
Noêl coûte que coûte

Faites-vous partie des créateurs de nouveaux mondes ?
Nouvelles Clés – décembre 2007
Le monde va mal ? Le monde est en crise ? En guerre ? En état de surchauffe biosphérique ? C’est le moment où jamais de sentir, jusqu’au fond de nos cellules, combien il est nécessaire que chacun de nous change, se transforme, mute. Vous dites que c’est impossible ? Pas si sûr...
De nombreux indices nous indiquent que la condition humaine est actuellement en pleine métamorphose. Dans un livre récent, intitulé Et les hommes deviendront des dieux, James Redfield, l’auteur fameux de la Prophétie des Andes, s’est associé à deux psychologues, dont le célèbre Michael Murphy (l’un des cofondateurs de l’Institut d’Esalen), pour réfléchir aux grands changements que subit l’humanité et aux solutions personnelles que chacun peut y apporter. La voie de l’espoir, disent-ils, se trouve dans l’émergence d’une nouvelle conscience que l’on voit poindre lentement partout...
Vous direz peut-être que voilà une bien vieille chanson et qu’on ne vous y reprendra plus à croire aux lendemains humains qui chantent ! Mais avez-vous lu cet autre livre, intitulé L’émergence des Créatifs Culturels, de Paul H. Ray et Sherry R. Anderson ? C’est suite à un article paru dans Nouvelles Clés à l’automne 1998 que l’éditeur Yves Michel s’est mis sur la piste de cette passionnante “enquête sur les acteurs d’un changement de société”.
À en croire les deux auteurs qui ont enquêté pendant douze ans, auprès de 100.000 personnes, eh bien, pas moins de 26% des adultes américains auraient déjà effectué, dans leurs croyances, leurs valeurs, leurs comportements, la grande mutation des temps nouveaux. Des mutants ! On n’ose y croire... Est-ce un rêve ? Et si c’était vrai ? Mais qui sont ces “Créateurs de nouvelles cultures” et en faites-vous partie ?
La Bible "low cost" est arrivée
LE MONDE | 24.12.07 | 14h27 Laurent Greilsamer
Serait-ce un coup du nouveau chanoine de Saint-Jean-de-Latran ? Cela ressemble en tout cas à une BA à visée mondiale et métaphysique : depuis quelques semaines, on peut trouver chez les libraires et dans la plupart des grandes surfaces une vraie Bible à prix cassé. Une Bible en majesté, une Bible brute de décoffrage pour la très modique somme d'1,5 euro. Autant dire un sérieux coup de pouce au pouvoir d'achat et un bon cadeau de Noël, avec un rapport qualité-prix imbattable.
Les libraires ont beau conseiller à leurs clients de réfléchir, de dépenser un peu plus pour acquérir une édition avec introduction, appareil de notes, cartes et commentaires, c'est peine perdue. "On ne fait pourtant que la moitié du chemin si on ne fournit pas des clés, observe Jean-François Rod, président du réseau de librairies La Procure. Nous ne nous sentons pas en phase avec le fétichisme du texte brut." Rien n'y fait : la Bible à bas prix attire, aimante, séduit.
C'est ce qu'a compris Jean-Pierre Bezin, directeur de la Société biblique de Genève. "Il s'agit d'une opération pérenne", a-t-il indiqué à l'AFP. Son ambition est claire : "Nous voulons faire découvrir la Bible à de nouvelles personnes qui ne l'ont encore jamais lue." Le marché est immense, sans frontières.
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La Bible, un achat impulsif? C'est ce que recherche Jean-Pierre Bezin, le dirigeant de la Société biblique de Genève. Mais les critiques sont nombreuses. Les éditeurs catholiques accusent ces "dissidents des sociétés bibliques protestantes internationales qui veulent déstabiliser tout un marché". Evidemment, avec un tarif de 13 à 18 euros, la Bible vendue par Nicolas-Jean Sed de l'édition du Cerf est moins concurrentielle...
