jeudi 13 décembre 2007
Vers une écologie de l’esprit ?
Patrice Van Eersel – Nouvelles clés – déc07
L’écologie est la science de nos relations à notre environnement. Mais c’est bien plus que cela. Il s’agit en fait de notre rapport à nous-mêmes ! Nés de la nature, nous y retournerons : la quittons-nous d’ailleurs un seul instant, nous qui ne pourrions survivre sans respirer plus de quelques minutes ?
Le premier à avoir utilisé l’expression “écologie de l’esprit” est l’anthropologue américain Gregory Bateson. À vrai dire, Bateson utilisait l’expression “ecology of mind”, or il n’existe pas de mot français pour “mind”, plus en rapport avec l’idée de mental ou de système virtuel : nous appartenons tous, forcément, à des systèmes d’interactions, qui nous relient les uns aux autres et, en dernier lieu, à la nature... extérieure et intérieure. La folie de l’homme moderne est de se croire en-dehors, ou au-dessus de tous les jeux d’interactions.
Sans doute nos ancêtres auraient-ils été fort étonnés s’ils nous avaient entendus discuter d’écologie. Nos artifices nous ont bouché la vue. Avec nos fabuleuses machines, nous faisons les malins. Notre prétention d’homo technologicus est allée jusqu’à croire que nous pourrions nous guérir de la mort !
Mais ne râlons pas trop. La prise de conscience se fait, n’est-ce pas ? Grâce, il faut le dire, à de très bons professeurs : le trou d’ozone en est un, l’effet de serre aussi, ou le sida -qui nous font tout revoir autrement. Mais il y a des professeurs plus anciens, et nettement moins méchants. Prenez l’orque, par exemple. Dans l’océan, ce dauphin géant constitue le bout de la chaîne alimentaire : gros comme deux ou trois éléphants, il est aussi redoutable que le tigre et tous les animaux marins le craignent. Eh bien jamais, de mémoire d’homme, on n’a vu un orque dévorer un humain, même quand celui-ci s’approchait de lui avec un petit couteau assassin. Pourquoi ? Par bêtise ? Les orques sont supérieurement intelligents -largement autant que les tigres ou que les loups, soyez-en sûrs- alors pourquoi ?
