lundi 17 décembre 2007
L'espérance de vie s'accroît : du positif et du sombre
Ouest-France Editorial lundi 17 décembre 2007 Jacques Duquesne
Voici un heureux événement dont on parle peu. En 2007, notre espérance de vie a augmenté de trois mois environ. En moyenne bien sûr. Ce mouvement n'est pas près de s'arrêter, même s'il finira un jour : à en croire les spécialistes, les humains ne dépasseront jamais - sauf très rares exceptions - 115 ou 120 ans.
Quand même ! C'est un formidable progrès. Au cours du XXe siècle, marqué de tant de massacres, la durée de la vie humaine, dans des pays comme le nôtre, a presque doublé. Un bébé qui naissait en 1900 pouvait espérer vivre jusqu'à 47 ans. Aujourd'hui, il peut compter dépasser les 80 ans ; sauf accident de voiture, tabagisme, alcoolisme, sida, etc. Cette prolongation de la vie a de multiples conséquences. La plupart sont heureuses. Il en est de plus rudes.
La vie des familles est transformée. D'abord, celle du couple. Un homme et une femme qui se mariaient au temps de Louis XV pouvaient compter vivre ensemble environ quinze ans (toujours en moyenne, bien sûr). Au terme de ces quinze années, l'un des deux mourait. Aujourd'hui, ils peuvent espérer prolonger leur union beaucoup plus loin : l'augmentation du nombre des noces d'or en témoigne.
Il est possible, à l'inverse, qu'ils ne supportent pas longtemps la vie commune. Cette fois, c'est le nombre des divorces qui le prouve. Ceux-ci interviennent (en moyenne également), après quinze ans de mariage. Si bien que l'on a pu constater qu'un homme (ou une femme) est plus fidèle à sa banque (vingt-deux ans dans la même, selon les statistiques commerciales) qu'à son épouse (ou son époux).
On ne vit pas seulement plus longtemps : on vieillit moins vite. Les mentalités ne s'y sont pas encore adaptées : on s'étonne de voir des octogénaires pédaler vigoureusement sur leur vélo ; mais les intéressés jugent cela normal. Ou bien on croit être gentil, en disant à des septuagénaires qu'ils sont « encore bien pour leur âge », alors que leur âge, justement, ils ne le sentent pas.
Surtout, dans tous les pays et la quasi-totalité des entreprises, on met à la retraite des gens qui se sentent encore en pleine force. Certains s'en réjouissent. D'autres, vraiment fatigués, ont besoin de repos. Mais d'autres ont le sentiment d'être considérés comme des inutiles, d'être jetés.
Désormais, la plupart d'entre nous auront quatre vies. La jeunesse, qui se termine plus tôt : la puberté a beaucoup avancé et les parents en savent quelque chose. L'âge adulte s'étire. L'âge suivant n'a pas de nom précis : « seniors » ou « anciens ». Et voici enfin ceux que l'on pourrait appeler les superseniors. Certains sont encore en pleine forme, courent le marathon (surtout en Amérique du Nord) et multiplient les activités physiques.
Le nouveau seuil de la vieillesse est un progrès. Mais tout progrès a une face blanche, positive, et une face plus sombre.
Face positive : la persistance de longues relations familiales. On peut aussi songer que l'humanité tout entière bénéficie de l'activité des personnes âgées. Mozart est mort à 35 ans : de quelles superbes oeuvres, cette mort rapide nous a-t-elle privés ? Tout le monde, bien sûr, n'est pas Mozart. Mais beaucoup peuvent encore être très utiles, en tout domaine.
Face plus sombre : le poids des personnes très âgées, sur leurs proches, quand elles sont malades ou dépendantes. Il arrive que les grands-parents d'aujourd'hui soient les parents de leurs parents. Et n'en ont pas toujours les moyens.
Il faudra adapter nos institutions à cette évolution : ce sont, entre autres, le problème de l'âge de la retraite et des maisons pour personnes dépendantes. Mais ce sont surtout nos mentalités qui doivent changer. C'est toujours plus difficile !
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