Chez l'Alliance biblique française, la Bible deviendrait un produit de grande consommation à cause de ces fondamentalistes. Malgré cela, ils vont bientôt proposer à la vente une bible traduite en français "fondamental" vendue 3 euros: "un prix qui correspond au pouvoir d'achat des Français"...
CONSOMMATION DES MENAGES - Un Noël or et vert
CLOTILDE BRIARD – Les Echos - [ 24/12/07 ]
Cette année, le Père Noël va devoir mettre à l'épreuve ses capacités à faire le grand écart. A la lecture de la traditionnelle étude Deloitte (1), il a appris que, pour les fêtes, les consommateurs français étaient prêts à réduire leur budget cadeaux de 9 % pour accroître leurs dépenses alimentaires.
En feuilletant les catalogues des grands magasins et les sections des magazines consacrées aux idées à glaner, il a aussi découvert que respecter leur souhait risquait d'être mission impossible. Pour les plus grands, les offres à petits prix manquent en effet à l'appel. En revanche, les bijoux sont de sortie. Les pages regorgent de montres et bagues dépassant allégrement les 20.000 euros. Les sacs à plus de 1.000 euros ne sont pas en reste. Les téléphones portables et appareils photos les plus chers se taillent la part du lion. L' iPhone et son tarif élevé ont, semble-t-il, aidé à décomplexer un secteur de la téléphonie longtemps associé au mobile à 1 euro (avec abonnement).
Partout, il y a surenchère de babioles coûteuses. Jusqu'aux nappes et coussins, souvent hors de prix. A croire qu'il ne serait plus possible de faire plaisir à Noël sans sacrifier son budget. Même Leroy Merlin, que l'on n'associe pas d'habitude au faste, est de la partie. Pour entrer dans le mouvement, l'enseigne de bricolage a inventé le « mois du must » et propose sa « sélection de produits d'exception ». Comment faire offrir un sèche-serviette luxueux ou un escalier tendance au prix d'un beau bijou...
Pour ceux que la débauche d'or et de high-tech de luxe finirait par écoeurer, il reste des portes de sortie. La campagne publicitaire pour Diadermine rappelle qu'une crème contenant du caviar peut se vendre au tarif d'hypermarché, avant peut-être de trouver sa place sous le sapin. Et les Français soucieux d'environnement peuvent se laisser rassurer par Eco-Emballages. A la veille des fêtes, l'organisme a communiqué sur le fait qu'une bouteille de champagne est fabriquée avec 75 % de verre recyclé. Ou qu'une boîte de foie gras compte environ 25 % de métaux ferreux réutilisés. Il va même jusqu'à recommander l'achat d'un ours confectionné à partir de 80 % de bouteilles de plastique recyclées. Quant aux Parisiens qui ne savaient que faire de leur sapin en début d'année, si ce n'est l'abandonner sur le trottoir, ils pourront le rapporter dans l'un des 65 parcs et jardins disposant d'un point de collecte - à condition de l'avoir débarrassé de ses décorations, précise la mairie. Il sera broyé sur place. Le matériau obtenu sera répandu à la surface des massifs pour enrichir le sol. De quoi faire refleurir Noël au printemps.
(1) 7ème édition de l'étude Deloitte sur les intentions d'achats des consommateurs, en France, Europe et dans le monde
Les patients encouragés à l'automédication
Pierre BIENVAULT - La Croix - 17/12/2007 - Extraits
Le ministère de la santé souhaite inciter les Français, pour des pathologies bénignes, à acheter directement en pharmacie des médicaments vendus sans ordonnance
Pourra-t-on un jour acheter ses médicaments en supermarché ? Pour Roselyne Bachelot, il n’en est pas question. Début novembre, la ministre de la santé a répété que seuls les pharmaciens avaient la compétence pour vendre des médicaments. « Cet impératif justifie que les patients-consommateurs ne puissent trouver de médicaments au milieu d’une suite de rayons de bonbons ou de lessive », a martelé la ministre, elle-même pharmacienne de formation.
L’automédication consiste, pour certaines pathologies bénignes, à aller directement acheter un médicament chez son pharmacien. Sans passer chez le médecin. « Cela peut s’appliquer à toutes les petites pathologies de la vie quotidienne : les maux de tête, les brûlures d’estomac, les diarrhées passagères, les boutons de fièvre, les rhumes, les problèmes de peau sèche, les bains de bouche », détaille Magali Flachaire, déléguée générale de l’Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa).
En France, l’automédication reste peu développée par rapport à d’autres pays européens. Cette situation est liée notamment au remboursement des médicaments. Pour bien comprendre, il convient de préciser que l’automédication concerne uniquement les médicaments à prescription médicale facultative (PMF), c’est-à-dire pouvant être délivrés par un médecin mais que le patient peut aussi acheter sans ordonnance.
Dérembourser tous ces médicaments ?
Dans la plupart des pays européens, ces médicaments à PMF ne sont pas remboursés. En France, en revanche, 80 % d’entre eux sont pris en charge par l’assurance-maladie sous certaines conditions : ils sont remboursés s’ils sont prescrits par un médecin mais restent à la charge du patient en cas d’achat direct à la pharmacie.
Une des solutions pourrait être de dérembourser tous ces médicaments. Mais le gouvernement y est opposé pour deux raisons : cette mesure n’est pas très populaire et il y a un risque de provoquer un report des prescriptions vers d’autres médicaments, toujours remboursés et souvent plus chers. Aujourd’hui, le pari est donc d’inciter les Français à acheter eux-mêmes ces médicaments, en les payant de leur poche. Ce qui permettrait d’abord à l’assurance-maladie de faire des économies.
Pour ses partisans, l’automédication est surtout un moyen de « responsabiliser » les patients et de leur donner les moyens d’exercer un « choix éclairé » dans leur consommation pharmaceutique.
En libre-service, "devant le comptoir"
Aujourd’hui, les pharmaciens ont l’habitude de dialoguer avec les patients et éviter ainsi certaines contre-indications. Si, demain, le patient met sa boîte d’aspirine sur le comptoir en demandant juste à payer, ce dialogue sera beaucoup plus difficile », affirme Jean-Pierre Lousson, membre de l’académie.
Un autre problème concerne la capacité des patients à choisir les bons produits. « La vérité est qu’environ 60 % de ces médicaments d’automédication n’ont aucune efficacité. Et ce n’est pas en lisant les boîtes ou les notices que les patients pourront faire un choix éclairé. Pour que cela marche, il faut leur donner une information de qualité et indépendante de l’industrie pharmaceutique », affirme Jean-Paul Giroud, professeur de pharmacologie clinique et membre de la commission d’autorisation de mise sur le marché (AMM) des médicaments à l’Afssaps.
Reste enfin une question : cette volonté de développer l’automédication n’est-elle pas contradictoire avec les messages de santé publique qui, ces dernières années, incitaient à ne pas consommer de produits pharmaceutiques sans l’avis de son médecin ?
« L’automédication, ce n’est surtout pas encourager les gens à piocher dans l’armoire à pharmacie familiale pour prendre n’importe quel comprimé. C’est permettre au patient de trouver des médicaments pertinents, sous une forme adaptée, pour des traitements courts, avec le conseil du pharmacien », indique Alain Coulomb, ancien directeur de la Haute Autorité de santé (HAS).
En tout cas, Roselyne Bachelot est décidée à mener à bien son projet au cours des prochains mois. « Nous allons établir une liste de pathologies pour lesquelles la mise devant le comptoir sera possible, sans être obligatoire pour les pharmaciens. Et on tiendra compte du profil de chaque médicament, indique-t-on au ministère de la santé.
Pour soutenir quelques-unes des associations qui œuvrent pour les sans-abri
La Croix - 24/12/2007
De grands réseaux
– La Fapil (Fédération des associations pour la promotion et l’insertion par le logement) regroupe 91 associations et a notamment créé des agences immobilières à vocation sociale (AIVS).
– Le mouvement Pact Arim pour l’amélioration de l’habitat réunit 145 associations, dont une partie travaille à l’accès durable des plus démunis à un logement.
De grandes associations
– La Fondation Abbé-Pierre gère ou soutient de nombreuses actions pour les personnes en errance, comme des « pensions de famille » pour les plus fragiles.
– L’association Emmaüs, outre ses nombreuses actions comme les « boutiques solidarité », s’occupe de 1 000 lits en places d’urgence et de stabilisation, essentiellement en Île de-France.
– ATD Quart Monde a créé en 1973 le premier CHRS familial de France à Noisy-le-Grand (Seine Saint-Denis).
– La Croix Rouge gère la majorité des Samu sociaux en France et possède ses propres centres d’accueil d’urgence.
– La Fondation de l’Armée du salut dispose d’une cinquantaine d’établissements d’accueil d’urgence, dont des CHRS et des maisons relais.
– Aux captifs la libération propose notamment un accompagnement social aux personnes en exclusion.
– Le collectif Les Morts de la Rue agit pour que les sans-abri soient accompagnés dignement dans la mort.
– Le DAL (Droit au logement) multiplie les actions médiatiques depuis 1990, comme des occupations de locaux publics, pour défendre les droits des mal logés.
– Les Enfants de Don Quichotte se sont fait connaître en décembre 2006 en installant un village de tentes le long du canal Saint-Martin.
Beaucoup de Roumains émigrent dans l'UE sans leurs enfants
Par Justyna Pawlak – La Tribune – 24/12/07
Roumanie (Reuters) - De nombreux parents, désespérés, quittent la pauvreté des campagnes roumaines en quête de travail en Europe occidentale, laissant derrière eux leurs enfants, qui sont élevés par d'autres.
Depuis que la Roumanie a adhéré à l'Union européenne début 2007, des milliers d'enfants ont été confiés à leurs grands-parents, à des voisins ou aux autorités locales tandis que leurs parents cherchaient du travail, souvent illégalement, sur des chantiers en Italie ou dans des vergers en Espagne.
"Le phénomène s'est accentué depuis que la Roumanie a rejoint l'UE, ce qui a permis la libre circulation à travers les frontières en Europe occidentale", explique Mariela Neagu, qui dirige l'organisme chargé de la protection des enfants.
"Les parents voient cela comme un sacrifice pour leurs enfants, pour leur donner un avenir meilleur."
Dans certaines écoles, plus de la moitié des élèves vivent sans l'un de leurs parents, voire les deux. De nombreux villages du nord et de l'est de la Roumanie ne semblent habités que par des enfants et leurs grands-parents.
Selon des chiffres officiels, 80.000 des quatre millions d'enfants environ que compte le pays ont un parent, ou les deux, qui travaillent à l'étranger. Des travailleurs sociaux et des bénévoles évoquent quant à eux des chiffres bien plus élevés.
Bogdan Lacatus avait sept ans quand son père est parti en Espagne pour trouver du travail, et onze ans quand sa mère a quitté leur village du sud de la Roumanie pour suivre son mari.
"JE CROIS QU'ILS VONT REVENIR"
Ce garçon frêle aux grands yeux bruns et à la voix douce vit à présent dans une structure d'Etat, en attendant que ses parents viennent le chercher ou que les services sociaux lui trouvent une famille d'accueil.
"Je crois qu'ils vont revenir", dit-il. Il pourrait attendre longtemps, si l'on en croit les travailleurs sociaux, qui n'ont pu localiser aucun de ses parents. La mère de Bogdan, revenue en Roumanie brièvement, est repartie au bout de quelques jours.
Des parents éloignés ont tenté d'obtenir la garde de Bogdan et de ses frère et soeur, plus jeunes que lui, depuis que leur mère a quitté le pays, il y a des mois. Les services sociaux les jugent plus en sécurité sous la garde de l'Etat, à l'abri des mauvais traitements et de la pauvreté.
"Les parents doivent nous informer quand ils laissent des enfants derrière eux pour que les autorités locales les surveillent", explique Nicolae Badea, qui travaille pour l'organisme de protection sociale chargé du dossier de Bogdan. "S'il y a des problèmes, nous les prenons en charge."
D'une certaine façon, Bogdan a de la chance. Il va sans doute éviter l'un des grands orphelinats devenus tristement célèbres au début des années 1990 pour les terribles conditions dans lesquelles les enfants y étaient accueillis, et qui ont quasiment disparu depuis.
Mais l'Etat roumain, pauvre, vient de commencer à rénover son système de prise en charge des enfants, corrompu par des années de dictature. L'accueil y est sans doute meilleur maintenant, mais certains déplorent que la bureaucratie, la corruption et l'incompétence entravent les réformes, et que de nombreux enfants ne bénéficient d'aucune protection.
ENFANTS DES RUES
Les enfants, parfois très jeunes, sont omniprésents aux carrefours les plus fréquentés de Bucarest où ils se faufilent entre les voitures à l'arrêt pour mendier. D'autres hantent les passages souterrains, où ils reniflent de la colle.
Ce problème n'est pas exclusivement roumain. Plusieurs autres pays d'Europe orientale sont eux aussi concernés.
La Roumanie a demandé à l'Espagne et à l'Italie, principales destinations de l'émigration économique roumaine, de mettre en place des programmes-pilote d'apprentissage de la langue locale dans les écoles, afin de faciliter l'intégration des enfants et d'encourager les parents à les emmener avec eux.
Dans la petite école de Bogdan, située au bord d'un chemin de terre et entourée d'arbres fruitiers dont s'occupent les enfants, on apprend le français et l'anglais.
"Ces enfants ne sont pas nourris et habillés comme il faut. Ils sont intelligents et gentils mais ce serait mieux que leurs parents soient là", estime Mariana Mirea, son institutrice.
L'émigration économique est un pilier de l'économie roumaine. Deux millions de Roumains, soit un habitant sur dix, vivent à l'étranger depuis la chute du communisme, en 1989.
Selon des chercheurs, une génération entière d'enfants grandit sans un environnement familial approprié. Le nombre d'années que les enfants roumains passent à l'école est déjà l'un des plus faibles de l'UE, selon des chiffres Eurostat.
Filanda, mère de trois enfants, vit de petits boulots à Milan avec son mari. Elle dit n'avoir pas pu emmener ses enfants quand elle est partie en Italie en janvier. "Ce sont mes enfants, et je suis triste", dit-elle, refusant de donner son nom complet. "Il n'y avait aucun espoir en Roumanie. Ici, il y en a un peu."
Birmanie : ne pas laisser s'installer l'oubli
Décembre 2007 - Dr Françoise SIVIGNON - Responsable de la mission Birmanie - Médecins du Monde
Dans une déclaration publiée en commun avec 12 autres ONG présentes en Birmanie, Médecins du Monde a récemment exprimé sa grande inquiétude face à la répression qui s’est abattue sur le pays, a dénoncé les dramatiques conditions de vie de tout un peuple mais également pointé les lourdes contraintes qui entravent toutes les activités humanitaires.
Nous avons relayé les préoccupations des acteurs de terrain face à l’installation de poches de famine notamment dans les Etats les plus périphériques. Nous avons aussi dénoncé la progression inquiétante des maladies de la pauvreté, tuberculose et sida en tête, pour lesquelles les réponses sanitaires nationales sont inexistantes.
Acteur humanitaire dans le pays depuis plus de 15 ans au travers de programmes de lutte contre le VIH / sida, nos activités ont été affectées par la répression qui s’est abattue sur le pays. Nous sommes les témoins directs de la très grande précarité dans laquelle vivent les plus marginalisés et plus particulièrement de très jeunes filles pour lesquelles la prostitution constitue le seul moyen de survie.
Alors que officiellement le port d’un préservatif n’est plus synonyme de prostitution, les personnes se prostituant sont terrorisées à l’idée d’en posséder car elles risquent un emprisonnement pouvant aller jusqu’à 3 ans.
Nos activités réalisées en unité mobile hors des dispensaires ont été également ciblées par les forces de sécurité en civil qui quadrillent Rangoon, ces dernières menaçant l’équipe médicale birmane en cas de poursuite des activités.
Par ailleurs, il nous a été notifié par écrit l’interdiction de distribution de matériel injectable propre dans les maisons d’injection de l’Etat du Kachin proche de la frontière chinoise. Cette distribution est depuis plusieurs années le pivot de nos activités dites de « réduction des risques » de transmission du VIH auprès des usagers de drogue par voie intraveineuse dans ce pays 2eme producteur au monde d’héroïne.
Là aussi, nous pouvons témoigner de la montée en puissance du harcèlement policier violent et des emprisonnements dont font l’objet les usagers de drogue. L’ensemble de ces mesures répressives et cette terreur policière a donc pour conséquence un accroissement des conduites à risques pour le VIH car les moyens habituels de prévention ne sont plus utilisés.
Tout comme les ONG travaillant dans le pays, le coordinateur des Agences des Nations Unies à Rangoon, Mr Charles Petrie a exprimé de vives inquiétudes concernant les mauvaises conditions socio-économiques du pays ; sa prise de parole a été sanctionnée par son expulsion : une bien mauvaise nouvelle pour la diplomatie onusienne et qui ne s’inscrit pas dans le sens souhaité d’une présence renforcée voire permanente de l’ONU en Birmanie. Une diplomatie mise à mal donc, et toujours aucun signe sérieux de changement politique vers une transition démocratique. La junte a muselé la révolte et la trop faible réponse internationale à son encontre lui accorde pour l’instant le permis de réprimer silencieusement. La junte se sent confiante et ceci est d’abord inquiétant.
Ne laissons pas s’installer l’idée d’une stabilité rétablie. Car pendant que les diplomates cherchent désespérément à infléchir les discours chinois et indien cantonnés à la non ingérence dans les affaires intérieures birmanes, les témoignages disent la peur qui colle au quotidien, les rafles nocturnes, les intimidations et les arrestations. C’est donc le moment de ne pas laisser l’indifférence s’installer et de fixer des échéances.
Quels sont, pour les semaines à venir, les agendas des Etats attentifs aux droits de l’homme alors que la stratégie diplomatique engagée jusqu’à présent n’a pas fait ses preuves ? Jusqu’où ces Etats pourront ils se coordonner vis-à-vis de sanctions économiques ciblées sur ce qui fait la fortune de la junte, le gaz et le pétrole ? Et jusqu’où cette coordination se fera-t-elle dans la traque financière des revenus de la junte ? Quelles vont être les réactions à l’expulsion de Mr Petrie et à la demande du CICR du rétablissement de son droit de visite dans les prisons ? Plus spécifiquement, quelle va être la stratégie de la France et quelles vont être ses exigences sur tous ces points et sur celui plus particulier nous concernant d’un accès facilité et accru à l’aide humanitaire pour la population birmane qui souffre ?
Toutes ces questions demandent des réponses rapides .Même si les acteurs locaux et internationaux savent que transition démocratique et réconciliation nationale passent par une réponse et une coordination internes malgré un leadership pour l’instant muselé, le rôle exercé par la communauté internationale reste crucial et attendu anxieusement par tous les birmans.
